Sin Sisamuth, le chanteur n° 1 khmer

Sin Sisamuth, le chanteur-compositeur khmer le plus populaire ou encore le chanteur à la voix d'or était d'origine laotienne ! Avant cette glorieuse carrière, il était infirmier et se produisait le soir dans un restaurant. Il est né au Cambodge en 1932 et tué en 1975 durant le régime Khmer Rouge. Déjà très populaire, il est alors devenu un mythe. Ses chansons (comme la quasi-totalité des anciennes chansons khmères) sont toujours d'actualité, intemporelles. Récemment, on a pu apercevoir son petit-fils Sin Sothakol chanté dans quelques émissions de variété.

 
   

 

 

 

 

 

 

 
 

Article de Cambodge Soir :
Sin Sisamuth
1932 - 1975
"l'empereur à la voix d'or"

Voilà vingt-cinq ans, Sin Sisamuth était emporté dans la tourmente khmère rouge. Sa disparition aussi anonyme que sa carrière fut glorieuse ajouta un peu plus de force au mythe. Le souvenir du plus illustre compositeur-interprète reste ancré dans la plupart des esprits. Les plus vieux évoquent avec nostalgie sa voix, sa discrétion sa gentillesse et son humour. Les plus jeunes, à l'image de son petit-fils, au physique étrangement ressemblant, le chantent et l'admirent eux aussi. Pourtant, ses talents n'avaient jamais été institutionnellement consacrés. La lacune est désormais comblée, une école ayant été baptisée à son nom et la Poste envisageant d'éditer des timbres à son effigie.

"Ses patients le priaient de chanter, persuadés que sa voix avait un pouvoir de guérison..."

"Dieu l'a maudit en le dotant d'une si belle voix, l'obligeant à cajoler les autres êtres humains." Installé dans un studio de la radio nationale, Um Dara, le violoniste de l'empereur de la chanson, évoque avec nostalgie les moments passés aux côtés de celui qu'il appelle avec déférence "Bong Muth" [grand-frère Muth].

Lorsqu'il l'a connu au début des années 50, le petit infirmier se produisait le soir dans le restaurant Simon, à Kbal Thnol. Déjà, chacun avait l'impression d'écouter un prodige comme un siècle en connaît peu. Le jeune homme manquait encore de coffre et d'expérience mais ses prédispositions ne faisaient aucun doute. Travailleur acharné, Sisamuth éclaterait bientôt.

Menant de front le chant et la composition, il fut repéré par les musiciens du Palais royal, dont l'oreille aiguisée ne pouvait les trahir. Ce groupe allait être son tremplin. Fini les restaurants! Place aux studios d'enregistrement! Des centaines de titres inondèrent le pays. La gloire couvrait le jeune chanteur. "Sa voix était si belle, comment ne pas chavirer?", se souvient l'épouse de Kong Bunch¦urn, un de ceux qui lui écrivit des chansons.

L'image d'un être calme, discret et attentionné est celle qui restera. Le surdoué de la composition aimait jouer avec les mots. En public, se souviennent ceux qui l'ont connu, il se plaisait à faire rire son auditoire. Mais, taciturne, il passait malgré tout le plus clair de son temps loin de la foule. Il ne se promenait guère et consacrait ses quelques moments de libres à sa condition physique. Il alternait tractions et séances contre des sacs de frappe.

Sa réputation faillit, un temps, être éclaboussée. Samuth, au charme irrésistible, prit une seconde épouse, une danseuse du ballet royal. Mais les ragots et autres cancans ne l'atteignirent pas. "L'or véritable ne s'altère pas, même après être tombé dans la boue", commente Dara, aujourd'hui âgé de 60 ans. "La pureté de sa voix a été plus forte que tous les scandales. On a oublié ces histoires. On n'a retenu que ses chansons."

Se distinguant rapidement au sein du groupe du Palais royal, Sin Sisamuth fut de toutes les tournées du prince en province, comme à l'étranger. Norodom Sihanouk et le plus populaire des chanteurs thaïlandais figuraient, se souvient Um Dara, parmi les plus illustres admirateurs du chanteur-compositeur.

