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17 avril jour pour jour

Seun nmott - 17/04/2013 à 09:35
La descente aux enfers

Une bande de fous et de malades, croyaient qu'ils allaient changer le monde, a entrainé dans sa chute la descente aux enfers de tout un peuple. Un tier de la population est détruit après ces quatre ans de règne. A ce jour le seul qui a avoué avoir exécuté suivant les ordres de l'Angkar, des milliers de prisonniers,c'est le le bourreau de S21.
Les autres se contentent de la lenteur du procès, luttent et se combattent encore. Car pour eux c'est toujours la guerre. Personne ne se sent responsable de cette catastrophe.
Aujourd'hui nous sommes le 17 avril 2013, c'est 38 ans après, jour pour jour je vais vous raconter mon histoire...


C’était un jeudi.
Les khmers viennent de terminer leur fête de nouvel An, qui a duré trois jours.
On peut dire que les khmers Rouges les ont laissé finir leur fête.
Depuis l’aube de ce 17 avril 1975, la population de Battambang ce sont collés à leur poste pour suivre les actualités du pays. Puisque tout le monde attend quelque chose de très inquiétante. Depuis le début du mois d’avril Phnom Penh est coupé de Pochentong, son
Aéroport international, le seul moyen de liaison avec l’extérieur.
Vers 9h30 de ce jeudi matin, la radio nationale annonce la tombée de Phnom Penh aux mains des Khmers Rouges.
A Battambang quelques minutes plus tard on entendait un bruit de décollage d’un DC3 de la sa base d’aviation militaire. L’avion semble avoir du mal à prendre de l’altitude.
Cet avion de transport de marchandise est, à mon avis, pour ce jeudi matin, chargé au maximum des fugitifs. Ce ne sont que des militaires gradés et leurs familles, fuyant l’arrivée des Khmer Rouges.
La population est en désarrois. Ils se concertent entre voisins. Les inquiétudes se voient très facilement sur leur visage. Des questions sans réponses. Certains commencent à allumer les baguettes d’encens, et prient.

Un voisin m’a dit que le dernier bataillon de défense de la ville de Battambang est en train de se replier. On peut les voir arriver sur la grande rue de la ville…………………

…………………………..

Ma femme est moi, nous sommes allés voir ces héros.
Une fois sur la grande rue, nous ne sommes pas seuls. Il y en a déjà un peu de monde, ce sont des riverains qui sont aussi curieux que nous. La rue est déserte, il n’y a pas de circulation. Il me semble que les gens, par crainte, préfèrent rester chez soi. Nous nous mettons sur le trottoir comme les autres. De loin en direction de la nationale, nous voyons deux colonnes noires, une sur chaque trottoir.



Ce sont eux, les Cobras (Pourh vék en khmer). C’est un bataillon composé que des élites khmères de Kampuchéa Krom, formés par les GI. Il a une tunique noire, du pied à la tête. Il y en a qui a une casquette noir, ou des bandanas noir. Il y a un dessin d’une tête de Cobra dans le dos de sa veste, ils sont armés toujours jusqu’aux dents. Ils avancent en file indienne en direction de l’hôtel de ville. C’est sans doute leur lieu de rassemblement. Depuis des mois ils stoppent les avances des troupes khmères rouges à O dambang.
En les regardant avancer silencieusement, j’ai ressenti un mélange de sentiments qui sont en train de cogiter dans ma pauvre tête. Un sentiment de regret, de colère, de frustration et de peur…
Un de ces chefs, celui qui ne marche pas dans la colonne, passa près de nous. Quand il arrive à notre hauteur, il nous disait : venez avec nous, on s’en va(…….)
Sur le coup, j’avais les larmes aux jeux. Ma femme, elle me regarda dans un aire de supplice pendant quelques secondes, puis elle me dit : nos enfants sont encore trop petits pour ce… Elle n’a pas fini sa phrase, mais j’ai tout de suite compris ce qu’elle veut dire.
Quand je me retourne vers le Chef des Cobras, il est déjà loin. Mais devant nous la colonne avance toujours. Nous continuons à faire le « bye-bye » de la main. C’est là que j’ai compris pourquoi le chef cobras a parlé à nous. C’est par ce que nous sommes les seuls sur le trottoir à les faire le bye-bye.
Nous sentons maintenant abandonnés. Nos défenseurs sont partis. Les vainqueurs arriveront bientôt. J’ai fait signe à ma femme de rentrer chez nous. Sur le chemin de retour nous sommes très tristes. Puisque nous ne savons quoi faire, que d’attendre. Et puis attendre quoi ? Les khmers rouges je ne les connais pas, J’avais lu quelques livres sur eux. Mais c’est encore des infos sommaires, pas de détails. Je résume que les khmers rouges ne plaisantent pas, alors prudent et prudent.

Une fois rentrés la maison, nous avons vu que nos voisins sont encore dehors et sont en train de discuter sur ce qui vient de se passer. Il y en a qui disent que le bataillon Cobra est le seul qui est capable de faire face au bataillon Khmer Rouge commandé par une femme connu sous un pseudo « neray doh muoy » la femme qui n’a qu’un sein. On raconte que lors d’un combat, elle été blessé à la poitrine. Pour la sauver la vie, il a fallu lui amputé un sein, d’où il ne lui reste qu’un seul sein. Puis ce bataillon n’est composé que des femmes qui sont le plus féroce de la région. Seuls les cobras ont pu freiner leurs avances.

On approche le midi, tout le monde saut sur son poste de radio. Car on vient d’apprendre que les nouveaux chefs de Phnom Penh vont parler à la radio.

C’est la première fois de ma vie que je suis en face d’un événement pareil. Je n’ai jamais connu la guerre, jamais vu dans un combat. Seulement entend les nouvelles. Cette fois ci c’est très prenant. On entend une voie bien grave, froide, se présentant chef d’une région déclarant avoir gagné les ennemis par les armes, a pris Phnom Penh et le pays tout entier. Puis un autre passe, le même ton et la même façon de parler. En fin ils sont trois ou quatre à passer.
Nous somme terrifiés. Nous avons perdus tous nos réflexes. Seuls nos regards se croient dans un silence inexplicable.

Nous avons passé un après-midi à causer. J’ai l’impression de rien comprendre. Plus on cause plus on tourne en ronde. J’ai essayé de rassurer ma femme, qu’elle ne perde pas le courage. Quoiqu’il arrive nous restons unis. Mes enfants sont encore trop petits pour comprendre ce qui est passé ou ce qui va se passer. Vers dix-sept heures j’ai sorti ma moto et fait un tour dans centre de ville pour voir un peu comment ça se passe. Ma femme n’est pas très d’accord. Moi de rester devant ma porte je me sens dépourvu de tout, alors il faut que j’apprenne d’avantage sur ce qui se passe dehors. Il y a un peu plus de circulation que ce matin. Je me suis dis que j’ai bien fait de sortir. Car il y a bien des gens qui ont pensé comme moi.
Les gens se tassent sur les rives de la rivière. En cette saison le niveau de l’eau est bas, les refugiés trouvent bien de la place pour monter leur abri de fortune. Je suis arrivé au pont de fer (spéan dék). C’est un pont de structure en fer, de deux mètres de large, construit du temps de protectorat, qui travers la rivière Sangker, rivière principale de la province de Battambang.
Lorsque je suis attiré pas un bruit d’un hélicoptère qui approche du pont. J’arrête ma moto et voit un hélicoptère en train d’atterrit sur le rive Est du pont, à 50 m de moi. J’ai vu une personne monte dedans. A la seconde le hélicoptère s’en vol, et disparaissait de ma vue…..
……….*

Il est presque dix-huit heures, nos voisins disent que les khmers Rouges sont en train d’entrer Dans ville. Il n’est pas encore nuit, je cours vers la rue. Là je vois, par petit groupe, des jeunes soldats avancent à pas lente et avec précaution, bien qu’ils ne veuillent pas se montrer, ça ne peut pas cacher. Ils avancent vers l’hôtel de ville. Les premiers petits groupes sont très distancés, suivis d’autres derrière plus grands, plus nombreux et plus dense. Ils passent devant nous avec leur visage bien ferme. Pas de bruit, pas un mot.
Il y en a qui applaudissent leur arrivée, mais ces khmers rouges ne sont pas sensible à cette « bienvenue ». Moi, je me suis dis « ah ! Voilà les vainqueurs ». Je viens de les voir en chair et en os.


* Les points tillés sont des données personnelles.


Edité le 17/04/2013 @ 09:44 par Seun nmott

NeakReach - 17/04/2013 à 20:16
En lisant les histoires de Seun nmott et de kaunklau, j’ai envie aussi d’écrire sur cette journée…

Ce jour du 17 avril 1975, nous étions à Phnom-Penh dans le quartier de "Teuk la-âh". Ça a commencé très tôt, vers 4 heures du matin, un soldat de la république venait frapper à notre porte et donna un ordre, venu du haut de la hiérarchie, à mon père de quitter le pays et qu’un hélicoptère l’attendait. Mon père fou de colère lui cria : "j’ai déjà dit plusieurs fois que je ne quitterai pas mon pays !". A sa surprise, le soldat lui rétorqua : "il faut savoir ce que vous voulez, l’un m’ordonne à gauche, l’autre me dit à droite. Si c’est comme ça, moi je m’en vais…". Il est parti en ayant laissé la jeep garée devant chez nous.

Suite à cette histoire, tout le monde est réveillé. Et nous attendions "tranquillement" l’arrivée des khmers rouges. Vers 6 heures, les soldats de la république allaient les uns après les autres déposer les armes qu’ils possédaient en face de chez nous. Vers 7 heures, les cris de liesse de population retentissaient. C’était la fin de la guerre civile. Les gens avaient l’air contents, la plupart courraient dans tous les sens avec les drapeaux blancs. Nous aussi, nous avons bricolé un drapeau blanc et nous mettions sur notre balcon.

Vers 9 heures, j’apercevais de loin à partir de notre balcon, les soldats khmers rouges entourés de la population qui les accueillait comme des héros. C’était un moment historique. Tout le monde voulait participer à cette fête. Mon père n’a pas pu résister et amena mon frère avec lui pour aller accueillir les soldats khmers rouges. Quant à moi, je participais de loin à partir de notre balcon.

Après le déjeuner, l’atmosphère changea et s’alourdit. La fête a vite laissé place à l’inquiétude. Ma mère demanda à mon père de partir chercher la famille de sa sœur à Tuol Kork. Mon père et mon frère sont à peine partis que nous entendions les haut-parleurs nous dire qu’il fallait quitter la ville car les américains allaient bombarder Phnom-Penh. Panique à bord ! Nous ne pouvions partir sans mon père, ni mon frère. Tout après-midi, nous guettions leur retour et nous voyions nos voisins partir les uns après les autres.

Vers 17 heures, comme par un miracle, mon père et mon frère se sont réapparus devant chez nous et en prime, la famille de ma tante au complet. Nous pouvions prendre la route, la longue route nationale 5… ce fut la route de la mort !


Seun nmott - 17/04/2013 à 23:41
Au début, je ne voulais que laisser des empreintes pour mes enfants, seulement multe réflexions, j'ai compris qu'il faut en partager...
Il faut en parler, euh, comme des bouteilles à la mer. On ne sait jamiais.
38 ans après ou 50ans peu importe, on en parle encore et encore. Vann Nath a ses dons, moi je n'ai que quelques lignes, plus les vôtres et plus encore des autres...

Jour pour jour... Oui demain ce sera le 18. Battambang on en parle peu ou presque pas.

.......

robin des bois - 18/04/2013 à 05:45
Seun nmott a écrit

Au début, je ne voulais que laisser des empreintes pour mes enfants, seulement multe réflexions, j'ai compris qu'il faut en partager...
Il faut en parler, euh, comme des bouteilles à la mer.
On ne sait jamiais.
38 ans après ou 50ans peu importe, on en parle encore et encore. Vann Nath a ses dons, moi je n'ai que quelques lignes, plus les vôtres et plus encore des autres...

Jour pour jour... Oui demain ce sera le 18. Battambang on en parle peu ou presque pas.

.......



Bonjour Sn-n, Kaunklau et TLM

J'ai lu avec un très grand intérêt vos récits sur la journée du 17 avril 1975 ..

Grace à vous, je viens enfin de réaliser que l'entrée des KR à Phnom Penh s'est faite au lendemain des 3 jours de fêtes consacrées au Nouvel An khmer 1975 !!!!

S'agissant de la mémoire des victimes, j'ai lu cet extrait d'interview de l'ancien évêque de Phnom Penh durant toutes ces années tragiques, Mgr Yve RAMOUSSE ; il parle de l'un des tout premiers évêques d'origine khmère (sinon le premier)mort ou tué sous le régime KR et rapporte ses dernières paroles :

[Nous ne devons pas oublier le témoignage des martyrs. Mgr Joseph Chmar Salas, sur la route des camps de travail forcé, ne nous a-t-il pas laissé cette consigne au moment de nous séparer :

« Ne nous oubliez pas, parlez de nous au monde ! Priez pour nous ! » ...]

Tout l'interview est intéressant à mes yeux, si l'on veut bien accepter que "son contexte baigne dans le domaine religieux catholique" :

http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/cambo...ge-les-cambodgiens-sont-ils?SearchableText=emile DESTOMBES

Merci pour les apports de tous les "témoins directs"






Edité le 18/04/2013 @ 05:52 par robin des bois

kaunklau - 18/04/2013 à 09:01
J'ai copié-collé mon texte , sur le même titre :

Aujourd'hui le 17 Avril 2013 . Il fait donc 38 ans , que la capitale de Phnom Penh était vidée de sa population et c'est la date de "journée noire" que nous avions perdu de vue nos proches ,nos familles , nos amis sans jamais revu physiquement depuis .
Le 17 Avril ,
Je me souviens . C'était vers 17 heures , je me trouvais l'autre côté du fleuve de Mékong , en face de la capitale , précisément Chroy Chang var ,le quai "dâr Arex " . Plus rien pour traverser le fleuve pour revenir sur PP. De l'autre côté , je voyais des marées humaines , je pensais , c'est probablement " une grande manifestation " de la population phnom-penhoise de journée historique , de la fin de la guerre , de la gloire des khmers rouges , partisans du roi Norodom Sihanouk .

J'avais donc payé une pirogue d'une somme de 6000 riels pour me faire traverser le Mékong .Une fois posée les pieds sur le sol de la capitale , j'étais surpris que la foule , c'était l'évacuation de la capitale d'une durée de 3 jours sous menace de bombardement américain .
Je me trouvais dans la foule , car , j'ai essayé de rejoindre à pied ma famille , mes parents , à Méh phleung ( 500 m de musée S21 actuel , l'ancien Lycée Tuol Svay Prey ).
Hélas , c'était impossible de traverser la capitale . Les bandes de khmers rouges , me montraient le sens de marche vers le dehors de la capitale , donc c'était la direction de Stat Chas , en face de l'Ambassade de France . Les coups de rafales tirés en l'air , les hauts parleurs hurlaient à fond , avec le slogan " évacuation de 3 jours , dépêchez-vous les américains vont bombarder , prenez les affaires le plus léger possible , les armes doivent être tous déposés sur un tas .
J'avançais tout doucement , avec l' interdiction de revenir en arrière , la peur au ventre , car , les petits hommes habillés en noir , sont en train d'envoyer des rafales de AK 47 , en l'air .

J'avais faim , j'ai décidé donc de rejoindre Stung mean chey , " Beung brâ yab " , chez un cousin ( banlieue de P.Penh) .
La nuit tombée , j'étais arrivé chez lui , mais hélas plus personne . C'était une petite maison , j'y ai passé la nuit , après avoir trouvé à manger .
Le lendemain , avec la marée humaine , j'ai poursuivi la route vers l'Ouest de la capitale . La vitesse de l'évacuation n'est pas rapide , car , je pouvais rentrer dans les maisons inhabitées pour trouver à manger .

C'était déjà dur , pour moi , alors il y avait des familles avec des enfants de bas âge, des personnes âgées et chacun portaient ce qu'il pouvait , quelques kilos sur le dos , surtout des vêtements et du riz , des casseroles . Je dormais sur les trottoirs , comme tout le monde ...une dizaine de jours après , j'étais arrivé à la destination Ang Sérei 2 à 3 km de Oudong .

Les anciens ( prochea chorn chas ) qui possédaient des baraques en chaume , avec des bêtes , des charrettes , nous regroupaient en village(phoum) sous forme de Krom . Chaque famille doit construire elle même sa chaumière (khtorm ) . La ration de riz ,pour nous les prochea chorn chum leas , c'était un bol ,( un kam pong de 300g ) par personne , par jour . Le reste , chacun doit se débrouiller : khdam ( crabe de rizière ), khchorng(escargots) , feuilles ( sleuk bash) , Tum peang ( pouce de bambou) .
Ca commençait bien dans ce patelin , il n'y avait rien à manger , les nouveaux arrivés commençaient à échanger , ce qu'ils ramenaient de la capitale , jusqu'ils leurs restaient plus grande chose .

Cinq mois après , durant lesquelles , on travaillait dans les rizières , le chef de village (meh phoum) nous demandaient de détailler notre antécédent ( armée Lon Nol , administratifs , prof ,étudiants ....) . Tveur pra vat ta roub ! c'était la première fois que j'ai entendu ce mot khmer .
Le but , c'est donc de nous sélectionner pour la fameuse deuxième évacuation .
Je me trouvais dans un bateau jusqu'à Kompong chhnang , puis par camion jusqu'à Pursat .

Nouvelle vie commence , nouvelle galère commence également , sahakâr Chamrés , srok Kandieng , Dâmbân 7 ...

Merci , camarades Khmer Rouge , surtout leur "ANGKAR " de mes c..., Moha âs char , mohar ach kor , moha thleak tek...

Le 17 Avril , c'était une journée noire , la date de désastre pour la population innocente cambodgienne .

Seun nmott - 18/04/2013 à 10:23
18 avril 1975

Le matin du 18 avril, ma femme et moi nous sommes sortis faire un tour en ville. Certains réfugiés*, comptent renter à leurs domiciles. Les rues sont plus animées qu’hier, on y voit plus de jeunes soldats aux uniformes noirs et képi noir, armés de kalachnikov, circulent bizarrement. L’hôtel de ville abrite les nouveaux maitres. Les marchés sont de nouveaux ouvert.
Nous avons fait quelques courses puis nous sommes rentré en vitesse. Arrivé à la maison, ma nièce nous a dit que le directeur de la banque où travaille ma femme, est venu nous voir, comme nous étions absents, il a souhaité qu’on aille à la banque. Nous sommes allés le voir au siège la banque sur qui trouve sur la rue « ceinture ». Mr CB, la directeur, nous appris que tous les chefs de services de la province sont convoqués se rendre à l’hôtel de ville, dans le but d’aller accueillir le prince Sihanouk. Il a confié à ma femme la caisse de la banque. Les personnels de la banque a été informés et peut prendre congé. Avant de le quitter il m’a demandé à ce que je sois avec lui, quand il doit se rendre à l’hôtel de ville.

A peine sortir de la banque, sur le chemin de retour, nous sommes faits arrêter sur le bas-côté de la rue par trois jeunes soldats khmers rouges.
L’un d’eux nous a dit tout en montrant du doigt à notre moto Honda ,
-Camarade vous l’avez déjà longtemps, aujourd’hui elle est à nous, descend.
Face à ces jeunes inconnus et armés jusqu’aux dents, nous ne faisons qu’à se plier à leur volonté. Je regarde ma femme. Elle ne dit mot, elle descend de la motocyclette, moi aussi.
Les trois jeunes soldats y montent dessus, partent, s’éloigne tout heureux, nous laissant bouche bée.
Nous sommes retournés au siège et dit aux autres ce qui vient de nous arriver. Ils ne savent pas quoi dire. Le directeur nous dit qu’il nous la remboursera, faut pas que nous nous inquiétons.
M. CB est un bon chef, apprécié par ces personnels. Il a une très grande confidence à ma femme.
…………..

Nous sommes rentrés à la maison très tristement. Moi, je regrette tellement ma moto, c’est de mes sueurs…

La nuit tombe sur Battambang, on entendait des appels à tous les anciens corps enseignants de se rassembler demain matin à l’amphithéâtre de l’université. Tout le monde sort de chez eux pour écouter les appels. Ce sont les nouveaux maitres de la ville, ils se sont massés dans des camionnettes, un porte-voix à la main, parcourant les rues en adressant à la population le rassemblement.

C’est la deuxième nuit que la population de Battambang ville ne pouvait pas fermer l’œil de la nuit. Moi je suis encore sous le choc. C’est la première fois de ma vie qu’on vient de m’enlever de force mon bien. Je savais qu’ils sont bizarres ces Khmers rouges, mais pas à me cambrioler en pleine jours, comme si tout leur appartienne désormais.
Je commence à avoir vraiment peur. Mes parents, mes frères, en fin toute la famille sont à Phnom Penh. Nous sommes seuls à ici.
Hier nous nous sommes demandé, qu’est ce qu’il peut nous arriver aujourd’hui ?

*réfugiés , ce sont les gens qui fuyaient les zones de combats* des banlieues de la ville, ils occupaient les places publiques.

Seun nmott - 18/04/2013 à 10:40
Merci NeakReach et Kaunklau d'avoir rejoindre le jour pour jour.

Merci à RDB d'avoir apporté ce témoignage dont j'avais déjà.

Le catholicisme au Cambodge aux yeux de la majorité des khmers à l'époque, peut aussi aujourd'hui, est la religion des vietnamiens. C'est pourquoi au temps de Lon Nol, cette religion est très mal vue. Les KR en font pire, on connais le résultat...
Je suis content de voir qu’aujourd’hui le catholicisme revit.
" Quand j'avais 8-9 ans, tous les jeudis je suis allé avec mes pots dans un sorte de grande maison, on nous a donné plein de très jolis cartes postales racontant la vie de Jésus...Je ne suis pas pour autant devenu un chrétien".


Quant à la purification de la mémoire, pour nous les khmers, en fin pour ceux qui les appliquent, c'est la purification de sa propre pensée.
... "l'accomplissement du bien, l'abstention de tout mal, et la purification de sa propre pensée, tels sont les recommandations de tous les Bouddha".

kaunklau - 18/04/2013 à 10:57
Le fait d'écrire ,ces récits , ces réalités , le démon se réveille , mais , on dirait que ça soulage quelque chose qui sont cachées dans mon cerveau .

A l'inverse de S.nM , je n'ai jamais raconté mes vécus à mes enfants .

A leurs yeux , je ne suis qu'un immigré venant vivre dans un autre pays . Ils voient , les khmers rouges ,comme , "des gens " qui sont des " des méchants " , quelque part au Cambodge , voire des " voyous " de l'histoire cambodgien.


Par hasard , hier soir le 17/04 , une chaine télé avait montré "l'histoire vrai " , de la seconde guerre mondiale , depuis l'année 1939 jusqu'à 1945.
Il y a une similitude de misères des réfugiés , mais c'était des réfugiés français d'un département vers d'autres départements , car , La France était coupée en deux .En 1939 , on voyait les gens pousser leurs chariots , fabriqués eux-même ,accrochés sur les vélos , les fortunes enveloppées dans des sacs ...lors de la déroute de l'armée française . L'autre côté de la frontière , en 1945 , lors de la prise de Berlin , c'est pareille . Les réfugiés allemands ont utilisé les mêmes styles que ceux des français . Les femmes étaient violés par les soldats russes ( 1.000.000 de viols) , certaines s'étaient suicidées .
C'est cette misère que subit le peuple innocent , qui me fait révolter . On ne demande qu'à vivre en paix !

Revenons au pays , Cambodge , la folie de ces cadres khmers rouge " ANGKAR " ,ce sont toujours sous le slogan de mensonge "Intérêt du peuple , pour le peuple " . Ces dirigeants cachaient " la férocité " hypocritement ,derrière la tête , mais dans quel but , et pour quel intérêt ?
Pourquoi , il faut évacuer les villes ? , l'abolition de l'argent ? , l'absence de tribunal ?, interdiction de religion ? ...

C'était vraiment n'importe quoi , c'est de la folie ...en plus , il y a des pays dans le monde qui le soutiennent .
Le père Ponchaud avait tout à fait raison , cette " bande d'Angkar " gouverne le Kampuchea démocratique avec des mensonges .

En tant que cambodgien , je n'arrive pas , à pardonner , ces gouvernants Angkar Khmer Rouge .
Certains me voyaient peut-être , comme "rancunier" , car eux sont des khmers également.

Je n'en voulais pas aux " pleu pleu " khmer rouge , mais leurs cadres supérieurs ,à la tête du régime . Ce ne sont que des brigands et voyous et rien d'autres .

Comment , je peux enlever cette notion "rancuniers " , chaque fois , je vois comment , de quelle façon , ils ont tué la famille de mon frère !
Lui , ma belle-soeur , ces 7 enfants de bas âges "tués" ,( ma dernière nièce n'avait que 2 ans) , par ces " khmers " de même sang qu'eux , que moi ?

Ce respectueux frère , n'avait jamais fait mal à une mouche et plutôt " aider l'humanité " , car , il était anesthésiste dans un bloc opératoire de l'hôpital Preah kèt mea lea .

La bande des membres d'ANGKAR , sont restées debout devant nous et ils criaient ,qu'ils n'avaient rien fait ou il n'étaient pas au courant de ce qui s'est passé , écoeurant non ? .
Ce ne sont que des menteurs et des lâches . Il auraient dû se suicider , comme Hitler , au moins , on n'en parle plus d'eux .

Le 17 Avril 1975 , c'est bien , la date maudite pour le Cambodge.





Edité le 18/04/2013 @ 11:24 par kaunklau

Seun nmott - 18/04/2013 à 11:47
kaunklau a écrit

Le fait d'écrire ,ces récits , ces réalités , le démon se réveille , mais , on dirait que ça soulage quelque chose qui sont cachées dans mon cerveau .

A l'inverse de S.nM , je n'ai jamais raconté mes vécus à mes enfants .

A leurs yeux , je ne suis qu'un immigré venant vivre dans un autre pays . Ils voient , les khmers rouges ,comme , "des gens " qui sont des " des méchants " , quelque part au Cambodge , voire des " voyous " de l'histoire cambodgien.


Le 17 Avril 1975 , c'est bien , la date maudite pour le Cambodge.





Bonjour Kaunklau
Si je raconte à mes enfants c'est par ce que je pense qu'il faut qu'il soient au courant de ce qui s'est passé, notre passé. Je ne connais pas les belles histoires des princes et des princesses. La notre est certainement très triste. C'est histoires des rescapés et des ces malheureux victimes d'une folie meurtrière. Et de ceux qui ont commis cette grave erreurs, cette catastrophe. Et que le monde ne doit pas l'oublier. Et que les générations d'après prennent conscient de cette acte de folie, que leurs successeurs soient conscient des erreurs de leurs parents, qu'ils ne sont pas des héros.

Il faut crier et crier encre plus fort et partout.
En suivant mon carnet(mon journal), je vais essayer de vous raconter jour pour jour, du 17 avril 75 jusqu'à la fin de 1975. Si je pourrais.

Si on tient compte des données déjà connu:
1 700 000 morts pendant 3 ans huit mois et 20 jours(1355j)
C'est 1255 personnes meurent chaque jours pendant 1355 jours.

robin des bois - 18/04/2013 à 12:34
Seun nmott a écrit

kaunklau a écrit

Le fait d'écrire ,ces récits , ces réalités , le démon se réveille , mais , on dirait que ça soulage quelque chose qui sont cachées dans mon cerveau .

A l'inverse de S.nM , je n'ai jamais raconté mes vécus à mes enfants .

A leurs yeux , je ne suis qu'un immigré venant vivre dans un autre pays . Ils voient , les khmers rouges ,comme , "des gens " qui sont des " des méchants " , quelque part au Cambodge , voire des " voyous " de l'histoire cambodgien.


Le 17 Avril 1975 , c'est bien , la date maudite pour le Cambodge.





Bonjour Kaunklau
Si je raconte à mes enfants c'est par ce que je pense qu'il faut qu'il soient au courant de ce qui s'est passé, notre passé. Je ne connais pas les belles histoires des princes et des princesses. La notre est certainement très triste. C'est histoires des rescapés et des ces malheureux victimes d'une folie meurtrière. Et de ceux qui ont commis cette grave erreurs, cette catastrophe. Et que le monde ne doit pas l'oublier. Et que les générations d'après prennent conscient de cette acte de folie, que leurs successeurs soient conscient des erreurs de leurs parents, qu'ils ne sont pas des héros.

Il faut crier et crier encre plus fort et partout.
En suivant mon carnet(mon journal), je vais essayer de vous raconter jour pour jour, du 17 avril 75 jusqu'à la fin de 1975. Si je pourrais.

Si on tient compte des données déjà connu:
1 700 000 morts pendant 3 ans huit mois et 20 jours(1355j)
C'est 1255 personnes meurent chaque jours pendant 1355 jours.



Au travers de vos témoignages, un fait me saute aux yeux :

- en mars 1970, les " calés" de l'Histoire du Cambodge s'accordent sur un chiffrage avoisinant les 5 000 maquisards Khmers Rouges (au grand maximum, tout le monde est d'accord pour dire :" moins de 10 000"
- le 17 avril 1975, vous les témoins directs à Battambang ou Phnom Penh, vous voyez apparaitre majoritairement ceux que plus tard on verra apparaitre partout dans le monde :"des "enfants-soldats" .. des gamins de 12/14 ans

Moins de 5 ans pour arriver à un tel résultat : visiblement les KR n'étaient pas seuls pour- en partant de rien - mettre aussi vite en application l'un des principes les plus cruels des guerres révolutionnaires modernes.


kaunklau - 18/04/2013 à 13:11
RDB ,
"...Moins de 5 ans pour arriver à un tel résultat : visiblement les KR n'étaient pas seuls pour- en partant de rien - mettre aussi vite en application l'un des principes les plus cruels des guerres révolutionnaires modernes".

Personnellement , je ne pense pas que les khmers rouges ont gagné la guerre " par des armes " , comme leur Angkar avait vanté .

On est tout d'accord , que la majorité des khmers " monsieur tout le monde " respectent et apprécient NSH, comme Samdech Euv ( roi papa ). Celui-ci avait appelé la révolte ,via la radio de Pékin , en khmer . On a constaté que dans l'armée de La République khmère , les soldats ne sont pas motivés .

Au début , c'était réellement l'agression par des forces de l'armée communistes vietnamien , d'où Lon Nol avait fait appel au soldat khmer de Kampuchea krom ," les échappes blanches (kansèng sâr)" , formés par les américains .

Un autre facteur et un gros défaut , c'est la corruption dans ce régime et l'abandon de l'aide américain .
Comment vous allez vous battre , si vous enfants n'ont rien à manger ?

Le dernier facteur , c'est dans la tête des gens " mais , ils sont également khmers , pourquoi s'entretuer ? ".

La naïveté des khmers , le bouddhisme , nous entrainaient dans l'enfer .Il n'y a qu'une phrase de regret , si et seulement si , on le savait d'avance , on ne se laissait pas faire !

Seun nmott - 18/04/2013 à 13:44

Moins de 5 ans pour arriver à un tel résultat : visiblement les KR n'étaient pas seuls pour- en partant de rien - mettre aussi vite en application l'un des principes les plus cruels des guerres révolutionnaires modernes.


Non ils n'étaient pas les seuls. Ils étaient aidés par ces frères Vietcong depuis les premiers jours en armes, en hommes et en techniques.
Les attaques de Kratié et de Kompong Thom ne peuvent avoir lieu sans les aides de ces frères. A Touk meas Kampot, c'étaient que des Vietcong.

Ces soit disant 5000 adultes qui sont devenus formateurs des mômes des zones libérées. Dans un monde fermé, et bien entretenus, en un rien de temps ces mômes sont devenus de vrais esclaves(robots), obéit aux ordres sans réfléchir. Ils connaissaient à peines trois lettres de l'alphabet, ne parlent pas plus de trois mots. C'est la force de KR, pour tyranniser sa propre population plus tard, mais pas pour faire face à une vraie armée vietnamienne.
Ils ne sont pas capable de prendre une décision, mais très doués à exécuter les ordres de l'Angkar.

Une chose qu'on doit se rappeler: ce sont les gamins de "prachéa chun chah", ils sont nombreux. Dès 1971 ils sont devenus des soldats au fronts, prêt à mourir pour Angkar, qui à vrai dire ils savent pas ce que c'est. Capturés par les hommes de Lon Nol, ils deviennent muets.

robin des bois - 18/04/2013 à 15:13
[quote=Seun nmott]


Ces soit disant 5000 adultes qui sont devenus formateurs des mômes des zones libérées. Dans un monde fermé, et bien entretenus, en un rien de temps ces mômes sont devenus de vrais esclaves(robots), obéit aux ordres sans réfléchir. .



Oui et dès le 23 mars 1970, date de l'appel radiodiffusé de SNS à partir de Pékin, les 5 à 10 000 "maquisards initiaux" seraient passés rapidement à 100 000 (estimation souvent retenue); de plus effectivement, tant les soldats du Nord Vietnam( ex-Vietminh) que les Vietcongs du Sud sont entrés profondément dans le Cambodge,au moins jusqu'au premier semestre 1973 (accords de Paris) :la formation et l'organisation des maquis KR était visiblement nord-vietnamienne (ex. Viet-minh )


Seun nmott - 19/04/2013 à 10:11
19 avril 1975

La nuit était bien longue. Ma femme et moi nous essayons de nous encourager mutuellement. Nous avons bien des choses à se dire. C’est aussi la première fois que nous nous parlons beaucoup. Nous ne sommes réveillés que pas les bruits des haut-parleurs, nous convoquons cette fois à venir à une réunion. C’est déjà le matin de 19 avril 1975. Deuxième matin que je me réveille avec tante de peine. Qu’est-ce qu’il peut bien nous arriver encore ?
Ma femme m’a laissé partir à la réunion.
L’université, lieu de réunion, se trouve à l’extérieur de la ville, vers la base militaire et l’aéroport. J’ai emprunté le vélo d’un voisin pour m’y rendre.
Les KR nous ont annoncé que tous les fonctionnaires, les corps enseignants en priorité, sont convoqués à venir à une réunion d’information obligatoirement.
Je ne suis jamais venu par ici, je veux dire dans cette université. Je me dirige vers l’amphithéâtre, comme les autres, les corps enseignants. Arrivé dans l’amphi, cette grande salle est presque pleine déjà. Alors il y en a beaucoup d’enseignants, jamais pensé, jamais vu.
Il m’arrive à les voir ou les rencontrer beaucoup pendant les manifestations, mais pas à ce point.

Peu après mon arrivé dans cet amphi, des hommes apparaissent sur l’estrade devant les gradin de l’amphi. Ils sont une dizaine, tous en noirs, casquette noire et un krama au cou.

Leur chef, un homme assez fort, prend le micro. Il nous explique qu’il faut tourner la page. Oublier le passé, l’Angkar est là pour mener le pays vers le progrès. Pour se faire il nous invite tous à faire ce que l'Angkar nous demande.
On m’a dit qu’il se nomme camarade Sou, son nom révolutionnaire. Qu’il était prof, et son vrai nom est Khèk Pèn. Camarade Sou a expliqué que le pays est détruit par la guerre, il faut donc le reconstruire. Il est bien possible dans le premier que tout le monde doit quitter provisoirement leur demeure pour deux -trois jours, le temps nécessaires pour réorganiser la ville. Tout le monde est figé dans leur siège, on peut entendre une mouche qui vole. Le discours est haché et sec. A la fin il repartait sans dire au revoir. On ressort de l’amphi tête baissée, sans un mot, la mort dans l’âme.

Une fois arrivé à la maison, je racontais à ma femme tout ce que j’ai entendu et ce que je ressens. Nous sommes face à un terrible futur proche très inquiétant. Après manger je reprenais le vélo pour aller à la banque. M. CB et son chauffeur sont prêts à partir. Il insiste à ce que je l’accompagne jusqu’à centre de rassemblement, c’est dire dans l’enceint de l’hôtel de ville. Nous montons dans sa Land Rover, véhicule de service, M. CB fait au revoir à sa femme et à ses enfants. Arrivé à l’hôtel de ville, la voiture s’arrête devant un petit portail, M. CB descend de la voiture. Une fois sur le trottoir, il me disait, que je garde un œil sur sa famille si c’est possible. Puis il est parti rejoindre les autres chefs de services dans l’enceint de l’hôtel. C’est triste, c’est déchirant. Lui et moi on s’entend tellement bien.
Le chauffeur revient me poser chez moi, et on ne se le reverra plus.

Je commence à réfléchir sur qu’est-ce que je dois emmener pour ces « deux-trois jours» ?
Ma femme et moi, on est bien d’accord que ce n’est pas sincère, ce discours
Nous sommes certains qu'ils vont nous chasser de chez nous. Après avoir fait le tour de ce qu’on doit emmener, j’ai vite compris qu’il nous faut un moyen de transport. Ma femme pense à sa cousine dont le mari possède plusieurs vélo-remorque. Si on peut en avoir un, ce sera une bonne solution pour transporter tout ce qu’on a besoin.

Nous sommes allés à la recherche de ce vélo-remorque, en laissant les enfants à la maison. Une fois arrivés chez eux, nous les dévoilons notre souhait. Quelle chance alors, il a pu nous en offrir un. Il en avait une dizaine de remorques.
Ouf ! Oui, un grand soulagement car le mari de la cousine, un peu avant notre arrivée avait fait don de ces vélo-remorques à ses employés. Puisqu’il a compris comme moi, que « ces trois jours » n’est pas sincère.

Nous sommes rentrés avec un vélo-remorque, à la surprise générale. Mes voisins n'ont pas eu cette idée.
La troisième nuit nous la passons avec quelques assurances. Nous sommes certains que nous quitterons un jour notre appartement. Donc il faut emporter les indispensables, les nécessaires. Là où nous devons aller ce sera un lieu complètement inconnu, sûrement pas là où il y a de l’électricité ni de l’eau potable.
Nos nous sommes enfermés plus tôt que d’habitude, c’est pareil chez les voisins. Un drôle de silence règne, même pas un aboiement ni les chants des Gecko.
Eux aussi, ils ont peur!
Nous ne laissons qu’une petite lampe de pétrole allumée pour pouvoir préparer les sacs.
Les enfants sont tous au lit comme d’habitude. Ma femme commence à faire sa liste. Elle est très soucieuse et très minutieuse. Elle sait quoi prendre. Des paquets, des sacs sont déjà fait.
La remorque est dans la maison, je la charge au fur et à mesure. Oui on n’a pas attendu une minute. Je connais un peu comment fonctionner les khmers rouges. Pendant que ma femme contrôle ses préparations, moi, j’ai commencé à mettre mas livres dans des caisses de cartouches, dont j’ai pu les avoir par connaissance.Ce sont des livres dont j’ai espoir de les récupérer un jour. Les autres je les ai jeté direct dans les égouts derrière la maison pendant la nuit.

Les premiers indispensables sont déjà fait. Il est un déjà tard, avant de s’endormir ma femme m’a dit,
-Demain on ne doit pas laisser sortir les poules.
Oui, mes poules sont dans une cage qui se trouve dans un coin de ma cuisine. Chaque matin elles sortent quand j’ouvre la porte de la cuisine. Avant la nuit tombée, elles et ses petits rentrent à la cage, sans souci.
Par précaution ma femme ne souhaite pas qu’on les lâche. En cas échéance on ne pourrait pas les rassembler. Elle tient à ses poules soient avec nous quand on quitte la maison.



kaunklau - 19/04/2013 à 10:32
Oui ,S.nM , c'est hallucinant ton vécu , j'attends , pour lire la suite de ton vécu .
M. CB est-il , un khmer ?
Une fois arrivé à Pursat , j'ai entendu dire que ces fonctionnaires étaient montés dans des camions pour aller recevoir le roi et ils seront fusillés " sous forme d'ambuscade " par des mitrailleuses des soldats khmer rouge .
Je me demande , si ce n'est pas "Koh Krâ lâr " , le lieu de massacre ?

Seun nmott - 19/04/2013 à 10:58
kaunklau a écrit

Oui ,S.nM , c'est hallucinant ton vécu , j'attends , pour lire la suite de ton vécu .
M. CB est-il , un khmer ?
Une fois arrivé à Pursat , j'ai entendu dire que ces fonctionnaires étaient montés dans des camions pour aller recevoir le roi et ils seront fusillés " sous forme d'ambuscade " par des mitrailleuses des soldats khmer rouge .
Je me demande , si ce n'est pas "Koh Krâ lâr " , le lieu de massacre ?



Bonjour Kaunklau
M. CB est un khmer, je l'écris en initial puisque je ne sais pas si sa famille ou ses enfants sont encore en vie, dont je n'ai pas leur autorisations. Quelques personnels de cette banque vivent encore aux USA.

Du côté de Pursat, je ne connais pas très bien. Mais le nom de Koh krâlar est bien un lieu de massacre.

Cher Kaunklau, je vais poster jour pour jour...ce que ma famille a vécu selon mon carnet jusqu'à la fin de 1975. Pas peur de découvrir mes notes, certaines pages sont détruites volontairement par sécurité et par moi même. Sur ces pages, s'ils ont pu mettre la main, c'est une mort assurée.

robin des bois - 19/04/2013 à 12:35
kaunklau a écrit

Oui ,S.nM , c'est hallucinant ton vécu , j'attends , pour lire la suite de ton vécu .
M. CB est-il , un khmer ?
Une fois arrivé à Pursat , j'ai entendu dire que ces fonctionnaires étaient montés dans des camions pour aller recevoir le roi et ils seront fusillés " sous forme d'ambuscade " par des mitrailleuses des soldats khmer rouge .
Je me demande , si ce n'est pas "Koh Krâ lâr " , le lieu de massacre ?



je suis aussi avec un très grand intérêt vos témoignages vécus .

SVP, sur les "lieux de massacre à Battambang", cf aussi ce topic concernant Claire LY et son témoignage et ses recherches sur le massacre des membres de sa famille.

http://www.khmer-network.com/forum/viewthread.ph...03&highlight=claire%20LY&page=1#pid84317


kaunklau - 19/04/2013 à 13:33
Bonjour RDB ,
je revois , le lien , que vous avez remis , en haut , ci-dessus .

Effectivement , ces lieux de massacre sont peut-être , plus que un . A l'époque , quand j'étais arrivé à Pursat , vers fin 1976 , "les gens" m'avaient raconté , je n'ai pas pu constater les lieux . C'est dommage . Je ne suis pas " témoin oculaire " , je ne connais pas du tout , ces coins , cette région : Pursat , Battambang , Kompong chhnang , car je suis né à Kompong Cham vers l'est du Cambodge .

Mais , il faut savoir que les khmers rouges n'arrivent pas tous détruit des positions défensives des soldats de la République khmère , avant le 17/04/1975 . Or ,il y a des endroits , ils ont subi beaucoup des pertes , lors des assauts et des fois , ils sont obligés de se replier .

Ainsi pour marquer leur vengeance , ils fusillaient les gens ," amoureux de Samdech euv " sur ces lieux typiques . Koh krâ lâr , est bien l'une des position que subissent beaucoup de pertes des khmers rouges .

Bientôt ,comme je suis actuellement en retraite , j'irai découvrir de mes propres yeux ces lieux maudites . Mais ,il me semble que tout est changé , maintenant ...il y a déjà 38 ans .

robin des bois - 19/04/2013 à 13:51
kaunklau a écrit

Bonjour RDB ,
je revois , le lien , que vous avez remis , en haut , ci-dessus .

Effectivement , ces lieux de massacre sont peut-être , plus que un . A l'époque , quand j'étais arrivé à Pursat , vers fin 1976 , "les gens" m'avaient raconté , je n'ai pas pu constater les lieux . C'est dommage . Je ne suis pas " témoin oculaire " , je ne connais pas du tout , ces coins , cette région : Pursat , Battambang , Kompong chhnang , car je suis né à Kompong Cham vers l'est du Cambodge .

.



Si vous lisez attentivement l'extrait de Claire LY que j'ai cité sur K-N, dans la conversation entre Claire LY et le jeune Cambodgien qui la reçoit sur les lieux, celui-ci commence par lui demander ce que faisait exactement son père, puis lui explique qu'il y a en fait 2 charniers :

- un avec les "notables de Battambang et les gradés"(s-e "de l'armée de LON Nol") : c'est Phnom TIPADEI, dont Sn-n connaissait visiblement déjà le nom, qu'il avait déjà cité en tant que charnier avant que je ne publie le txt de Claire LY

- un autre avec les "subalternes " ( interprétation de rdb : des soldats de l'armée de LON Nol sans doute )
je suppose que c'est l'autre nom de charnier que vous avez cité, et que Sn-n connait aussi .




Edité le 19/04/2013 @ 13:56 par robin des bois

kaunklau - 19/04/2013 à 14:24
Phnom THIP PA DEI , chez les khmers rouges se trouve DAMBâN 2 . A gauche de la RN 5 de PURSAT vers BATTAMBANG . La séparation de Dâmbân 2 et Dâmbân 7 , c'est le chemin de fer (construit par les français ) reliant P.Penh /Battambâng . A mon avis , cette montagne (phnom = montagne) est à environ 30/40 km de la RN 5 , par loin de Mong .
C'est l'endroit où j'ai passé à côté , pendant la nuit , où j'avais quitté " camarades khmer rouge " en 1976 , avec mes 3 amis .
J'aimerai bien voir la carte détaillée de cette région ! mais qui pourra nous mettre en ligne ? , nos amis cambodgien , au Cambodge , peut-être ?

Edité le 19/04/2013 @ 14:25 par kaunklau

bbn - 19/04/2013 à 14:32
le chemin a été l initiative des francais, et la construction est faite par les esclaves khmeres. oui, durant la période coloniale, il y avait des esclaves khmeres. jamais un francais colon ne construit quoique ce soit. les colons supervisaient.

robin des bois - 19/04/2013 à 14:51
bbn a écrit

le chemin a été l initiative des francais, et la construction est faite par les esclaves khmeres. oui, durant la période coloniale, il y avait des esclaves khmeres. jamais un francais colon ne construit quoique ce soit. les colons supervisaient.



?????? Dites donc, vous avez fait des études très classiques et très "class"

- Le chemin de fer : je ne sais pas mais très possible que votre version s'approche de la réalité de la "Belle Indochine de papa "...

- ceci dit, cela n'aurait pas été une "nouveauté en pays khmer"!

Angkor Vat et d'autres monuments d'Angkor ont été construits aussi avec des esclaves : çà c'est sur !!

° "esclaves de guerre"(quand Jaja VII manquait de main d'oeuvre, allez hop une petite guerre )

° "esclaves pour dettes d'argent ou de jeu" : et y en avait pas mal parait-il (rien n'a, semble-t-il, beaucoup changé depuis !!!)
... etc etc ..







Edité le 19/04/2013 @ 14:53 par robin des bois

kaunklau - 19/04/2013 à 14:54
bbn a écrit

le chemin a été l initiative des francais, et la construction est faite par les esclaves khmeres. oui, durant la période coloniale, il y avait des esclaves khmeres. jamais un francais colon ne construit quoique ce soit. les colons supervisaient.

pour vous faire plaisir :
lire , plus tôt : " le chemin de fer construit à l'époque de colonisation française " ou " construit à l'époque de protectorat français "

Seun nmott - 19/04/2013 à 14:56
robin des bois a écrit

kaunklau a écrit

Bonjour RDB ,
je revois , le lien , que vous avez remis , en haut , ci-dessus .

Effectivement , ces lieux de massacre sont peut-être , plus que un . A l'époque , quand j'étais arrivé à Pursat , vers fin 1976 , "les gens" m'avaient raconté , je n'ai pas pu constater les lieux . C'est dommage . Je ne suis pas " témoin oculaire " , je ne connais pas du tout , ces coins , cette région : Pursat , Battambang , Kompong chhnang , car je suis né à Kompong Cham vers l'est du Cambodge .

.


- un avec les "notables de Battambang et les gradés"(s-e "de l'armée de LON Nol") : c'est Phnom TIPADEI, dont Sn-n connaissait visiblement déjà le nom, qu'il avait déjà cité en tant que charnier avant que je ne publie le txt de Claire LY

- un autre avec les "subalternes " ( interprétation de rdb : des soldats de l'armée de LON Nol sans doute )
je suppose que c'est l'autre nom de charnier que vous avez cité, et que Sn-n connait aussi .




Phnom TIPADEI, c'est là que je dois m'y rendre pour et dans l'espoir de retrouver mon père. Mais le salop de Mékang(chef de section), un jeune de 13 ans ne m'a pas accordé . Oui dans man village on est en train de former un groupe pour aller ramasser les lianes à Phnom Theupdei.
On racontait au paravent que beaucoup de Phnom Penhois y sont envoyés par milliers. Je suis donc allé demander, supplier je me suis mi à genou à ce jeune de faire partie du groupe. Hélas, il m'a rejeté comme une feuille morte.
C'est pourquoi je ne sais jamais où est mort mon père et les autres membres de la famille.
Ce n'est qu'en février 1980 que j'ai pu faire un tour par là. Juste un tour pour seulement voir ce que c'est Phnom Theupdei.

J'ai encore de la rage.
Voilà 38 ans passé que je n'ai pas vraiment fait un vrai deuil.


Kaunklau, tu as surement croisé mon père.....
..............


robin des bois - 19/04/2013 à 15:09
Seun nmott a écrit

robin des bois a écrit

kaunklau a écrit

Bonjour RDB ,
je revois , le lien , que vous avez remis , en haut , ci-dessus .

Effectivement , ces lieux de massacre sont peut-être , plus que un . A l'époque , quand j'étais arrivé à Pursat , vers fin 1976 , "les gens" m'avaient raconté , je n'ai pas pu constater les lieux . C'est dommage . Je ne suis pas " témoin oculaire " , je ne connais pas du tout , ces coins , cette région : Pursat , Battambang , Kompong chhnang , car je suis né à Kompong Cham vers l'est du Cambodge .

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- un avec les "notables de Battambang et les gradés"(s-e "de l'armée de LON Nol") : c'est Phnom TIPADEI, dont Sn-n connaissait visiblement déjà le nom, qu'il avait déjà cité en tant que charnier avant que je ne publie le txt de Claire LY

- un autre avec les "subalternes " ( interprétation de rdb : des soldats de l'armée de LON Nol sans doute )
je suppose que c'est l'autre nom de charnier que vous avez cité, et que Sn-n connait aussi .




Phnom TIPADEI, c'est là que je dois m'y rendre pour et dans l'espoir de retrouver mon père. Mais le salop de Mékang(chef de section), un jeune de 13 ans ne m'a pas accordé . Oui dans man village on est en train de former un groupe pour aller ramasser les lianes à Phnom Theupdei.
On racontait au paravent que beaucoup de Phnom Penhois y sont envoyés par milliers. Je suis donc allé demander, supplier je me suis mi à genou à ce jeune de faire partie du groupe. Hélas, il m'a rejeté comme une feuille morte.
C'est pourquoi je ne sais jamais où est mort mon père et les autres membres de la famille.
Ce n'est qu'en février 1980 que j'ai pu faire un tour par là. Juste un tour pour seulement voir ce que c'est Phnom Theupdei.

J'ai encore de la rage.
Voilà 38 ans passé que je n'ai pas vraiment fait un vrai deuil.


Kaunklau, tu as surement croisé mon père.....
..............





Bonjour Sn-n

A relire attentivement le passage de Claire LY et les déclarations du jeune homme qui la renseigne sur place à TIPADEI, on pourrait comprendre aussi que les 2 groupes indiqués ont été exécutés à TIPADEI ....
mais à 2 endroits légèrement différents de TIPADEI par rapport à sa cabane qui lui sert d'habitation



ps : compte tenu de l'importance du sujet et de vos références communes, peut-être pourriez vous contacter directement Mme Claire Ly ?
voici une page de son site internet

http://www.clairely.com/auteur.htm


NeakReach - 19/04/2013 à 20:22
Qu’est-ce que je peux dire sur les jours suivants… pas grande chose que tout le monde ne savait déjà et nous étions, comme des 2 millions d’autres phnom-penhois versés, dans la rue.

Ce qui est amusant, et triste à la fois, à dire, c’est que nous dormions à la belle étoile, la nuit du 17 avril 1975, à quelques centaines de mètres de chez nous car nous n’avions pas pu aller plus loin. Ou je devrais dire plutôt ex-chez-nous puisque je n’avions plus le droit y retourner.

Ce qui est amusant également à dire, c’est que notre grand-père se posait la question sur sa valise de riels, qui représentait tout de même une vie de travail et d’économie. La réponse était : "ça ne valait même pas un bol de riz !".

De mémoire, nous passions quelques jours avant de pouvoir quitter complétement Phnom-Penh et ses envions… Il y avait tellement de monde sur la route !



Seun nmott - 19/04/2013 à 20:40
NeakReach a écrit

Qu’est-ce que je peux dire sur les jours suivants… pas grande chose que tout le monde ne savait déjà et nous étions, comme des 2 millions d’autres phnom-penhois versés, dans la rue.

Ce qui est amusant, et triste à la fois, à dire, c’est que nous dormions à la belle étoile, la nuit du 17 avril 1975, à quelques centaines de mètres de chez nous car nous n’avions pas pu aller plus loin. Ou je devrais dire plutôt ex-chez-nous puisque je n’avions plus le droit y retourner.

Ce qui est amusant également à dire, c’est que notre grand-père se posait la question sur sa valise de riels, qui représentait tout de même une vie de travail et d’économie. La réponse était : "ça ne valait même pas un bol de riz !".

De mémoire, nous passions quelques jours avant de pouvoir quitter complétement Phnom-Penh et ses envions… Il y avait tellement de monde sur la route !




A Phnom Penh la déportation c'est dès le premier jour. Comme Phnom Penh est coupé du reste de Cambodge et vis versa. Nous, à Battambang, nous ne savons rien de tout ça. Il n'y a pas de communication possible.
Voyez vous, au 19 avril on est encore chez soi. On sait qu'on doit partir mais on ne savait pas quand.
Or les billets de banque circulent encore...

Demain je vous livre le 20 avril..

Seun nmott - 19/04/2013 à 20:44
robin des bois a écrit


ps : compte tenu de l'importance du sujet et de vos références communes, peut-être pourriez vous contacter directement Mme Claire Ly ?
voici une page de son site internet

http://www.clairely.com/auteur.htm




Merci pour cette suggestion.
Seulement je ne me sens pas encore prêt pour rencontrer cette personne.:sourire:

kaunklau - 19/04/2013 à 20:48
@Neak reach ,
vous étiez à Tek la âk ou kilo lék bourn ( km 4 ) , normalement , ils vous envoyaient vers Chamkar daung , dans l'autre direction . Comment ça se fait que vous vous trouviez en RN 5 . En principe les gens de stat chas ( Ambassade de France ) sont refoulés vers RN5 . On est bien d'accord la RN 5 , c'est bien , P.Penh , km 6 , Prèk khdam ...à moins que , je me suis trompé , car il y a tout de même 38 ans .

Moi , comme , j'étais pas loin de Tuol kork ," Beung brâ yab " ils m'avaient dirigé vers "DEY THMEY " , à l'ouest de la capitale et puis Ang Sérei ( Oudong) , sur une route non goudronnée . Je ne connaissais pas cette région .

NeakReach - 19/04/2013 à 20:50
Seun nmott a écrit


Demain je vous livre le 20 avril..



Bonsoir Seun nmott,

Merci pour vos récits sur Battambang. On en parle si peu...
Et grâce à vos récits, j'ai découvert ce qu'il s'y était passé réellement.

J'attends demain le 20 pour lire la suite...

Bonne soirée...

NeakReach - 19/04/2013 à 21:16
kaunklau a écrit


@Neak reach ,
vous étiez à Tek la âk ou kilo lék bourn ( km 4 ) , normalement , ils vous envoyaient vers Chamkar daung , dans l'autre direction . Comment ça se fait que vous vous trouviez en RN 5 . En principe les gens de stat chas ( Ambassade de France ) sont refoulés vers RN5 . On est bien d'accord la RN 5 , c'est bien , P.Penh , km 6 , Prèk khdam ...à moins que , je me suis trompé , car il y a tout de même 38 ans .

Moi , comme , j'étais pas loin de Tuol kork ," Beung brâ yab " ils m'avaient dirigé vers "DEY THMEY " , à l'ouest de la capitale et puis Ang Sérei ( Oudong) , sur une route non goudronnée . Je ne connaissais pas cette région .



Bonsoir kaunklau,
Je vais essayer de vous apporter la réponse au fur et à mesure de l’avancement de l’histoire…
Ce sera pour les prochains chapitres…
Bonne soirée à vous.



NeakReach - 20/04/2013 à 07:40
kaunklau a écrit


@Neak reach ,
vous étiez à Tek la âk ou kilo lék bourn ( km 4 ) , normalement , ils vous envoyaient vers Chamkar daung , dans l'autre direction . Comment ça se fait que vous vous trouviez en RN 5 . En principe les gens de stat chas ( Ambassade de France ) sont refoulés vers RN5 . On est bien d'accord la RN 5 , c'est bien , P.Penh , km 6 , Prèk khdam ...à moins que , je me suis trompé , car il y a tout de même 38 ans .

Moi , comme , j'étais pas loin de Tuol kork ," Beung brâ yab " ils m'avaient dirigé vers "DEY THMEY " , à l'ouest de la capitale et puis Ang Sérei ( Oudong) , sur une route non goudronnée . Je ne connaissais pas cette région .



Bonjour à tous, bonjour Seun nmott et kaunklau,

Par quel miracle, nous nous retrouvions sur la RN5 ? J’avoue que je ne sais pas… Je ne sais pas comment mon père avait pu se débrouiller pour atteindre cette route. Tout comme comment il avait pu réussir dans l’après-midi du 17 avril 1975 à amener toute la famille de ma tante de Tuol Kork à Teuk La-âk.

De mémoire, nous n’avions jamais marché à contresens, mais toujours dans le même sens des autres Phnom-penhois. Peut-être que dans les premiers jours, nous pouvions aller dans la direction où nous voulions. Ce qui explique que nous passions plusieurs jours à quitter complètement Phnom-Penh et ses environs.

Il était clair que notre objectif, dès lors que nous quittions Phnom-Penh, était de retourner à notre srok natal dans la province de Battambang. Donc, atteindre la RN5 était notre but suprême. Aller dans l’autre sens en direction Chamkar Daung ? C’était inimaginable ! Nous ne connaissions pas cette région.



kaunklau - 20/04/2013 à 08:46
Bonjour N.reah ,
je vois comment , il avait fait votre papa . Il contournait la capitale , via Tourl Kork , puis la direction , le Pont Chrouy Chang var (ambassade de France) et après il longeait Le Mékong ,en traversant Russey keo , prèk khdam , kampong lourng....
En 1963 , j'étais à Teuk La âk ,quelques mois , pas loin de péth Lok San ( Hopital des bonzes ) , quand mon frère avait suivi la formation de cours d'infirmier d'état (3 ans).
En 1970 , ayant suivi , le cours de Fac. de Médécine , j'avais loué une petite pièce à Stat Chas ( à 500 m de l'Ambassade de France ). C'est le coin où j'étais trainé , en CPEM de faculté de Medecine . De ce stade , on peut aller à Tourl kork ,par une route en digue , c'est pour ça que je me trouvais à Stung mean chey chez mon cousin le soir du 17 avril 1975 . Je me demande , si ce n'est pas ce lac , il appelait actuellement " beung kâk " .
Mais bon , c'est juste pour se rappeler la nostalgie du pays , car , maintenant tout est changé .

Seun nmott - 20/04/2013 à 10:14
Bonjour NeakReach et Kaunkalu
Parlant du miracle, je ne dirai pas oui.
Peut pour vous, NearKreach, qui avait pu retrouve votre papa. Moi aussi j'ai ptis la direction PhnomPenh pour retrouver ma famille, sur la RN5. Hélas!

Ce qu'a vécu les Phnompenhois, nous à Battambnag aura la même chose. Je vous raconterai le jour venu.

Kaunklau, Beung kak, oui. La route-digue en question( rue des petite fleurs des année 80) reliant stade à l'antenne de TV Tourlkork, c'est la digue de Tourlkork qui contourne ce quartier par le nord, jusqu' à l'intersection boulevard Fédération URSS et Péth lok sang et qui prolonge à l'hôpital Russie.

Seun nmott - 20/04/2013 à 10:19
20 avril 1975

Depuis quatre jours que Battambang est dans les mains du nouveau maitre.
Les rues de la ville ont de nouveau du trafic, ce sont les véhicules militaires conduits par des jeunes soldats, ou des véhicules touristes réquisitionnés montés par des hommes nouveaux, les micros à la bouche appellent la population à respecter les ordres du nouveau maitre.

Il y a de plus en plus des soldats Khmer rouges, à pied, dans les rues et ruelles de la ville, ils sont par petits groupes de trois – quatre maximums. On dit qu’ils sont en train de quadriller la ville.

Après l’appel à la réunion, ils appellent les militaires à se désarmer, et à se rendre dans un centre réservé, le groupe scolaire SH dans le centre de la ville. Aux gradés ou aux non gradés que ceux qui se font démasquer seront exécuté sur place.
Parmi les appels, il y a un qui plait à la population, c’est de rappeler à leurs jeunes soldats d’arrêter leurs folies, et de ne plus quitter leurs unités respectives. Les fautifs seront punis par l’Angkar.

Depuis qu’ils ont fait leur entrée dans la ville, beaucoup de ces jeunes soldats circulent joyeusement dans les rues sur des motos réquisitionnés, des voitures, mêmes des camions de transports de troupe de l’armée vaincue. Il y en a qui loupe son virage et se retrouve dans la rivière, d’autres se font blesser à l’intersection. On raconte que devant une librairie les jeunes soldats se tassent devant les portraits des jolies filles.

Bien qu’il y a un semblant de calme, car on entend plus les bruits des mitraillettes automatiques, des obus ou des coups de canon, ni des t28, on sait que c’est trompeur. Un cataclysme abattra sans doute demain. Seulement au petit marché ouvert derrière la pagode Sangkè, il y a un peu de monde. Les billets de banque circulent encore. Les KR ont ordonné que tous ne coûte qu’un riel, un kilo de viande ou un kilo de riz. Sauf qu’il n’y avait pas de vendeur de viande ni de riz au marché. Ma femme et moi, nous avons pu acheter des gâteaux de son de riz (num kantourk), c’est une sorte de gâteaux qu’on puisse garder. Ce sera pour mes enfants. On a senti que bientôt ces billets de banque ne valent plus rien*.

Dans l’après-midi, un voisin a tué son cochon. Tous les voisins proches ont pu avoir entre un et deux kilos chacun au prix bien raisonnable. Nous avons eu deux kilo aussi, alors ma femme les avait marinés et séchés pour plus tard.

Les discussions entre voisins continuent, ce qui nous a permis de voir et de prévoir. Mes voisins directs sont des jeunes sous -officiers de la base de l’armée de l’air de Battambang. Ils sont quatre et sont colocataires, des mécanos au sol. Depuis le premier jour on ne les voit presque pas. Aujourd’hui, ils sont là, mais très discret. Dans leur appartement, ils nous ont confié leurs aventures.
Ils ont bien été dans le centre de rassemblement, c’est l’école primaire des petites filles, le groupe scolaire So Heu. Ils disent que les officiers sont séparés des sous-officiers. Ils y sont tous, il n’y en a même pas de sentinelle, mais personne ne pense à s’échapper. Mes trois voisins, eux ils ont décidé de s’enfuir. C’est ce qu’ils ont fait, puis ils ont fait raser la tête. Ils ne sont pas bêtes. Ils nous demandent de ne rien dire, ils se cachent dans leur appartement. Le quatrième commence à raser sa tête lui aussi. Oui il n’était pas avec les trois autres au centre de rassemblement. Il a bien caché à l’intérieur ; or personne ne s’en aperçoive.

Les chefs de service de toutes les administrations de Battambang sont à l’hôtel de ville, les militaires dans une école, ça ne sent pas bien bon. La peur gagne de jour en jour. Une voisine a craqué, elle embrassait ses enfants et sanglotait sur son lit.
Nous (avec les autres voisins) sommes venus l’encourager. Mais que des mots, que des mots, car nous aussi, nous ne savons rien de ce qui peut nous tomber dessus.
Cette nuit encore, nous allons la passer avec beaucoup d’inquiétudes.

*Ce qui est marrant(terme de Neakreach) c’est qu’il y a des gens vendent encore et qui acceptent encore ces billets.
Ma femme elle ne pense qu’à acheter, des gâteaux pour ses enfants, ceux qui peuvent garder plus longtemps. Elle en donne même aux voisins.

kaunklau - 20/04/2013 à 19:24
Qu'est-ce qui s'est passé le 17/04/1970 , à Chroy Chang var , rive en face de Phnom Penh ?

Le matin ,il y avait également des jeunes petits bonhommes vêtus en noirs , en formation en colonne , sans sourire , ni bavard , traverser le village .
Un groupe de 5 à 6 personnes avaient forcé la porte blindée d'une pharmacie , en face de quai Hawai . Ils triaient tous les médicaments et mettaient dans les cartons , puis ils les chargeaient dans une GMC ( camion militaire de l'armée Lon Nol ) .
Comme ils ne savaient pas conduire ce camion , ils avaient demandé à une personne , afin de ramener ces cartons pour embarquer dans un bateau , sur le quai " Arex " . Destination ?
Ils encadraient toutes les familles des marins , hommes , femmes , enfants de Chroy Chang var , vers le quai Hawai ou Arey Khsat pour se faire embarquer .
Selon les gens , elles seront toutes fusillées , en amont vers Kompong Cham , la même date . Pour les civils , je ne savais pas ,qu'est-ce qu'ils ont fait le lendemain , car vers 17 h du 17/04/75 , j'étais à P.Penh.


NeakReach - 20/04/2013 à 19:40
Bonsoir à tous, bonsoir Seun nmott et kaunklau,

Merci de votre précision. Je pense comme vous que nous devions contourner par l’ouest puis le nord de Tuol Kork.

Concernant Teuk La-âk, on habitait seulement à partir de fin 1973, lorsque nous arrivions de notre srok natal. Quand j’y pense, on n’aurait jamais dû le quitter, mais c’est comme ça.

Parlant du miracle… il pouvait se produire une ou deux fois mais pas plus. Comme à cette époque –là, nous, le peuple khmer, en a tellement besoin…

Sinon, merci Seun nmott pour vos récits. Je commence à comprendre sur certains points. Avant, je ne comprenais pas pourquoi certains Phnom-Penhois avaient réussi à atteindre la région de Battambang, tandis que nous, nous avions galéré sans y arriver ! Nous verrons tout ça, au fur et à mesure de l’avancement de nos histoires réciproques.

Bien à vous…


Seun nmott - 20/04/2013 à 21:09
Vous êtes de la première déportation?!? Je sais Ô combien vous avez souffert.
Or la deuxième déportation des Phnom Penhois est une mise à mort.
Ils ont été chargés dans des trains à destination Pursat. Ils se font larguer dans des coins perdus de cette province, même en pleine nuit à la merci de tous les risques. Il y en a qui ont un peu plus de chance. Ce sont ceux qui sont largués à Maung. Ceux là ont pu rejoindre d'autre village comme Kampong Preah(Battambang) où une trentaine de familles sont arrivées à mon village aux environs du mois de septembre 1975.. C'est pourquoi j'avais appris cette triste nouvelle. Qui m'a fait penser à mon père et à mes frères qui, sont de Phnom Penh, étaient probablement parmi eux.


kaunklau - 21/04/2013 à 00:01
Seun nmott a écrit

Vous êtes de la première déportation?!? Je sais Ô combien vous avez souffert.
Or la deuxième déportation des Phnom Penhois est une mise à mort.
Ils ont été chargés dans des trains à destination Pursat. Ils se font larguer dans des coins perdus de cette province, même en pleine nuit à la merci de tous les risques. Il y en a qui ont un peu plus de chance. Ce sont ceux qui sont largués à Maung. Ceux là ont pu rejoindre d'autre village comme Kampong Preah(Battambang) où une trentaine de familles sont arrivées à mon village aux environs du mois de septembre 1975.. C'est pourquoi j'avais appris cette triste nouvelle. Qui m'a fait penser à mon père et à mes frères qui, sont de Phnom Penh, étaient probablement parmi eux.



Mes chers amis , justement , c'est après ma déportation , la 1 ère vague , " par bateaux , puis camions " , que vous autres , vous étiez ramené en " train , chemin de fer " , vers la région nord-ouest ( Dambân 7 ,2 , 1 , 4 Battambâng , Pursat).

Seun nmott - 21/04/2013 à 10:35
21 avril 1975

C’est devenu presqu’une coutume, depuis, qu’on se fait réveiller par les appels par des hautparleurs.
Les appels aux réunions d’informations se multiplient. Les gens se demandent, faut-il toujours répondre à ces appels, et de se rendre à ces réunions ?
Beaucoup ont fait. D’autres, comme moi, ne répondent plus à ces nouveaux appels.
Il y a aussi les appels qui sont destinés aux soldats de se rendre et de déposer leurs armes, et aussi à la population de rendre leurs armes. Je le trouve très étonnant, moi j’ai jeté la mienne dès la troisième nuit. Oui, j’avais une carabine M2, semi-automatique. Comme ma femme est la responsable de la caisse, il est nécessaire que je possède une arme pour nous défendre en cas de cambriolage nocturne. Je ne sais pas si c’est vraiment utile. Mais CB tient à ce que je me rassure, c’est pourquoi il m’a offert ce fusil.

Après le repas de midi, j’ai sauté sur mon vélo(le vélo de ma remorque), je file vers la banque pour prendre les nouvelles de M. CB. Il y en a vraiment beaucoup moins de gens qui circulent. Je ne croise que deux ou trois passants, j’avais froid au dos, tellement froid au dos. Comme j’ai donné ma parole à CB, alors je dois tenir ma promesse. Arrivé à la banque, je suis reçu comme un membre de la famille. Mme CB m’a parlé tristement qu’elle ne pense pas retrouver son mari. Elle m’a raconté qu’un de ses enfants, celui qui apporte de la nourriture à son père, n’a pas pu la lui passer aujourd’hui. Il n’a pas pu approcher l’hôtel de ville. De loin il ne voyait personne. Déjà hier, il a dû demander à une jeune sentinelle KR de passer le pot de nourriture à son père. Il ne croit pas que son père reçoit le pot. La famille est déjà dans le chaos. Mme CB m’a poussé de rentrer rejoindre ma famille en vitesse. Sur le chemin de retour, j’avais une peur bleu, et si pendant ce temps il se passe un malheur, je ne me pardonnerai jamais.

J’ai retrouvé ma famille à la maison et bien réunie. La triste nouvelle de la famille de CB a rendu ma femme complètement abasourdie. Je sais qu’elle apprécie bien son chef, et sa femme qui nous est toujours très proches est en train de tomber dans un chagrin de sa vie.
Alors je ne suis ni chef de service, ni soldat, donc je n’ai rien à craindre. Cela ne peut pas arriver à moi. Mais que nous réserve demain. Ma femme m’a regardé ferment et dit,
- tu ne dois plus à aller à aucune réunion. Ils ne peuvent pas savoir, ils ne peuvent pas contrôler.
Comment le sait-elle ?
Je pense que c’est la peur de me perdre qui l’a poussée. Par contre elle a peut-être raison, car jusqu’à présent les jeunes soldats khmers rouges passent et repassent devant chez nous, mais aucun ne rentre dans aucune maison. Ils se contentent de regarder à distance. Mais leurs façons de regarder vers les maisons de la population nous font peur.
Les derniers réfugiés ont quitté la ville. Ils sont surement retournés chez eux, j’espère.

Un de mes voisins, celui qui a hébergé une famille de paysan chez lui depuis quelque mois, vient de me dire que son frère adoptif, le paysan, et sa famille sont rentrés chez eux sain et sauf.
Une bonne nouvelle.

Seun nmott - 22/04/2013 à 12:21
22 avril 1975

Il est presque vide cette page.

Il n'y a que quelques lignes:
La détresse augmente de jour en jour.
Une voisine m'a offert un lot de briquets.
Les quarte voisins célibataires ne sont plus dans leur appartement.

A la fin de cette page, il y a cette phrase:
Nous regardons dormir les enfants, nous sentons de plus en plus seul.

NeakReach - 22/04/2013 à 19:38
Route nationale 5

Dès que nous arrivions sur la route nationale 5, nous pensions d’avoir fait le plus dur et que nous allions rentrer à notre srok natal sans difficulté particulière.

Hélas, milles fois hélas, même s’il y avait un peu moins de monde qu’à Phnom-Penh, la route était toujours bondée. On n’avançait pas beaucoup plus. Et des milliers et des milliers de familles s’entassaient le long de la route. L’atmosphère était de plus en plus lourde, sans parler de la chaleur du mois avril. On pouvait lire sur le visage des gens que tous se posaient des questions et s’inquiétaient sur leur avenir incertain.

Les appels adressés aux officiers et aux soldats de la république se multipliaient tout au long de la route. Les bruits sur des crimes abominables commis par les vainqueurs commençaient également à circuler. Ces bruits disaient que les familles des officiers et des soldats de la république, ayant répondu aux appels, ont été fusillées dans les champs. Les bébés étaient jetés en l’air et réceptionnés par le bout de couteau de kalachnikov.

En ce qui nous concernait, c’était clair et sans ambiguïté. Avant même le 17 avril 1975, nos parents nous avaient indiqué que le métier de notre père était celui avant guerre civile : professeur histoire-géo. Donc notre père était "lok krou" point. C’était simple pour nous puisque c’était son métier avant.

Une autre rumeur circulait, à grande vitesse, que "Samdach Euv" allaient rentrer au pays. Des milliers de gens reprenaient de l’espoir. Leur espoir était "enfin, nous pouvons rentrer chez nous en toute sécurité". Quelques jours plus tard, l’armée KR annonçait "officiellement" que ce personnage était arrivé au srok et que ceux qui voulaient aller l’accueillir étaient les bienvenus, et mettait en place des camions à leur disposition.

Le mari de ma tante, pro "Samdach Euv", demanda alors à sa femme et à ses enfants de préparer les valises pour rentrer à Phnom-Penh et pour accueillir "Samdach Euv". Mon père le suppliait de ne pas y aller. Mais pour mon oncle, il n’était plus question pour lui de rester davantage sur la route et d’aller dans la région de Battambang (qui n’était pas son srok), et surtout maintenant que "notre roi" était rentré et en principe il n’y avait plus de danger. Le refus était catégorique. Mon père tenta une dernière chance de le convaincre de prendre seulement la deuxième vague et de laisser les autres partir en premiers. Il accepta.

Ceux, qui aimaient profondément ce roi comme mon oncle, allaient faire partie de la première vague et monter dans l’un des camions mis à leur disposition. Ces camions allaient les amener directement au ciel…

Et le miracle s’était encore reproduit pour la famille de ma tante… et il nous reste encore trois ans, huit mois et une quinzaine de jours à tenir…


Seun nmott - 22/04/2013 à 20:44
Ce qu'ils ont fait à Phnom Penh aux Phnom Penhois est contraire à Battambang.
Jusqu'au 22 avril on est encore chez soi.
Or les hauts fonctionnaires sont demandés à se rendre dans un lieu, qu'on le veuille oui non. Par peur de représailles on subira de lourdes conséquences, ces hauts fonctionnaires préfèrent se rendre docilement.Mais à la fin, ils avaient le même sort. L'hôtel de ville est vide depuis hier. Où sont ils emmenés?
Au camp de concentration des officiers, on parlait des camions sont venus les chercher, hier aussi.

Ils n'appliquent pas la même stratégie. J'ai remarqué que les réfugiés ont regagné leur domicile normalement. Les doutes existent.

Par contre ils se servent le même nom de Sihanouk pour tromper leurs adversaires. Même piège donc c'est bien prémédité.
Ils sont retournés pour accueillir celui qui les a condamné? je ne comprends pas ces gens.
Mon beau père préfère se jeter dans dans un camion de transport de troupe des KR au niveau de Prek Pneuv sur la RN5. Tuer sur place au lieu de laisser zigouiller par ces Tmils.


kaunklau - 22/04/2013 à 22:01
Ceux qui n'ont pas vu ou n'ont pas vécu ne pouvaient jamais imaginer ce que c'est " La peur " . Et la peur atroce ,car , on dirait qu'on vit dans un autre monde .Un mot , un geste sans faire attention , nous ramène directement à la mort.
Les saletés de gosses yuthear ( les jeunes soldats KR ) , voulaient m'attacher pour me faire fusiller , car j'ai ramassé les lianes ( voi ban daul pich),pour faire des médicaments . Or ces produits poussaient dans la nature , sans personne ne les faire pousser . " Mith èng ,min toan , chum rous âs té ? " , voilà la phrase miracle que ces robots savent retenir et exprimer par coeur .
J'ai vu un jeune , un chef de " scoot " de P.PENH , avait la main attachée pour être fusillé dans le "steung Pursat " , car il parait qu'il avait ramassé le riz ( une poignée) dans les rizières .

Nos vies étaient réellement tenues par une ficelle . Ces voyous font ce qu'ils voulaient ,avec . On dirait que nous étions des ennemies ancestrales , hériditaires ( sa trov sour pouch) , qu'on n'avait pas le même sang qu'eux .
Pour cette raison , que je ne peux pas tolérer les actions de son " Angkar Leur " de ces thmils .

Seun nmott - 23/04/2013 à 12:36
Ces jeunes soldats KR nous considèrent comme ennemis perdants, le moindre geste récalcitrant est vu comme anti-Angkar dont à supprimer.
Enrôlés et endoctrinés très jeune, ils n’avaient pas les facultés de réfléchir.
Sans foi ni loi, ils exécutent très bien les ordres.
Ramasser quelques chose est vu comme désire d’en posséder, est contraire à leur doctrine « combattre la possession » (Kamasith sourn tour). Une copie très intelligente par les dirigeants KR de l’enseignement bouddhiste « élimination de tous désirs » et que les détracteurs du bouddhisme criaient oui, oui.
Pour eux, qui ont gagné par les armes, alors c’est avec les armes qu’ils règlent les comptes.
Cet état d’esprit gangrène, dont les séquelles sont visibles dans la société khmère actuelle.
.............




Au 23 avril, la ville de Battambang est bien calme, je n'ai pas sorti de chez moi. Un appartement je l'ai loué. C'est une grande maison de plein pied, en bois recouverte de tôle de zinc, divisée en dix compartiments rectangulaire de 4 X 10m. Elle se trouve à cent 100 de la grande rue qui lie l’hôtel de ville au rond point de "Neakta damsbang krângoung. C'est une ancien portion de la RN5 avant l’existence de la route ceinture qui contourne le ville d'est à ouest.Je suis au cinquième compartiment.