Ce dernier revenait toujours de ces périples avec un morceau en hommage au pays visité. Il composait avec une facilité aussi déconcertante que subite. Pas besoin d'une retraite dans un endroit de prédilection, ni de solitude. Le génie pouvait à n'importe quel moment et en n'importe quel lieu griffonner sur un texte qui, enrobé de musique, deviendrait un nouveau succès. "Parfois, ça lui prenait alors qu'il était en train de conduire. Il s'arrêtait alors, prenait sa mandoline et, en un éclair, accouchait d'une nouvelle chanson. Jamais il ne cessait de fredonner", raconte son ami. "Lorsqu'il exerçait encore sa profession d'infirmier, ses patients le priaient de chanter, persuadés que sa voix avait un pouvoir de guérison..."

Les filles étaient logiquement les premières à succomber à la suavité de son timbre. Mais les hommes n'étaient pas en reste. "Un tel talent est trop rare pour ne pas l'admirer. Il a su offrir à sa voix exceptionnelle des mélodies et des paroles d'une beauté tout aussi rare", explique Um Dara. Fidèle servant du prince Sihanouk, il sera obligé de s'engager dans l'armée après son renversement par Lon Nol. Lieutenant-colonel, Sisamuth continuera tout de même à fréquenter les studios d'enregistrement. Même les Khmers rouges l'utiliseront avant de lui faire payer le prix de son talent.

Ses descendants :

Sin Sothakol, petit fils de Sin Sisamuth :
un talent certain, mais une voie différente

En mémoire de SIN Sisamuth

Ils sont huit, à se retrouver chaque dimanche matin dans la petite boutique de Eung Sokha, musicien et technicien bien connu dans le milieu de la variété, située sur l'avenue Kampuchea Krom. Pendant trois heures, ils répètent, jouant et rejouant des morceaux modernes, ainsi que des classiques des années 60. Basse, batterie, guitare et chant... Quand arrive le moment où résonnent les premières mélodies d'une chanson de l'incontournable Sin Sisamuth, idole des aînés mais aussi des jeunes, au répertoire connu de tous, c'est bien souvent un jeune homme à l'allure frêle et à la démarche légèrement boiteuse qui s'avance au micro.

Le chanteur, Sin Sothakol, 18 ans, n'est autre que le petit-fils du chanteur le plus adulé du royaume. Et c'est donc dans une ambiance quelque peu émouvante que les rimes poétiques, évoquant l'amour, s'élèvent dans la petite boutique...

"C'est vrai que j'ai eu des facilités naturelles pour apprendre à chanter", reconnaît-il avec modestie. ³Malgré cela, et bien que je sois le petit-fils de Sin Sisamuth, mes parents ne veulent pas que je devienne chanteur. Ils souhaitent que je décroche un diplôme pour que je puisse faire un "vrai" métier. Je dois d'ailleurs leur demander l'autorisation de venir chanter ici le dimanche".

Première étape vers cette voie professionnelle, il vient de réussir son baccalauréat, et a déposé sa candidature dans trois universités : commerce, géographie et agronomie. C'est dans cette dernière voie qu'il place le plus d'espoirs. "En dehors de la musique, j'aimerais beaucoup devenir agronome, car le Cambodge est un pays essentiellement agricole. Je serais vraiment heureux si je pouvais contribuer à développer ce secteur, qui est actuellement assez faible², souligne-t-il avec un petit sourire.

Le père du jeune homme s'appelle Sin Chan Chhaya. Il est l'unique fils de Sin Sisamuth, disparu en 1975 après la victoire des révolutionnaires khmers rouges. De cette époque noire, seuls Sin Chan Chhaya et une de ses quatre soeurs ont survécu dans la famille du chanteur.

Malgré ses objectifs professionnels, la chanson est une seconde nature chez Sothakol. A la maison, il avoue fredonner sans cesse. Fier de la notoriété de son grand-père et vouant un culte à son ¦uvre, il connaît par coeur une centaine de chansons, pour la plupart écrites par Sin Sisamuth. Son frère et sa soeur se désintéressant de la musique, il est le seul petit-fils de l'illustre auteur-compositeur à connaître l'art de la chanson. Pourtant, cette passion semble être une véritable histoire de famille : actuellement femme au foyer, sa mère a été une des meilleures chanteuses, sélectionnée pour le pays dans les années 80. Quant à son père, fonctionnaire à la radio nationale, il chante le soir dans une boîte de nuit pour répondre aux besoins de sa famille...