Dans le milieu de l'après midi de ce 23 avril, ce qui peut marquer les esprits c'est les appels à une réunions d'informations avec insistance.
J'ai décidé de ne plus entendre cet appel, tout comme mes voisins.


bbn - 23/04/2013 à 13:53
oui c est triste et emouvant. nous aussi nosu avons été déporté. je suis allé au mois de février 2013 avec ma mére pour réperer notre lieu de déportation vers la banlieue de battambang. il y a toujours les tamariniers mais des images de morts de nos proches revienennt: ma soeur, ma grand_mere, mes tantes, morts de maladies et de faim, mon père mort fusillé parce qu il était enseigant. quelle tristesse d etre humain. il y a toujours de la tristesse et une incompréhension. pourquoi s attaque aux enfants? pourquoi laisser en famine, une population si douce et aimable? quelle tristesse de repenser à tout cela.

Seun nmott - 23/04/2013 à 14:28
bbn a écrit

oui c est triste et émouvant. nous aussi nous avons été déporté..

:whaou:
Est ce que vous vous rappelez du nom de l'endroit?
Des tamarniiers ..:reflechi1:

A Battambang, est à ma connaissance, il y a le Dambân bourn(Zone 4), dambân Bei(3) et dambân muoy(1). J'étais dans le 4) le plus misérable.

J'étais enseignant comme votre père.
Votre famille était à Battambang à ce moment là?
Ou elle vient d'ailleurs, deuxième déportation par exemple.

Il a été fusillé, comment le savez vous?

Vous n'êtes pas obligé de me répondre.

bbn - 23/04/2013 à 14:39
oui, mere m a dit le nom, mpeil pram deum, en face il y a un temple. c est sur la route en provenance de phnom penh. oui nous avions une famille nombreuse mais originairement de siem reap et phnom penh. oui, étant tres jeunes 6 ans, je me rappelle un soir de pluie, ils sont venus le chercher et pas de nouvelles. mais maintenant, depuis que je suis allé avec ma mère, tout devient claire. je n ai plus d images vagues du cambodge ni de crainte.

Seun nmott - 23/04/2013 à 15:30
bbn a écrit

oui, mere m a dit le nom, mpeil pram deum, en face il y a un temple.cambodge ni de crainte.


Ampil pram daeum
ZqQ2vjd.jpg
Ampil pram Daeum--->phum Bavel --->phum khnach Romeah ---> phum Thei Thei--> NR5, c'est entre Battambnag et Chroy sdav( Battambang -> Banteay Meanchey)

Un vrai nid KR bien avant 75.
Après 75, c'est une zone "Sambo bèb", rien ne manque. les fruit tombent et pourris au pied de l'arbre. Pendant que les autre meurent de faim.

Êtes vous sûr de cet endroit?
Est ce que votre mère vous a dit d'où vous venez?

C'est une histoire bien triste comme celles des autres millions de khmers.

bbn - 23/04/2013 à 15:50
ho merci beaucoup pour la carte. je vais le capturer et garder précieusement. oui, je me rappelle que j avais des mangues, etc... mais hélas, avec les khmers rouges, meme s il y a abondance..toutes les récoltes diparaissaient. je me rappelle des images de faim de ma soeur, moi-meme pour compenser, nous avions mangé des sautrelles, serpents et chats. mais il y avait des maladies à guérir. oui, mon père avait un poste d enseignant à battambang. ma famille maternelle vient de siem reap et phnom penh et takmau. et du coté de mon père, de banteay meanchey; phranet preha.

je me rappelle que mes parents allaient travailler aux champs mais nous étions privés de nourriture ou simple bol de soupe remplie d eau parfois sans grain de riz. nous étions esclaves des khmers rouges. quelle tritesse cette période. nous étions punis d avoir été une famille cultivés, trop urbain. je vous avoue que j ai les mains qui tremble encore, et que ma mère été courageuse. notre sejour , tous les deux, récemment, a été une libération de parole, de fait, et de souvenirs tristes qu elle a vecu consciensement. je sentais la peur qu elle a à lidée de revivre cela. nosu ne sommes pas resté longtemps ni a battambang, trop d images tristes et l odeurs décomposées des corps humains aprés la chute des khmers rouges.

kaunklau - 23/04/2013 à 16:56
Mais oui ,c'est vraiment triste .
Les gens , comme nous , qui avons la vie sauve , ne peuvent plus oublier ou effacer facilement nos colères .
Que ces féroces aillent à l'enfer , que ce soit Saloth Sâr , Ieng sary ...Khiev Samphân ,et toute la bande .

NeakReach - 23/04/2013 à 19:44
Bonjour à tous, bonjour Seun nmott, kaunklau et bbn,

Nos histoires, notre malheur et notre souffrance étaient bien collectifs.
Merci bbn pour vos récits et votre histoire dans cette région durant la période KR.
Pour votre culture, la mère de Ros Sereysothea est originaire du coin.

Voici la vue aérienne du coin en complément de la carte de Seun nmott : http://mapcarta.com/16005754

Seun nmott, pourquoi dites-vous que c’est "un vrai nid KR bien avant 75" ?
Certes, il y a des familles que leurs enfants s’étaient engagés dans les 2 camps, comme dit NEO, mais de là à dire que c’est un vrai nid KR, je ne crois pas. A moins que je ne me trompe…


Seun nmott - 23/04/2013 à 20:04
NeakReach a écrit

Bonjour à tous, bonjour Seun nmott, kaunklau et bbn,



Seun nmott, pourquoi dites-vous que c’est "un vrai nid KR bien avant 75" ?
Certes, il y a des familles que leurs enfants s’étaient engagés dans les 2 camps, comme dit NEO, mais de là à dire que c’est un vrai nid KR, je ne crois pas. A moins que je ne me trompe…




Très tôt Ampil pram daeum est sous contrôle KR, et est devenu une base stratégiques importants sur le plan géographique. Ils contrôle à la fois Battambang, sisophone et poipet.

NeakReach - 23/04/2013 à 20:57
Seun nmott a écrit


Très tôt Ampil pram daeum est sous contrôle KR, et est devenu une base stratégiques importants sur le plan géographique. Ils contrôle à la fois Battambang, sisophone et poipet.



Merci Seun nmott pour cette information.
Je croyais que vous vouliez dire que la ville et la population étaient KR.
Sinon elle a été sous contrôle KR quand ?


Seun nmott - 24/04/2013 à 09:43
[quote=NeakReach]
Seun nmott a écrit



Sinon elle a été sous contrôle KR quand ?



Cette année là j'avais participé à une fête de Kathen pour une pagode du Phum Knach Romeah. Le choix était un sujet de débat parmi les organisateurs de cette fête donc la majorité sont à Battambang ville. En fin en 1973 la fête a eu lieu. Pour parer des éventuelles surprises, les gens sont priés de ranger leur voiture sur la route en un file, en direction de la sortie de phoum, et non dans l'enceint de la pagode.
Après les repas de midi, tout ceux qui sont de Battambang sont rentrés. Seulement le locaux continuent la fête. Le phnoum voisin Bavel ne vit que le matin, l'après midi personne ne circule, c'est le dernier poste de défense de l'armée régulière Quand à Ampil pram Daeum qui est plus à l'ouest, dernier phoum avant la frontière, est déjà occupé par les KR. Selon les dits des gens locaux, au moins un an déjà que personne n'ose plus d'y aller, car on ne revient plus.
C'est pourquoi j'ai dit que très tôt, ce phoum est devenu un nid de KR, pendant que les autres phoums de Battambang ne le sont pas encore.

Seun nmott - 24/04/2013 à 09:53
24 avril 1975

La déportation

Nous sommes réveillés brusquement par les tirs des mitrailleuses. C’était le matin du 24 avril 1975. Les « Mits », on doit les appeler comme ça, ont tiré en l’air devant notre porte pour nous dire que c’est le moment de quitter notre domicile.

Les soldats khmers rouges, par petit groupe, parcourent les rues de la ville. Ils appellent la population à quitter leur domicile, en précisant que personne ne reste chez soi. Et qu’ils ne répètent pas, ceux qui ne les ont pas obéit, c’est la peine de mort.

Moi je n’ai pas attendu une seconde. Je charge ma remorque. Ma femme et moi, nous avons préparé depuis quelques jours. Nos vêtements, presque la moitié de ce qu’on a, sont dans un sac en jute, 50 Kg de riz, avec tout ce qu’il faut pour la cuisine, des gâteaux pour les enfants, sans oublier une poule avec quatre petits, dans un cabas de bambou.

Ma remorque est prête, bien chargée, elle est devant ma porte. Nous apprêtons à partir, lorsqu’une voisine est venue me demander si j’accepte son sac sur ma remorque.
Je suis un peu coincé, car ma remorque est déjà chargée à bloc. Ma femme me fait signe d’accepter, car cette femme est bien pommée. Son mari est allé à une réunion, depuis on ne l’a pas vu rentrer. Ce matin là elle est complètement perdue. En plus la pauvre doit s’occuper de son bébé d’un an.
Je dois trouver une place sur la remorque, pas facile, les affaires y sont très bien arrimées. Nous sommes d’accord pour déposer un petit sac de riz. Oui c’est une question de pratique, pour mes riz j’avais fait en deux sacs. Nous nous servons les riz dans petit en premier qui est à la portée de la main, puis le grand sac est bien au fond de la remorque, loin des regards curieux. Or nous n’avons plus de choix.
Ma fille est perchée sur les bagages sur la remorque, mon fils, un peu plus grand sur le sel du vélo, ma femme tient la main de ma nièce. Sans attendre les rappels de nos « Mit » je pousse la remorque, et nous quittons notre maison, sans savoir que nous ne retournerons jamais. Oui je pousse la remorque puisque il y a plus de place pour la pédaler. Nous arrivons à la grande rue, qui est bourrée de monde. Les soldats Khmers rouges nous obligent à prendre la direction de la sortie de la ville, Vers le rondpoint Nerkta Dambang krângoung, puis l’université, BAèkk Chann-Anglong vil sur la RN5 en direction Maung - PhnomPenh .

Il y en a de tout, des charrettes de toutes sortes, des voitures, des motos, des remorques comme la nôtre, tous chargés, à bloc. Nous sommes dans la foule qui avance, tout doucement, nous ne voyons pas les bout de la rue, tellement il y a du monde.
La foule avance, elle s’arrête sans prévenir. Une fois je freine ma remorque pour éviter de taper mon prédécesseur, ça a provoqué le déséquilibre de ma fille et qui tomba de son perchoir, on la récupère qu’à terre, la pauvre est fatiguée et endormi. C’était plus de peur que de mal, car sa mère qui était à coté a pu l'a amortir sa chute. Elle pleurait. Elle ne retourne plus à sa place, c’est sa mère qui la porte dans ses bras depuis.


Quand nous passons devant l’université, je disais à ma femme que ça tombe bien puisque nous sommes sur la nationale 5, qui nous mène en direction de Phnom Penh, ce que nous comptons rejoindre le reste de la famille. Nous arrivons à Anlong Vil, une localité qui se trouve à environ 6 km de centre de Battambang.
Sous une chaleur étouffant de ce mois d’avril, nous avons plus soif que faim. La foule avance toujours, ma femme me passe quelque chose à manger. Mes deux enfants, ne disent pas un mot. Ils sont soufferts. Ce genre de voyage, pour eux c’est un voyage qui ne les plait pas du tout. Ils n’ont pas de choix, ils nous suivent tout simplement. Ils sont trop petits pour comprendre ce qui est en train de passer. Ma nièce environ 6 ans, elle sait quelques choses. Elle est triste, et ne dit rien non plus.
Nous portons de vieux habits pour ne pas attirer les attentions des « Mits », car ils n’aiment pas les riches.

Un peu plus loin les soldats nous obligent à quitter la nationale, pour prendre une bifurcation. Nous sommes très déçues, l’espoir d’aller à Phnom Penh est perdu, Or on ne peut pas affronter les kalachnikovs. On suit la direction imposée. Sur la petite route nous retrouvons quelques voisins, c’est un pur hasard, l’un d’eux nous invite de venir avec eux. Ça tombe bien, et c’est réconfortant, par ce que tout à l’heure je suis vraiment perdu, je ne sais plus qu’est-ce que je dois faire. J’emmène ma famille vers un endroit inconnu.

Ce sont mes trois familles voisines. …..
J’emmène ma petite famille suivre le groupe des voisins. Il n’y a pas que nous, sur cette route qui nous mène à O muni. Elle est aussi bondée que la nationale.
Vers la fin de la journée nous arrivons dans un groupe de maisons, un tout petit village, il y en a au moins cinq maisons.
M. Yé.. est venu nous accueillir. Je le reconnais tout de suite, c’est le frère adoptif de Yo. Ce monsieur est venu séjourner chez Yo pendant que son village est pris par les khmers rouges. Nous avons eu l’occasion de nous faire connaissance. Il nous a montré qu’il est content de nous recevoir.
Yé explique à chacun de nous où doit aller passer la nuit. Il me semble que un de ses cousins nous ont hébergé.

Nous posons notre remorque dont une colonne de la maison, nous prenons seulement le nécessaire pour y passer la nuit. Ça c’est la spécialiste de ma femme. Elle est très organisée, nous avons ce qu’il faut sans déblayer toute la remorque. Nous avons pu reposer les enfants. Oh ! Que c’est très bienvenue cette pause.
Je dis bien la pause par ce que la journée que nous venons de passer c’est une folle journée pour nous cinq. Je suis complètement hors de moi. Il y avait mille choses qui se bouchonnent dans ma tête. C’est la peur de l’inconnu, le mystère. Où va-t-on vivre ? Qu’est ce qu’on va devenir, en tant que responsable de la famille, je me fais beaucoup de souci.

Yo est venu nous dire que si on veut on peut rester ensemble dans ce village, Car Yé a reçu l’ordre des « Mits » de former des groupes de famille du village.
Si on est d’accord, il nous inscrira parmi les membres de son groupe. J’ai répondu sans trop réfléchir, c’est comme un naufragé qui s’accroche à la première branche flottante. C’est très bien, on n’est pas bien loin de chez nous. Quand le temps le permet, on pourra peut-être revenir y faire un tour. Les enfants sont vite endormis, après une journée tumultueuse.
C’est la première nuit qu’on dorme chez quelqu’un. Mes pauvres enfants dorment sans se changer, ni doucher. Ce n’est pas bien grave, nous non plus. Ma femme est très inquiète.


NeakReach - 24/04/2013 à 19:07
Seun nmott a écrit


Cette année là j'avais participé à une fête de Kathen pour une pagode du Phum Knach Romeah. Le choix était un sujet de débat parmi les organisateurs de cette fête donc la majorité sont à Battambang ville. En fin en 1973 la fête a eu lieu. Pour parer des éventuelles surprises, les gens sont priés de ranger leur voiture sur la route en un file, en direction de la sortie de phoum, et non dans l'enceint de la pagode.
Après les repas de midi, tout ceux qui sont de Battambang sont rentrés. Seulement le locaux continuent la fête. Le phnoum voisin Bavel ne vit que le matin, l'après midi personne ne circule, c'est le dernier poste de défense de l'armée régulière Quand à Ampil pram Daeum qui est plus à l'ouest, dernier phoum avant la frontière, est déjà occupé par les KR. Selon les dits des gens locaux, au moins un an déjà que personne n'ose plus d'y aller, car on ne revient plus.
C'est pourquoi j'ai dit que très tôt, ce phoum est devenu un nid de KR, pendant que les autres phoums de Battambang ne le sont pas encore.



Merci Seun nmott pour la précision.
Peut-être que nous nous sommes déjà croisés à la fête de Kathen dans ce coin…
Plus sérieusement, nous sommes déjà partis en fin-1973 vers votre ville Phnom-Penh.

Concernant ce coin, à l’époque de la guerre civile, il n’était pas conseillé d’aller plus loin de Bavel. Comme vous dites, c’était la dernière ligne de défense de l’armée républicaine. A ma connaissance, l’armée KR n’a jamais franchi cette ligne. Par contre, les batailles faisaient rage à l’ouest d’Ampil Pram Daeum. Et les familles dans ce coin se déchiraient… Il n’était pas rare de trouver 2 frères (ou père et fils) se battaient l’un contre l’autre. C’était aussi ça, la guerre civile et la région de Battambang.

Je suis retourné 2 fois dans ce coin en 2001 et en 2003. C’est devenu un coin paisible… Il n’y a plus de trace de guerre, ni de rancœur, ni de vengeance. Par contre, la plupart des jeunes gens rêvent de quitter le pays vers d’autres cieux…

----------

J’aime aussi votre expression "sambo bèb". Il n’y a pas que des fruits qui sont abondants, c’est surtout le grenier à riz. Et dire que la famille de bbn mourrait de faim dans un coin où tout est abondant… Il n’y a pas de mot assez dur pour définir ce crime.

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Une autre particularité de ce coin : familles-familles. Tous les habitants ont des liens familiaux plus ou moins lointains. Soit des liens directs, soit des liens par alliance, soit des liens par alliance et par alliance. Dans tous les cas, ils sont tous familles-familles. La conversation type est : tu es le fils de qui, le petit-fils de qui, l’arrière-petit-fils de qui,…, l’arrière-arrière-arrière-petit-fils de qui. Et de temps en temps, il y a (avait) un "intrus" qui va (allait) à la fête de Kathen…


NeakReach - 24/04/2013 à 19:52
Abandon de la route nationale 5

Sous la chaleur écrasante du mois d’avril, nous essayâmes d’avancer le plus loin possible vers notre destination, malgré notre peur, nos doutes et notre inquiétude sur notre avenir incertain. A l’approche de la ville d’Oudong, nous nous arrêtâmes net. Il n’était plus possible d’avancer. La ville d’Oudong était sans doute en train d’être vidée à son tour comme Battambang. Nous campâmes sur la route.

Soudain, les soldats KR nous donnèrent l’ordre de quitter la route nationale 5 et de laisser nos 2 voitures. Les bateaux ont été mis à notre disposition pour nous amener vers l’autre côté du Tonlé Sap en direction de Kampong Thom et Kampong Cham. Démunis de nos voitures et avec 2 personnes âgées handicapées, nous n’avions plus de choix. Tout le monde devait contribuer à porter nos affaires. Grand-mère monta sur la moto poussée par mon père, grand-père handicapé devait se débrouiller pour marcher, nous les enfants devions porter quelques choses sur nous.

Malgré notre volonté de gagner notre srok natal, nous savions déjà que la bataille était perdue avant. Nous avancions comme des milliers et des milliers d’autres gens comme nous sans direction et sans destination précise…

Explication par le plan :

90183_Plan1_17_avril.jpg



kaunklau - 25/04/2013 à 08:39
" Dangkeuv chegn pi sach ègn " veut dire " les vers sortent de sa propre peau " . C'est une phrase en khmer , en sens figuré , voulant dire " la misère , le malheur , la mort proviennent de nos proches , nos voisins , nos familles , nos amis " .

Or selon vos récits , les amis ( S.nm ,N.Reach ) , je pense que la chance est de votre côté . Selon mon vécu , le fait de vivre à côté des gens qu'on connait , ses proches , ce sont , ces derniers , qui dénonçaient au Chef de coopérative , au MOUL THAN , l'antécédent , c'est à dire , ce qu'on faisait , notre fonction , en République khmère .

Pendant la famine , les " 17 avril " ( population déportée) , commençaient à échanger en marché noire " l'or , montre , bizoux contre bols de riz ) , car on ne pouvait pas manger " le métal " et se laissaient mourir ( soi- même ou ses enfants ) , alors la dispute et la jalousie entre les proches remontaient surface .
Ainsi ceux qui sont épuisés de leur biens commençaient à dénoncer qui faisait quoi , dans l'ère de Lon Nol et la mort l'attendait .

Un exemple réel :
Mr Phâl Kun ,mon voisin, dans le sahakâr à Pursat , ex-capitaine de la Marine Lon-nolienne , était envoyé à la mort avec sa femme et un bébé venant de naitre , fin 1976 , car c'était les disputes familiales " pour la survie dans sa famille " .

Les " avant 17 Avril " ne savaient ce que c'est les fonctionnaires , les étudiants , les gradés de l'armée Lon Nol ...Ces " beur beur " et leur "Angkar " avaient mal joué aux cartes , avaient mal géré , s'ils faisaient comme les Nazis d'Hitler avec les juifs , tout le monde passait à la casserole .
Tout simplement de conserver la carte d'identité de zone non occupée ,beaucoup de familles ne se sont pas échappées , comme dans le camp de concentration .
Quel horreur !

Comme le bouddhisme disait " les méchants ont commis toujours les lacunes " et donnent une chance aux gens " innocents " .

Beaucoup de mes cousins , phnom-penhnois , étaient tous morts , c'est le fait de retourner au village natal . Une chance pour moi , Kaunklau , car les thmils m'empêchaient d'aller rejoindre ma famille à l'autre côté de la capitale , autrement dit , je n'échappais pas à ce malheur et à ma mort .

PS : merci S.nM et N-Reach , de vos récits émouvants , on dirait que je suis encore vécu chez les pleu pleu !




Edité le 25/04/2013 @ 08:41 par kaunklau

Seun nmott - 25/04/2013 à 09:45
Bonjour Kaunklau
Vous avez parlé une vérité véritable, "Dankeuv..." je pense que l’équivalence en français est "le ver est dans la pomme", Si ne c'est pas ça veuillez me signaler, SVP, :sourire:

L'histoire de la race humaine a gravé dans ses pages la déportation de la population urbaine par les Khmers rouges vainqueurs en avril 1975.

La déportation est pire qu'un emprisonnement.
Les Khmers Rouges disent à ses esclaves de guerres " l'Angkar n'a pas de Prison.
Veut dire tout simplement supprimer directement ou abandonner à leurs sorts(Bambâr bang)
A Phnom Penh c'est tout en même temps:
Éliminer les ennemis directes, les complices et déporter les indésirables.

En province comme à Battambang, ils trient d'abord, les zigouillent ensuit puis déporter.

La faim, la disette déchirent la population , la famille, détruit la société entière, ont fait le reste. Résultat 2 millions de mort et le perte de toutes valeurs morales.

Seun nmott - 25/04/2013 à 10:26
25 avril 1975

On est réveillé assez tôt, les enfants aussi. Ma femme sort les gâteaux de son de riz pour le petit déjeuné des enfants.
Yo nous informe qu’on doit rester ici pendant un bon moment. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle. Là où on est, n’est pas loin de chez nous, c’est environ dix kilomètres. Sauf qu’on ne peut plus rejoindre le reste de la famille. On doit cohabiter avec les étrangers, et qu’on doit surement avoir un nouveau travail.
Cela ne m’étonne pas. Je savais que depuis le 17 avril, que je ne suis plus personne. Alors tant qu’à faire, peu importe, pourvu que moi et ma famille continuent à vivre ensemble.

Nous avons dormis chez un paysan proche de la famille de Yé. Celui-ci nous propose de prendre une partie de la maison pour nous installer. C’est gentil.
Au début nous ne sentons pas très bien, car nous devons tout décharger notre remorque. Ce qu’on ne souhaite pas vraiment, puisque c’est temporaire ce que nous avons compris. Seulement nous avons besoin des choses pour passer le temps et vivre.

Dans l’après-midi de ce 25 avril, on est convoqué à une réunion (encore une). On s’est réuni dans une rizière, bien sèche au mois d’avril. Tout par terre, on s’assied “Chaonghaong”*.
On était une centaine face à trois-quatre Khmers rouges qui nous donnent des directives à prendre.

Une nouvelle page qui se tourne. Tout le monde sait que désormais on doit obéir si on veut rester vivant.

Au retour, on s'est réunit encore pour décider de ce qu’on doit faire ensemble, former un groupe avec un représentant.
……

Yo te Yé sont des noms fictifs

•Chaonghaong est une position assise de tous les indigènes quand ils n’ont pas de d’appui..

NeakReach - 25/04/2013 à 19:16
kaunklau a écrit


Or selon vos récits , les amis ( S.nm ,N.Reach ) , je pense que la chance est de votre côté . Selon mon vécu , le fait de vivre à côté des gens qu'on connait , ses proches , ce sont , ces derniers , qui dénonçaient au Chef de coopérative , au MOUL THAN , l'antécédent , c'est à dire , ce qu'on faisait , notre fonction , en République khmère .

Pendant la famine , les " 17 avril " ( population déportée) , commençaient à échanger en marché noire " l'or , montre , bizoux contre bols de riz ) , car on ne pouvait pas manger " le métal " et se laissaient mourir ( soi- même ou ses enfants ) , alors la dispute et la jalousie entre les proches remontaient surface .
Ainsi ceux qui sont épuisés de leur biens commençaient à dénoncer qui faisait quoi , dans l'ère de Lon Nol et la mort l'attendait .



Bonjour à tous, bonjour kaunklau et Seun nmott,

En effet, je me suis souvent demandé si c’était une chance ou une malchance…
Comme la famine était généralisée, même si nous parvenions jusqu’au notre srok natal, personne ne pouvait nous aider non plus. Et nous risquerions de nous faire dénoncer par des gens qui nous connaissaient…

Ceux qui n’ont pas vécu ne peuvent pas imaginer à quel point la faim vous rend fou, violent, inhumain… et criminel.


Seun nmott - 25/04/2013 à 19:21
NeakReach a écrit

kaunklau a écrit


Or selon vos récits , les amis ( S.nm ,N.Reach ) , je pense que la chance est de votre côté . Selon mon vécu , le fait de vivre à côté des gens qu'on connait , ses proches , ce sont , ces derniers , qui dénonçaient au Chef de coopérative , au MOUL THAN , l'antécédent , c'est à dire , ce qu'on faisait , notre fonction , en République khmère .

Pendant la famine , les " 17 avril " ( population déportée) , commençaient à échanger en marché noire " l'or , montre , bizoux contre bols de riz ) , car on ne pouvait pas manger " le métal " et se laissaient mourir ( soi- même ou ses enfants ) , alors la dispute et la jalousie entre les proches remontaient surface .
Ainsi ceux qui sont épuisés de leur biens commençaient à dénoncer qui faisait quoi , dans l'ère de Lon Nol et la mort l'attendait .



Bonjour à tous, bonjour kaunklau et Seun nmott,

En effet, je me suis souvent demandé si c’était une chance ou une malchance…
Comme la famine était généralisée, même si nous parvenions jusqu’au notre srok natal, personne ne pouvait nous aider non plus. Et nous risquerions de nous faire dénoncer par des gens qui nous connaissaient…

Ceux qui n’ont pas vécu ne peuvent pas imaginer à quel point la faim vous rend fou
, violent, inhumain… et criminel.




J'ai une anecdote, que vous verrez dans mes récits, soyez patient.

kaunklau - 26/04/2013 à 08:13
NeakReach a écrit

kaunklau a écrit


Or selon vos récits , les amis ( S.nm ,N.Reach ) , je pense que la chance est de votre côté . Selon mon vécu , le fait de vivre à côté des gens qu'on connait , ses proches , ce sont , ces derniers , qui dénonçaient au Chef de coopérative , au MOUL THAN , l'antécédent , c'est à dire , ce qu'on faisait , notre fonction , en République khmère .

Pendant la famine , les " 17 avril " ( population déportée) , commençaient à échanger en marché noire " l'or , montre , bizoux contre bols de riz ) , car on ne pouvait pas manger " le métal " et se laissaient mourir ( soi- même ou ses enfants ) , alors la dispute et la jalousie entre les proches remontaient surface .
Ainsi ceux qui sont épuisés de leur biens commençaient à dénoncer qui faisait quoi , dans l'ère de Lon Nol et la mort l'attendait .



Bonjour à tous, bonjour kaunklau et Seun nmott,

En effet, je me suis souvent demandé si c’était une chance ou une malchance…
Comme la famine était généralisée, même si nous parvenions jusqu’au notre srok natal, personne ne pouvait nous aider non plus. Et nous risquerions de nous faire dénoncer par des gens qui nous connaissaient…

Ceux qui n’ont pas vécu ne peuvent pas imaginer à quel point la faim vous rend fou, violent, inhumain… et criminel.



Je pense que , c'est plutôt la chance . Beaucoup de mes proches , cousins(ines) , arrière cousins ...et beaucoup d'autres étaient morts au village natal.
" Morts par les khmers rouge et non pas , par la famine " .

Edité le 26/04/2013 @ 08:14 par kaunklau

Seun nmott - 26/04/2013 à 09:52
kaunklau a écrit

...
Je pense que , c'est plutôt la chance . Beaucoup de mes proches , cousins(ines) , arrière cousins ...et beaucoup d'autres étaient morts au village natal.
" Morts par les khmers rouge et non pas , par la famine " .


Et t'appelles ça Chance? :quoi::quoi:
Je comprends ce que tu veux dire, je suppose que tu as mal exprimé.

kaunklau - 26/04/2013 à 10:55
Seun nmott a écrit

kaunklau a écrit

...
Je pense que , c'est plutôt la chance . Beaucoup de mes proches , cousins(ines) , arrière cousins ...et beaucoup d'autres étaient morts au village natal.
" Morts par les khmers rouge et non pas , par la famine " .


Et t'appelles ça Chance? :quoi::quoi:
Je comprends ce que tu veux dire, je suppose que tu as mal exprimé.


J'ai dit CHANCE , c'est de la destinée de ne pas mourir tout de suite . Quand les khmers rouges ont découvert , ce que tu faisais avant la déportation , la mort était assurée. ( le cas de beaucoup de mes cousins ).
Un exemple concret ,mon cousin , adjudant de gendarmerie de l'ère Lon Nol ,de P.Penh , était maltraité 3 jours et 3 nuits avant de mourir , dans une pagode , Watt Ang kourgn dey , une dizaine de km de Kg Cham ville. Comme ,ils était retourné à notre village natal , il était mort d'une atrocité extrême . Les mains et les pieds attachés comme des bêtes ou dans un film de western , sans nourritures jusqu'à qu'il mourrait par épuisement . La découverte de sa fonction : Pé.em (P.M) ! C'est n'importe quoi , ces barbares ne comprennent rien , qui à cet époque , n'est pas sous mobilisation générale ou militaire . Voilà sa malchance .

Moi , " ma chance " , c'est que ces thmils m'empêchaient de traverser la capitale pour rejoindre mes parents à Meh Phleung et rejoindre notre village natal ensemble . Autrement , je ne suis plus là , maintenant .

Seun nmott - 26/04/2013 à 11:52
26 avril 1975

Sur la page du 26 avril, je n’ai pas noté grande chose.
...Ma femme a acheté de la viande.


Car depuis qu’on est hébergé chez ce villageois, je n’ai pas osé écrire mon journal. C’est pourquoi jusqu’au 4 mai, les pages sont vides.

Oui ma femme a acheté de la viande. C’est marrant peut-être, mais c’est la vérité.
D’une, voit ma femme, avec le reste de son économie, essayer de dépenser le maximum, comme si elle savait que bientôt ça ne vaut plus rien.
De deux, voit les gens acceptent encore ces billet de banques, à dix jours après la chute du régime républicain.

NeakReach - 26/04/2013 à 20:56
Abandon de la route goudronnée

Et nous avancions, avancions comme d’autres milliers de gens sur cette route sans destination précise dans une région désertique. Sous la chaleur étouffante du mois d’avril, notre principal souci était de trouver un coin d’eau pour boire et un arbre pour nous abriter.

Arrivant sur la route nationale 6, nous voyions avec frayeur un panneau de direction indiquant "Kampong Cham x km". Mon père était devenu "vert" (*) et disait à ma mère que si jamais quelqu’un nous reconnaissait dans la province de Kampong Cham, nous serions tous morts. Nous ne pouvions continuer sur cette direction.

Environ 10 km plus tard, nous quittions la route nationale 6 pour prendre les petites routes de terre vers les petits villages environnant…

Explication par le plan :

48208_Plan2_17_avril.jpg

(*) Mon père travaillait à Kampong Cham entre mi-1972 et fin-1973.



Seun nmott - 27/04/2013 à 11:06
Bonjour NeakReach
Je connais bien les deux routes nationales( la 5 et la 6)
Là où êtes obligé de traverser, est ce bien à Prék kdam?
Puis un peu plus loin(sortie), est ce Batheay?

Vivre une déportation, c'est vivre un enfer. Je pense à vous tous et à mes parents qui étaient aussi parmi vous, mais ils sont envoyés jusqu'à Pursat. Des allers simples.

kaunklau - 27/04/2013 à 11:36
Sur le plan , la bifurcation entre la RN7( direct.Kg Cham) / RN6 (direct.KG Thom) , c'est SKORN .
Si vous avez quitté ,en amont , c'est dans le coin de Batheay , comme expliquait , S.nM.

Edité le 27/04/2013 @ 11:36 par kaunklau

NeakReach - 27/04/2013 à 16:05
Seun nmott a écrit


Là où êtes obligé de traverser, est ce bien à Prék kdam?
Puis un peu plus loin(sortie), est ce Batheay?



kaunklau a écrit


Sur le plan , la bifurcation entre la RN7( direct.Kg Cham) / RN6 (direct.KG Thom) , c'est SKORN .
Si vous avez quitté ,en amont , c'est dans le coin de Batheay , comme expliquait , S.nM.



Bonjour à tous, bonjour Seun nmott et kaunklau,

C’était bien au niveau du pont Prék Kdam actuel que nous étions obligés de quitter la nationale 5 et de traverser vers l’autre rive. Par contre, nous n’avons pas pris le pont mais le bateau. Pourquoi ? Peut-être qu’il n’y avait pas de pont à l’époque, ou il était détruit par la guerre ?

Nous n’étions pas restés longtemps sur la nationale 6. Nous devions la quitter dès possible. Donc je pense que c’était au niveau de Batheay. Je ne connais pas trop ce coin. Tout ce que je me rappelle, c’est un endroit relativement sec, les coins d’eau et les arbres étaient rares.



kaunklau - 27/04/2013 à 16:17
NeakReach a écrit

Seun nmott a écrit


Là où êtes obligé de traverser, est ce bien à Prék kdam?
Puis un peu plus loin(sortie), est ce Batheay?



kaunklau a écrit


Sur le plan , la bifurcation entre la RN7( direct.Kg Cham) / RN6 (direct.KG Thom) , c'est SKORN .
Si vous avez quitté ,en amont , c'est dans le coin de Batheay , comme expliquait , S.nM.



Bonjour à tous, bonjour Seun nmott et kaunklau,

C’était bien au niveau du pont Prék Kdam actuel que nous étions obligés de quitter la nationale 5 et de traverser vers l’autre rive. Par contre, nous n’avons pas pris le pont mais le bateau. Pourquoi ? Peut-être qu’il n’y avait pas de pont à l’époque, ou il était détruit par la guerre ?

Nous n’étions pas restés longtemps sur la nationale 6. Nous devions la quitter dès possible. Donc je pense que c’était au niveau de Batheay. Je ne connais pas trop ce coin. Tout ce que je me rappelle, c’est un endroit relativement sec, les coins d’eau et les arbres étaient rares.





Mon cher ami ,
il n'y avait pas de pont . On traversait le fleuve avec " le chalan " .
C'était pas longtemps que le pont est construit .

kaunklau - 01/05/2013 à 10:09
Notre ami S.nM , avait écrit , dans le chapitre , Photos :

"" Il s'est passé comme ça mon ami..
Ils veulent que je bosse la nuit. Alors il me fait entrer dans une section..
Ils m'ont laissé une paire de deux vieux bœufs, les deux que personne n'en veut. Le premier a le nez fragile, il ne faut jamais essayer de toucher la corde vers son nez. Le seconde est borgne, ne jamais l'approcher du côté borgne.

C'est que je dois labourer les champs la nuit. Et puis un peu plus tard il me fait passer à la section "Chi"(section engrais), que je dois ramasser les merdes derrière toutes les maisons de gens.""

Voilà , les sauvages khmer rouges , avaient une idée bizarre de former une équipe de "chi " ( équipe de fabrication des engrais ) , d'excréments humaines .
C'est choquant , ce truc existait , également dans mon coopérative à Pursat .

Ces chiens de Moul Than , Angkar à deux riels , voulaient nous humilier au maximum .
Ils demandaient à l'équipe d'aller ramasser les saletés ,les mettre dans les récipients et les mélanger et des fois les laisser sécher et puis mettre dans les potagers . Une odeur nauséabonde à crever dans des terrains , près de village ou nous habitions .
Les humiliations identiques , existaient également , chez les enfants de " 17 Avril " .Ils étaient formés en groupe( kâng koma) , d'aller ramasser les excréments des boeufs , des buffles , pendant la saison sèche , pour faire des engrais .

Ces "thmils" n'avaient rien d'autres en tête que de nous humilier , de descendre la valeur humaine , de nous punir au maximum .
J'aimerai voir leur sale gueule , maintenant ,certains ex-KR , qui deviennent des okgnas , si on doit leur donner sous menace , le même boulot à faire !!!
Je ne suis pas prêt à oublier , ces humiliations .



Edité le 01/05/2013 @ 10:13 par kaunklau

Seun nmott - 01/05/2013 à 11:17
Nous humilier, oui.
Le boulot, en lui même n'est pas si déshonorant que ça, mais c'est leur façon.
Il nous fourni un matériel hors d'usage, et qu'on se débrouille, si on n'arrive pas, il nous accuserait de Anti-Angkar.

Dans la section "Chi", il y a des groupes:
- groupe ou ramassage des herbes, des" kantreang khèt"
- et le groupe de ramassage des excréments des gens et des bêtes(ach ko)

Par contre, lors d'une réunion du village il reconnait que j'ai pu me reconstruire(bann kham kâr sang khlorun, et que les autres doivent voir, s'ils ne veulent pas qu'ils(les cadres) voih dei chèk(donner un morceaux de terre: un caveau).

Avoir une charrette et deux boeufs, à ce temps là, c'est super, mine de rien. Alors j'ai pu remettre en état ma charrette, et redonner une bonne santé à mes deux vieux bœufs. La nuit je fais du feu pour eux, je les soigne, selon la méthode du grande mère(faire boire de l'urine :clindoeil:), les faire paitre, les laver..
Du boulot...

C'est pourquoi ils m'a laissé vivre jusqu'à..
Et pourtant mon chef de section lui même qui tient une liste des "ennemis à abattre" dans laquelle y figure mon nom.
Ils disait à un des ses homologues que " Mith S.nM je le mangerai quand je veux"( si tngay na kar bann : je le tue quand je veux)

...
A force d'attendre , il n'avait plus le temps, tant pis pour lui...héhé!

NeakReach - 01/05/2013 à 18:17
Bonsoir à tous, bonsoir Seun nmott et kaunklau,

A ma connaissance, le travail de ramassage d’exécrables de bœufs pour en faire du "chi" est un travail "normal" pour les neak srè et kaun neak srè. Il n’y a rien d’humiliant ni déshonorant. Par contre, de là à en faire un métier, c’était de pousser le bouchon un peu loin.

Même si l’on sait que les exécrables humains peuvent être utilisés également pour fabriquer les engrais, exiger quelqu’un de les ramasser était vraiment dans le but de l’humilier. La méchanceté de certains cadres KR n’avait pas de limite.

Je confirme qu’avoir une charrette et 2 bœufs était un luxe... durant cette période surtout d’avoir pu conserver jusqu’à 7 janvier 1979…



Edité le 01/05/2013 @ 18:33 par NeakReach

Seun nmott - 02/05/2013 à 12:48
NeakReach a écrit

Bonsoir à tous, bonsoir Seun nmott et kaunklau,

............

Je confirme qu’avoir une charrette et 2 bœufs était un luxe... durant cette période surtout d’avoir pu conserver jusqu’à 7 janvier 1979…




Malheureusement.
Quand les gens se sentent libre de ces Piryoips, il n'y a plus de cadres KR, ils pensent à retourner à leurs villages.
Ce jour un gars est venu me réclamer la charrette. C'est un enfant du village de O Moni, un peu plus âgé que moi, il prétend que la charrette lui appartenait, et comme il n’y a plus d’Angkar, il veut récupérer sa charrette pour transporter ses affaires.
C’est un lèche botte des cadres KR, il avait ses proches familles dans le village. Quant à moi, j’étais seul. j'avais pas trop osé protester. Une charrette contre nos vies, ce gars est capable de me faire des choses inimaginables, alors je lui ai laissé ma charrette que j’ai bichonnée pendant presque trois ans

...
Les attaches « ksè tream » et « ksè team » sont de vrai et bonne, les praeks(les cadres des roues) ont été réparés. Elle est devenue mon outil de travail, dont l’état général est bien meilleur que beaucoup d’autres du village… Ça suscite une jalousie. Alors les cadres ont confisqué ma charrette.
Plus de charrette, ils m’envoient garder les bœufs des gens malades.
Je ne sais par quel miracle, une semaine plus tard, ils m’ont appelé pour que j’aille récupérer ma charrette, à l'autre bout du village. Joie et colère, mais je ne fais voir.
J’ai perdu ma charrette dont j’ai beaucoup de souvenirs, vous retrouverez dans mes récits.
A la fin des KR je suis rentré(avec ma femme et mon garçon) vers la ville sans ma charrette, alors j'avais fabriqué un traineau avec ma charrue pour transporter mes biens.

ksè tream : des cordes qui attachent le cadre principal du chariot au joug
ksè team : des rabouillères qui gardent les bœufs à leur joug

NeakReach - 02/05/2013 à 20:01
Seun nmott a écrit


Malheureusement.
Quand les gens se sentent libre de ces Piryoips, il n'y a plus de cadres KR, ils pensent à retourner à leurs villages.
Ce jour un gars est venu me réclamer la charrette. C'est un enfant du village de O Moni, un peu plus âgé que moi, il prétend que la charrette lui appartenait, et comme il n’y a plus d’Angkar, il veut récupérer sa charrette pour transporter ses affaires.
C’est un lèche botte des cadres KR, il avait ses proches familles dans le village. Quant à moi, j’étais seul. j'avais pas trop osé protester. Une charrette contre nos vies, ce gars est capable de me faire des choses inimaginables, alors je lui ai laissé ma charrette que j’ai bichonnée pendant presque trois ans


C'est pas juste !

NeakReach - 02/05/2013 à 20:10
Premier arrêt

Sur la route en terre et poussiéreuse, je voyais mon père pousser difficilement la moto avec grand-mère dessus et ma mère s’inquiéter sur nos réserves de nourriture quasiment épuisées. Il fallait se rendre à l’évidence, nous ne pouvions aller plus loin et nous devions trouver un village pour nous accueillir.

Nous arrêtions dans un phum à une dizaine de kilomètres de la sortie de RN6 (Prey Kaor ?). Et nous trouvions 2 maisons pour nous accueillir, une pour notre famille et une pour celle de ma tante. Ces habitants avaient sans doute reçu l’ordre d’Angkar de partager leur maison avec les nouveaux arrivants.

Durant la saison sèche, dans ce phum, il n’y avait pas de coin d’eau. Tous les lacs étaient vides et secs et les habitants utilisaient l’eau de puits pour leurs usages quotidiens. En bas de la maison sur pilotis où nous étions logés, les propriétaires élevaient en plus les cochons.

Sur ces conditions d’hygiène exécrables, au bout de 2 jours, mon frère et moi attrapions des boutons partout. Le pire, c’était que nous ne pouvions même pas prendre des douches car l’eau de puits était insuffisante. De côté de ma tante, ce n’était guère mieux.

Nous ne pouvions donc rester davantage dans ce phum. Avec quelques rations de nourriture que les habitants nous avaient données, nous reprenions de nouveau la route vers la nationale 5.


kaunklau - 03/05/2013 à 10:38
Ils vous avaient laissé la moto , pour continuer le chemin . Ma direction vers Ang Sérei , ( Oudong) , toutes les motos étaient confisquées à 10 km de P.Penh . Donc , ceux qui possédaient les motos ou voitures , ont obligé de porter les affaires sur le dos pour continuer la route . Les " pleu pleu ", n'avaient rien à foutre , car à leurs yeux , vous êtes considérés , comme riches . Vieillards , enfants , malades , tous sans exceptions : ENNEMIS .
Les " habitants " que vous les appeliez , ce sont des "Moul than " ou populations libérées avant le 17/04/1975 . Elles auraient dû faire un peu d'effort , car votre grand-mère , apparemment très âgée . Tous ce que ces gens observaient , ce sont des maigres avoirs , que la population refoulée de la Capitale , avaient ramené avec !


Rappelons que pour piller nos marchandises , les phrases que employaient , ces barbares sont très courtoises : " Angkar snoeur " !( Angkar demande ).

Edité le 03/05/2013 @ 10:39 par kaunklau

NeakReach - 03/05/2013 à 20:25
Bonsoir à tous, bonsoir kaunklau,

kaunklau a écrit


Ils vous avaient laissé la moto , pour continuer le chemin . Ma direction vers Ang Sérei , ( Oudong) , toutes les motos étaient confisquées à 10 km de P.Penh .



Oui, ils nous avaient laissé la moto… Par contre, je ne sais pas si elle était en état de fonctionner ou non. Je voyais mon père la pousser tout le temps avec grand-mère dessus. Assez étonnant que, dans votre direction, ils avaient confisqué les motos et les voitures à 10 km de Phnom-Penh. Il me semble que, sur la route nationale 5, les voitures étaient confisquées à l’approche de la ville d’Oudong, au niveau du pont Prek Kdam actuel.

kaunklau a écrit


Les " habitants " que vous les appeliez , ce sont des "Moul than " ou populations libérées avant le 17/04/1975 . Elles auraient dû faire un peu d'effort , car votre grand-mère , apparemment très âgée . Tous ce que ces gens observaient , ce sont des maigres avoirs , que la population refoulée de la Capitale , avaient ramené avec !



Ma grand-mère maternelle était victime d’une paralysie de la moitié du corps quelques mois avant l’arrivée des KR. Elle était venue à Phnom-Penh pour se faire soigner. Elle ne pouvait ni marcher, ni parler. Comme elle avait la peau claire, certains "Moul Than" disaient qu’elle était chinoise venant de Chine et ne savait pas parler khmer…

Mon beau-grand-père paternel était aussi victime d’une paralysie de la moitié du corps, mais c’était bien avant, vers des années 60. Il pouvait marcher mais difficilement.

Dans le village où nous étions logés, les habitants étaient gentils. C’était nous qui n’avions pas su nous adapter car les conditions d’hygiène étaient exécrables.



Seun nmott - 04/05/2013 à 10:30
A travers le récit de Kaunklau et NeakReach qui, sur KN, représentent les déportés de la capitale vers l’ouest par la RN5 et la RN6. Première acte inhumain des dirigeants KR de toutes les zones confondues, Piryoip, niredei, bopir de PM, rien n’y est exclu.
Je viens de recevoir les témoignages d’un ami qui a été déporté vers l’est(Bopir) zone 24, qui sera posté ultérieurement ici même. Cet ami a subit les mêmes sorts, condamnés et dépouillé de toutes possessions. Et bien souvent par les cousins, des Prachea chun chash. Les atrocités dépassent de loin les fictions. Le fameux "famille déchirée" que souligne bien souvent NeakReach.


Ils font en sorte qu'il ne vous reste qu'un petit sac dans lequel il n'y a rien.
La politique connue sous le nom de Kamchat Kammasith sourn tour, un des chapitres de la lutte des classes. Pour que tout le monde soit au même niveau, ils ont trouvé la méthode la plus simple, dépouiller les tous. Plus de riche, y a que des pauvres parmi les "ennemis". Ça ne s'applique pas sur les "peuple anciens".


Rappelez vous, le khmer dit Khlok lich, ambèng andète*( la calebasse submerge, les débris flottent), l'élément principal qui détermine la situation de Khol et ambèng, c'est l'eau. Pas d'eau, khloh et ambèng se trouvent aux mêmes endroist.

Seun nmott - 04/05/2013 à 11:31
4 mai 1975

Depuis quelques jours, les choses semblent tournées au ralenti, lorsque ce matin du 4 mai, Yo nous invite à préparer nos affaires, on doit repartir. C’est comme un coup de foudre qui tombe sur la tête, même si j’ai déjà douté qu’ils ne nous laissent pas vivre ici.
Rebelote, je recharge ma remorque, qui a bien perdu son volume. Lorsque quelqu’un est venu me dire que là où doit aller il n’y a pas de route, on doit traverser des rizières. J’ai failli tomber par terre. C’est comme si je reçois un deuxième coup de foudre sur la tête.

Je concerte avec ma femme. C’est elle qui décide de prendre ou de ne pas prendre telle ou telle chose. Je l’ai dit que la remorque ne peut pas traverser les digues des rizières, mais on peut encore servir de note vélo. Nous trouvons donc une solution pour emporter avec nous le maximum possible. Je démonte la remorque, je commence à charger mon vélo. La moitié de nos « biens » est laissée sur place. Ma femme a décidé de séparer de son sac rempli de robe en soie. Seul le nécessaire vital est adjugé. Le reste au revoir. Je n’ai pas oublié ma cage et mes poules.
Cette fois c’est moi seul qui pousse le vélo bien chargé. Mes enfants, ma femme me suivent derrière. Nous nous rendons sur le lieu de rassemblement. Ce sont les « Mits » qui nous attendaient. Ils sont une dizaine.

Pour ceux qui sont arrivés à Omuni avec des moyens mécaniques, en moto par exemple, c’est fini. La traversée des rizières, et les pannes secs sont les premières causes de l’abandon de ces engins. Les gens du village avec leurs charrettes à bœufs, sont maintenant plus avantageux que nous les citadins. Alors Yo et ses potes ont pu profiter de l’amitié avec Yé, qui a une charrette à bœuf.
Je ne sais combien on est en tout, au début de l’après-midi les « Mits » nous appellent à les suivre. C’est vrai, ils nous emmènent à travers les rizières, pour aller où ?
Traverser les rizières c’est passer par dessus les diguettes. Je suis arrivé à passer au-dessus les premières diguettes, celles qui sont hautes j’ai l’aide de ma femme. Mon dieu il y a combien de diguettes à passer ?
J’ai déraillé la chaine et bloqué les pédales pour faciliter le passage. Le cortège approche à une pagode, ils nous laissent faire une pause. Le cortège reprend la marche peu de temps après jusqu’à la fin de la journée.
On s’arrête d’avancer, on m’a dit que nous dormons ici cette nuit, à la belle étoile.

On campe au milieu des rizières. J’ai profité de jeter un coup d’œil sur la troupe. Mon dieu, nous sommes très nombreux. Ma femme avait sorti un morceau de plastique, je reconnais que c’était les nappes de notre table à manger. La première pièce de plastique est étalée sur le sol sur laquelle dorment les enfants. L’autre, elle me demande de faire un petit toit pour les enfants puissent dormir en dessous pour se protéger des rosées matinales.
Nous, les parents, nous ne couvrons que nos têtes.
Le solde de la rizière n’est pas plat comme nos matelas, mais la fatigue dus aux efforts de la journée nous aide à s’endormir très vite. La mère poule et ses petits passent la nuit auprès de nous.
Au petit matin nous sommes déjà debout, les autres aussi. Je sens qu’une nouvelle journée de galère commence. On vient de me dire qu’on ne dort qu’une nuit ici, c’est Pdao Teuk.
On doit continuer, encore plus loin.

Seun nmott - 05/05/2013 à 09:46
5 mai 1975

Le soleil n’est pas encore dépassé le haut des arbres que les « Mits » nous donnent l’ordre de quitter Pdao teuk. Plus j’avance plus je ne sais où on est. Il est midi, nous nous reposons une minute à Tahèn, puis nous repartons sans tarder pour, parait-il, pourvoir arriver à l’endroit prévu avant la tombée de la nuit. Cette partie de voyage crève tout le monde, sauf ceux qui ont des charrettes. Un peu plus loin de Tahèn, le cortège quitte les rizières pour prendre un chemin de terre. Quel soulagement. C’est beaucoup mieux de pousser le vélo sur un chemin que dans les rizières. Cela a permis au groupe d’avancer plus vite, et d’arriver au lieu promis avant la nuit.

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Krâbao Chrom.

Lorsque les « Mits » disent nous sommes arrivés, tout le monde se débarrasse de ses fardeaux.
On assied par terre pour reposer les jambes, ou pour boire un bon coup. On se regarde les uns et les autres, on cherche les proches. Il y en a qui s’allonge carrément sur le sol.
Nous sommes à Krâbao Chrom *. C’est notre destination que nous venons de connaître son nom.
Pour moi, ce nom ne me dit rien du tout, car il y a bien longtemps, c’est à dire depuis qu’on a quitté Omuni que j’ai perdu tous mes repères. En plus je n’ai le temps de les chercher, puis qu’il faut suivre le groupe, de peur de se perdre dans ces terres inconnues.
Après avoir reposé un moment, je me lève pour aller cherche je ne sais quoi sur le vélo, là j’ai le sentiment que je marche bizarrement. J’ai alors demandé à ma femme, qu’est-ce qui m’arrive ?. Elle m’a répondu que je ne marche pas droit, même reste debout je penche sur mon côté droit.
Waouh ! Qu’est qui m’arrive ?

En fait à force de tenir le vélo, et pour le garder en équilibre pendant tout le trajet, et toute la journée. Le vélo avec ses charges doit incliner légèrement sur moi. Alors moi je dois exercer une force pour le tenir. Donc je n’avance pas avec un corps droit mais aussi légèrement incliné vers le vélo. C’est un moyen pour que le vélo ne bascule à l’autre côté. Car si jamais cela arrive ce sera une grosse merde pour nous.
Je ne me fais pas de souci , je pense que je me récupère sans souci.
Car mon premier souci est de comment fabriquer un toit ou un endroit pour y passer la nuit.
J’ai trouvé une place près d’un arbre. J’ai ramassé une branche, le l’attache à mon vélo. Avec mes cordes, oui les cordes que ma femme ne les avait pas oublié, je relie la branche à l’arbre. Nous avons donc un support pour étendre les toiles de plastiques.
Le mot on est arrivé, m’a permis de trouver un bon sommeil. Nous avons dormis jusqu’au matin. Personne n’est venu nous réveiller. Très bien, on est cool. Je commence à m’occuper de mes enfants. Ils sont aussi fatigués que moi, ils n’ont pas de blessure seulement des courbatures. Tant qu’ils sont avec papa et maman, tout va bien. Ma nièce supporte admirablement ce voyage, elle ne m’a pas causé des ennuis, elle se débrouille toute seule. Ce qui m’a marqué le plus c’est que nous avons perdu tous nos tongs, sans le savoir. J’ai quand même senti mal dans mes plantes de pied. Par contre je n’ai plus la démarche bizarre.


* Krâbao Chrom est à deux-trois kilomètre à l'est de Ksaôy, une place grand comme deux terrains de foot où pousse les Krâbao(arbres de 10è15mètre de haut).

Seun nmott - 06/05/2013 à 11:40
6 mai 1975

Depuis qu’on a quitté la ville, je n’ai pas pensé même pendant une seconde à savoir quelle heure est-il?
Ce matin-là, instinctivement je suis allé fouiller dans mon sac. Depuis qu’ils nous ont pillé notre moto, je suis plus prudent, je ne sors pas ma montre bracelet de mon sac, j’essaye seulement de regarder l’heure en cassette. Il était 8h et quelques minutes. Je me sens un peu revenir sur terre, puisque depuis plus de dix jours je n’ai plus le sens du temps. Quand j’ai raconté ça à ma femme ; elle me dit qu’elle ne veut plus le savoir, car plus le temps passe plus elle pense qu’on enfonce dans un trou sans fin. Si le temps s’arrête là, ce serait bien, puisqu’elle a peur qu’on ne peut plus revivre la vie précédemment.

Je vois Yé et Yo revenir de, je ne sais où ? Ils rassemblent le groupe et annoncent que le maitre du lieu veut faire une réunion d’information. Que tout le monde se dépêche. Je laisse ma femme s’occuper les petits, moi, je rejoins les autres à la « réunion ».
Je n’ai pas eu le temps de voir ce que c’est Krâbao Chrom.

Les déportés se mettaient au tour d’un arbre, sous lequel un homme se tenait demi assis sur une charrette. Il est torche nu, il porte seulement un bermuda en kaki bien usé, un krama au tour du coup, un kalachnikov pendu à son épaule gauche. L’homme fume une cigarette « sleuk sanker »* tranquillement.
C’est un khmer paysan bien basané, cheveux gris et court, un mètre soixante environ, aucun trait chinois. Il ne nous émet aucun signe de menace.
Les gens continuent à se formaient en demi-cercle au tour de lui, comme ça, sans que personne ne donne l’ordre. Je pense que les gens veulent le voir en face et l’écouter parler, puisque depuis la déportation, on n’a jamais eu l’occasion de voir le vrai visage d’un important Khmer Rouge. On a vu que des rapporteurs, des soldats ou des messagers.
L’homme, toujours seul, dans son coin, attend patiemment que les gens se mettent en place. Nous sommes à peu près trois cent. Tout le monde est assis par terre. J’étais dans les dix mètres, en face de lui ou presque. Je voyais deux groupes de soldats Khmer Rouges s’installer à une bonne distance derrière notre homme, avec leurs armes. Personne ne parle, il y en a aucun bruit, même pas un souffle de vent, il fait chaud, très chaud, il règne un silence presque absolu.
Les gens retenaient leurs souffles. Moi aussi.
L’homme se leva, se tenait debout face à la foule, d’un petit geste de son bras gauche pour ranger son fusil derrière le dos, puis il s’adresse au gens.
- Kniom(moi), envoyé par Angkar pour vous administrer. Il est temps, désormais, à vous tous d’obéir aux ordres de l’Angka, si vous ne voulez pas avoir des ennuis.
- Je vous conseille de bien enregistrer ce message, puisque je ne parle pas beaucoup et je n’aime pas répéter. J’ai l’habitude de commander l’armée, mais les civiles.
- Vous allez camper ici, à Krâbao Chrom, vous devez aller chercher de quoi faire votre abri, avec votre chef de groupe. Après on verra. J’ai terminé.

C’est donc un discours, court, clair et ferme, il n’y a pas de signe d’agression dans sa façon de parler. J’ai cru entendre sa dernière phrase pendant que la foule se retire : Allez, on n'a pas le temps de plaisanter, a dit le patron.

Yo est notre chef de groupe, nous sommes dix familles. Tandis que Yé, il me semble qu’il a un rôle plus important au près du Chef KR, le patron.
Toujours d’après Yo, Yé a connu Puk Neurm, le patron, il y a dix ans en arrière, avant qu’il rejoigne le maquis.
Puk Neurm c’est l’homme qui nous a parlé à la réunion, c’est notre patron, on dépend désormais de lui. Yo m’a dit qu’on doit appeler Puk Neurm, car Puk qui veut père, est un rang dans la hiérarchie Khmère Rouges, et Neurm est son nom révolutionnaire. Ces homologues l’appellent Camarade Neurm.
On ne sait combien il dispose de ses soldats, mais c’est sûr qu’il y en a assez pour nous surveiller.
Jusque-là, nous ne les voyons pas roder au tour de nous. Ils sont très disciplinés et très discrets

* Cigarette sleuk sanker dit barei sleuk sanker, c'est une cigarette rouler à la main avec une feuille de "Sanker".
Sanker(ou Sankaè) : combretum quadrangulare kurz

NeakReach - 06/05/2013 à 22:31
Bonsoir Seun nmott,

Merci pour vos récits. Plus on avance dans les récits, plus je me pose des questions sur les actions préméditées des responsables KR.

Comment ont-ils pu préméditer ces actions ? Comment ont-ils pu organiser la déportation en espace de 2 semaines ?
A moins qu’ils aient improvisé au fur et à mesure…


kaunklau - 07/05/2013 à 08:00
Merci S.nM de ton récit !
.................................................................................

Disparition de la famille du lieutenant de la Marine Phâl Kun .

La famille Bâng PHAL KUN , repérée puis ramenée dans une prison ou assassinée car plus de nouvelles depuis . Quand ,j'étais retourné de "kâng cha lath " de Kandieng , Pursat ,je ne trouvais plus sa famille , lui , sa femme et un bébé de 1 mois .

Bâng Phal Kun , était lieutenant de la Marine de l'armée de la République khmère . A peine , installé dans le coopérative , il se faisait repérer à cause d'une couverture . Celle-ci est d'origine américaine (phoury kamagnei), très confortable , lors de l'hiver khmer .
Or les illettrés de Moul Than ,l'avaient vu et voulait lui prendre . Le soir , ils rassemblaient tout le monde et demandaient à ces 17 Avril " d'abandonner leurs avoirs " ( chum rous ) . Il ne l'avait pas donné . A la fin de la réunion , ces chefs de phum disaient , sans lui dire en face , " tor tourl khos treuv doy khlourn ègn " ç-a-d prendre votre responsabilité .
Au retour de notre chaumière , j'avais conseillé à ce dernier d'abandonner ce bien , car , il ne fallait pas risquer sa peau pour peu de chose . Il était d'accord , car notre but , ce n'est pas de rester dans ce lieu pourri , mais , le but c'est d'arriver au pays non communiste " La Thailande " . Le lendemain , j'avais ramené , moi-même , cette couverture au Meh phoum . Un jour après , j'ai vu ces Moul Than envelopper dans cette couverture . Même ceux qui gueulaient contre les impérialistes américains , ils s'affolaient tout de même dernière les produits " made in USA ".

Mr Phâl Kun était repéré , depuis cette date .
Le rajout de dispute familiale , entre sa femme et ses soeurs , à cause de la famine et l'histoire d'un morceau de savon( sabou ka aub) en échange contre quelques bols de riz , entrainait la disparition de sa famille , donc lui , sa femme et son bébé .

Courant 1976 ,il y avait quelque chose qui m'intriguait . Vers 20h , un soir , en pleine lune , Le chef de coopérative , TA THORN , m'avait fait une petite réunion , face à face à 2 et m'avait demandé de " sam dègn ka smos trâng " c-à-d , dire la vérité et toute la vérité , si j'étais ancien militaire de Lon Nol ou étudiant en terminal ( thnak ti bagn châb) !
J'avais répondu , que , je n'étais , qu'un élève .
Le lendemain , il m'avait envoyé en " kâng cha lath " .
En fait , c'était une préméditation , pour envoyer la famille de Phâl Kun à la mort, car nous étions sous le même toit dans la chaumière . Heureusement , j'avais déclaré dès le premier jour à Pursat , que je n'avais pas de famille et je n'avais aucun lien de parenté avec cette famille .

A savoir , ce chef de coopérative , m'avait beaucoup apprécié , car , il m'avait dit que j'étais un bosseur , poli et " dak khlourn " c-à-d " tout abandonner pour respect de la loi de l'Angkar " . Je me souvenais , il devait faire un rapport à son supérieur " le nombre de pieds de choux , planté dans sa coopérative " . Comme , il était illettré et fier , alors il s'amusait à compter , or , c'était impossible de compter . Je lui ai aidé en faisant la simple multiplication " nombre de pieds en longueur multiplié par ceux de la largeur " .

J'avais trop pitié de la famille Bâng Phâl Kun , sa femme et leur petit bébé !!!

Seun nmott - 07/05/2013 à 12:03
NeakReach a écrit

Bonsoir Seun nmott,

Merci pour vos récits. Plus on avance dans les récits, plus je me pose des questions sur les actions préméditées des responsables KR.

Comment ont-ils pu préméditer ces actions ? Comment ont-ils pu organiser la déportation en espace de 2 semaines ?
A moins qu’ils aient improvisé au fur et à mesure…



A mon avis il n'y avait pas un plan précis pour les évacuations des villes. Or vider la ville c'est pour eux une façons de déraciner les ennemis, et donc tant pis, pour le reste.
Ceux qui sont opposés à ce plan sont écartés bien avant leur victoire.

Ils les improvisent, au fur et à mesure. C'est pourquoi, Vous neakReach, vous êtes pas cadrés par eux. La déportation en masse a dépassé ses prévisions. C'est pourquoi à Battambang, ils exécutent les militaires , les hauts fonctionnaires, puis ils vident la ville.

Je persiste et je signe. Ils font en sorte qu'il ne nous reste rien.

Déporter c'est le pire des pires. N'oublier pas le proverbe khmer.
Sov lich touk kandal tonlé kom oy taè phleung chèh pterh( mieux vaut un naufrage qu'une incendie).

"Ne prenez pas grande chose, c'est pour deux trois jours" cette phrase sonne toujours.



Le cas cité par Kaunklau, existe aussi dans mon village.
C'était un ancien officier supérieur qui ne s'est pas présenté au rassemblement. On a dit qu'il a collaboré avec les KR avant la chute, en envoyant des munitions aux KR. Alors les KR l'a laissé vivre parmi le nouveau peuple. Il garde le bétail.
Un jour il a blessé un bœuf avec une pierre. C'est suffisant pour le traiter de anti Angkar et donc la peine de mort.


Seun nmott - 07/05/2013 à 12:37
Les jours suivants..

Les gens commencent à chercher tout ce qu’il trouve pour bâtir leur abri, des branches d’arbres, des lianes etc…
Yo est venu m’appeler pour aller avec lui chercher des tôles. Ce sont des toles en plastiques et des clous. J’ai été parmi les volontaires. Nous avons pris des piquets en bois des planches, des grosses branches pour faire les structures. Les tôles et les toiles en plastiques noirs et bleus pour les toits. Nos abris étaient comme des stands alignés les uns et les autres sous un même toit. Chaque stand est séparé par un mur de plastique. On dormait pas terre. Les rangés de stands ont pris la bute tout entière. Deux- trois jours après nous avons terminé notre abri. Certains autres sont en train de finir. Au total une semaine a déjà passé.
Chacun se débrouille pour se nourrir. Ils sont en train de vider leurs maigres provisions.
On vient d’avoir une nouvelle consigne : Ne pas éloigner de la bute, on risque de ne pas pourvoir rentrer.
Parmi les déportés, il y en a qui connaissent bien les bois. Ils sont partis plus loin de la bute pour chercher des fruits ou des racines comestibles. Ce qui ne plaisait pas aux nouveaux maitres. Alors ils préviennent donc que à ceux là s'ils osent encore le faire ils ne rentreront plus.
Seulement depuis qu’on est arrivé, il y a eu trois décès parmi les déportés. L’autre jour on a appris qu’il y a eu deux décès dans une seule journée. Ce qui attire les attentions de tout le monde c’est que les morts ne sont pas des gens fragile ni malades. Ce sont des gens bien portants.
Un soir une personne est entrée en transe, et dit « qu’il vient tuer tout le monde ». Cette nouvelle fait le tout de la bute en un rien de temps. Le nouveau chef et ses soldats ne croient pas à ce genre de chose. Ils demandent aux « gens » de commencer à travailler.
Nos devons défricher les alentours de la bute. Groupe par groupe, nous partons le matin, rentrons à midi pour déjeuner, puis repartons jusqu’à la fin de la journée. Les soldats sont là pour nous encadrer. Ce sont eux qui sont notre horloge.

Les gens commencent s’inquiéter, car le nombre de décès augment jour par jours, et toujours dans les mêmes conditions. On ne connaît pas la cause exacte de ces décès.
On les trouve mort chaque matin.Il y a eu une douzaines de morts depuis qu'on est là. L’inquiétude gagne toute la population de la bute.
L’inexplicable gagne petit à petit les nouveaux chefs. Ils commencent à s’intéresser réellement. Des réunions se succèdent. Les bruits courent que Krâbao Chrom est une bute protégée par des âmes errantes. Autrefois personne n’a jamais osé y passer la nuit. On raconte même en plein jour si on est seul, on risque d’être chassé de la bute par des choses étranges. Impuissants, les déportés continuent à vivre avec la peur ventre, ils se posent même plus la question, à qui le tour demain ?
Les chefs ne montrent aucun signe de flottement. Puisqu’il ne se passe rien parmi eux. Très bizarre ?!?

Par contre ils organisent au moins deux fois par semaine des réunions. Ils recrutent des volontaires pour aller faire des stages, organisés par l’Angkar. Les volontaires sont partis avec des guides. Mais on n’a jamais des nouvelles d’eux. Chez Angkar, on est discret, voilà la réponse si un des membres de la famille cherche à avoir les nouvelles de leur proche parti comme volontaire.
Au début j’ai fait la queue parmi les volontaires, attend qu’on me prenne, mais depuis que les doutes s’installent je ne me montre plus à l’appel. J’agissais comme un con, je ne sais pas d’où vient cette idée, volontaire pour le stage ?
Par contre j’ai beaucoup moins peur que les autres à l’idée de mourir demain. Je crois que depuis toujours, dès que j’arrive dans un endroit inconnu, silencieusement je demande au maitre de lieu de m’accorder le passage. Sans trop y croire, superstitieux non plus, mais je l’ai toujours fait. C’est le conseil d’un grand oncle, toujours demandé, ça ne te coute rien, il m’a dit que chaque lieu, chaque chose appartient toujours à quelqu’un. Soyons donc poli, c’est tout.


Edité le 07/05/2013 @ 12:44 par Seun nmott

NeakReach - 07/05/2013 à 18:10
Seun nmott a écrit


A mon avis il n'y avait pas un plan précis pour les évacuations des villes. Or vider la ville c'est pour eux une façons de déraciner les ennemis, et donc tant pis, pour le reste.
Ceux qui sont opposés à ce plan sont écartés bien avant leur victoire.

Ils les improvisent, au fur et à mesure. C'est pourquoi, Vous neakReach, vous êtes pas cadrés par eux. La déportation en masse a dépassé ses prévisions. C'est pourquoi à Battambang, ils exécutent les militaires , les hauts fonctionnaires, puis ils vident la ville.



Bonsoir Seun nmott et kaunklau,

Au départ, je pensais la même chose que vous, c’est à dire qu’il n’y avait pas de plan précis et ils les improvisaient au fur et à mesure. Mais en lisant vos récits, j’ai l’impression que c’étaient des actions préméditées : ils vous encadraient et vous déportaient dans des lieux prédéfinis, d’où ma question sur comment ils auraient pu préméditer ces actions. Peut-être qu’ils avaient décidé sur les lieux de déportation à l’improviste, c’est à dire des lieux qui sortaient de nulle part !



NeakReach - 07/05/2013 à 18:39
Deuxième escale

Après plusieurs heures de marche à travers des petits phums par la route en terre, nous arrivâmes en fin de journée au bord d’un tonlé et nous traversâmes le phum de Kampong Ba Srov. Soudain mon père et son beau-père croisaient une connaissance. C’était un ouvrier agricole saisonnier qui travaillait durant les saisons de moisson à notre srok natal vers les années 60 et mes grands-parents le logeaient pendant ses séjours. Ce fut un soulagement, enfin quelqu’un pourrait nous aider.

Il nous conseilla de ne pas aller plus loin car, partout dans le pays, c’était la même chose. Il habitait de l’autre côté du tonlé, et son phum ne pouvait recevoir les nouveaux arrivants. Par contre, le phum de Kampong Ba Srov que nous venions de traverser pouvaient recevoir quelques familles.

Quelques heures plus tard, le méphum de Kampong Ba Srov nous a trouvé 2 maisons paysannes non habitées mais dans un bon état, une pour notre famille et une autre pour la famille de ma tante. Il y avait là 5 maisons pour accueillir les nouveaux dont 2 déjà occupées. Ces maisons se trouvaient à l’extérieur de phum. Nous passâmes notre première nuit dans cette nouvelle maison.

Une maison à nous, le tonlé en face, et le méphum était un instituteur avant la guerre civile et le courant passait bien avec mon père. Les conditions nous paraissaient idéales pour commencer notre nouvelle vie, la vie de communauté dans un monde paysan où nous étions issus. Nous décidions donc de rester et de nous installer.

Après l’inscription "officielle", les adultes aptes à travailler devaient participer aux réunions d’information organisées par le méphum. Effrayé par la nouvelle vie paysanne qui nous attendait, le mari de ma tante se rebella et refusa catégoriquement de rester davantage dans ce phum. De notre côté, avec 2 personnes handicapés, nous ne pouvions poursuivre la route. Malgré des pleurs et des supplices de ma mère et de ma tante, la séparation était inéluctable.

Je voyais la famille de ta tante partir en direction de la route nationale 5. A cet instant précis, j’étais loin, de très loin d’imaginer que 4 ans plus tard, il n’en resterait qu’une. Toute une famille de 3 adultes (dont un cousin de ma tante) et 5 enfants allait être décimée… par ce régime.

Quant à nous, notre nouvelle vie allait commencer…

Explication par le plan :

81557_Plan3_17_avril.jpg


Seun nmott - 08/05/2013 à 09:42
NeakReach a écrit

Seun nmott a écrit


A mon avis il n'y avait pas un plan précis pour les évacuations des villes. Or vider la ville c'est pour eux une façons de déraciner les ennemis, et donc tant pis, pour le reste.
Ceux qui sont opposés à ce plan sont écartés bien avant leur victoire.

Ils les improvisent, au fur et à mesure. C'est pourquoi, Vous neakReach, vous êtes pas cadrés par eux. La déportation en masse a dépassé ses prévisions. C'est pourquoi à Battambang, ils exécutent les militaires , les hauts fonctionnaires, puis ils vident la ville.



Bonsoir Seun nmott et kaunklau,

Au départ, je pensais la même chose que vous, c’est à dire qu’il n’y avait pas de plan précis et ils les improvisaient au fur et à mesure. Mais en lisant vos récits, j’ai l’impression que c’étaient des actions préméditées : ils vous encadraient et vous déportaient dans des lieux prédéfinis, d’où ma question sur comment ils auraient pu préméditer ces actions. Peut-être qu’ils avaient décidé sur les lieux de déportation à l’improviste, c’est à dire des lieux qui sortaient de nulle part !





La zone Piryoip, ou la ville de Battambang si vous voulez, est à mon avis bien préparé avant les évacuations. Je vous ai raconté que les KR, par petits groupes, sillonnent tous les rues et ruelles chaque jours.

Quand Ils ont décidé de nous orienter vers Omuni, quittant ainsi la RN5, c'est qu'ils ont bien calculé. Ceux qui étaient devant nous, continuaient jusqu'à Kampong Preah(sur la RN5). Quand à nous et ..je ne sais pas combien, sont venus vers Omuni-Taponn.
Quelques mois après, il me semble que nous nous retrouvons tous à Khsaoy, si je me trompe pas, au moins une bonne partie, on n'était environ 1500-2000 dispersées en trois groupes, dont khsaoy, Samteam et le troisième je ne me rappelle plus..

Seun nmott - 08/05/2013 à 09:55
[b]
NeakReach a écrit

Deuxième escale

Après plusieurs heures de marche à travers des petits phums par la route en terre, nous
.....

Quelques heures plus tard, le méphum de Kampong Ba Srov nous a trouvé 2 maisons paysannes non habitées mais dans un bon état, une pour notre famille et une autre pour la famille de ma tante.




Là où nous étions c'est un lieu abandonné, isolé qui se trouve à quelque kilomètre de Tonlé sap. A la saison des crues on est entouré d'eau, coupé du monde. Euh! comme un Alcatraz sans maison , on peut dire. On doit tous construire notre abri avec rien..
Vous le verrez dans la suite mon récit.

NeakReach - 08/05/2013 à 12:42
Seun nmott a écrit


La zone Piryoip, ou la ville de Battambang si vous voulez, est à mon avis bien préparé avant les évacuations. Je vous ai raconté que les KR, par petits groupes, sillonnent tous les rues et ruelles chaque jours.

Quand Ils ont décidé de nous orienter vers Omuni, quittant ainsi la RN5, c'est qu'ils ont bien calculé. Ceux qui étaient devant nous, continuaient jusqu'à Kampong Preah(sur la RN5). Quand à nous et ..je ne sais pas combien, sont venus vers Omuni-Taponn.
Quelques mois après, il me semble que nous nous retrouvons tous à Khsaoy, si je me trompe pas, au moins une bonne partie, on n'était environ 1500-2000 dispersées en trois groupes, dont khsaoy, Samteam et le troisième je ne me rappelle plus..



Je crois qu’ils s’étaient rendus compte de leur erreur en ayant évacué Phnom-Penh trop rapidement et en masse sans aucune organisation. Jeter 2 millions de personnes dans les rues n’était pas une mince affaire. Et raison pour laquelle, certains phnom-penhois, comme nous, n’avaient pas été cadrés par les soldats KR.

Et aussi raison pour laquelle les villes provinciales, telle que Battambang, avaient été évacuées bien après, et surtout après avoir bien préparé.

Nous verrons plus tard que, au fur et à mesure de l’avancement de notre histoire, quelques mois après, tout rentrait dans l’ordre : ceux qui avaient été dispersés seraient déportés pour la deuxième fois vers les lieux "aptes" à recevoir le peuple nouveau.


Seun nmott - 11/05/2013 à 11:32
............

Les jours passent, les décès se multiplient, toujours sans motif apparents. Les chefs s’alarment. Ils patrouillent la nuit. Nous avons peur d’eux plus que les diables. Des fois ils tirent en pleine nuit, ils vident bien leurs bandes. Là ça réveille tout le monde en pleine nuit, nous sommes terrifiés. Le lendemain personne ne pose aucune question.
On va au travail tête baissée, la tristesse, la peur se lisent sur chaque visage.

Éloigner de la bute, c’est interdit par les Khmers Rouges, rester sur la bute on est la proie d’une chose étrange. On est bel et bien dans une impasse.
Chaque matin on scrute les morts, et oui il y a presqu'un par jour.
Le matin où on n’entend pas parler de mort c'est un matin soulagé.
Par contre les vives commencent à manquer, c'est un vrai souci. Ce qui fait plus peur c’est de voir une personne bien portante meurt aujourd’hui que la vielle on bosse ensemble.

Lorsqu’un matin, nous avons reçu l’ordre de décamper.
C’est un grand soulagement. Tout le monde se hâte de démonter le stand, hâte de quitter cet endroit avant la nuit. C’est la nuit la plus peur. Krâbao Chrom est déserté dans l’après-midi même. Les Khmers Rouges nous emmènent vers un ancien village qui se trouve à un ou deux kilomètres plus à l’ouest de la bute. C’est Khsaoy.


Sur mon journal, à la page mercredi 9 juillet 1975, j'ai noté : on a quitté krâbao chrom pour Khsaoy.

On a resté plus deux mois sur la terre des diables. Quel horreur.
Pendant plus deux mois qu’on vit dans un endroit où la mort rode chaque nuit.

… C’est un peu plus tard que j’ai réalisé que cet endroit est mentionné dans un roman de NOU Hach intitulé « Phka srâpaune »(fleur flétrie) éditée en 1949 , chapitre la pêche miraculeuse dont l’auteur a bien raconté à l’époque que les pêcheurs font en sorte que le cortège des charrettes transportant les poissons ne font pas escale à Krâbao Chrom, la butte est hantée depuis …. Elle continue à hanté et les KR et nous.