"Si je ne suis pas reçu aux concours, je m'engagerai vers une profession choisie par mes parents. J'envisage aussi d'apprendre l'anglais. Actuellement, la chanson n'est qu'une vocation secondaire", reprend Sothakol.

Du côté de ses parents, son père ne tient absolument pas à ce que son fils devienne chanteur; sa mère, elle, ne croit pas qu'il puisse connaître le même succès que son grand-père.

"Mon beau-père était non seulement un chanteur de talent, mais également un compositeur. Il savait jouer pratiquement de tous les instruments de musique. Il a chanté des milliers de chansons, c'est dire s'il était intelligent! Il pouvait composer une chanson le temps que l'on lui serve sa soupe de kuy tiuv le matin au restaurant. Mon mari n'est pas aussi intelligent que son père, et surtout, il ne chante pas aussi bien que lui!", juge Sam San, 46 ans, la mère de Sothakol, ajoutant qu'elle a commencé à s'intéresser aux chansons de Sin Sisamuth dès son adolescence.

"En avril 1975, j'habitais avec mes parents un village de la province de Kandal. Des milliers de personnes, évacuées de Phnom Penh par les Khmers rouges, marchaient sur la route. Un jour, j'ai vu un homme se coucher derrière sa voiture qu'il poussait, un mouchoir posé sur son visage. Mon père m'a dit que c'était Sin Sisamuth. A l'époque, je ne connaissais pas encore mon mari. J'étais très excitée, je voulais le voir de plus près. Mais mon père m'a ordonné d'aller prendre mon bain dans le fleuve, et je ne l'ai pas revu. Il avait été ramené à Phnom Penh par des soldats de Pol Pot. Pendant quelques mois, je l'ai entendu interpréter des chansons révolutionnaires à la radio khmère rouge. Les révolutionnaires se servaient de lui pour leur propagande. Puis un jour, sa voix a disparu...

" Un des grands regrets de Sam San est de n'avoir jamais revu celui de qui elle devint la bru en 1980, alors qu'il était déjà mort. "Nous avons collectionné des centaines de ses chansons sur cassettes, mais elles se sont abîmées avec les années", reprend-elle. Autre conséquence du régime khmer rouge, la famille de Sin Sisamuth ne tire aucun bénéfice de l'immense notoriété de l'artiste. Son fils, sa belle-fille et ses petits-enfants vivent aujourd'hui dans un minuscule logement situé près de l'Assemblée nationale. Dans l'entrée de l'appartement trônent deux portraits : un en noir et blanc du chanteur disparu, passablement défraîchi, et un de son fils, en couleur. A part cela, rien n'indique que la modeste famille est liée au roi des chanteurs khmers. Celle-ci ne tire d'ailleurs aucun avantage de cette filiation.

"Mis à part ce portrait, je ne possède pas d'autres photos de mon beau-père², regrette la mère de Sothakol.

Ce dernier, sans pour autant se plaindre, n'aura pas eu la chance de son grand-père. Malgré son amour de la chanson, il estime n'avoir aucun avenir dans ce domaine. D'autre part, il souffre de la déformation de sa jambe droite, conséquence d'une poliomyélite contractée pendant son enfance...

Sothakol ne veut pourtant pas se laisser aller au pessimisme. Même s'il ne fera pas carrière dans la chanson, elle lui a déjà donné quelques satisfactions : "Pour le nouveau millénaire, Chea Sim m'a invité à venir chanter au Sénat. J'y ai interprété une chanson de mon grand-père, intitulée phoap sâmnang [la chance]. Il m'a également fait venir dans son village natal, à Prey Veng, pour chanter à l'occasion de l'anniversaire de son épouse. Et je me suis aussi déjà présenté au programme de la télévision Apsara...", termine-t-il en souriant. Un sourire qui rappelle naturellement celui de son grand-père...

 

 

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Dernière mise à jour : juin 14, 2005
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