Rendez vous au 7 juillet, comme indique le titre du sujet.


robin des bois - 11/05/2013 à 13:19


"L'évacuation de villes entières" reste un phénomène unique dans l'Histoire .

Je suis persuadé qu'il convient donc d'aborder ses causes et explications avec la plus extrême prudence.. Notamment :

- par recoupement :

. des récits des témoignages de ceux qui ont vécu directement cet "évènement hors norme",
. des écrits des responsables concernés(mais je pense qu'il y en a très peu, ou même pas du tout du tout !!!)
. probablement la méthode la plus fiable, en observant les destinées des compagnons de route de POL Pot.... avant le 17 avril 1975.





Edité le 11/05/2013 @ 13:21 par robin des bois

Seun nmott - 11/05/2013 à 14:04
robin des bois a écrit



"L'évacuation de villes entières" reste un phénomène unique dans l'Histoire .

Je suis persuadé qu'il convient donc d'aborder ses causes et explications avec la plus extrême prudence.. Notamment :

- par recoupement :

. des récits des témoignages de ceux qui ont vécu directement cet "évènement hors norme",
. des écrits des responsables concernés(mais je pense qu'il y en a très peu, ou même pas du tout du tout !!!)
. probablement la méthode la plus fiable, en observant les destinées des compagnons de route de POL Pot.... avant le 17 avril 1975.






Pour l'instant ce n'est que des récits et témoignages, des vécus pendant.
Je pense que l'analyse se fera par la suite.
Puisque la déportation ou "l'évacuation des villes entières" dans le récit n'est pas encore terminé.

robin des bois - 11/05/2013 à 14:39
Seun nmott a écrit

robin des bois a écrit



"L'évacuation de villes entières" reste un phénomène unique dans l'Histoire .

Je suis persuadé qu'il convient donc d'aborder ses causes et explications avec la plus extrême prudence.. Notamment :

- par recoupement :

. des récits des témoignages de ceux qui ont vécu directement cet "évènement hors norme",
. des écrits des responsables concernés(mais je pense qu'il y en a très peu, ou même pas du tout du tout !!!)
. probablement la méthode la plus fiable, en observant les destinées des compagnons de route de POL Pot.... avant le 17 avril 1975.






Pour l'instant ce n'est que des récits et témoignages, des vécus pendant.
Je pense que l'analyse se fera par la suite.
Puisque la déportation ou "l'évacuation des villes entières" dans le récit n'est pas encore terminé.



ok d'accord

Des éléments recueillis, il semble apparaitre que cette décision semble bien être le fait du seul POL Pot, probablement décision prise au tout début 1975, voire même en 1974.( en même temps que la décision de la suppression de la monnaie .

Elle semble avoir été contestée au sein même de l'Angkar, mais la prise assez rapide de PP ayant donné raison à POL Pot lu-même, les contestataires internes ont été éliminés aussi sec ;

Voici

- sur ce lien :

http://proceskhmersrouges.net/?p=380

- l'avis de F.PONCHAUD qui reprend les trois hypothèses les plus vraisemblables (analyse d'après coup!!!):

Pourquoi vider les villes ?

Toutes les villes du pays ont subi le même scénario. En route vers la Thaïlande il constate que les villes traversées sont toutes vidées de leurs habitants. « Ce n’était pas de l’improvisation », affirme François Ponchaud qui imagine quelques raisons : la première, inspirée des propos de Duch et Ieng Sary, c’est que Phnom Penh était difficile à gérer du point de vue de la sécurité ; la deuxième, c’est qu’il n’y avait pas à manger pour tout le monde ; la troisième, et pour lui la plus importante, est l’idéologie : « les anciens Khmers rouges disaient que la ville était mauvaise, malfaisante parce que la ville c’était l’argent. ‘Plantez du riz et vous saurez la vraie valeur de tout’, pensaient-ils. » Cette mesure radicale aurait attiré les louanges de Mao Zedong.



- "improvisation ou pas" ??? faux problème selon moi ..

la décision avait été prise et bien prise par le Chef ; les modalités d'exécution ne semblent pas avoir intéressé particulièrement dans le détail l'état- major KR ...
Si on regarde bien le fonctionnement des zones KR après le 17 avril 75, il apparait très clairement que les responsables de zone bénéficiaient d'une très grande latitude intra- zone si évidemment ils commençaient par respecter la ligne de l'ANGKAR!!!
D'autre part, cette façon de faire correspondait très bien aven l'absence de "paperasse intermédiaire" et le goût de la discrétion absolue ( l'exception restant Duch et son perfectionnisme de S-21, qui démontre- a contrario et par l'absurde- que "l'ANGKAR avait raison" de cultiver le secret ....






Edité le 11/05/2013 @ 14:41 par robin des bois

NeakReach - 11/05/2013 à 16:14
Bonjour Seun nmott,

Si je comprends bien dans vos récits, ils vous envoyaient volontairement sur la terre des diables pendant environ 2 mois et demi. Questions :
- Y-avait-il de la cantine collective ?
- Si c’était non, comment faisaient les gens pour se nourrir ?


Seun nmott - 12/05/2013 à 10:48
NeakReach a écrit

Bonjour Seun nmott,

Si je comprends bien dans vos récits, ils vous envoyaient volontairement sur la terre des diables pendant environ 2 mois et demi. Questions :
- Y-avait-il de la cantine collective ?
- Si c’était non, comment faisaient les gens pour se nourrir ?




Bonjour NeakReach
La cantine collective, non, les gens se débrouillent comme ils le peuvent, c'est pourquoi il y en a qui s'éloignent de la butte pour chercher des patates(damlong chreuv), des herbes comestibles ou d'autres racines. Les sentinelles ne veulent plus les voir éloigner de la butte.
D'autres sont entrain de vidés leurs reste.

PS : je repasserai...

NeakReach - 12/05/2013 à 15:50
Bonjour Seun nmott,

Merci pour la réponse.

Je commence à comprendre leur démarche sur l’évacuation des villes provinciales. En gros, pour éviter la dispersion comme les Phnom-Penhois, et comme ils n’avaient pas encore défini des lieux pour le peuple nouveau (les 17 avril), ils vous envoyaient dans des lieux d’attente. Comme ils avaient une haine féroce contre le peuple nouveau, ils avaient choisi le lieu le plus hanté de la région de Battambang.

Le peuple nouveau n’avait pas de quoi manger pendant le temps d’attente ! Visiblement ce n’était pas leur problème, ni leur souci. Ils les laissaient mourir de faim.




Seun nmott - 12/05/2013 à 18:33
NeakReach a écrit

Bonjour Seun nmott,

Merci pour la réponse.

Je commence à comprendre leur démarche sur l’évacuation des villes provinciales. En gros, pour éviter la dispersion comme les Phnom-Penhois, et comme ils n’avaient pas encore défini des lieux pour le peuple nouveau (les 17 avril), ils vous envoyaient dans des lieux d’attente. Comme ils avaient une haine féroce contre le peuple nouveau, ils avaient choisi le lieu le plus hanté de la région de Battambang.

Le peuple nouveau n’avait pas de quoi manger pendant le temps d’attente ! Visiblement ce n’était pas leur problème, ni leur souci. Ils les laissaient mourir de faim.






C'est presque ça, car je ne possède pas de preuves concluants.
Puk Neurm, c'est un gars qui, quelques année au paravent n'était qu'un pauvre gars faisant de petits boulots pour vivre au marché de Anlong vil, n'ayant pas pu rembourser ses dettes, il a pris la fuite vers "Roneam"(la mangrove), un endroit où personne n'osait y met les pieds au début des années 70. Récupéré par les KR, et a pris des galons, le voilà en mission pour nous contenir pendant un temps. Le temps nécessaire pour , je ne sais pas exactement quoi. Lorsqu'on est évacué à Khsaoy, on le voit plus.
Je le verrai un jour plus tard, dans mon autre récit.

Car à Khsaoy, ce sont d'autre groupe de KR qui nous gouverne.

Alors je suppose que ce ne sont pas improvisés, mais bien préparés.

Les déportés ont été tués à petit feu.
Eux, ils ont tout ce qu'il faut, ils nous regardent mourir. Notez le bien.
Je ne sais pas si vous avez déjà vu ou entendu cette phrase, mais c'est la mienne depuis toujours et elle est toujours dans ma tête. Ils nous regardent mourir.


Edité le 12/05/2013 @ 18:34 par Seun nmott

Seun nmott - 12/05/2013 à 18:54
robin des bois a écrit

Seun nmott a écrit

robin des bois a écrit



"L'évacuation de villes entières" reste un phénomène unique dans l'Histoire .

Je suis persuadé qu'il convient donc d'aborder ses causes et explications avec la plus extrême prudence.. Notamment :

- par recoupement :

. des récits des témoignages de ceux qui ont vécu directement cet "évènement hors norme",
. des écrits des responsables concernés(mais je pense qu'il y en a très peu, ou même pas du tout du tout !!!)
. probablement la méthode la plus fiable, en observant les destinées des compagnons de route de POL Pot.... avant le 17 avril 1975.






Pour l'instant ce n'est que des récits et témoignages, des vécus pendant.
Je pense que l'analyse se fera par la suite.
Puisque la déportation ou "l'évacuation des villes entières" dans le récit n'est pas encore terminé.



ok d'accord

Des éléments recueillis, il semble apparaitre que cette décision semble bien être le fait du seul POL Pot, probablement décision prise au tout début 1975, voire même en 1974.( en même temps que la décision de la suppression de la monnaie .

Elle semble avoir été contestée au sein même de l'Angkar, mais la prise assez rapide de PP ayant donné raison à POL Pot lu-même, les contestataires internes ont été éliminés aussi sec ;

Voici

- sur ce lien :

http://proceskhmersrouges.net/?p=380

- l'avis de F.PONCHAUD qui reprend les trois hypothèses les plus vraisemblables (analyse d'après coup!!!):

Pourquoi vider les villes ?

Toutes les villes du pays ont subi le même scénario. En route vers la Thaïlande il constate que les villes traversées sont toutes vidées de leurs habitants. « Ce n’était pas de l’improvisation », affirme François Ponchaud qui imagine quelques raisons : la première, inspirée des propos de Duch et Ieng Sary, c’est que Phnom Penh était difficile à gérer du point de vue de la sécurité ; la deuxième, c’est qu’il n’y avait pas à manger pour tout le monde ; la troisième, et pour lui la plus importante, est l’idéologie : « les anciens Khmers rouges disaient que la ville était mauvaise, malfaisante parce que la ville c’était l’argent. ‘Plantez du riz et vous saurez la vraie valeur de tout’, pensaient-ils. » Cette mesure radicale aurait attiré les louanges de Mao Zedong.



- "improvisation ou pas" ??? faux problème selon moi ..

la décision avait été prise et bien prise par le Chef ; les modalités d'exécution ne semblent pas avoir intéressé particulièrement dans le détail l'état- major KR ...
Si on regarde bien le fonctionnement des zones KR après le 17 avril 75, il apparait très clairement que les responsables de zone bénéficiaient d'une très grande latitude intra- zone si évidemment ils commençaient par respecter la ligne de l'ANGKAR!!!
D'autre part, cette façon de faire correspondait très bien aven l'absence de "paperasse intermédiaire" et le goût de la discrétion absolue ( l'exception restant Duch et son perfectionnisme de S-21, qui démontre- a contrario et par l'absurde- que "l'ANGKAR avait raison" de cultiver le secret ....







Bonjour RDB
Au début des années 80, quand tout le monde a pu s'échapper des leurs bourreaux et ont pu retourner en ville , les nouvelles s'échangent. C'est là que j'ai appris que ceux qui étaient contre les évacuations des citadins sont écartés et éliminés.
Conclusion cela a été bien préparé par avance.

L’existence d'un groupe dit centre a pour mission d'administrer Phnom Penh, a bien été supprimé un peu avant le 17 avril..

PS : Les KR avaient leurs billet de banques...

robin des bois - 12/05/2013 à 19:25
Seun nmott a écrit


PS : Les KR avaient leurs billet de banques...



Hein... alors là, vous m'en bouchez un coin !!!!

SVP :
en 75 seulement au moment de l'entrée dans PP ?
ou tout le temps du Kampuchéa démocratique ( SVP les nouveaux riels à l'effigie de POL pot, les anciens riels, ou les dollars )?


Je sais que des billets KR/KD avaient du être imprimés avant avril 75, mais je croyais qu'ils n'avaient jamais été mis en circulation.

"D'ailleurs cette monnaie KR fait actuellement l'objet d'une "chasse au trésor ", car très peu d'exemplaires en circulation ... et "tout ce qui est rare est cher" !!!







Edité le 12/05/2013 @ 19:49 par robin des bois

Seun nmott - 12/05/2013 à 22:21
robin des bois a écrit

Seun nmott a écrit


PS : Les KR avaient leurs billet de banques...



Hein... alors là, vous m'en bouchez un coin !!!!

SVP :
en 75 seulement au moment de l'entrée dans PP ?
ou tout le temps du Kampuchéa démocratique ( SVP les nouveaux riels à l'effigie de POL pot, les anciens riels, ou les dollars )?


Je sais que des billets KR/KD avaient du être imprimés avant avril 75, mais je croyais qu'ils n'avaient jamais été mis en circulation.

"D'ailleurs cette monnaie KR fait actuellement l'objet d'une "chasse au trésor ", car très peu d'exemplaires en circulation ... et "tout ce qui est rare est cher" !!!




Si j'ai dit ça

"Les KR avaient leurs billet de banques..".

c'est par rapport à

- l'avis de F.PONCHAUD qui reprend les trois hypothèses les plus vraisemblables (analyse d'après coup!!!):

Pourquoi vider les villes ?

la troisième, et pour lui la plus importante, est l’idéologie : « les anciens Khmers rouges disaient que la ville était mauvaise, malfaisante parce que la ville c’était l’argent. ‘Plantez du riz et vous saurez la vraie valeur de tout’, pensaient-ils. » Cette mesure radicale aurait attiré les louanges de Mao Zedong.


Je n'ai pas vu son récit, j'aime bien savoir quand(quelle date) quand il a passé par battambang pour arriver en Thaïlande, et si c'est par là? Si vous avez lu, SVP.

Toutes les villes du pays ont subi le même scénario. En route vers la Thaïlande il constate que les villes traversées sont toutes vidées de leurs habitants. « Ce n’était pas de l’improvisation »


Une dernière chose, j'ai fait des recherches sur le mot que je vous ai vu utiliser à plusieurs reprises. Et que j'avais déjà un doute que ce mot a bien plus de sens que ce qu'on a connu. Ce mot est "Manger le trône"(Saoy reach) ou "manger le royaume"(votre expression).
J'ai trouvé ce mot "manger la mort" (Saoy ti vong kut)vocabulaire royal.
Je continue à fouiller..

robin des bois - 13/05/2013 à 06:37
Seun nmott a écrit

[

Je n'ai pas vu son récit, j'aime bien savoir quand(quelle date) quand il a passé par battambang pour arriver en Thaïlande, et si c'est par là? Si vous avez lu, SVP.

Toutes les villes du pays ont subi le même scénario. En route vers la Thaïlande il constate que les villes traversées sont toutes vidées de leurs habitants. « Ce n’était pas de l’improvisation »

..


Bonjour S-n

Votre témoignage est passionnant ..

- J'ai bien retenu que si PP a été vidé dès le 17 avril, Battambang l'a été au mieux le 22..

Et cette date du 22, je l'avais en effet déjà lu dans plusieurs bouquins, car ROS Nhim s'était volontairement abstenu d'aller à Phnom Penh et de répercuter les ordres du BPBC sur l'évacuation des villes (à noter HOU Youn et Hu Nim avaient sussi montré leur oppositon à cette décision et à celle sur la monnaie):

.- F.PONCHAUD a fait partie du dernier convoi à quitter l'ambassade de France :
. un premier convoi était parti le 30 avril et est arrivé à la frontière 3 jours et demi après
. celui de PONCHAUD (le 2eme et dernier) est parti le 6 mai au matin
. trajet : nationale 4, Thnal Totung, Amléang, Roméas, Kompong Chhnang(1ere nuit), Pursat, Maung, Battambang le 7 mai au soir, et le lendemain à 09h à la frontière.


ps : SVP et seulement si vous le souhaitez,

- PONCHAUD consacre plus de 10 pages au vidage de Battambang et Païlin ; il parle bien des "cobras noirs" et cite, en page 60 de son bouquin, le témoignage assez précis d'un capitaine- PHAL Somnang- sur le planning d'exécution des militaires de Battambang.
- Claire LY, de son côté, écrit avoir eu une réunion de famille avec son père le 23 avril au matin, celui-ci et son mari s'étant ensuite rendu à 17h ce même jour au "comité d'accueil " de Battambang pour disparaitre à jamais.


et encore merci infiniment



Edité le 13/05/2013 @ 06:57 par robin des bois

Seun nmott - 13/05/2013 à 10:53
Bonjour RDB


Et cette date du 22, je l'avais en effet déjà lu dans plusieurs bouquins,
Il y a une différence entre les autres bouquins et mes notes.

... Quand j'ai décidé de détruire les pages compromettantes, en ne laissant que celles qui ne portent pas atteinte à ANGkar, j'ai relevé les dates sur une page "notes".
Les pages que j'ai détruites ont des phrases assez poignants. Si jamais ils(KR) les découvrent, alors c'est cuit, tout est cuit.
Voici le "notes" en deuxième ligne, est écrit 24-4-75
8gUXg3V.jpg
Cette page a jauni, elle a 38 ans. J'ai écrit en rouge c'est par ce que les rouges ont gagné.

Si la déportation a eu lieu le 22, Claire LY ne pouvait pas avoir une réunion de famille le 23.
.. Y a t il une première déportation de l'autre côté de la ville, côté ouest le 22?...?
J'étais du côté est de la ville.
Mais le 22 ils nous invitent encore à aller à la réunion d'information, j'ai quelques mots dans mes notes....

PONCHAUD a passé à Battambang le 7 mai au soir, il n'y pas un chat dans la ville sauf les soldats KR.
A partir de Kompong Chhnang(1ere nuit), Pursat, Maung jusqu'à Battambang c'est la RN5.

Comme j'ai déjà dit au début que avant tout j'ai écrit pour mes enfants, je me suis aperçu après que il faut les faire partager. Donc voilà, pour pour jour.
Seulement comme mon journal s'arrête au 31 décembre 1975, je n'ai plus rien pour noter. Alors j'ai noté, quand j'ai pu, sur un livre(roman)que j'ai récupéré plus tard pour servir de ces pages comme feuille de cigarette, que les KR n'ont pas soupçonné.

Je vous remercie d'avoir apprécié mon récit, seulement dommage ; car ce n'est pas une histoire d'un prince charmant.

kaunklau - 13/05/2013 à 11:29
NeakReach a écrit

Bonjour Seun nmott,

Merci pour la réponse.

Je commence à comprendre leur démarche sur l’évacuation des villes provinciales. En gros, pour éviter la dispersion comme les Phnom-Penhois, et comme ils n’avaient pas encore défini des lieux pour le peuple nouveau (les 17 avril), ils vous envoyaient dans des lieux d’attente. Comme ils avaient une haine féroce contre le peuple nouveau, ils avaient choisi le lieu le plus hanté de la région de Battambang.

Le peuple nouveau n’avait pas de quoi manger pendant le temps d’attente ! Visiblement ce n’était pas leur problème, ni leur souci. Ils les laissaient mourir de faim.





Bonjour , les amis .
L'évacuation de P.Penh ou les autres grandes villes présentaient à peu près la même ressemblance .
Le 17/04/1975 , quand , j'étais partis de P.Penh , le coin de L'ambassade de France ( stade Chas) , on avançait vers le sorite de la capitale , mais pas de demi-tour possible . Les rafales des AK 47 des yorthea ( soldats KR) nous obligeaient à avancer comme des bétails , des troupeaux , dans le western américain .

Lors de la marche de la sortie , les gens mangeaient ce qu'ils avaient porté .Les riels , étaient encore utilisé le 1 er jours , car les commerçants chinois qui emportaient les sacs de billets sont plus habiles que nous . Ils liquidaient les liasses , car , ils savaient que ça va être " papier de toilette " et d'ailleurs beaucoup d'innocents se faisaient avoir .
L'argent des khmers rouges , je ne les avais jamais vu . D'ailleurs ,si leurs billets étaient prévus , ils ne pouvaient pas faire circuler , car comment , ils pouvaient acheter les médicaments , les armes de P.Penh ?

Les 2 premiers mois " la cantine collective " n'étaient pas encore mis en place . Les échanges de l'or , médicaments ou vêtements venant de la capitale sont échangés contre grains de riz des " moul than " ( les avant 17 avril). Nos rations de riz " 1 bol " ( 1 kampong , 1 boîte de lait concentré ) par personne par jour , avec du sel de cuisine .Ces rations sont données par meh krom , moul than . Ils possédaient encore des bêtes , des sacs de riz , des prahoks , du sucre . Les feuilles , pour consommer avec le riz , c'est à la population de chercher , là , où ,il y en a .
Dak rourm ( mettre en commun) , ni la cantine collective , n'étaient pas réalisés tout de suite , les 2 premiers mois .

D'ailleurs , c'était le motif que le chef de village " meh phoum " , m'avait envoyé vers Pursat .
Quand , j'ai quitté la capitale , au cours de la marche , on pourrait fouiller la maisons abandonnées des gens , prendre , ce qu'on avait besoin . Or , j'ai trouvé des médicaments , quelques boites de pénicillines , quelques comprimés d'Aspirines , quelques bouteilles d'huiles , le plus léger possible , à porter .
Une nuit , sans autorisation , j'ai quitté Ang sérei ( 3 km de Phom oudong ) pour aller échanger les marchandises à Prèk khdam , rive ouest. Je voulais également rejoindre ma ville natale Kompong cham . Mais , comme , il n'y avait rien pour traverser ,le fleuve , alors , je suis obligé de faire demi-tour vers le village . Le meh phoum était très en colère , car il pensait que je suis en fugue . Un ancien soldat khmer rouge était venu me chercher en vélo , avec une ficelle , vous connaissez très bien , son but !

Avec environ 50 kg de riz et 1 kg de sucre de palmier , provenant des échanges , j'ai marché dans les rizières , demi-tour , vers Ang sérei , en prenant le chemin le plus court , d'où , l'ex-soldat khmer rouge ne m'avait pas croisé et heureusement pour moi .

La colère bleue du chef de village , suite à cet évènement , alors , sans poser des questions , il m'avait dit de préparer les affaires et les embarquements vers Pursat , Dambân 7 , le soir même .
Ce meh phoum , avait pensé que j'étais en fugue , mais en me voyant retourner au village , il m'avait demandé , où étais-tu ? et j'avais répondu que j'étais allé échanger les affaires à Prèk Khdam .

Je lui avait fait un sale tour , car , il avait toujours confiance en moi , en me chargeant sa charrette à boeufs et ses 2 boeufs à faire du travail dans le village . Sans dire le pourquoi , il m'avait envoyé à Pursat que RDB appelait la 2 ème déportation . Les 1 ères contingents , les déportés de P.penh , sont sélectionnés selon les appréciations de CHEF DE VILLAGE , selon la tête de client et selon le fameux " prâ vot taroub " .

Prâ vot taroub = description de l'origine , métier à P.Penh , militaires de Lon Nol , prof. ou autres .

Comme , il m'avait toujours apprécié , il m'avait vivement conseillé en cachette , de daim deum kor ( c-a-d faire l'idiot , ne parlez pas beaucoup ) , écrire dans ce papier , kaun kassé kâr , kaim kâr ( enfants de paysans ou ouvriers ). Je n'avais pas réagi au début .

C'est l'enchainement des évènements ou ma destinée qui me dirigeaient vers la frontière thailandaise .

Edité le 13/05/2013 @ 11:34 par kaunklau

Seun nmott - 13/05/2013 à 12:22
Salut Kaunklau
Merci d'avoir parlé des trocs.
Quand les billets de banques ne valent plus, c'est l'or et les bijoux qui les remplacent.
Même les saron saots, haol, pahmoung ont les cotes chez le peuple ancien.
A Krâbao Chrom, avant le mois de juillet les gens ne sont pas encore osé troquer.
Puisque nous sommes très bien cadrés, surveillés. Le moins faux pas est vote aperçu et c'est la peur de mourir. Puis il n'y avait pas encore de peuple ancien parmi nous.

Les trocs viendront plus tard...


Quant aux billets de banque des KR, elles n'ont pas le temps de voir le jour.
IENG Sary, a reçu des millions de dollars de la chine. Les KR n'achètent pas les armes avec des riels.

robin des bois - 13/05/2013 à 12:27
Seun nmott a écrit

Bonjour RDB

Il y a une différence entre les autres bouquins et mes notes.
Mais le 22 ils nous invitent encore à aller à la réunion d'information, j'ai quelques mots dans .




J'ai plutôt noté " à partir du 22 pour Battambang ".. car je ne connais pas avoir lu la date exacte ni les modalités d'ailleurs de l'évacuation de Battambang:
j'avais surtout noté qu'entre les évacuations de Phnom Penh et de Battambang, il y a eu un laps de temps assez conséquent, expliqué selon "les spécialistes" par le différent latent entre ROS Nim et POL Pot dès 75 et que POL pot n'a jamais oublié !!...
J'avais bien relevé que Claire LY et sa famille y étaient encore le 23, sans qu'à première vue ni elle, ni sa famille aient eu à cette date précise connaissance de l'évacuation de Battambang ....
CQFD au mieux après le 23 avril 75.






Edité le 13/05/2013 @ 12:43 par robin des bois

robin des bois - 13/05/2013 à 12:36
kaunklau a écrit

[Bonjour , les amis .
.
Le 17/04/1975 , quand , j'étais partis de P.Penh , le coin de L'ambassade de France ( stade Chas) , on avançait vers le sorite de la capitale , mais pas de demi-tour possible . Les rafales des AK 47 des yorthea ( soldats KR) nous obligeaient à avancer comme des bétails , des troupeaux , dans le western américain .

Lors de la marche de la sortie , les gens mangeaient ce qu'ils avaient porté .Les riels , étaient encore utilisé le 1 er jours , car les commerçants chinois qui emportaient les sacs de billets sont plus habiles que nous . Ils liquidaient les liasses , car , ils savaient que ça va être " papier de toilette " et d'ailleurs beaucoup d'innocents se faisaient avoir .
L'argent des khmers rouges , je ne les avais jamais vu . D'ailleurs ,si leurs billets étaient prévus , ils ne pouvaient pas faire circuler , car comment , ils pouvaient acheter les médicaments , les armes de P.Penh ?

Les 2 premiers mois " la cantine collective " n'étaient pas encore mis en place
.

Nos rations de riz " 1 bol " ( 1 kampong , 1 boîte de lait concentré ) par personne par jour , avec du sel de cuisine .Ces rations sont données par meh krom , moul than . Ils possédaient encore des bêtes , des sacs de riz , des prahoks , du sucre .
.
Dak rourm ( mettre en commun) , ni la cantine collective , n'étaient pas réalisés tout de suite , les 2 premiers mois .
.


passionnant : merci

Le point concernant "la cantine collective "m'intéresse beaucoup :
avec votre permission, çà m'intéresserait de savoir la date de leur mise en service

- auprès du "peuple nouveau "
- et surtout "auprès du peuple ancien "

je doute que ce soit fait en même temps .. mais je n'en sais strictement rien


kaunklau - 13/05/2013 à 15:02
Bonjour RDB ,
Je recommence à mémoriser les dates !
-le 17/04/75 , j'étais à la capitale .
-il fallait au moins 10 jours pour venir s'installer à Ang Sérei ( Oudong)
-on avait passé des mois , sous la bienveillance de Méh phoum , donc les rations de riz ,sont distribuées par les Moul Than ( pop. avt. 17 avril )
-avant la 2 ème déportation , j'étais encore sous l'autorité des Meh Phoum , donc pas de cantine collective .

Coopérative = plusieurs phoum
1 phoum = plusieurs krom .(village)
1 krom = 10 familles environ ( groupe)

La 2 eme déportation , courant fin 1975 , pas encore de récolte de riz , donc , c'est certainement octobre ...Novembre , je ne me souviens plus , la date exacte .

Quand , je suis à Pursat , la cantine collective , n'est pas tout de suite en place . Quelques semaines plus tard , j'avais vu construire la cantine collective .
Donc en gros , c'est la fin 1975 ,ou début 1976 , la date de cantine collective avait mis en place , à Pursat , Dâm bân 7 , Sahkâr Cham rés , Srok Kân dieng .

Vous savez comment , fonctionnait la cuisine collective ?
C'est qu'il comptait le nombre des personnes à nourrir et il distribuait le nombre des personnes en bols de riz .
Exemple , période très critique , saison des pluies , début 1976 , 1 bol = 30 personnes .
1 bol = la contenance d'une boite de lait concentré .
1 kg de riz = 3 bols .
Les " moul than" , eux , ils bouffaient chez-eux en cachette pour compléter , car ils n'étaient pas con de tout mettre " dak rourm "( mettre en communauté) .
Les morts par milliers , par maladie de mal nutrition , c'était à ce moment là .


Seun nmott - 13/05/2013 à 15:38
kaunklau a écrit

Bonjour RDB ,
Je recommence à mémoriser les dates !


Quand , je suis à Pursat , la cantine collective , n'est pas tout de suite en place . Quelques semaines plus tard , j'avais vu construire la cantine collective .
Donc en gros , c'est la fin 1975 ,ou début 1976 , la date de cantine collective avait mis en place , à Pursat , Dâm bân 7 , Sahkâr Cham rés , Srok Kân dieng .



dans mes "notes"
La cantine collective: 19 décembre 1975.
Et premier mariage collectif de Khsaoy 01 janvier 1976 : cinq couples(mith Pol, san, Mol, Chhânn, et prom, je ne connais pas les de leurs femmes.

robin des bois - 13/05/2013 à 16:00
kaunklau a écrit

Bonjour RDB ,
Je recommence à mémoriser les dates !
-le 17/04/75 , j'étais à la capitale .
-il fallait au moins 10 jours pour venir s'installer à Ang Sérei ( Oudong)
-on avait passé des mois , sous la bienveillance de Méh phoum , donc les rations de riz ,sont distribuées par les Moul Than ( pop. avt. 17 avril )
-avant la 2 ème déportation , j'étais encore sous l'autorité des Meh Phoum , donc pas de cantine collective .

Coopérative = plusieurs phoum
1 phoum = plusieurs krom .(village)
1 krom = 10 familles environ ( groupe)

La 2 eme déportation , courant fin 1975 , pas encore de récolte de riz , donc , c'est certainement octobre ...Novembre , je ne me souviens plus , la date exacte .

Quand , je suis à Pursat , la cantine collective , n'est pas tout de suite en place . Quelques semaines plus tard , j'avais vu construire la cantine collective .
Donc en gros , c'est la fin 1975 ,ou début 1976 , la date de cantine collective avait mis en place , à Pursat , Dâm bân 7 , Sahkâr Cham rés , Srok Kân dieng .

Vous savez comment , fonctionnait la cuisine collective ?
C'est qu'il comptait le nombre des personnes à nourrir et il distribuait le nombre des personnes en bols de riz .
Exemple , période très critique , saison des pluies , début 1976 , 1 bol = 30 personnes .
1 bol = la contenance d'une boite de lait concentré .
1 kg de riz = 3 bols .
Les " moul than" , eux , ils bouffaient chez-eux en cachette pour compléter , car ils n'étaient pas con de tout mettre " dak rourm "( mettre en communauté) .
Les morts par milliers , par maladie de mal nutrition , c'était à ce moment là .





Oh oui merci ...mais plein de questions ou souhaits de précisions complémentaires si vous acceptez

SVP

- est-ce qu'il n'y avait qu'une "cuisine collective" par coopérative, ou bien une cuisine centrale et des distributions séparées au niveau de chaque phoum , voire de chaque krom ?

- au début "le peuple nouveau" mangeait donc séparément du "peuple ancien" ?


.... commentaires issus de mes lectures :

- autant que je me souvienne, la 2eme déportation a débuté à la période où SNS est revenu sur le sol du Cambodge (avec le gros chèque chinois pour l'Angkar), soit courant Septembre 1975.

- c'est vers la fin 1975 que POL Pot a pris la décision de faire passer les coopératives au 2me degré de collectivisation .
Mais si j'avais bien compris, la mise en place effective ne se serait faite que vers la mi-1976 au plus tôt

Parmi les conséquences, les paysans du peuple ancien :
- n'avaient plus les bénéfices directs des récoltes de riz
- n'avaient plus droit non plus aux "cuisine individuelles"; cqfd eux aussi auraient eu des "cuisines collectives" [/b]

Est-ce que çà correspond à ce dont vous vous souvenez, SVP ?
(ou est-ce inexact )

Et c'est à partir de ces instructions là que toute une partie du Peuple ancien aurait lâché POL Pot et que- devant l'échec de POL Pot- les exécutions auraient augmenté, y compris dans le Peuple ancien .


kaunklau - 13/05/2013 à 17:43
Rebonjour ,Robin ,
elle doit être collée , la date Septembre 1975 , la 2 ème déportation .
Je me souvenais , dans le phoum Ang Sérei , où j'étais ,avant la 2 eme déportation , on avait ramassé les thnôt tum ( fruits de palmier mûr) dans les rizières , plein d'eau .

S.nM avait noté la date de cantine collective , dans son bulletin , c'est à peu près équivalent , dans d'autres régions . S'il varie d'une dâmbân à l'autre , c'est de l'ordre des semaines .
Car lui était au Dâmbân 4 et moi celui de 7 , la variation de date ne devait pas faire beaucoup d'écarts .

Or , le cas particulier , c'est que l'étais jeune célibataire à ce moment là ( 25 ans) , j'étais dans le rang des jeunes travailleurs ( kâng chalath ) , donc , c'était rare que , j'étais au coopérative .

30 jours à Kân dieng , 2 semaines à Pursat ville , 3 semaines pour creuser les canaux ,des semaines à la rizerie de Maung pour porter des sacs ...les déplacements étaient presque régulières .

Au début , chaque phoum devait envoyer quelques jeunes , à la demande du chef coopérative et la ration de riz est meh krom qui nous fournissait .
Après ,lors de période de cantine collective , c'est la charge de srok , de Dambân , ou de chef de mission selon les endroits où on devait aller travailler .
Ex :
- quand les khmers rouges avaient emporté les sels de cuisine de la Thailande par chemin de fer , c'était Phirk ( plusieurs dâmbân) qui nous donnaient à manger .
- à la rizerie de Maung , c'était le chef de l'usine qui nous donnait à manger .
...

Il me semble que les moul than , mangeaient dans la cantine avec les nouveaux . Mais quand ils n'avaient pas assez , ils faisaient, le complément chez eux .
Lors de récolte fin 1976 , les riz de mon coopérative étaient ramassés dans des sacs de jutes , destination ...? je ne sais pas et personne ne sait où se trouve le stock . Après les récoltes , les chefs de coopérative avaient reçu selon le nombre des habitants la quantité nécessaire prédéfinie .

Les moul than n'étaient pas contents de l'Angkar , c'est vrai . Les raisons que j'ai découvert avant mon départ , Février 1977 , c'étaient :
-1) les vieux n'avaient pas entendu N.SIHANOUK , comme promis lors de la guerre avec Lon Nol
2) les enfants à eux , yothea ( soldats KR) , n'étaient pas revenu voir leurs familles , alors que la guerre est terminée ,en missions où ? ( frontière thailande , vietnam ?)
3) les riz étaient ramassés lors de la récolte et puis étaient redistribués à la quantité limitée .

J'admire S.nM qui osait écrire les évènements ,pour garder sa mémoire , lors de cette période d'enfer !
Il suffisait qu'il contrôlait , on était cuit .
Combien de fois , il me fouillait , mon sac de jute lors de kâng chalath , mais il ne trouvait rien . Pourquoi , je risquai ma vie pour peu de chose , mais la tournure de l'histoire , est faite autrement .
Je n'avais jamais pensé qu'ils se bouffaient entre-eux , les factions de l'Ouest avaient liquidé les autres et puis l'entrée de l'armée régulière du Vietnam .

PS :
Quand , j'avais visité Tourl slèng ( S 21) ,la photo de camarade Hou yorn et/ou Hou Nim étaient exposées . Ils étaient torturés par ses pots ,leurs frères d'armes .
Ils me semble que ces 2 durs étaient contre la suppression de l'argent au Kampuchea démocratique et les évacuations des villes . Mais bon , entre les diables , il n'y a rien à regretter .


Seun nmott - 13/05/2013 à 17:49
Là où j’étais, Khsaoy c’est un ancien village abandonné par leurs habitants durant la guerre.
Il y a même une pagode. Quand on devait quitter la terre des diables, à cause des morts inexpliqués vu par les déportés. Mais du côté des KR on n’en sait rien.

KHSAOY, s’est composé de trois grandes phoums(commune) : khsaoy, Samteam et le troisième je ne me rappelle plus.. Ma commune est Khsaoy comme le nom de ce village.
Une terre riche de culture qui se trouve entre les villages de battambang et la mangrove.

Chaque commune a son chef de village, son chef de coopérative et ses sections.
A Khsaoy , il y a section menuisier (Kaang Chieng), section forgeron(Kaang Chieng Dék), Section sucre du palmier-(Kaang Skâr), section potager( Kaang banlaè), sections mobiles mariés (4 section homme et 4 section femmes)( Kaang chalat), sections mobiles jeunes(plusieurs) sections d’aide(Kaang chumnuoy), section engrais(Kaang Chi, section tabac(kaang thnam)), section pêche(kaang nésat), section senior(kaang chah). On a trois en tous quatre cuisines ou cantines collectives dont une est pour les hauts gradés, ceux- là ils mangent ensemble, ce sont les gens comme puk neurn ou le chef de coopérative de phoum.

Il y a dix familles par section en perinciple. Certaines sections comme sections mobiles mariés ou jeunes ne sont pas toujours au village.
A KHSAOY le peuple ancien est cadre ou chef de section. Les chef de sections mangent avec nous, mais ils ont de quoi manger chez eux quand ils veulent, pas nous. Ils obéissent aux ordres gens comme Puk Neurn. Entre eux et nous les citadins il y les enfants du village de Omuni, qui étaient leurs favoris, leurs mains droites, Ceux-là ne subissent pas vraiment la disette.
La récolte de 1974-75 est maigre dans tous les deux camps. Tous ce qu’on a récolté avant avril est quasi ment utilisé.

Avant le 19 décembre 1975, chacun mange chez soi jusqu’à l’épuisement total de nourriture. La majorité des gens n’arrivent même plus à bouger. Les responsables mobilisent les encore valides pour aller chercher de l’aide du côté la coopérative du Srok Kampong Preah(vers la RN5). Les nourritures obtenues seront distribuées aux gens selon le nombre de personnes de chaque famille. A consommer jusqu’à nouveau ravitaillement. Et c’est là que commencent les trocs entre le peuple nouveau affamés avec le peuple ancien qui possèdent encore des vives. Car eux, ils viennent à KHASAOY avec leurs charrettes bien remplies. Ou avec les autres peuples anciens du village voisins.

PS :J'ai ajouté quelques oublis( kaang thnam: section qui s'occupe de planter des tabacs, et la quatrième cuisine(oubliée)

Edité le 14/05/2013 @ 11:49 par Seun nmott

Seun nmott - 13/05/2013 à 18:03
Super Kaunklau, t'as encore de bonnes mémoires. Moi, il m'a fallu consulter mes notes pour remémorer mes souvenirs.
J'ai noté pas mal de choses en cachette. Mais j'ai du, comme j'ai déjà dit, détruire des pages et des pages. Mon pauvre si non soit c'est cuit(roti) soit aujourd'hui le monde a tous les secrets de l'époque.
Vois tu pour un agenda de 1975, il ne me reste que six pages :-P

Mais j'ai pu me rappeler de beaucoup d'autre anecdotes, griffer dans un carnet, que j'allais raconter le moment venu dans jour pour jour. Si on est ou vous êtes toujours là. :sourire:

robin des bois - 13/05/2013 à 20:00

Tous vos témoignages sont très denses...

et pour un "gars qui n'est pas du coin", je ne saisis pas forcement toutes les "subtilités du pays khmer.... en zone rurale "

Je vais donc relire attentivement l'ensemble du topic, à tête reposée .....


Ceci dit, je suis assez frappé par la phrase de Sn-n et les exemples donnés tant par lui que par Kanklau :

"Ils nous regardaient mourir"

Question iconoclaste que j'ose poser pour aider à mieux comprendre ce qui s'est réellement passé :
" SVP, la majorité du Peuple Ancien était-elle franchement et ouvertement hostile au Peuple Nouveau, dès la début de la 2eme déportation ? "




Edité le 13/05/2013 @ 20:27 par robin des bois

NeakReach - 13/05/2013 à 20:46
Bonsoir à tous, bonsoir Seun nmott et kaunklau,

J’ai le sentiment que je n’avais pas vécu la même chose que vous 2. Peut-être que, là où j’étais atterri, il n’y avait jamais eu de confrontation directe entre le peuple nouveau et le peuple ancien et que cette zone était occupée par KR depuis bien longtemps… voici la suite.


La vie sur la berge et la séparation

La vie sur la berge était rythmée par la crue et la décrue du Tonlé Sap. Entre les premières pluies (mai) et avant la grande crue (août), les activités principales étaient la pêche et la culture de maïs et de haricot. Avec la pêche, on fabriquait particulièrement de prahok et de trey chha-ê (poissons fumés). Entre la grande crue et la décrue, la vie s’arrêta, il n’y avait pas d’activité particulière. Les activités reprenaient à la baisse des eaux : culture de tabac, de coton, de haricot, d’arachide et de soja. Contrairement aux idées reçues, la pêche n’était pas réservée aux vietnamiens, elle était bien une activité à part entière.

En ce mois de mai, nous étions en pleine période de culture de maïs et de la pêche. Notre nouvelle vie était de participer aux activités locales et collectives déjà bien entamées. Mon père était intégré aux équipes de pêcheurs ; son rôle était de plonger environ 10 mètres de profondeur pour veiller sur le barrage toute la journée. Ma mère était dans une équipe de fabrication de Prahok et puis dans celle de culture de maïs. Ma petite sœur de 8 ans devait aider les cuisinières avec les autres enfants de son âge. Quant à mon frère (11 ans) et moi (10 ans), nous étions intégrés à un groupe de koma dont la mission consistait à couper des bois et à les transporter au village pour faire du trey chha-ê. Le soir, tout le monde rentrait à la maison. En contrepartie de ces travaux, nous pouvions manger à la cantine collective midi et soir. Pour mes 3 grands-parents et mon autre petite sœur de 6 ans, les rations midi et soir ont été fournies.

Mis à part le travail de mon père qui était relativement pénible, toute la famille s’adaptait assez rapidement à cette nouvelle vie. Quant à moi, je ne rêvais qu’une chose : avoir une paire de chaussure à la base de "pneu" comme les KR, car les épines me faisaient hyper mal.

3 ou 4 semaines plus tard (*), une nouvelle tomba comme un couperet : le phum de Kampong Ba Srov ne pouvait recevoir les nouveaux arrivants. Seul le peuple ancien pouvait rester. Pourtant, nous n’étions que 3 familles nouvelles. Pour ne pas se sentir trahi sa promesse et surtout ayant eu probablement connaissance de ce qu’il allait se passer pour le peuple nouveau, le Méphum avait alors pris une décision courageuse et unilatérale : ne laisser partir que des adultes et des enfants de moins de 8 ans. Tous les enfants à partir de 8 ans devaient rester au Phum. Mais mon père avait réussi à négocier avec le Méphum pour amener avec lui ma petite sœur de 8 ans.

Larmes aux yeux, mon frère et moi voyions partir notre famille vers un autre lieu… en direction la route nationale 5 accompagnée par quelques soldats KR.

(*) Ça coïncide avec la date de 7 juillet de Seun nmott ?




Edité le 14/05/2013 @ 22:24 par NeakReach

NeakReach - 13/05/2013 à 21:49
Seun nmott a écrit


PONCHAUD a passé à Battambang le 7 mai au soir, il n'y pas un chat dans la ville sauf les soldats KR.
A partir de Kompong Chhnang(1ere nuit), Pursat, Maung jusqu'à Battambang c'est la RN5.



Le 17 avril 1975 vécu par François Ponchaud :

http://www.youtube.com/watch?v=o2OpKfKQbfI&feature=player_embedded#!



kaunklau - 13/05/2013 à 22:22
On disait , ce qui ressemble s'assemble . Chez les tocs ( khmers rouges ) ,il faut faire comme eux , si vous voulez garder la vie . S'ils voyaient que vous essayez de faire le malin , ils vous liquidaient tôt ou tard . Par exemple , si vous êtes toujours malades , ils pensaient que vous jouez la comédie . Il avait même dit " chheu chak , chheu dot , chheu chrâ logn kout , chheu bampong kâr , chheu slak chheung trey khsok...." et ça c'est la mort assurée .( mal par tout , mal à la gorge , l'arête de poisson dans la gorge ...). En conclusion , nos surveillants disaient " Tuk min chrâ negn , york chegn min khat " ( laisser vivant , il rapporte rien à la communauté , éliminer , on a rien perdu également ).

Les avant 17 Avril préféraient voir les après 17 Avril "dak khlourn " ( se rabaisser ), ne disaient rien , ne critiquaient rien ,se comporter comme un idiot et flatter l'Angkar , alors là , c'était le top .
Ils avaient même dit " Nous , on n'a pas besoin de les tuer avec les vraies balles , mais on les tue avec les grains de riz " .

Quand j'étais à Ang sérei , Oudon , si je n'étais pas parti à Prèk khdam , pour faire des échanges pour avoir du riz , le meh phoum , ne m'avait pas envoyé à Pursat .
Dans mon coopérative à Pursat , ils m'avaient toujours apprécié , car je savais adapter ma vie à eux .( chaul steung tam boat ). L'avantage , c'est que , j'étais né dans la famille paysanne également .

Le dernier jour , le chefs de groupe (ex-soldat khmer rouge ) , ne pensait jamais que j'étais partis en fugue , avec mes 3 amis , vers La Thailande . Au lieu de me faire travailler comme les autres (couper les tronc d'arbres) , j'étais dans la cuisine . Je n'ai jamais touché une casserole de ma vie !

A la période , où il y avait beaucoup de morts , la ration de riz étant restreinte ( 1 bol pour 30 personnes ) , le chef de phoum m'avait envoyé travailler à la rizerie ( machine de concassage les riz) à Maung et j'avais la chance de garder ma vie , car les rations ne sont pas les mêmes .

Pour la famille à Neakreach , vos parents sont dirigés ailleurs , parce que certainement , vous étiez soupçonné . Car pour 3 familles , il n'y avait pas de places ???
Les endroits privilégiés restent toujours privilégiés , côté repas . Eux , ils ne se privaient pas .
Je me rappelle , un jour ,nous étions partis couper les bambous à Leach , dâmban 2 , lors de retour , le soir , c'était un grand repas "riz avec poisson tête de serpents sucré , trey ros khâr " , à Pursat ville . On dirait qu'on était dans un restaurant de 5 étoiles , vis à vis de ceux qui étaient dans la coopérative , un bol pour 30 personnes .

Personnellement , je dirai qu'ils n'ont aucun pitié envers les après 17 Avril .

kaunklau - 13/05/2013 à 22:30
On est en train de se rappeler de notre vécu , je viens de voir un texte écrit par un journaliste français .C'est révoltant non ? qu'en pensez-vous ?

http://www.lapresse.ca/international/asie-oceani...5/12/01-4650019-cambodge-au-pays-des-impunis.php

Cambodge: au pays des impunis

C'est comme si, dans l'Allemagne de l'après-guerre, d'anciens nazis contrôlaient une province habitée par des victimes de l'holocauste... Cette région, c'est l'enclave cambodgienne de Pailin, à la frontière avec la Thaïlande, là où se sont repliés les anciens Khmers rouges du régime de terreur de Pol Pot. Olivier Weber a sillonné la région pendant 20 ans avant de publier Les Impunis chez Robert Laffont. Nous l'avons rencontré lors de son passage cette semaine à Montréal.

En 1975, dans leur délire communiste radical, les Khmers rouges ont redessiné le Cambodge à leur façon. Plus de monnaie nationale. Pas de relations sexuelles avant le mariage. Pas de religion. Plus de propriété privée. Les citadins de la capitale, Phnom Penh, ont été envoyés travailler aux champs. Les intellectuels ont été massacrés. L'horreur a duré près de quatre ans, avant que le régime ne soit renversé, en 1979.

Trente-quatre ans plus tard, les Khmers rouges existent toujours, et sont toujours aussi excessifs. Seulement, leurs idéaux égalitaires ont été depuis longtemps balayés. La province de Pailin, où ils se sont repliés dans le nord-ouest du pays, est aujourd'hui le paradis de la contrebande, des casinos, des armes, du trafic de rubis et des bordels animés par des femmes venues de toute l'Asie du Sud-Est. Les Khmers rouges se cachent à peine: ils dirigent l'enclave tout en prétendant n'être aujourd'hui que des Cambodgiens comme les autres.

«Ce qui m'a surtout frappé, dit l'écrivain français Olivier Weber, c'est l'hypocrisie dans cette enclave.»

L'homme est fasciné par le thème: un peu partout, que ce soit chez les talibans d'Afghanistan ou chez les Forces armées révolutionnaires de Colombie («qui n'ont plus de révolutionnaires que le nom», dit-il), il constate que les guérillas se sont gangrénées, pourries par l'argent, les trafics de drogue et de personnes.

À Pailin, au Cambodge, les responsables de l'un des pires génocides du siècle coulent des jours riches et paisibles en toute impunité, a constaté le reporter, qui fréquente cette région trouble depuis 20 ans.

Il y a bien un tribunal spécial, mis en place avec l'aide de la communauté internationale, qui a accusé jusqu'ici cinq anciens dirigeants. «Ç'a le mérite d'exister, dit Olivier Weber. Mais on ne parle que de cinq personnes. Comme si à Nuremberg, en 1945, on n'avait jugé que Himmler et Goebbels.»

«Il y a cinq personnes qui ont été accusées. Mais si on passe à une sixième, une septième, une huitième, ce sera la guerre. Les Khmers rouges au pouvoir dans cette province sont très malins: ils ont vendu leurs chefs, les ont jetés en pâture à Phnom Penh. Ils ont beaucoup d'argent, ils ont littéralement acheté la paix. Ils ont dit: «Vous nous foutez la paix, sinon, on a des chars, des hommes, des mines antipersonnel.» Le message a été plus que compris par le premier ministre.»

«La communauté internationale ferme les yeux - il y a un procès, ça suffit, c'est très bien... Mais je ne prétends pas rendre justice, je livre plutôt un témoignage d'un auteur de récits de voyage qui essaie de comprendre.»

Son récit s'attarde donc longuement à décrire le «Mal», incrusté dans la société cambodgienne, et les stigmates qui se perpétuent, de génération en génération. La majorité des Cambodgiens d'aujourd'hui n'a pas connu le génocide, rappelle-t-il.

«On a l'impression qu'ils veulent tourner la page. Mais en même temps, ils disent que cette violence, ils la ressentent. Une violence, entre autres, conjugale, familiale. Les jeunes en souffrent. Ils disent: «Nous avons peu d'initiatives, il y a peu de syndicats, nous sommes surexploités, nous n'avons pas le sens de l'entrepreneuriat.» Quand on en parle avec des psychiatres, des humanitaires, ils disent que c'est parce qu'il n'y a pas eu de vraie catharsis. La peur existe encore.»

kaunklau - 13/05/2013 à 22:54
NeakReach a écrit

Seun nmott a écrit


PONCHAUD a passé à Battambang le 7 mai au soir, il n'y pas un chat dans la ville sauf les soldats KR.
A partir de Kompong Chhnang(1ere nuit), Pursat, Maung jusqu'à Battambang c'est la RN5.



Le 17 avril 1975 vécu par François Ponchaud :

http://www.youtube.com/watch?v=o2OpKfKQbfI&feature=player_embedded#!





Ce que le père Ponchaud avait dit " prenez votre responsabilité " , en khmer , les KR disaient " to tourl khos treuv doy khlourn ègn " .
Ces mots me résonnaient encore dans les oreilles . Ils voulaient dire que vous pourrez mourir d'un instant à l'autre . C'était très frappant , car les paroles sont très polies .
Il avait dit l'évacuation commençait à 15 h , c'est ce que j'avais pensé de chroy chanvar , le cortège de bienvenue des khmers rouges ...

robin des bois - 14/05/2013 à 07:25
kaunklau a écrit

NeakReach a écrit

Seun nmott a écrit


PONCHAUD a passé à Battambang le 7 mai au soir, il n'y pas un chat dans la ville sauf les soldats KR.
A partir de Kompong Chhnang(1ere nuit), Pursat, Maung jusqu'à Battambang c'est la RN5.



Le 17 avril 1975 vécu par François Ponchaud :

http://www.youtube.com/watch?v=o2OpKfKQbfI&feature=player_embedded#!





Ce que le père Ponchaud avait dit " prenez votre responsabilité " , en khmer , les KR disaient " to tourl khos treuv doy khlourn ègn " .
Ces mots me résonnaient encore dans les oreilles . Ils voulaient dire que vous pourrez mourir d'un instant à l'autre . C'était très frappant , car les paroles sont très polies .
Il avait dit l'évacuation commençait à 15 h , c'est ce que j'avais pensé de chroy chanvar , le cortège de bienvenue des khmers rouges ...




J'observe un décalage de 24 heures entre :

- ce qu'a écrit PONCHAUD, page 53 de "Cambodge : année Zéro " (sorti dès 1977)

"Le deuxième convoi partit le 6 mai au matin ...
...Vers 6 heures, le vice-consul remit les clés de l'ambassade à Mêt Nhem et lui donna la liste des quelque vingt ressortissants français dont il était sans nouvelle."


- et ses propos à la fin de son interview sur le lien cité :

" .. je suis allé à l'ambassade de France où je suis resté jusqu'au 7 mai.
Je suis le dernier à avoir quitté l'ambassade de France."


Si la deuxième version est la bonne, c'est donc le 8 Mai au soir, et non le 7, qu'il était à Battambang, sachant que le convoi a passé la 1ère nuit du trajet retour à Kampong Chhnang.








Edité le 14/05/2013 @ 07:36 par robin des bois

kaunklau - 14/05/2013 à 09:25
http://www.lepetitjournal.com/cambodge/societe/1...anciens-khmers-rouges-le-tribunal-ne-sert-a-rien


Il est considéré par ses plus ardents défenseurs comme l'outil nécessaire d'une profonde réconciliation des Cambodgiens après l'un des régimes les plus brutaux du XXe siècle. Mais pour les anciens Khmers rouges, le tribunal parrainé par l'ONU ne sert tout simplement à rien.

Le procès des plus hauts responsables politiques encore en vie du régime de Pol Pot (1975-79), qui s'est ouvert fin 2011, est décrit par certains experts comme l'un des plus complexes des dernières décennies, ne serait-ce que par le volume des documents archivés.
Mais dans le bastion khmer rouge de Malai, près de la frontière avec la Thaïlande, les vieux soldats plaident pour qu'un voile pudique soit jeté à jamais sur cette période de l'Histoire. "Les blessures sont presque guéries mais ce procès est un bâton pointu enfoncé dans de vieilles plaies", estime Nhem Preuong, qui a rejoint le mouvement comme simple soldat en 1973. "Tout le monde a souffert sous le régime, mais nous devrions oublier les haines", estime ce père de trois enfants, âgé de 58 ans. "Nous devrions enterrer le passé".

Jusqu'à deux millions de personnes sont mortes d'épuisement, de maladie, sous la torture ou au gré des exécutions sous le régime marxiste totalitaire, qui a tenté de mettre en place une utopie agraire en abolissant les villes, la médecine, la monnaie, l'éducation. Plus de trente ans plus tard, anciens khmers rouges, survivants et familles de victimes cohabitent. Des régions du nord-ouest du pays, comme à Malai, abritent une forte proportion d'ex-militants. Certains sont fonctionnaires, d'autres travaillent sur les marchés. La petite ville était le bastion de Ieng Sary, ex-ministre des Affaires étrangères, décédé le 14 mars alors qu'il comparaissait pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Un millier de personnes ont assisté à ses funérailles.

Beaucoup d'anciens combattants redoutent désormais d'être arrêtés, sans trop comprendre le fonctionnement de la juridiction dont le mandat se limite, par essence, aux plus hauts responsables du régime. "S'ils arrêtent d'autres Khmers rouges, cela va briser la Nation tout entière. Certains Khmers rouges ne veulent pas de ce tribunal", explique ainsi Phy Phuon, 66, un ancien garde du corps de Pol Pot. De fait, les membres du mouvement ont réintégré une société qui, il y a encore quelques années, n'évoquait pas ouvertement les années noires. "Sans éducation, ils continueront à nier les crimes commis par les Khmers rouges. La réconciliation resterait alors incertaine et le Cambodge une société brisée", estime Youk Chhang, du Centre de documentation du Cambodge.

La Cour, fondée en 2006 après des années de dissensions entre communauté internationale et gouvernement cambodgien, n'a jugé qu'un seul prévenu, l'ancien chef de la prison de Phnom Penh. Et sur les quatre plus hauts responsables politiques encore en vie, deux ont échappé à la justice depuis la mort de Ieng Sary et le plongeon dans la folie de son épouse, l'ex-ministre des Affaires sociales Ieng Thirith. Restent l'idéologue Nuon Chea, 86 ans, et l'ex-chef de l'Etat Khieu Samphan, 81 ans.

"Ils gaspillent de l'argent pour rien", grommelle Lon Roan, ancien soldat de 78 ans. "Ils ont créé la cour il y a de nombreuses années mais je ne vois aucun résultat. Pourquoi juger ces vieux messieurs qui attendent la mort ?". Mais Youk Chhang est convaincu que la cour fait son oeuvre. Elle a déjà permis d'inclure les années 70 dans les programmes d'histoire des écoliers du pays. Et jouera son rôle, aussi, avec les anciens militants. "La cour les force à se confronter au passé, à leur passé", dit-il. "C'est difficile mais c'est un processus pour un avenir meilleur pour tous, y compris eux mêmes".

AFP (http://www.lepetitjournal.com/cambodge) Mercredi 1er mai 2013

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Pour ces idiots ( ex-khmer rouge de Anlong vègn) qui ne comprennent rien de l'erreur et la manipulation d'un groupe de personnes " ANGKAR " , sont trop faciles .
Ces imbéciles ne comprennent pas , ce que c'est " l'histoire " d'un pays ,ce que c'est la responsabilité des gouvernants . On ne détruit pas un peuple par une fascination ou une imagination d'une personne ou d'un groupe de personnes .
J'ai toujours dit , ils étaient bêtes et idiots , jusqu'à leur derniers jours ces gens soit disant , ex-khmers rouge , qui à mes yeux , ne savent même pas ça veut dire le mot " Communiste ".
Ils restent encore bornés comme des moutons , c'est ça ,il fallait qu'ils commencent d'abord à apprendre , à lire et à écrire correctement le khmer !!!


Seun nmott - 14/05/2013 à 11:45
Bonjour



" SVP, la majorité du Peuple Ancien était-elle franchement et ouvertement hostile au Peuple Nouveau, dès la début de la 2eme déportation ? "

Non impossible de généraliser.
Il y en a qui sont naturels et compatis avec nous.
D’autres "no comment", ils ne veulent que nos malheurs. Ceux qui nous dirigent à Krâbao Chrom et à KHSAOY ne sont pas des gentils.

C’est plus tard que j’ai aperçu que nous sommes des condamnés. Le Choix de Krâbao chrom(terre des diables) n’est pas au hasard. La décision de passer à KHSAOY vient d’en haut. Et là si on connait bien la géographie de l’endroit, on devait avoir vraiment la trouille. On est au début de la saison des pluies. Le Tonlé Sap est en train de se remplir. Là où étions est une zone inondée. La terre des diables ne reste qu’à peu près deux terrains de basket hors de l’eau.

KHSAOY était un village riche, ils ne veulent pas qu’on y soit, c’est pourquoi Terre des diables.
Quand ils sont obligés de nous amener à KHSAOY, c’est à contre cœur. Alors les anciens de KHSAOY nous sont très hostiles. Ils les apprennent à nous haïr.


(*) Ça coïncide avec la date de 7 juillet de Seun nmott ?

Y a t il une coïncidence avec ce qui se passe là où était NeakReach ? j’en ai aucune connaissance. Là où j’étais c’est un trou noir. A la grande crue nous étions comme des singes sur une île perdue.



« Une désorganisation totale » selon Ponchaud c'est une vérité.

Même à Battambang le 24 avril, jour de la déportation, au niveau du rond point de Nerkta Dambanang Krânhoung, des échanges verbaux avec ton bien élevé entre les Groupe KR de l'Est et de l'ouest de la ville, qui revendique la priorité. Un moment de panique général. La colonne de de foule est immobilisé pendant un moment. Heureusement il n'y avait pas eu des coup de feu tirés.

A propose du décalage le glissement de 22 à 24 avril est bien probable.



Responsable de tes actes(" prenez votre responsabilité ")
« sâk ana , kbal aneung » (c’est tes chevaux c’est ta tête) : ce n’est pas la faute des autres.
On entend tous les jours, c'est un(dernier) avertissement.

NeakReach - 14/05/2013 à 20:12
kaunklau a écrit


Pour la famille à Neakreach , vos parents sont dirigés ailleurs , parce que certainement , vous étiez soupçonné . Car pour 3 familles , il n'y avait pas de places ???



Seun nmott a écrit



La décision de passer à KHSAOY vient d’en haut.



(*) Ça coïncide avec la date de 7 juillet de Seun nmott ?

Y a t il une coïncidence avec ce qui se passe là où était NeakReach ? j’en ai aucune connaissance. Là où j’étais c’est un trou noir. A la grande crue nous étions comme des singes sur une île perdue.



Bonjour à tous, bonjour Seun nmott et kaunklau,

Pourquoi ma famille devait partir ailleurs ? Il est très difficile d’apporter la réponse à cette question.

Nous étions bien intégrés dans ce phum et dans notre nouvelle vie. La population locale (peuple ancien ou pracheachun chah) nous appréciait. Il n’y avait aucun signe de mépris, ni hostile quoi que ce soit. Je dirais même qu’ils étaient gentils et généreux à la khmère. Le méphum nous aimait bien. Il venait souvent discuter avec mon père. J’ai appris plus tard que ce phum était considéré par l’Angkar comme phum rebelle. Juste après la décrue (vers mi-novembre 1975), le méphum et un groupe de mith neary ont été arrêtés par un groupe de soldats KR et amenés à une destination inconnue (au S21 ?).

Aucun signe non plus que nous étions soupçonnés. Nous avions même un témoin (la connaissance de mon père et de son beau-père) que mon père était professeur de histoire-géo. Cette personne avait travaillé pendant les saisons de moisson dans notre srok natal à l’époque où mon père était encore professeur.

J’en conclue donc que l’ordre était venu d’en haut. Je pense que cet ordre était de regrouper, dans un premier temps, tout le peuple nouveau, qui était dispersé lors de l’évacuation des villes, dans des endroits prédéfinis. Et dans le deuxième temps, la 2ème déportation vers les endroits aptes à recevoir le peuple nouveau pour mieux les contrôler. Nous verrons tout ça dans les prochains chapitres au fur et à mesure de l’avancement de nos histoires.

Ce qui est curieux, c’est que cet ordre coïncide à peu près avec la date de 7 juillet de Seun nmott de passer à Khsaoy. Par contre, si j’ai bien compris et suivi, Khsaoy était un endroit déjà apte à recevoir le peuple nouveau. Tandis que ma famille était dans un lieu provisoire ou d’attente.

Voici la carte explicative :

21907_Plan4_17_avril.jpg



Edité le 14/05/2013 @ 20:53 par NeakReach

Seun nmott - 14/05/2013 à 20:47
Salut NeakReach
Merci à vous d'avoir associé à ce "jour pour jour" bien volontairement.
Je me sens moins seul.
A Kaunklau aussi, ne fais pas la tête.


Juste après la décrue (vers mi-novembre 1975), le méphum et un groupe de mith neary ont été arrêtés par un groupe de soldats KR et amenés à une destination inconnue (au S21 ?)

Ça lui a coûté bien cher.
De mon côté j'avais eu l'occasion de rencontrer les gentils peuples anciens, seulement ils sont plus discrets.

Ils sont obligés de nous donner KHSAOY, car il n'y a pas d'autre alternative, car le temps presse. A moins qu'ils nous tue tous.
Une autre chose à savoir, je devance exceptionnellement mon récit, à Roneam(la mangrove) dès que le soleil est disparu derrière les arbres, les moustiques arrives par milliard, avec un bruit qui vous assomme. Ils arrivent comme une masse de nuage noir que Beaucoup ont vu dans des films, tant dis que moi, c'est en directe. Je vous jure, ça fout la trouille.
Or Krâbao Chrom est à une demi heure de vol de la mangrove.


NeakReach - 14/05/2013 à 22:23
Seun nmott a écrit


Ça lui a coûté bien cher.
De mon côté j'avais eu l'occasion de rencontrer les gentils peuples anciens, seulement ils sont plus discrets.



Rebonsoir Seun nmott,

En effet, ça lui a coûté très très cher. Et il entraina avec lui dans sa perte un groupe de jeunes filles de vingtaine d’années.

Lorsque ma famille était partie. Il passait de temps en temps me voir et prendre de mes nouvelles. Quant à moi, je le haïssais, je le maudissais et je ne lui adressais jamais la parole parce qu’il n’avait pas voulu me laisser partir avec ma famille.

A la grande crue, l’eau envahissait partout de profondeur d’environ 2 à 3 m. Tous les enfants étaient retournés dans leur famille. Il m’a envoyé chez le groupe de mith neary avec son jeune frère. Je m’étais ainsi lié d’amitié avec ces jeunes filles.

C’étaient des jeunes filles gaies, souriantes, farceuses,… enfin typiquement khmères. Elles avaient combattu depuis leur jeune âge pour la gloire de ce régime. Et pour leur remercier, ce régime les envoyait au ciel...


kaunklau - 15/05/2013 à 07:56
En fait , ces moul than ou prochea chorn chas ( avant 17 Avril ) étaient également classés hiérarchiquement selon leur ancienneté . Ils disaient , rom dâs taing pi euy c-à-d , s'installer en zone libérée tout de suite depuis 18 Mars 1970 , et , certains avaient moins d'ancienneté , voire quelques mois avant la chute du 17 Avril 1975 .

Pendant la guerre , ils avaient certainement subis plus ou moins de degrés de perte ( bombardements de leur village ou réception des obus des canons 105 mm , ...) de la part de l'armée de Lon Nol . Donc leur degré de méchanceté n'étaient pas les mêmes.
Dans leur rang , ils existaient " des vieux " qui sont souvent sihanoukistes .

Ces gens , ont chacun , plus ou moins nombreux d'enfants qui sont allés dans " yothear khmer rouge " .
Ceux-ci , filles (mith neary) , garçons ( yothear ) sont intitulés " pdach gna " c-a-d tout abandonner , se consacrer ,leur vie , pour l'Angkar , pour lutter contre le régime de Lon Nol .
Or ces familles de zones libérées ( dey romdâs) qui possédaient des enfants dans Yothear sont souvent des chefs , méh phoum , méh krom ,( neak kdaub kdab ) selon leur intelligence .
Au minima , dans leurs chaumières (khtorm), ils possédaient une charette et des animaux , boeufs , cochons , volailles . En plus des stock de riz perso ,sels , prahok , sucre de palme ,ils avaient des plantations privées : gourgettes , bananiers ...

D'ailleurs ,ce sont ces personnes qui étaient allées nous chercher par leur charrettes à boeufs à Pursat-ville , suite à la 2 ème déportation .

Leur vies :
- des jeunes qui retournaient de yothear , pour s'installer au village ,étaient toujours considérés comme méh kâng , méh krom dans kâng chalath .( comme la personne qui était venu me chercher à Prèk khdam avec son vélo ) .
Au début , ils avaient tous les pouvoirs , tuer n'importe qui , " les après 17 Avril" , car ce sont des ennemis (khmaing). A pursat , un chinois originaire de P.Penh , avait volé un petit cochon , car , il avait trop faim ,il se faisait fusiller le soir . On entendait juste le coup de feu et puis le lendemain , sa disparition et personne n'osait demander . Au début les kanak sahakâr ( chef de coop.) possédaient encore des carabines .
- ceux qui n'étaient pas encore retournés dans leur village , en mission probablement à la frontière , sont souvent réclamés par leur vieux parents . Une vieille m'avait dit , mais la guerre est finie , mon gosse n'est pas de retour , plus de nouvelles depuis longtemps et notre roi ?
- pour être " classe " , chez eux , une tenue noire , un krâma au cou , une casquette chinoise communiste et une paire de sandalette en pneu de voiture . A lors là , c'est bien attiré par les yeux des filles .
-s'il y a des yothear qui retournaient voir leur parents et possédaient un pistolet (P.A) , alors , c'est un kanak (chef).
-les grands chefs ( kanak dâmbân 7 , par exemple ) , baladait avec une moto , de style Honda 90 , conduit par son garde de corps (nirsa) , un AK 47 sur le dos .

En résumé , ce rappel expliquait les comportements des moul than envers les déportés des villes après le 17 Avril 1975 .
très méchants : ceux qui étaient en Zone libérée depuis le 18 Mars 1970 , ceux qui avaient perdu leur enfants dans Yothear .
moyennement méchant : 1972,1973,1974 pas trop de perte .
normal comme un khmer , les amoureux de Norodom Sihaknouk , qui imaginaient le retour de celui-ci ,comme avant .

Un concret , dans ma coopérative , une famille chinoise libérée ou installée en zone libérée en 1973 ,74 , avait son fils ( DY ) , retourner vivre chez eux après avoir passé quelques années dans yothear.
Il m'avait offert leur reste ( bâr bâr ) , en disant , faites attention , passer par derrière sans personne te voir . Donc pas méchant !

L'originalité de leurs chefs , ce que , j'ai entendu dire par des gens :
-Kanak dâmbân 7 ( chef) : ex-professeur de Lycée Ta Khmao (Censeur)
-kanak srok 42 ,43,44 ,de damân 7 , les 3 au minima anciens instituteurs.
Je les ai vu physiquement au chalath . Les autres " pleu pleu" , chefs coopératives , sont souvent des ex-bonze .


Edité le 15/05/2013 @ 08:03 par kaunklau

Seun nmott - 15/05/2013 à 12:14
Un petit résumé selon ma version, vu pendant cette période.

Peuple ancien : ceux qui n’ont pas rallié à la république, ceux qui sont restés dans la zone libérée
Moulthann : peuple ancien engagé et formé
Yothear : soldat
Chlope : agent ou police( ya chlop phoum etchlope srok)
Nirsa : facteur et rapporteur
Mé kaang : chef de section,
Les anciens soldats mariés qui souhaitent redevenir civiles, seront des chefs de section.

prâthean phoum : chef du village ou chef de coop du village
Ce sont ceux qui sont un peu plus gradé.

Prâthean sahak kâr : chef de coopérative
Ce sont des gradé et plus dégradés

Kanak Srok : membre du comité de srok( phoum : hameau, khum : commune, srok : canton, khète : département)
Ce sont des haut gradés

Les Yothears, sont souvent en tenus vert, sont de véritable VIP quand ils passent dans les phoums.
Apparemment très doux, mais fait peur. Ils ont le droit d’exécuter même un chef du village sans un procès.

NeakReach - 15/05/2013 à 19:44
Bonjour à tous, bonjour kaunklau et Seun nmott,

Merci à kaunklau pour l’explication sur les comportements des "moul than" envers les déportés des villes après le 17 avril 1975. Sur le fond, je suis à peu près d’accord sur cette explication. Et je me permets de pousser les explications un peu plus loin.

Les "moul than" ou "pracheachun chah" étaient avant tout le peuple khmer de base, qui étaient généralement des neak srè, neak chamkar, neak tonlé, neak prey… enfin les paysans de base au sens large. Leur comportement, leur façon de vivre, leur manière de pensée et d’être… ne pouvaient être autrement que khmers de base, comme des khmers de base dans les temps anciens ou dans le temps actuel. Comme dans tous les peuples du monde entier, il y a des méchants, des moins méchants, des gentils, des très gentils…

Ce qui diffère l’époque des KR par rapport à d’autres époques, c’est que, à cette époque-là, on encourageait la haine, particulièrement la haine envers le peuple nouveau ou envers les anciens riches. Plus on devenait méchants, plus on était appréciés et plus on était récompensés.

Dans les zones où il n’y avait pas de peuple nouveau ou très très peu, cette haine et cette hostilité n’existaient pas. Par contre, dans des zones mixtes, c’est à dire les zones de mélange entre les 2 peuples, cette haine et cette hostilité étaient encouragées. Mais on ne transforme pas un chat en un chien en un claquement de doigts. Les méchants de nature laissaient éclatés leur haine et leur agressivité. Les gentils se faisaient plus discrets.

Dans des zones où il n’y avait que le peuple nouveau (témoignage de Seun nmott), il n’y avait pas de confrontation directe avec le peuple ancien. Ils étaient donc à la merci des bontés de leurs responsables et leur vie ne dépendait que de ces bontés.

--------

Dans le comportement de haine, il ne faut pas non plus oublier 3 autres catégories :

1. Les fameux "yothears" et les fameuses "mith neary", particulièrement les plus jeunes de 13 à 16 ans. La plupart entre eux avaient une haine féroce. Ils étaient capables de tuer pour un oui ou pour un non. Ils étaient aussi capables de torturer et de tuer leurs propres parents sans la moindre hésitation. Ils étaient formés à la haine et pour tuer et torturer depuis leur jeune âge.

2. Les traîtres et les vengeurs, on en trouvait beaucoup dans la région de Battambang. Ceux-là aussi étaient terribles. Ils dénonçaient tout et de tout, ils vous torturaient ou vous faisaient torturer avec un plaisir inouï. Ils étaient capables devenir plus méchants que des méchants. Ça parait étonnant, mais malheureusement, il y en avait beaucoup plus qu’on ne croit. Contrairement aux "yothears" et "mith neary" qui n’avaient pas eu l’éducation adaptée, eux, ils n’avaient aucune excuse sur leur comportement inhumain.

3. Les vendus. Vers 1977, certaines personnes issues du peuple nouveau pouvaient accéder aux "petits" postes de responsabilité, généralement de type chef d’équipe ou de groupe. Ils avaient une méchanceté indescriptible. Il valait mieux se trouver dans un groupe où le chef était issu du peuple ancien que le groupe d’un chef issu du peuple nouveau.

--------

Lorsqu’on se trouve dans une société où la haine, l’hostilité et la méchanceté sont encouragés, le comportement de certains être-humains est imprévisible. La faim aussi pousse un être humain à devenir un être inhumain… pour ne pas dire un animal féroce.

C’était une doctrine voulue et orchestrée par un groupe de "Pantins" dont le niveau intellectuel laissait à désirer. Le peuple khmer, qu’il ait été issu du peuple nouveau ou du peuple ancien, n’y était pour rien. C’était aussi une doctrine issue du régime communiste dont la grande majorité des khmers ne savaient pas, ne savent toujours pas, ce que c’était…


kaunklau - 16/05/2013 à 10:24
Bonjour N.Reach ,
vous parlez des "vendus " vers 1977 , il me plait et il me rappelle bien des phénomènes de société , dans ce trou pourri .

Une fois , on était dans un groupe de 30 jeunes , dont la mission d'Angkar , est d'aller travailler à la rizerie de Maung .
Missions 24h/24h : porter les sacs de riz , venant de camions ou alimenter la machine pour les concasser .
Nos responsables de groupe " mith THO et mith MéN " , un 17 Avril , venant de Battambâng . Les 2 clowns ,toujours habillés en noirs et une casquette en béret et une paire de sandalette en caoutchouc , nous mettent tous les jours dans les dents " remonter les morales " ( bam peak kaul chum hor ) .
Comme , ils savent lire et écrire et partageaient le même toit avec nous , ce sont ceux là , qui nous espionnent pour aller dire au khmer rouge sa hiérarchie directe . Ils dénonçaient par exemple " qui fait quoi " , le comportement de certains , c'est le rapport verbal , un espion . Nous , on se méfiait de ceux là , pire qu'un "kanak".

Un soir , ils avaient fouillé nos affaires personnelles , sans prévenir , car nous étions dans l'usine , soit- disant, chercher le vol d'une montre .
On appelle ça , en khmer , " Dangkeuv chégn pi sach ègn " , la misère provenant de nos proches ou de nos amis .
Pour faire bien voir devant les truands , ils descendaient les autres ! mais ils avaient oublié une chose , qu'ils sont considérés également comme les déportés de 17 Avril .
D'ailleurs ,j'espère qu'ils restaient en vie jusqu'à ce jour , les 2 là !

Beaucoup de cas similaires existaient dans notre coopérative et qui entrainaient des morts .

Seun nmott - 16/05/2013 à 19:32
NeakReach a écrit

Bonjour à tous, bonjour kaunklau et Seun nmott,

Lorsqu’on se trouve dans une société où la haine, l’hostilité et la méchanceté sont encouragés, le comportement de certains être-humains est imprévisible. La faim aussi pousse un être humain à devenir un être inhumain… pour ne pas dire un animal féroce.

C’était une doctrine voulue et orchestrée par un groupe de "Pantins" dont le niveau intellectuel laissait à désirer. Le peuple khmer, qu’il ait été issu du peuple nouveau ou du peuple ancien, n’y était pour rien. C’était aussi une doctrine issue du régime communiste dont la grande majorité des khmers ne savaient pas, ne savent toujours pas, ce que c’était…




Mon cher Kaunklau, ce trou pourri a mangé des milliers d'hommes et de femmes.
Les haines, les jalousies se multiplient chaque jour entre peuple nouveau. J'ai vu mes voisins se disputer, entre mari et femme.
Ils ne savaient pas que la faim puisse détruire une famille entière. J'ai moi même vécu cette implosion, suis victime de la jalousie.
Puisque, voilà, j'ai pu attraper les poisons chats, pas eux. Alors un matin j'ai mon laop(nasse de bambou), a été piétiné, hors d'usage.

Quand un jour une section d'intervention est créée, je suis porté volontaire. C'est juste pour pouvoir quitter mon groupe. La nouvelle section doit se regrouper dans un coin, collé à la banneraie du village. Un champ de banane que les gens craignent et évitent d'y pénétrer. Ils vont fabriquer des petites maisons de paille,(3/4m) à peu près, pour chaque famille. Ma maison , se trouve sur un chemin de terre dit chemin de "Ap"*.
Pour vous montrer à quel point je suis poussé à préférer les "êtres maléfiques" aux hommes à tête humain mais au cœur noir et poilu.

* Ap est une être humain le jour , la nuit elle est devenu maléfique. Elle est nocturne, elle prend ce chemin pour aller cherche leurs nourritures. C'est une croyance populaire, qui fait peur.
En 2005 quand je suis passé voir ce village, je suis allé jusqu'à ce chemin qui est toujours déserté par les gens.

PS je ne sais pas que la section est dirigée par un chef qui détient une liste noir dans laquelle y figure mon nom.



Il valait mieux se trouver dans un groupe où le chef était issu du peuple ancien que le groupe d’un chef issu du peuple nouveau.

je sais ce que c'est.

Seun nmott - 16/05/2013 à 19:48
Chemin Ap, photo prise en 2005, toujours personne à côté.
omNSA3N.jpg

Chemin de terre devant mon palais.
TvAV3ke.jpg
Personne n'habite ce potin de terre en 2005..

NeakReach - 16/05/2013 à 22:13
Bonsoir à tous, bonsoir Seun nmott et kaunklau,

Ah ! Ces vendus, ces traîtres et ces vengeurs ! Ils vendraient même leur père et leur mère pour faire bien voir devant ces KR. Je suis persuadé qu’après le régime, ce seraient les premiers à crier haut et fort qu’ils étaient les victimes des pracheachun chah et que tous les pracheachun chah étaient des méchants, des sauvages…


Seun nmott - 17/05/2013 à 13:09
NeakReach a écrit

Bonsoir à tous, bonsoir Seun nmott et kaunklau,

Ah ! Ces vendus, ces traîtres et ces vengeurs ! Ils vendraient même leur père et leur mère pour faire bien voir devant ces KR. Je suis persuadé qu’après le régime, ce seraient les premiers à crier haut et fort qu’ils étaient les victimes des pracheachun chah et que tous les pracheachun chah étaient des méchants, des sauvages…



Bonjour NeakReach
C'est écoeurant et terrifiant, de voir tout ça,
quand l'enfant monte à la tribune, puis critique avec sans froid le père et son passé.
quand la femme attaque son mari de macho pendant une réunion de reconstruction.
quand un p-nouveau menace les autres de bien se conduire, d'obéir l'Angkar, faute de quoi il dénoncera sans pitié.
.......

On ne peux jamais débarrasser de ce passé.

..........


Est ce une spécialité khmère???

Je ne vais pas vous cacher, rappeler vous ce mot « Anikakchuon »
Qui me rappelle tout de suite le mot « peuple nouveau ». Un sentiment de rejet qui me fend le cœur.
j’ai réagit très vivement au sein de ma famille au srok.

virgule - 17/05/2013 à 16:30
Seun nmott a écrit

Est ce une spécialité khmère???


Non.

sapnacambodia - 17/05/2013 à 16:31
bonsoir Seun nmott

Merci beaucoup pour vos témoignages que je lis avec beaucoup d'intérêts depuis le début et pour toutes les précisions qui m'ont permis de comprendre un peu mieux ce qui s'est passé pendant cette période et d'apporter quelques réponses à mes questions !

Je suis d'accord avec vous on ne peux pas se débarrasser de son passé, et on en transmet une partie à nos enfants même sans le vouloir.

NeakReach - 17/05/2013 à 20:27
Seun nmott a écrit


C'est écoeurant et terrifiant, de voir tout ça,
quand l'enfant monte à la tribune, puis critique avec sans froid le père et son passé.
quand la femme attaque son mari de macho pendant une réunion de reconstruction.
quand un p-nouveau menace les autres de bien se conduire, d'obéir l'Angkar, faute de quoi il dénoncera sans pitié.
.......

On ne peux jamais débarrasser de ce passé.



Bonjour à tous, bonjour Seun nmott, virgule et sapnacambodia,

Je sais qu’il ne faut pas inverser les rôles. Je sais que c’était le peuple nouveau, dont je faisais partie, qui était victime le plus de ces atrocités de ce régime. Je sais que la faim rendait fou. Je sais que travailler dur avec le ventre vide était terriblement douloureux. Je sais que le mal était encouragé…

… Mais on ne vend pas son âme au diable, sinon on donne raison à ceux qui ont orchestré cette atrocité…

Il est clair que, même si ce n’est pas uniquement khmer, nous ne pouvons jamais débarrasser de ce passé. Il fait partie de nous, de notre passé récent, de notre histoire propre. Regarder ce passé en face nous permettrait d’avancer vers l’avenir. Tourner le dos ou ignorer ce passé est de mentir à nous-mêmes et de nous enfermer dans ce passé peu glorieux.


NeakReach - 18/05/2013 à 06:47
Seun nmott a écrit


PS je ne sais pas que la section est dirigée par un chef qui détient une liste noir dans laquelle y figure mon nom.



Bon WE à tous, bonjour Seun nmott,

Sauriez-vous comment cette liste noire était batie ?


kaunklau - 18/05/2013 à 09:20
La misère des jeunes travailleurs (kâng chalath) , lors de creusement d'un canal à Pursat, en 1976.

Lors de creusement d'un canal de Pursat à Battambâng , les KR , avaient employé des dizaines de milliers de jeunes ,dont des hommes et des femmes . Ce canal d'une dizaine de mètres de largeur et 3 à 4 m de profondeur , débute de Steung Pursat , coupe latéralement l'ancienne piste d'atterrissage d'aviation de Pursat , jusqu'à Maung et sa destination , je ne sais pas où en Bttambâng .

Je faisais partie d'un groupe de Chalath et notre chantier de creusement est Anlourg Sambour , probablement d'une vingtaine de km de Pursat ville et une vingtaine de km également de mon coopérative . Les kanak , nous ramenaient en colonne par un , à pied , chacun ses affaires personnelles sur le dos .
Mon sac de jute , était rempli de quelques vêtements et quelques bols de riz . La ration , c'était 1 boite/jour , afin de faire l'eau de riz (bâr bâr), pour se nourrir . On dormait sur place , à côté de chantier , par terre sur une natte ou sur une balançoire en tissu ( Ang reung ) . Ce matériel vital , pour dormir , j'en ai fabriqué un , en sac de jute ( sambâk bav ) coupé en sens de longueur et les ficelles des 2 extrémités .

On creusait , on vidait les terres afin de construire le canal . Cette marée humaine , noir de monde ,des jeunes , remplissaient les missions sans jamais oser dire un mot , ni protester quoi que ce soit , avec rien dans le ventre .

Mon estomac grognait , grognait , j'ai faim . Le travail physique et sans nourritures correctes ne font pas de bon ménage .
Le matin , j'avais essayé d'arriver en premier dans le chantier , avec une ou 2 personnes du groupe . On ramassait quelques petites grenouilles ( kaun kâng kèb) ou des petits serpents ( pours ang kach meas) qui étaient tombés , pendant la nuit , dans le chantier . Ces petites bêtes se faisaient piéger au fond du chantier et c'était notre cadeau . Elles seraient grillées pour accompagner le bâr bâr , de midi .
Quelle vie ! , quand on a faim .

Comme , il faisait très chaud , après avoir mangé ( haub bâr bâr) , on s'abritait sous les arbres . Les filles comme les garçons , des pioches dans les mains avaient déterrés les racines d'un arbre .DEUM A TIENG , un arbre grand comme " un chêne " possédait des racines contenant de saveur légèrement sucrée . Lors de repos tout le monde déterrait ses racines pour se nourrir à la place de sucre , notre glucose manquante .
Le pauvre arbre d'une taille de 1 m de diamètre , d'une hauteur de plus de 10 m est morte d'une semaine plus tard , par privatisation de ses racines .
On était vraiment , comme des sauvages .

Ce fameux canal me laissait des sacrés souvenirs de misère . Mes profondes pensées pour nos jeunes compatriotes , garçons , filles qui participaient à ce travail forcé !

Edité le 18/05/2013 @ 09:37 par kaunklau

kaunklau - 18/05/2013 à 09:32
NeakReach a écrit

Seun nmott a écrit


PS je ne sais pas que la section est dirigée par un chef qui détient une liste noir dans laquelle y figure mon nom.



Bon WE à tous, bonjour Seun nmott,

Sauriez-vous comment cette liste noire était batie ?



A mon avis :
1) on est des déportés de 17 Avril
2)les moul than nous observaient nos comportements de tous les jours .
3)la jalousie
4)la dénonciation de nos proches ,de nos voisins , de nos camarades .
Ce dernier cas faisait beaucoup de victimes !

kaunklau - 19/05/2013 à 12:03
Travail inefficace de chantier de canal Pursat /Maung /Battambâng de 1976 !

Ils envoyaient des dizaines de milliers de jeunes à exécuter de travail de creusement de ce canal reliant Pursat à Battambâng . Lors de l'inauguration , bien entendu , nous , les 17 Avril , chalath , on n'avait pas le droit de s'approcher , ni récompenser ( un repas ) . Alors toutes " les têtes " étaient présentes , vanter , " Angkar moha âs char ,Angkar moha lot phlâs " .

Mais le travail irréfléchi , n'ayant pas de plan , ni de technicité n'avait pas abouti à grande chose , car , les khmers rouges détestaient comme toujours les études et le savoir occidental . Quand la saison des crues arrivait , le niveau d'eau du fleuve Pursat ( Steung Porsat), commençait à monter et le barrage amont n'avait pas résisté .
J'étais présent ,avec au moins 30 à 40 personnes , durant les nuits et des jours à couler des tonnes et des tonnes de béton !
Je me demande , combien de camions de ciments et de mortiers qu'ils avaient déversé . Têtes baissées , nous exécutions ...la responsabilité , c'est l'Angkar .

Le barrage écroulait tout de même .

En aval , dans le canal , les terres ( digues) écroulaient également , remplir le fond .
Mais ,efficaces ou pas , les Angkar ne prennent aucune responsabilité , car si l'eau inondait les rizières ,faisait des dégâts , les terres appartiennent à Angkar .

Le travail manuel colossal des dizaines de milliers de jeunes khmers , ne servaient qu'une expérience . Les responsables khmers rouges se cachaient derrière le slogan " dâk pi sot , sa rob pi sot " ( retours d'expériences).

Edité le 19/05/2013 @ 12:07 par kaunklau

robin des bois - 19/05/2013 à 15:10


Kanklau

Un très grand merci

je n'ai jamais lu de "tels témoignages" ailleurs !


kaunklau - 20/05/2013 à 09:19
Valeur nutritive des fruits de palmier mûre , ou , un cadeau pour la survie des 17 Avril .

55966_thnot.jpg

Quand j'avais quitté la capitale , Phnom Penh , le 17 Avril 1975 , je ne pouvais pas porter sur le dos que quelques kilogrammes des affaires personnelles ( vêtements + vivres).
Or , à part du riz , les sels , c'est le sucre ( glucose) qui est l'élément de base pour rester debout pour un être humain .
D'après l'expérience dû à la famine chez les khmers rouges , les personnes qui manquaient du sucre sont mortes d'une maladie "... ? " , des jambes gonflés , fatigués ,la peau lisse , claire , remplie d'eau , un oeudème ? ...et quelques semaines plus tard , elles sont mortes d'épuisement .

Après deux mois , chez les khmers rouges à Oudong Ang Sérei , les échanges( trocs) entre les 17 Avril et les moul than , étaient calmés , car les affaires ramenées de la capitale commençaient à épuiser sérieusement et s'étaient concernés pour tout le monde . D'où , le sucre , devenait l'élément nécessaire et essentiel N° 3 , manquant , après le riz et le sel de cuisine .

Moi et les 17 Avril avaient recouru à des matières de substitution , gratuites et on trouvait en pagaille et sans interdiction de l'Angkar , le fruit de palme mûr ( thnot tum) .
Ces fruits , une fois qu'ils sont mûrs , ils sont détachés et sont tombés autour de ces pieds . Il suffit d'aller les ramasser .

C'était la saison de pluie , les rizières étaient remplies d'eau . Autour de nos chaumières , il y en a beaucoup de palmiers , mais chaque fois que les fruits sont tombés pendant les nuits , ils devenaient donc perdus et pourris dans l'eau . Nous restions des fois , jusqu'à 10 à 11 h du soir et guettaient le bruit de chocs , pour aller les récupérer .
Des fois pour un fruit tombé , on était 3 à 4 à aller chercher dans le noir et dans l'eau de rizière .

Ce fruit , il n' y a pas grand chose à manger . Pour un bon fruit de qualité ( pas malade ou taché ) , on a peut-être 100 g à 200 g de produit jaunes , légèrement sucré , à consommer ( sa viande).
Au début , on avait mangé cru , puis au fur et à mesure , on avait l'idée de le faire cuire ,en le grillant sur le feu . C'est dieu qui nous avait envoyé , ce sucre de nature .

A savoir à l'époque avant KR , ce thnot tum , était utilisé , pour faire des gâteaux avec la farine de riz . Si personne ne le ramassait , c'était le fruit bien apprécié par des chiens du village .
Mais chez le Kampuchea Démocratique , nous , les 17 Avril , on avait pris leur place .

Le fait d'avoir beaucoup consommé ce fruit et la manque de riz , la couleur de la peau de ma figure devenait légèrement " jaune " . Foie , estomac ...j'en savait strictement rien .
Après avoir débarqué à Pursat , suite à la 2 ème déportation , moi et les autres , on continuait à ramasser ce fruit miracle , car , que ce soit Kompong Speu ou Pursat , les terres khmères sont riches des palmiers .

Merci , " Thnot "" palmiers " , qui nous avaient rendu la vie sauve pendant les moments très difficiles dans la galère de cette période .

kaunklau - 20/05/2013 à 09:54
Pour nos amis , qui n'avaient pas connu ce que c'est le Num thnot ( gâteau dérivé de fruit de palmier), j'ai copié-collé la photo de Chanbokeo :

86426_Num_thnot.jpg

Ce gâteau , à l'époque , avant les khmers rouges , ma soeur était championne de les fabriquer . Quand j'étais sorti de l'école et quand j'avais trouvé un bon fruit "thnot tum " sur le chemin de retour , bien parfumé , je le ramenai , pour qu'elle nous faisait ce gâteau .
Farine de riz diluée , un peu de levure et la viande de ce fruit réduit en jus . Une fois enveloppés dans les feuilles de bananier ou les feuille sakou , on cuit le contenu au bain-marie . c'est délicieux .

Chez les diables khmers rouges , ils n'ont jamais connu ça à manger . Et pourtant , ce sont des gâteaux ancestraux des paysans khmers .



Seun nmott - 21/05/2013 à 11:29
Sa lut Kaunklau
Merci pour tes trois derniers postes. :sourire:

Num akor tnaot. :miam:


A propos des barrages qui cèdent en emportant avec eux de gens, je fouille dans mes doc..:reflechi1:
Il me semble qui s'agit d'un barrage sur le Sangker(la principale rivière de Battambnag), au niveau de Norea.

Il s'agit de la même type d'idée "daork pisaot"(essai) en grandeur nature avec de vrai vie humaine. C'est fabuleux.
Moha laot ploh, moha ohcha.

....
La page est complètement changée, avec le régime actuel: c'est le pas de Kingkourk(Crapaud)

Seun nmott - 21/05/2013 à 19:21
NeakReach a écrit

Seun nmott a écrit


PS je ne sais pas que la section est dirigée par un chef qui détient une liste noir dans laquelle y figure mon nom.



Bon WE à tous, bonjour Seun nmott,

Sauriez-vous comment cette liste noire était batie ?



Bonjour NeakReach
J'en ai aucune idée. La seule chose que je peux deviner c'est que tous les anciens fonctionnaires, ancien étudiant sont dans une liste. Étant instituteur et ne pouvant cacher l’identité; car Yé qui est devenu depuis notre chef du village savait qui j'étais, donc plus la peine de cacher.
Et c'est un pur hasard que j'ai entendu les cadres parlaient de cette liste.

A KHSAOY, y a un chef de section tient la liste, mais c'est un autre chef de section de l'autre phoum qui est le bourreau.

NeakReach - 21/05/2013 à 20:22
Bonjour à tous, bonjour kaunklau et Seun nmott,

Merci à kaunklau pour les récits sur les travaux d’un canal et sur notre arbre national qui était doeum thnot.
Moi aussi, j’avais mangé des thnots tum, des milliers de thnots tum. Ils étaient abondants là où j’étais. Les manger cuits était meilleur que crus.

kaunklau a écrit


Chez les diables khmers rouges , ils n'ont jamais connu ça à manger . Et pourtant , ce sont des gâteaux ancestraux des paysans khmers .



A Pchum Ben 1975, j’habitais chez les mith neary. Nous étions en pleine période de grande crue, l’eau était partout et de profondeur environ 2 à 3 mètres. Elles préparaient des num ansorm pour tout le village. De temps en temps, elles en accrochaient un à une ficelle puis le laissaient couler sous l’eau. A la nuit tombée quand tout le monde allait se coucher, elles tirèrent ces ficelles et on dégustait avec plaisir des num ansorm sortant de l’eau…



NeakReach - 21/05/2013 à 21:39
Seun nmott a écrit

NeakReach a écrit

Seun nmott a écrit


PS je ne sais pas que la section est dirigée par un chef qui détient une liste noir dans laquelle y figure mon nom.



Bon WE à tous, bonjour Seun nmott,

Sauriez-vous comment cette liste noire était batie ?



Bonjour NeakReach
J'en ai aucune idée. La seule chose que je peux deviner c'est que tous les anciens fonctionnaires, ancien étudiant sont dans une liste. Étant instituteur et ne pouvant cacher l’identité; car Yé qui est devenu depuis notre chef du village savait qui j'étais, donc plus la peine de cacher.
Et c'est un pur hasard que j'ai entendu les cadres parlaient de cette liste.

A KHSAOY, y a un chef de section tient la liste, mais c'est un autre chef de section de l'autre phoum qui est le bourreau.



D’après votre explication ainsi que celle de kaunklau, je pense que vous étiez sur cette liste parce que vous étiez considéré comme "intellectuel" (instituteur) donc nuisible à la société KR. Il me semble qu’avant 1977, les "intellectuels" (professeurs, instituteurs, ingénieurs, docteurs…) n’étaient pas considérés comme les ennemis "potentiels".


kaunklau - 21/05/2013 à 23:12
Neak reach !
avant 1977 ou après 1977 , nous étions tous considérés comme " khmaing " (ennemis) .
Mon frère , un anesthésiste de l'hôpital Preah kèt mea lea à P.Penh , était assassiné avant 1977 , avec sa femme et ses 7 enfants de bas âge .
Les erreurs des khmers rouges, c'est qu'ils avaient mal organisé le travail . J'ai imaginé , s'ils avaient gardé nos cartes d'identité de période de République khmère , tout le monde était cuit comme les juifs avec les SS.

Comme leurs chefs étaient également des professeurs au Lycée , ou , des instituteurs des écoles , ils ne pouvaient pas tous trouver ou dénoncer les 17 Avril . Qui , donc étaient impérialistes ? qui donc étaient en contact avec les occidentaux , car eux-même , l'étaient également ?

Si on parlait de " la liste noire " , au début ,ils ne savaient strictement rien , qui faisait quoi , les gens venant de l'autre côté . C'est pour cette raison ,au début , avant la 2 ème déportation , ils nous avaient demandé de détailler nos professions , nos CV ( prâ vat ta roub ) . Pour nous piéger ,ils inventaient d'aller recevoir le roi en mettant les gallons de l'armée , les grades ...tous ce qu'on possédait . Il y avait , des ouvriers de cyclo-pousse qui avaient mis le gallon de grade de colonel et avaient perdu leur vie .

Après 1977 , je pense que , ce sont nos voisins qui commençaient à dénoncer notre origine . A Kompong Cham , la famille de ma soeur , qui étaient strictement ouvrier dans la République khmère , était également dans la liste noire . Elle avait raconté que normalement , il restait à sa famille que 3 jours , heureusement l'armée vietnamienne passait par là , à temps .

Leurs chefs , membres de l'Angkar , étaient malades . Ils vivaient dans les soupçons et voyaient tout le monde est " khmaing " (ennemis) . Pour cette raison , ils se ramassaient la figure au bout d'une semaine de lutte , avec les blindés vietnamiens !

kaunklau - 22/05/2013 à 09:08
Seun nmott a écrit

Sa lut Kaunklau
Merci pour tes trois derniers postes. :sourire:

Num akor tnaot. :miam:


A propos des barrages qui cèdent en emportant avec eux de gens, je fouille dans mes doc..:reflechi1:
Il me semble qui s'agit d'un barrage sur le Sangker(la principale rivière de Battambnag), au niveau de Norea.

Il s'agit de la même type d'idée "daork pisaot"(essai) en grandeur nature avec de vrai vie humaine. C'est fabuleux.
Moha laot ploh, moha ohcha.

....
La page est complètement changée, avec le régime actuel: c'est le pas de Kingkourk(Crapaud)


Salut S.nM !

Le désastre du canal de Pursat , n'est que matériel . Pas de vies humaines impliquées . Le barrage en amont , au bord de "steung porsat " , était abrité sous un toit . La baraque et l'ensemble se ramassaient la figure lors de la montée de la crue du fleuve .
Normalement , les KR avaient prévu , que ce canal , soit navigable avec des pirogues ou petites embarcations . Mais lors de la mise en eau , les terres remplissaient leur fond , donc le travail colossal , n'avait pas atteint son objectif . Mais bon , j'espère qu'il est encore présent , cette créature .

Dans cette région , c'est la digue ou la retenue de " Kamping Poury " , qui selon les réfugiés , faisaient payer beaucoup de vies humaines , lors de ce travail forcé . Je ne connaissais pas ce lieu , ni étais envoyé à y travailler . Elle était au Dâmbân 1 ou 2 , à l'opposé de celui du mien Dâmbân 7 .

Kamping Poury , devient actuellement , un site très fréquenté et très beau , selon les reportages .

http://www.youtube.com/watch?v=1R5NmMFaO6U

http://www.youtube.com/watch?v=GYQoQ2jy7u8



kaunklau - 22/05/2013 à 12:27
Pour nous apaiser , notre douleur perpétrée , en permanence , un lien :

http://fr.euronews.com/2013/05/20/cambodge-hommage-aux-victimes-des-khmers-rouges/

Cambodge : hommage aux victimes des Khmers rouges

C‘était le “Jour de la colère” ce lundi au Cambodge, pour rendre hommage aux victimes du génocide perpétré par les Khmers rouges. Comme chaque année, des survivants et des proches de victimes ont mis en scène les exactions commises par le régime de Pol Pot. Environ 1,7 million de Cambodgiens ont été tués par les Khmers rouges entre 1975 et 1979.




Seun nmott - 22/05/2013 à 12:38
" Leuk tumnup, chik prâlay"(élever des digues, creuser des canaux), faisait partie de lafameuse thèse de KS Phân( La paysannerie et la politique cambodgienne), un projet qui est cher.

Une très bonne perspective pour le Cambodge, un pays agricole; seulement la méthode est mauvaise, très mauvaise. Ce sont les chantiers les plus meurtriers après la disette et les centres de torture.

Le Tumnup de kamping pouy qui est devenu un lieu de ...
je n'ai rien compris.
Moi je n'y suis jamais allé pour me divertir là où des milliers d'innocents on payé de leur vie.
Les autres "vestiges" des KR à Anlong Véng, par exemple, ne m'attire rien du tout.


Me voici, pour associer à Thnaot de Kaunklau, la photo du pédoncule de feuille de thnaot(Théang thnaot), prise très récemment en France.:sourire:
FN0Ey5N.jpg

Les paysans khmers fabriquent ses cordes(khsaè ko) à partir de ces fibres.

NeakReach - 22/05/2013 à 19:41
kaunklau a écrit


avant 1977 ou après 1977 , nous étions tous considérés comme " khmaing " (ennemis) .
Mon frère , un anesthésiste de l'hôpital Preah kèt mea lea à P.Penh , était assassiné avant 1977 , avec sa femme et ses 7 enfants de bas âge .
Les erreurs des khmers rouges, c'est qu'ils avaient mal organisé le travail . J'ai imaginé , s'ils avaient gardé nos cartes d'identité de période de République khmère , tout le monde était cuit comme les juifs avec les SS.

Comme leurs chefs étaient également des professeurs au Lycée , ou , des instituteurs des écoles , ils ne pouvaient pas tous trouver ou dénoncer les 17 Avril . Qui , donc étaient impérialistes ? qui donc étaient en contact avec les occidentaux , car eux-même , l'étaient également ?

Si on parlait de " la liste noire " , au début ,ils ne savaient strictement rien , qui faisait quoi , les gens venant de l'autre côté . C'est pour cette raison ,au début , avant la 2 ème déportation , ils nous avaient demandé de détailler nos professions , nos CV ( prâ vat ta roub ) . Pour nous piéger ,ils inventaient d'aller recevoir le roi en mettant les gallons de l'armée , les grades ...tous ce qu'on possédait . Il y avait , des ouvriers de cyclo-pousse qui avaient mis le gallon de grade de colonel et avaient perdu leur vie .

Après 1977 , je pense que , ce sont nos voisins qui commençaient à dénoncer notre origine . A Kompong Cham , la famille de ma soeur , qui étaient strictement ouvrier dans la République khmère , était également dans la liste noire . Elle avait raconté que normalement , il restait à sa famille que 3 jours , heureusement l'armée vietnamienne passait par là , à temps .

Leurs chefs , membres de l'Angkar , étaient malades . Ils vivaient dans les soupçons et voyaient tout le monde est " khmaing " (ennemis) . Pour cette raison , ils se ramassaient la figure au bout d'une semaine de lutte , avec les blindés vietnamiens !



Bonjour à tous, bonjour kaunklau et Seun nmott,

Si on faisait une analyse "puriste", je dirais qu’il y avait des listes noires et des listes grises. Dans les listes noires dès le début, c’étaient ceux que l’Angkar considérait comme "khmaing", c’est à dire, les officiers et des soldats de la république et les haut-fonctionnaires. Les autres, sauf quelques cas d’exception, étaient en listes grises : les "khmaing" potentiels. Si on poussait un peu plus loin dans la réflexion, je dirais qu’il existait des grises claires, des grises foncées, des grises très très foncées. Si vous basculiez dans la liste noire, soit c’était la prison, soit c’était la mort directe. Compte tenu des conditions de détention et de traitements des prisonniers, la deuxième solution serait certainement plus douce et plus souhaitable.

C’est malheureux à dire…


NeakReach - 22/05/2013 à 20:06
kaunklau a écrit


Cambodge : hommage aux victimes des Khmers rouges



J’aimerais tant que nous puissions rendre hommage aux victimes qui, 34 ans après, ne sont toujours pas sorties de ce malheur et sont restées des morts-vivants. Il y en a plus qu’on ne pense.

En voici une (à partir de 21:00) :

http://www.youtube.com/watch?v=1KK6ScrLj-s



robin des bois - 22/05/2013 à 20:10
kaunklau a écrit

Pour nous apaiser , notre douleur perpétrée , en permanence , un lien :

http://fr.euronews.com/2013/05/20/cambodge-hommage-aux-victimes-des-khmers-rouges/

Cambodge : hommage aux victimes des Khmers rouges





J'apprécie beaucoup "l'utilisation intelligente " des outils agricoles khmers : efficacité, limpidité, prospérité .....


Seun nmott - 23/05/2013 à 12:48
robin des bois a écrit

kaunklau a écrit

Pour nous apaiser , notre douleur perpétrée , en permanence , un lien :

http://fr.euronews.com/2013/05/20/cambodge-hommage-aux-victimes-des-khmers-rouges/

Cambodge : hommage aux victimes des Khmers rouges





J'apprécie beaucoup "l'utilisation intelligente " des outils agricoles khmers : efficacité, limpidité, prospérité .....




Je ne sais pas trop où vous voulez en venir, pour moi ce n'est pas un spectacle à revoir.
La colère, la haine, c'est terminé. Ceci ne veut pas dire que les souvenirs sont effacés.



Si on faisait une analyse "puriste", je dirais qu’il y avait des listes noires et des listes grises. Dans les listes noires dès le début, c’étaient ceux que l’Angkar considérait comme "khmaing", c’est à dire, les officiers et des soldats de la république et les haut-fonctionnaires. Les autres, sauf quelques cas d’exception, étaient en listes grises : les "khmaing" potentiels. Si on poussait un peu plus loin dans la réflexion, je dirais qu’il existait des grises claires, des grises foncées, des grises très très foncées. Si vous basculiez dans la liste noire, soit c’était la prison, soit c’était la mort directe. Compte tenu des conditions de détention et de traitements des prisonniers, la deuxième solution serait certainement plus douce et plus souhaitable.

C’est malheureux à dire…


C’est malheureux à dire, tout à fait.
Selon votre analyse :
1- suis emmené et ligoté, puis relâché,
2- mon nom figure dans une liste à S21,

Depuis le début de 1976, mon chef de section avait dit, je le mange quand je veux...

Noire, gris ou ????:quoi:

Je crois qu'il y a une chose qui m'a permise de sauver ma vie et celle de ma famille.
C'est le pragmatisme dans le sens de "la simple capacité à s’adapter aux contraintes de la réalité ou encore l’idée selon laquelle l’intelligence a pour fin la capacité d'agir, et non la connaissance.(wiki)
...Pendant tous ces temps:
-chaque soir, avant de se coucher, j'ai dit adieu à ma femme,
-jamais parler la nuit,
-on ne se parle que pendant ou sur le trajet aller-retour( boulot-maison),
-Travailler, fait ce qu'il dit, et serrer les dents,
-rester unie, ne jamais céder à la faim,
-cacher mes documents,

Une autre chose qui contribue à ma survie, c'est l'incendie de ma cabane, accidentellement( en voulant détruire les punaises en les brulant, puis j'ai mal éteint les feux). Un coup de vent a l'a rallumé, et en cinq minutes il ne reste plus rien de ma cabane. L'incendie a été évoquée à la réunion du village, "ILS" appellent les gens à faire comme moi, "lerh bang kamasith sourn tour"(abandonner toutes propriétés, tous les biens pour devenir un pauvre). Ça leur plait quand ils nous voient sans rien.


Edité le 23/05/2013 @ 12:49 par Seun nmott

robin des bois - 23/05/2013 à 14:08
Seun nmott a écrit

robin des bois a écrit

kaunklau a écrit

Pour nous apaiser , notre douleur perpétrée , en permanence , un lien :

http://fr.euronews.com/2013/05/20/cambodge-hommage-aux-victimes-des-khmers-rouges/

Cambodge : hommage aux victimes des Khmers rouges




J'apprécie beaucoup "l'utilisation intelligente " des outils agricoles khmers : efficacité, limpidité, prospérité .....



e ne sais pas trop où vous voulez en venir, pour moi ce n'est pas un spectacle à revoir.
La colère, la haine, c'est terminé. Ceci ne veut pas dire que les souvenirs sont effacés.



Je viens d'un milieu agricole qui me permet de connaitre a peu près correctement les outils agricoles manuels d'un usage courant en Poitou notamment ; je les ai même utilisés dans ma jeunesse;

J'ai été extrêmement frappé de retrouver pratiquement les mêmes au Cambodge :
et on ne plus effaré de voir l'utilisation précise de ce que j'appelais les "pielles"(en argot), sortes de "crocs de jardinier".
Je pense que c'est l'outil qui a du être "détourné le plus " par les KR, notamment à Choeung Ek, pour détruire les ennemis de la révolution sans avoir à tirer une seule balle.







Edité le 23/05/2013 @ 14:09 par robin des bois

Seun nmott - 23/05/2013 à 14:53
robin des bois a écrit



Je viens d'un milieu agricole qui me permet de connaitre a peu près correctement les outils agricoles manuels d'un usage courant en Poitou notamment ; je les ai même utilisés dans ma jeunesse;

J'ai été extrêmement frappé de retrouver pratiquement les mêmes au Cambodge :
et on ne plus effaré de voir l'utilisation précise de ce que j'appelais les "pielles"(en argot), sortes de "crocs de jardinier".
Je pense que c'est l'outil qui a du être "détourné le plus " par les KR, notamment à Choeung Ek, pour détruire les ennemis de la révolution sans avoir à tirer une seule balle.



Bonjour et merci RDB
j'avais pensé à ça, mais comme je ne suis pas sûr.
En fait je pense que beaucoup d'outils agricoles sont arrivés au Cambodge par la colonisation. L'été dernier j'avais visité un musée dans le sud(près de Narbonne), toute une panoplie d'outil agricole. Dont j'ai trouvé beaucoup de ressemblance aux cambodgiens.

Quand aux KR qui se servent de cet outil:
1- c'est sans brut, donc discret.
2- coup de grâce, il y est très friand.
3- une méthode locale:
.. je m'explique, A la campagne quand on doit abattre une vache, un veau pour une occasion, on se sert du dos de la hache pour frapper l'entre corne de la bête, un coup sec et la bête meurt. Or pour tuer leurs ennemies, bien discrètement, ils utilisent cette méthode, et pour se moquer de nous ils se disent économiser une balle. En quelque sorte nous ne leur vallons pas une balle.

robin des bois - 23/05/2013 à 15:30
Seun nmott a écrit



3- une méthode locale:
.. je m'explique, A la campagne quand on doit abattre une vache, un veau pour une occasion, on se sert du dos de la hache pour frapper l'entre corne de la bête, un coup sec et la bête meurt.

Or pour tuer leurs ennemies, bien discrètement, ils utilisent cette méthode, et pour se moquer de nous ils se disent économiser une balle. En quelque sorte nous ne leur vallons pas une balle.



C'est exactement çà


ps : a première vue, l'outil de jardinage actuel se rapprochant le plus serait une "Houe de jardin" en fer forgé




Edité le 23/05/2013 @ 15:45 par robin des bois

NeakReach - 23/05/2013 à 19:52
Seun nmott a écrit


La colère, la haine, c'est terminé. Ceci ne veut pas dire que les souvenirs sont effacés.



Bonjour à tous, bonjour Seun nmott,

Je pense en effet qu’il est grand temps de tourner la page. La violence gratuite, la haine, la colère, la rancœur, etc… doivent être laissées derrière nous pour pouvoir avancer. L’excitation à la haine également doit être cessée…


Seun nmott a écrit


Depuis le début de 1976, mon chef de section avait dit, je le mange quand je veux...



Ce qui est étonnant dans votre cas, c’est ce point !
Pourquoi votre chef de section vous avait dit ça dès le début de 1976 ?
En ce début de cette année-là, les intellectuels (instituteurs, professeurs, docteurs…) n’étaient pas encore considérés comme les ennemis "nuisibles" mais ennemis "potentiels".

Peut-être que, sur une dénonciation, vous vous trouviez dans cette liste noire. Peut-être aussi parce que le chef de section avait le droit sur la vie ou la mort du peuple nouveau sous sa responsabilité et en avait profité.

Dans les zones mixtes (cohabitation entre les 2 peuples), les chefs de sections ou de village avaient probablement aussi ce droit mais n’osaient pas d’utiliser car ils craignaient la réaction du peuple ancien. Il fallait vraiment se trouver dans cette liste noire pour qu’ils aient agi en conséquence.




Seun nmott - 23/05/2013 à 20:18
NeakReach a écrit


Ce qui est étonnant dans votre cas, c’est ce point !
Pourquoi votre chef de section vous avait dit ça dès le début de 1976 ?
En ce début de cette année-là, les intellectuels (instituteurs, professeurs, docteurs…) n’étaient pas encore considérés comme les ennemis "nuisibles" mais ennemis "potentiels".

Peut-être que, sur une dénonciation, vous vous trouviez dans cette liste noire. Peut-être aussi parce que le chef de section avait le droit sur la vie ou la mort du peuple nouveau sous sa responsabilité et en avait profité.

Dans les zones mixtes (cohabitation entre les 2 peuples), les chefs de sections ou de village avaient probablement aussi ce droit mais n’osaient pas d’utiliser car ils craignaient la réaction du peuple ancien. Il fallait vraiment se trouver dans cette liste noire pour qu’ils aient agi en conséquence.



Piryop, dambân bourn - KHSAOY
, où j'étais, un coin perdu pour les condamnés.
Tous les Krous(corps enseignants) sont recensés, listé discrètement avec l'aides des vendus, dès le début de 76, et à la fin de cette même année tous les krous même les krous krieuv chourk, ou les krous thnams sont à "dâk chènh"(exécuter), les anciens corps médicaux n'ont pas échappé à cette mesure, eux non plus, surtout ceux qui appliquent les méthodes occidentales, c'est plus par jalousie.

Les intellos, ils ne les aiment pas. Quand ils vous approchent, ou ils vous croisent, ils sont capable de parler en l'air ces mots : bonjour, ou gardebou.
Si par malheur vous réagissez à ces mots, vous êtes cuit.

....

NeakReach - 23/05/2013 à 20:37
Seun nmott a écrit



Piryop, dambân bourn - KHSAOY
, où j'étais, un coin perdu pour les condamnés.
Tous les Krous(corps enseignants) sont recensés, listé discrètement avec l'aides des vendus, dès le début de 76, et à la fin de cette même année tous les krous même les krous krieuv chourk, ou les krous thnams sont à "dâk chènh"(exécuter), les anciens corps médicaux n'ont pas échappé à cette mesure, eux non plus, surtout ceux qui appliquent les méthodes occidentales, c'est plus par jalousie.

Les intellos, ils ne les aiment pas. Quand ils vous approchent, ou ils vous croisent, ils sont capable de parler en l'air ces mots : bonjour, ou gardebou.
Si par malheur vous réagissez à ces mots, vous êtes cuit.

....



Bonsoir Seun nmott,

C’est très important ce que vous venez de révéler là. Cela veut dire que dès le début de 1976, ils avaient prémédité de tuer les intellectuels dont les instituteurs, professeurs, docteurs… et vers la fin de l’année 1976 (à partir d'octobre-novembre ?), ils passaient à l’acte.


kaunklau - 24/05/2013 à 10:54
Femmes veuves , chez les KR en 1976 .

A ma connaissance , dans ma coopérative à Pursat , des familles , n'ayant pas de chef de famille , étaient nombreuses . On voyait , tout de suite , les caractères des gens " riches " de la ville , dont les comportements civilisés de la Capitale ne perdent pas ( balayage devant la cabane , affaires rangées , toujours coiffées ... ).
Ces femmes sont seules , avec ses enfants , pas de mari , croyez-moi , les cambodgiens n'abandonnaient pas facilement leurs femmes et leurs enfants . Les hommes étaient abattus dès le 17 Avril 1975 .
Ce martyr psychologique est très important pour les khmers rouges . Il sert à calmer la folie absurde , de ces bêtes féroces . Ils étaient contents de les observer .

Ces femmes avaient échangé , en troc , tout ce qu'elles possédaient afin que ses enfants survivent , jusqu'à l'épuisement complet de ses biens ( montres , colliers , bracelets en or ...) .
Elles avaient adapté leur vie , à la vie des paysans en dormant dans les chaumières , en travaillant dans les rizières . Quand le toit était traversé par l'eau de pluie , elle mettait en place les plastiques en caoutchouc . Elles ne savaient pas faire autrement où et comment , aller chercher les chaumes ou les feuilles de palmier .

Ces femmes et nous tous , on essayait de faire en sorte que nos vêtement soient noirs .
Les beaux vêtements multicolores venant de la capitale , sont obligés de décolorer , afin qu'ils soient noirs .
Pour faire plaisir à ce Angkar fou , comment on faisait , comme on n'avait pas décolorants chimiques ?
D'abord , on les trempait dans la boue ( terre pourrie , PHOURK ) , puis on les rinçait . on les laissait tremper dans un récipient de l'eau mélangée de feuilles de Sankè . Ces feuilles se sont servis pour enrouler les tabacs pour les fumeurs. L'odeur devenait nauséabonde , et puis 24 h après avoir rincé , on les séchait au soleil , la couleur devenait grise /noire , mais bon , c'est pour " s'adapter" ( dak khlourn ) à eux.

Le dernier voeux de KOL .

Une dame , veuve , de 5 enfants , son mari était un colonel de l'armée Lon NOL de P.Penh . Son fils ,unique , " KOL " , 14 ou 15 ans environ , m'avait demandé une mission , un jour en 1976 où je me suis arrêté chez eux , pour aller à Kân Dieng en Chalath .

Il me disait , comme à un frère , s'il est mort , pourrai-je me venger à sa place , le chef de Sahakâr , le chef de Phoum ,...le nom de 3 , 4 personnes . Même pas le nom des grands chefs d'Angkar . Il était désespéré . Il sentait que sa santé ne va pas loin , tellement qu'il était épuisé et fatigué .
Un mois après , lors de mon retour au Sahakâr , le pauvre KOL , était déjà décédé , racontée par sa maman en pleurant .
Je n'ai jamais réalisé ses derniers voeux et j'espère que les autres ont fait le boulot à ma place en 1978. Voilà , ça faisait déjà 35 ans ...


Edité le 24/05/2013 @ 10:57 par kaunklau

Seun nmott - 24/05/2013 à 11:57
NeakReach a écrit



Bonsoir Seun nmott,

C’est très important ce que vous venez de révéler là. Cela veut dire que dès le début de 1976, ils avaient prémédité de tuer les intellectuels dont les instituteurs, professeurs, docteurs… et vers la fin de l’année 1976 (à partir d'octobre-novembre ?), ils passaient à l’acte.




Les « krou bangrean-sastrachar »(les indtit&prof) étaient parmi les premiers à servir la cause Khmer krâhaom. Après le 15 avril 75 ils occupent des places importantes, au niveau de Srok ou de Dambân.
Les chef de section, de village, ne sont que des illettrés, anciens éboueurs ( neark boh psa), ou des perdants aux jeux, ceux là, ils nous détestent à mourir.

Début 76, Ta Ray, Kanak sahakâr(membre du comité de coop) de srok Kampong Preah-Dambân 4, est porté disparu avec hommes et munitions. Deux rumeurs circulent :
-Il a été arrêté avec ses complices, accusés de khmaing khnong,(ennemi dans le rang)
-il s’est repris le maquis aves ses hommes.
On n’avait pas de nouvelles d’eux depuis.
Plus tard, je ne me rappelle plus de la date*, le camarade Sou, celui qui nous a fait la réunion à Battambang avant la déportation est à son tour arrêté. Il est ancien proff….

* Je n’ai plus de journal après fin 75.

Alors, à mon avis, à khsaoy, les anciens krous sont à éliminer un par un, pour ne pas bousculer les esprits des gens. Ils ont commencé par les anciens proff de la section de planteur de tabac (Kâng thnam). Seulement six anciens corps enseignants de cette section ont fui avant qu’ils soient arrêtés. On ne savait plus qu’ils deviennent.
Un autre ancien instit a été abattu sommairement, par ce qu’il lit la nuit. Tout ça nous terrifie tous, corps enseignant ou non. Les bruits venant des autres communes voisines sont semblables.

Que dire , préméditer?

Seun nmott - 24/05/2013 à 12:28
kaunklau a écrit

Femmes veuves , chez les KR en 1976 .

A ma connaissance ,.
.............
Ces femmes avaient échangé , en troc , tout ce qu'elles possédaient afin que ses enfants survivent , jusqu'à l'épuisement complet de ses biens ( montres , colliers , bracelets en or ...) .
Elles avaient adapté leur vie , à la vie des paysans en dormant dans les chaumières , en travaillant dans les rizières . Quand le toit était traversé par l'eau de pluie , elle mettait en place les plastiques en caoutchouc . Elles ne savaient pas faire autrement où et comment , aller chercher les chaumes ou les feuilles de palmier .

Ces femmes et nous tous , on essayait de faire en sorte que nos vêtement soient noirs .
Les beaux vêtements multicolores venant de la capitale , sont obligés de décolorer , afin qu'ils soient noirs .
Pour faire plaisir à ce Angkar fou , comment on faisait , comme on n'avait pas décolorants chimiques ?
.....

ça faisait déjà 35 ans ...



Salut Kaunklau
Tu as bien fait de parler de ça :
-1- on essaye tous de teindre au noir ou gris nos vêtement de couleur pour intégrer dans le paysage des KR, alors on fait comme on peut. Tous les moyens sont bons pour perdre les couleurs d’origines…
-2- on n’a pas perdu nos bonnes habitudes, l’ordre.
...J’avais une petite espace devant ma cabane, alors j’ y ai planté des citronnelles et des basilics, seulement ils sont groupés et en rangée comme dans un parc.
Ca n’a pas échappé aux regards méfiants de mes détracteurs. Seulement c’est joli et tout le monde les regarde. Les gens disent « phterh mean sourn chi »(la maison où il y a un jardin de chi). Je crois que c’est nouveau pour eux, ils n’avaient pas cette idée peut être.

Alors ils ne m'ont pas cherché des histoires. Par contre à chaque fois quand la cuisine collective a besoin des chis ou des citronnelles, ils viennent arracher un pied entier. Écœuré!


robin des bois - 24/05/2013 à 12:52
Seun nmott a écrit


Tu as bien fait de parler de ça :
-1- on essaye tous de teindre au noir ou gris nos vêtement de couleur pour intégrer dans le paysage des KR, alors on fait comme on peut. Tous les moyens sont bons pour perdre les couleurs d’origines…
-2- on n’a pas perdu nos bonnes habitudes, l’ordre.




Autour de Psar Sal à Phnom Penh, vers les années 2 000, il y avait des personnes qui chauffaient en permanence des marmites pour reteindre en noir les vêtements qu'on leur apportait.

J'ai appris que la tenue la plus courante des paysans khmers était, bien avant les KR, le pyjama noir, parce que :

-d'une part, ce n'est pas très salissant

-d'autre part, existe une teinture " bio " que l'on trouvait très facilement dans les campagnes khmères.

Je me demande - mais ne suis plus très sûr - s'il ne s'agit pas d' une décoction à base des fruits d'un arbre appelé makloeu ???


Seun nmott - 24/05/2013 à 13:12
robin des bois a écrit

Seun nmott a écrit


Tu as bien fait de parler de ça :
-1- on essaye tous de teindre au noir ou gris nos vêtement de couleur pour intégrer dans le paysage des KR, alors on fait comme on peut. Tous les moyens sont bons pour perdre les couleurs d’origines…
-2- on n’a pas perdu nos bonnes habitudes, l’ordre.




Autour de Psar Sal à Phnom Penh, vers les années 2 000, il y avait des personnes qui chauffaient en permanence des marmites pour reteindre en noir les vêtements qu'on leur apportait.

J'ai appris que la tenue la plus courante des paysans khmers était, bien avant les KR, le pyjama noir, parce que :

-d'une part, ce n'est pas très salissant

-d'autre part, existe une teinture " bio " que l'on trouvait très facilement dans les campagnes khmères.

Je me demande - mais ne suis plus très sûr - s'il ne s'agit pas d' une décoction à base des fruits d'un arbre appelé makloeu ???



Exacte, ou en français, l'ébénier.

Mais cette arbre n'est pas très répandu, or il n'y en pas pour tout le monde. S'il y en a un, c'est pour les "Thnak thom". Nous, on fait comme a expliqué Kaunklau.

Le pyjama noir n'est pas, la tenue des paysans khmers. C'est la mode des KR.

kaunklau - 24/05/2013 à 13:58
Exact RBD et S.nM !
le Mak khleur ou l'ébénier , d'après S.M , je ne le connais pas en français . C'est un arbre de taille d'un chêne français . On concasse leur fruits , grande comme les billes , et on le dilue à l'eau .
Le défaut de ces fruits , c'est qu'ils sont saisonniers . Leur qualité , c'est Noir .
Un autre défaut , la couleur noire n'imprègne pas bien , quand le tissus , était déjà colorié .
Pour un tissus blanc , vierge , la couleur noire est au top . On le replonge dans le mak kloeur , une fois que , ces couleurs sont partis .

Chez les KR , nous , monsieur tout le monde , n'avait pas ça . Comme S.nM ,avait dit , c'est réservé pour les plouks .

Si nous avions trempé , nos linges dans les boues puantes , c'est vraiment , comme on dormait avec les diables ! vraiment l'enfer !

Edité le 24/05/2013 @ 14:00 par kaunklau

sapnacambodia - 24/05/2013 à 17:46
bonsoir Seun nmott

« Je ne sais pas trop où vous voulez en venir, pour moi ce n'est pas un spectacle à revoir.
La colère, la haine, c'est terminé. Ceci ne veut pas dire que les souvenirs sont effacés. »

Je suis d’accord avec vous, je n’ai pas aimé cette vidéo.
Chez moi, nous fêtons l'abolition de l'esclavage. Pour célébrer cet événement pour rendre hommage à ces milliers d'hommes et de femmes qui se sont battus contre l'injustice et l'asservissement, chaque année nous fêtons l’abolition à travers, des concerts, des ateliers et des conférences, pour ne pas oublier d’un part et se rappeler que le bien triomphe toujours sur le mal.

robin des bois - 24/05/2013 à 18:15
sapnacambodia a écrit

bonsoir Seun nmott

« Je ne sais pas trop où vous voulez en venir, pour moi ce n'est pas un spectacle à revoir.
La colère, la haine, c'est terminé. Ceci ne veut pas dire que les souvenirs sont effacés. »

Je suis d’accord avec vous, je n’ai pas aimé cette vidéo.




C'est, selon moi, une des images les plus violentes qui puissent exister des actions de mort KR( à part ce qui se passait à S-21)

- non pas la reproduction du spectacle

- mais bien l'acte de mort lui-même, avec cet outil agricole qui, en d'autres circonstances, pouvait servir à "mettre à mort " dans les campagnes.

Sn-n l'a très bien expliqué :
c'est un summum d'horreur et de perversité, le reflet d'un comportement inhumain





Edité le 24/05/2013 @ 18:17 par robin des bois

Seun nmott - 24/05/2013 à 18:42
robin des bois a écrit

sapnacambodia a écrit

bonsoir Seun nmott

« Je ne sais pas trop où vous voulez en venir, pour moi ce n'est pas un spectacle à revoir.
La colère, la haine, c'est terminé. Ceci ne veut pas dire que les souvenirs sont effacés. »

Je suis d’accord avec vous, je n’ai pas aimé cette vidéo.




C'est, selon moi, une des images les plus violentes qui puissent exister des actions de mort KR( à part ce qui se passait à S-21)

- non pas la reproduction du spectacle

- mais bien l'acte de mort lui-même, avec cet outil agricole qui, en d'autres circonstances, pouvait servir à "mettre à mort " dans les campagnes.

Sn-n l'a très bien expliqué :
c'est un summum d'horreur et de perversité, le reflet d'un comportement inhumain





Bonjour sapnacambodia
Et merci à vous également.
Ce n’est pas le premier spectacle que je déteste. Si vous connaissez un peu l’histoire du Cambodge, vous vous rappelez qu’au temps du Roi père, l’exécution de Preap Inn, un Khmer sérei = anti Sihanoukiste, est filmé et projeté en générique dans tous les salles de cinéma du royaume pendant des mois.
C’est insupportable, mais personne n’osait rien dire, certains fermaient les yeux pendant cette projection.
Je pense aussi à l’exécution du couple Nicolae Ceausescu et Elena Petrescu, vue sur les chaines françaises à l’époque.
Alors ce gens de chose ne devrait pas exister.
Les KR tuent leurs ennemis, ils les montrent pour nous terrifier.

……… Nous n’avons plus de raison à faire peur à nos prochains…


Merci à RDB d'avoir bien compris mon message.

NeakReach - 24/05/2013 à 19:46
Bonjour à tous, bonjour Seun nmott

Coïncidence ou préméditation générale ?

Voici ce que Seun nmott a écrit :

Seun nmott a écrit


Début 76, Ta Ray, Kanak sahakâr(membre du comité de coop) de srok Kampong Preah-Dambân 4, est porté disparu avec hommes et munitions. Deux rumeurs circulent :
-Il a été arrêté avec ses complices, accusés de khmaing khnong,(ennemi dans le rang)
-il s’est repris le maquis aves ses hommes.
On n’avait pas de nouvelles d’eux depuis.
Plus tard, je ne me rappelle plus de la date*, le camarade Sou, celui qui nous a fait la réunion à Battambang avant la déportation est à son tour arrêté. Il est ancien proff….


Si je comprends bien, Ta Ray était également prof (Krou bang-rean).

Voici ce que j’ai écrit plus haut :

NeakReach a écrit


.... Le méphum nous aimait bien. Il venait souvent discuter avec mon père. J’ai appris plus tard que ce phum était considéré par l’Angkar comme phum rebelle. Juste après la décrue (vers mi-novembre 1975), le méphum et un groupe de mith neary ont été arrêtés par un groupe de soldats KR et amenés à une destination inconnue (au S21 ?).


Comme je disais plus haut, le méphum était un ancien instituteur.

A savoir, contrairement à Seun nmott, je ne connaissais pas le mois et les dates exacts des évènements. Je repérais en fonction des saisons, du rythme des crues/décrues du tonlé et de culture.

--------

Poussons un peu plus loin dans notre analyse sans tomber dans la spéculation. Il serait naturel :

- que les enseignants s’entendent entre eux,
- qu’un enseignant défend un autre enseignant,
- que la plupart des ex-enseignants devenus KR refusent d’éliminer les corps d’enseignant.

Il serait également naturel que Angkar se méfiait des ex-enseignants dans leur camp.

Ce qui revient à dire que, lorsque Angkar leu avait décidé d’éliminer des intellectuels tels que les instituteurs, professeurs, docteurs… probablement vers novembre-décembre 1975, il commençait par les leurs (les ex-instituteurs et les ex-professeurs)… ensuite les enseignants du peuple nouveau.


Seun nmott - 25/05/2013 à 13:41
NeakReach a écrit

Bonjour à tous, bonjour Seun nmott

Coïncidence ou préméditation générale ?

Voici ce que Seun nmott a écrit :

Seun nmott a écrit


Début 76, Ta Ray, Kanak sahakâr(membre du comité de coop) de srok Kampong Preah-Dambân 4, est porté disparu avec hommes et munitions. Deux rumeurs circulent :
-Il a été arrêté avec ses complices, accusés de khmaing khnong,(ennemi dans le rang)
-il s’est repris le maquis aves ses hommes.
On n’avait pas de nouvelles d’eux depuis.
Plus tard, je ne me rappelle plus de la date*, le camarade Sou, celui qui nous a fait la réunion à Battambang avant la déportation est à son tour arrêté. Il est ancien proff….


Si je comprends bien, Ta Ray était également prof (Krou bang-rean).



A savoir, contrairement à Seun nmott, je ne connaissais pas le mois et les dates exacts des évènements. Je repérais en fonction des saisons, du rythme des crues/décrues du tonlé et de culture.

--------





J'avais cette mauvaise habitude de noter, de collectionner...
-Pendant ma préparation au examen du bac, je tuais les moustiques qui m'ont harcelé, et j'ai noté le nombre de moustique tués par jour. :-P
-j'ai collectionné les avis de décès, parus dans les pages des journaux locaux, c'est dingue n'est ce pas?

Si j'avais pu garder tout ce que j'ai noté entre 76 et 79...
Il me reste en mémoire, bien que ce ne sera plus un jour précis. Vous les verrez dans la suite de jour pour jour.

PS je continue à noter et à collectionner encore et toujours.:sourire:


Si je comprends bien, Ta Ray était également prof (Krou bang-rean).

Je n'avais pas d'info sur lui. Seulement c'est grâce à lui qui a déclenché le ravitaillement en nourriture, principalement riz, à KHSAOY, courant septembre à octobre, à raison de deux semaines, une équipe de cinquante homme et femme valides, partent vers Srah Keo(Preay Chèk- Kampong Preah). Au retour chacun porte sur lui un sac de riz dont le poids varie en fonction de la capacité de chacun, mais au moins chacun porte deux Tao(= 32kg).
Ces nourritures, y compris sel et poissons sec, sont à rendre au dépôt du village.
Les gens recevront par cota pendant un temps varie de dix à 15 jours, à se débrouiller jusqu'à la prochaine distribution...

kaunklau - 26/05/2013 à 11:01
Bonjour cher ami ,S.nM ,
j'avais dit et redis que t'étais " très courageux " d'avoir noté , les divers évènements quotidiens lors de l'époque des Khmers rouges .
Je n'osais pas le faire à cet époque , par peur de prendre le risque inutile , lors de chaque fouille par les responsables en Chalath . Plus qu'une fois , qu'il nous fouillait sans prévenir , cette bande d'abrutis .
Quand j'étais à Maung , dans la rizerie ( machine à concasser le riz ) , j'avais pris précaution de mettre à l'abri , mon précieux outils " vieille carte du Cambodge , la boussole qu'on m'avait confié " , dans une boîte de lait Guigoz , derrière une butte de terre . Dey Dam Bauk , un repère idéal et facile à repérer et à récupérer .

NeakReach - 26/05/2013 à 11:22
Bonjour dimanche à tous, bonjour Seun nmott et kaunklau,

Moi aussi, je trouve que c’est très courageux à cette époque-là de faire ça… et surtout très très dangereux.

Quant à moi, c’est l’inverse !

A l’école, je prenais rarement des notes. En fait, je faisais des signes et des bouts de mots sans phrases... A la maison, je reconstituais les cours avec des signes et des mots que j’ai notés. En les reconstituant, je revoyais et entendais exactement ce que disaient les profs.

Au travail, je continuais à faire la même chose lorsque j’anime des réunions et je dois faire des CR…

Mais avec l’âge, la mémoire commence à flancher… Il va falloir que je change de méthode !


Seun nmott - 26/05/2013 à 21:47
Chers amis, je suis bien conscient du danger.
Mais c’est plus fort que moi.
Quelques recettes de grande mère khmère se révèlent bien efficace. Connaissez-vous Phaeung Deurm khtim et Bampong teuk thaot.
Du temps des Essaraks ceux qui pillent les villages, les gens fuient leurs maisons pendant les pillages. Et n’y retournent que quand les pilleurs sont partis. Quelques nourritures ont laissés pour être pillées. Mais les plus précieux sont dans le phaeung khtim ou dans bampong teuk thnaot qui sont bien souvent en dehors de la maison.
Phaeung khtim est par terre sur le bas côté l’allé de l’entrée, Bampnog teuk thnaot pour poser les louches vers la cuisine.

J’ai utilisé cette méthode pour cacher mes doc perso dans "Phaeung daeum khtim" dehors exactement à l’entré de la cabane, et mes notes dans "Bampong teuk Tnaot" vers le coin dit cuisine. Ils n’ont jamais l’idée de fouiller daeum khtim, ni bampong teuk tnaot où il y avait une louche.

PS mes docs perso sont emballés dans des plastiques, placés dans un jarre (récupéré) du sucre de palme, retourné. Sur lequel j’ai placé une vase de khtim(ciboulette). Les KR passaient souvent à coté sans avoir l'idée d'y jeter un coup d’œil. Car ils ne pensent jamais que j'ai caché des choses hors de la cabane. Ils sont souvent venus bien souvent fouiller pendants mes absents. Avec le temps le jarre et la vase ont pris un sale aspect, qui les met loin du doute.

Je ne récupérais mes docs que lorsque j’ai quitté ce village.

kaunklau - 27/05/2013 à 10:25
Les 17 Avril , hommes/ femmes , de caractère .

Un jeune homme , avec son épouse , M. Séng , probablement lieutenant de l'armée de La République khmère .
Ils avaient l'idée de faire de sa chaumière , comme , une maison pleine de bonheur . En comparaison des moul than qui n'avaient jamais eu l'idée de réaliser .
L'endroit où j'étais , à Pursat , est très pauvre . On trouve que les " prich " ( espèces de petits bambous ) qui poussaient en pagaille .
M.Séng , avait l'idée très génial . Ils rangeait ces prich , avec des lianes pour faire une table . Des 2 côtés , il fabriquait 2 banquettes avec ces bambous . C'est très joli .
Le couple modèle , n'avait pas d'enfants . Sa femme , quelqu'un qui était très civilisée , nous avait dit lors de la réunion avant mon départ , qu'ils ne voulaient jamais des enfants dans ce misérable endroit .
Le couple avait l'idée génial , d'appliquer la règle de médecine , c-à-d , de dresser sur un papier , en cochant les croix , les périodes de l'ovulation ...Méthodes de Contraceptions idéales .
M.Séng , était un bosseur et savait adapter sa situation , "dak khlourn" , alors le kanak Sahakâr , lui confiait , un vélo de type chinois , pour faire " kâng trey " . Avec son vélo , il transportait des poissons de Tonlé sap , pour alimenter sa coopérative . Avant mon départ , lors de la saison de moisson , dont la période durant laquelle on recevait le riz (bay) à manger .
Une dernière mise au point avant mon départ , on se fixait le RDV , dans sa cabane . Autour de la table en " prich " , il déclarait définitivement qu'il ne pouvait partir avec nous , car son épouse était trop fragile . C'est une première fois que j'avais reçu un dessert " bâr bâr skâr " avec du riz gluant ( riz dam neub ). C'est que Séng profitait de son déplacement , avec son laisser-passer , en vélo de transport , avait échangé dans divers coopératives , de l'or , de sucre , de tabac .
Après notre dessert d'adieu avec leurs derniers souhaits envers moi , " bonnes chances " .

Seun nmott - 27/05/2013 à 11:44
Ce qu’on oublie souvent c’est que le peuple nouveau, ne sont pas que des fils des citadins. La grande majorité vient des campagnes khmères avec leurs savoirs faire. Ils ont surpris les cadres KR, comme le cas de M. Sèng de Kauklau, ou à mon village le peuple nouveau fabriquerait des nasses (pièges à poissons, des lops, des trous, des loan, piège à anguille) aussi bien que le vrai paysan de Khsaoy, et se débrouiller très bien avec les charrettes à bœuf…
Une anecdote perso.
J’appartiens à cette section dite d’intervention. Une section donc les membres ne sont des familles du peuple nouveau. Seul le chef est KR.
La section a pour mission d’apporter de l’aide aux travaux des champs, des chantiers de labourages ou de moissonnage. Une mission peut durer des mois. Pendant chaque mission, loin du village, chaque famille doit construire elle-même leur abri. Il y en a qui se groupe pour construire ensemble, d’autre en individuel. Moi, j’avais choisi en mode individuel. Primo, j’en ai marre de me faire rouler par les profiteurs, secondo, je suis de nature solitaire.

Alors au lieu d’aller couper des branches costaux pour faire les structures, puis couper les roseaux pour faire le toit et le mur, ma femme et moi, ont a coupé que des roseaux. Puis nous les ficelons par un bon nombre de tiges*, de cinq à dix selon les grosseurs des tiges. Ensuite nous les avons monté comme les tipis des indiens de Dakota, dont j’ai vu dans les bandes dessiné dans ma jeunesse. Nous n’avons pas besoin de structure car les tiges de roseaux sont déjà solide par elle même. Ça a fait marré certains, qui se moquent de nous, ne savant pas faire un cabane comme il faut. Seulement mon tipi se porte pas mal, et nous étions bien dedans. Nous couchons toujours par terre sur un morceau de plastique.

*on a groupé les tiges en libérant le plus de feuilles qui servent à nous couvrir et à nous protéger contre le soleil , le vent et de la pluie(rare à cette saison), une petite entrée donc un krama faisait office de volet... :sourire:


PS : le Mékang(le chef de section) est venu inspecté, mais est parti sans rien dire...

NeakReach - 27/05/2013 à 20:29
Seun nmott a écrit


Mais c’est plus fort que moi.

Je ne récupérais mes docs que lorsque j’ai quitté ce village.



Bonjour à tous, bonjour Seun nmott et kaunklau,

Au-delà de la "passion" de prendre des notes et des cachettes "intelligentes", je vois une autre explication possible : L’ESPOIR.

Partons du principe que l’on ne prend pas des notes et des risques inutilement, ces gestes illustraient parfaitement l’espoir, l’espoir qu’un jour, on pourrait raconter sur ce qu’on a vécu et que ce régime ne durerait pas très longtemps.

Ma mère avait toujours gardé cet espoir qu’un jour tout redeviendrait "normal" et on pourrait retrouver notre vie avant 17 avril 1975. Elle me disait souvent "quelles que soient les situations où tu te trouves, il faut que tu restes en vie ; un jour, nous retrouverons notre vie avant". Cette phrase m’a aidé à supporter l’insupportable et à m’en sortir…


Seun nmott - 28/05/2013 à 10:22
NeakReach a écrit

Seun nmott a écrit


Mais c’est plus fort que moi.

Je ne récupérais mes docs que lorsque j’ai quitté ce village.



Bonjour à tous, bonjour Seun nmott et kaunklau,

Au-delà de la "passion" de prendre des notes et des cachettes "intelligentes", je vois une autre explication possible : L’ESPOIR.

Partons du principe que l’on ne prend pas des notes et des risques inutilement, ces gestes illustraient parfaitement l’espoir, l’espoir qu’un jour, on pourrait raconter sur ce qu’on a vécu et que ce régime ne durerait pas très longtemps.

Ma mère avait toujours gardé cet espoir qu’un jour tout redeviendrait "normal" et on pourrait retrouver notre vie avant 17 avril 1975. Elle me disait souvent "quelles que soient les situations où tu te trouves, il faut que tu restes en vie ; un jour, nous retrouverons notre vie avant". Cette phrase m’a aidé à supporter l’insupportable et à m’en sortir…




Bonjour NeakReach
Je dirais oui et non.
A l’époque je n'ai jamais pensé qu'un jour j'écrirai ... Je n'ai jamais eu l'espor de vivre un jour ou de voir grandir mes enfants...
Mais pourquoi je notais..
1- on verra mes notes un jour
2- mes écritures seraient seul héritage du papa aux enfants.

Je suis un fou de collection,
-j'ai encore la lettre de mon meilleur ami(trois pages) écrite quelque temps avant avril 75, - le poème écrit à ma femme lors du début de notre rencontre.

Depuis que je suis en France j'ai dans mes collections les "faire part de mariage"(depuis plus de trente ans), une centaine de faire part classés par année..:sourire:

Je vous jure que les couples qui ce sont mariés depuis ne se rappellent même pas de quelle couleur est leur faire part...

Quant aux cachettes, euh, je ne fais qu'imiter ce que faisaient nos ainés...

NeakReach - 29/05/2013 à 19:42
Seun nmott a écrit


A l’époque je n'ai jamais pensé qu'un jour j'écrirai ... Je n'ai jamais eu l'espor de vivre un jour ou de voir grandir mes enfants...



Bonjour à tous, bonjour Seun nmott,

Merci de votre sincérité, et je me permets de faire des commentaires un peu durs sur votre phrase…

A cette époque-là, si l’on n’accrochait pas à quelques choses (à nos proches, à l’espoir, ou simplement à la vie…), on ne survivrait pas ! C’est malheureux à dire, malheureusement, c’est aussi une vérité absolue.

Si je devais interpréter vos propos, je dirais que s’il n’y avait pas le 7 janvier 1979, vous ne survivriez pas longtemps… nous non plus d’ailleurs !


Seun nmott - 29/05/2013 à 20:37
NeakReach a écrit

Seun nmott a écrit


A l’époque je n'ai jamais pensé qu'un jour j'écrirai ... Je n'ai jamais eu l'espor de vivre un jour ou de voir grandir mes enfants...



Bonjour à tous, bonjour Seun nmott,

Merci de votre sincérité, et je me permets de faire des commentaires un peu durs sur votre phrase…

A cette époque-là, si l’on n’accrochait pas à quelques choses (à nos proches, à l’espoir, ou simplement à la vie…), on ne survivrait pas ! C’est malheureux à dire, malheureusement, c’est aussi une vérité absolue.

Si je devais interpréter vos propos, je dirais que s’il n’y avait pas le 7 janvier 1979, vous ne survivriez pas longtemps… nous non plus d’ailleurs !



Un évènement comme un 7 janvier peut venir un jour ou l'autre, car les Piryoip écoutaient en cachette les émissions en khmer venues du japon. Ceux qui écoutent ces émissions sont surtout ceux des chantiers de pêches à Roneam(mangrove, tonlé sap),
Les derniers mois de 77, les piryoip se disent: nous ne sommes que des nuls, eux(les nirdei) pi-bei meun(20-30 mil) sont les bons.
Début 78 les Nirdeis remplacent les cadres piryoip jusqu'au niveau des phoums.

Comme je suis dans sa liste, je suis certain qu'il vient un soir m'emmener ailleurs.
Les tensions montent entre piryoip-Nirdei, et accentuent le processus, octobre-novemble78, les piryoip sont presque absents dans les villages. Les Nirdeis évacuent village par village, on ne sait pas où sont emmenés la population de ces villages.
KHSAOY est le dernier village avant la mangrove, les cades piryops y sont encore présents, mais ils sont plus à roneam qu'au phoum.

Lorsque vers, je pense quelques jours avant la fin 78, les Nirdeis pourchassent les piryoips, qui n'hésitent pas de s'en fuir vers tonlé Sap, puis prendre le large pour finir à Kampong Thom.
Le village de KHSAOY s'est maitre de soi même, deux jours après, sans personne le surveille...

J'étais déjà libre à ce moment là.

Le 7 janvier vient après...



J'ai écris une lettre d'adieu à ma femme.
Cette lettre a causé une fuite des trois anciens fonctionnaires ...
Je raconte cette anecdote le moment venu.

kaunklau - 30/05/2013 à 10:17
En 1978 , je n'étais plus au Cambodge . J'étais arrivé , en Thailande , vers Mars 1977 .
Selon ma famille à Kompong Cham et le reste des traces des emplacements , qu'on peut voit actuellement ( watt Bor vas ) , en bas de Watt Phnom Pros , les Nirdey ont utilisé vihear de Watt Phnom Pros pour massacrer leurs adversaires , les Bopear ( Est ).
Plusieurs charnières sont sous formes des puits , mais personne n'ose occuper , ce bout de terrain . Donc , il doit y avoir raison ? Je regrette de na pas le filmer , quand j'étais passé par là en 2002 .
Les khmers sont très croyants et ont peur de tous ce qui sont ossements humains ...

Je me demande ,d'ailleurs , pourquoi l'autorité cambodgienne laissait ces traces sans aucune pancarte . Mais , on dirait , c'est normal , ce lieu de charnière , se trouve dans l'enceinte de pagode femme " watt yeay chi , Bor vas " .

Ce que S.nM , avait écrit les évènement à KSAOY dans son Dambân 4 , semblaient identiques à Watt Phnom Pros en fin 1977 ou au début 1978 .
Watt Phnom Pros se trouvait à 1 KM de la Route Nationale 7 . Ils ont utilisé ce Vihear , pour , faire le lieu de massacre . Ce lieu semble idéal pour eux . Il est , à l'abri des regards et les hurlements ne sont pas gênants . Combien de compagnons d'armes des Nirdey , ces kanak et yothear de Bopear , qui ont laissé leur peau à cet endroit . On parlait des camions et des camions .
Les gens disaient : le bourreau coupait la tête de ses prisonniers avec un sabre. De temps en temps , il aiguillait son outil avec la sculpture d'un lion . Ce dernier était complètement usé . Donc ce n'était pas quelques uns , le nombre des victimes .
Mais , ce sont des massacres entre voyous .

Quand , j'étais au Lycée Preah Sihanouk , à Kg Cham , en 1967 , j'avais connu , quelques jeunes de mon âge , qui soutenaient les Khmers rouges à l'époque . Ce sont des élèves endoctrinés durs et son idole est Mao . Ils utilisaient l'usine de textile aidé par La Chine , pour son lieu de propagande , contre Sihanouk . Ils avaient même organisé les manifestations à Kompong Cham-ville , contre le roi . Or un jeune ,tête meneur , il possédait son pseudo à l'époque " Pèth " .
Il était promu , un Kanak , de haut grade chez les Khmers rouges de l'Est . Mon frère , qui était son ancien camarade du Lycée Technique de Kg Cham , l'avait rencontré après le 17 Avril 1975 . Il se promenait avec des gardes de corps et possédait un Pistolet sur sa ceinture . Or ce fou de " Communiste" ,anti-sihanoukiste , que je l'avais connu également à Watt NOKOR , était également massacré par les Nirdey . Il disparaissait .

D'ailleurs , je me demande , Hun Sen , le PM actuel , n'était pas également , sur la liste des morts à Watt Phnom Pros ? .
Mais , comme lui , c'était un rusé ( ses paroles actuelles réflétaient bien sa personnalité ) était partis sauvé sa peau au Vietnam à quelques km de là .

On voyait bien , les Nirdey envahissaient et avalaient également les Bopear et non seulement que les Pear yorb .

Je doute fortement , selon moi , les victimes dont les photos qui sont affichées dans les S.21 de P.Penh , ne sont que les familles et les autres factions khmers rouges ," non Nirdey " . A la recherche de mon frère , je fouillais ces photos ,et lisais les commentaires , je ne connaissais personne .



Seun nmott - 30/05/2013 à 12:24
kaunklau a écrit

En 1978 , je n'étais plus au Cambodge . J'étais arrivé , en Thailande , vers Mars 1977 .
Selon ma famille à Kompong Cham et le reste des traces des emplacements , qu'on peut voit actuellement ( watt Bor vas ) , en bas de Watt Phnom Pros , les Nirdey ont utilisé vihear de Watt Phnom Pros pour massacrer leurs adversaires , les Bopear ( Est ).
...

D'ailleurs , je me demande , Hun Sen , le PM actuel , n'était pas également , sur la liste des morts à Watt Phnom Pros ? .
Mais , comme lui , c'était un rusé ( ses paroles actuelles réflétaient bien sa personnalité ) était partis sauvé sa peau au Vietnam à quelques km de là .

...



Bonjour Kaunklau

Khieuv Samphan vient pointer du doigt sur le PM était plus coupable que moi]
"le Premier ministre, qui était un commandant de la zone orientale sous les Khmers rouges avant de s'enfuir au Vietnam."

Qui est qui?:-P

Au 17 avril 1975, à Phnom Penh, tous les fronts que ce soit Bopear, Nirdei, pear yoip,.. sont tout présent, les exécutions des ennemies de l'Angkar dans chaque région sont partout dans le Cambodge.

Qui n'ont pas les mains tâchées de sang des innocents?







Edité le 30/05/2013 @ 12:24 par Seun nmott

kaunklau - 30/05/2013 à 13:57
Seun nmott a écrit

kaunklau a écrit

En 1978 , je n'étais plus au Cambodge . J'étais arrivé , en Thailande , vers Mars 1977 .
Selon ma famille à Kompong Cham et le reste des traces des emplacements , qu'on peut voit actuellement ( watt Bor vas ) , en bas de Watt Phnom Pros , les Nirdey ont utilisé vihear de Watt Phnom Pros pour massacrer leurs adversaires , les Bopear ( Est ).
...

D'ailleurs , je me demande , Hun Sen , le PM actuel , n'était pas également , sur la liste des morts à Watt Phnom Pros ? .
Mais , comme lui , c'était un rusé ( ses paroles actuelles réflétaient bien sa personnalité ) était partis sauvé sa peau au Vietnam à quelques km de là .

...



Bonjour Kaunklau

Khieuv Samphan vient pointer du doigt sur le PM était plus coupable que moi]
"le Premier ministre, qui était un commandant de la zone orientale sous les Khmers rouges avant de s'enfuir au Vietnam."

Qui est qui?:-P

Au 17 avril 1975, à Phnom Penh, tous les fronts que ce soit Bopear, Nirdei, pear yoip,.. sont tout présent, les exécutions des ennemies de l'Angkar dans chaque région sont partout dans le Cambodge.

Qui n'ont pas les mains tâchées de sang des innocents?








Hun Sen , n'était qu'un petit chef , à Bopear . Il n'était pas membre décideur de l'Angkar , il y avait encore beaucoup d'étages avant d'arriver en haut de l'escalier . D'après , ce qui était dit ,c'est qu'il était plus rusé que les autres . Il y avait 4 ou 5 vieux , encore , qui étaient son chef . Il savait choisir le moment opportun pour prendre le pouvoir et c'était grâce aux vietnamiens , il faut accepter de dire , qu'il est au pouvoir .

Mais bon , le massacre des Bopear à Phnom Pros , par les Nirdey , je suis presque sûr , qu'il était dans la liste . Comme notre camarade "Pèth " , le plus dévoué des communistes , ou encore ,les classiques des KR , Pèn Sovann, HOU nim ou Hou yorn , étaient également tous massacrés .

Mais bon , ce n'est que l'histoire des idiots communistes khmers , qui se bouffaient entr-eux , pour avoir le pouvoir .

Edité le 30/05/2013 @ 13:58 par kaunklau

NeakReach - 01/06/2013 à 17:11
kaunklau a écrit


Mais bon , ce n'est que l'histoire des idiots communistes khmers , qui se bouffaient entr-eux , pour avoir le pouvoir .



Bonjour à tous, bonjour kaunklau et Seun nmott,

Généralement, ce sont ceux qui font tourner la roue, qui exposent les premiers lorsque le rythme de celle-ci s’accélère… C’était ce qui s’était passé.
Cette phrase n’est pas de moi, mais d’un khmer d’un certain âge qui me disait à l’époque KR lorsqu’il voyait la tournure des évènements.


Seun nmott - 09/07/2013 à 14:59
9 Juillet 1975

Jour pour jour oblige, je vous remercie de votre patience.

Sur mon journal, à la page mercredi 9 juillet 1975, j’ai noté : on a quitté krâbao chrom pour Khsaoy. On a resté deux mois et trois jours sur la terre des diables. Quel horreur.
Deux mois et demi d'angoisse et de peur, de travail pour rien. Ce travail de défrichage c'est uniquement dans le but de ne pas nous lasser tranquille.


Les jours passent, les morts se multiplient, toujours sans motif apparents. Les chefs s’alarment. Ils patrouillent la nuit. Nous avons peur d’eux plus que les diables. Des fois ils tirent en pleine nuit, ils vident bien leurs bandes. Là ça réveille les gens en pleine nuit, nous sommes terrifiés. Le lendemain personne ne poser aucune question. On va au travail tête baissée, la tristesse, la peur se lisent sur chaque visage.
Éloigner de la bute, c’est interdit par les Khmers Rouges, rester sur la bute on est proie à une chose étrange. On est bel et bien dans une impasse. Chaque matin on scrute les morts, et oui il y a au mois un par jour. Les vives commencent à manquer, mais on ne meurt pas si vite. Ce qui fait le plus peur c’est de voir une personne bien portante meurt aujourd’hui que la vielle on bossait ensemble.

Pour nous, il y a ma poule qui continue à nous donner un œuf* par jour. On a tenu le coup, pitoyablement mais encore vivant.

Lorsqu’un matin, nous avons reçu l’ordre de décamper.
C’est un grand soulagement. Tout le monde se hâte de démonter leur stand, leur huttes. hâte de quitter cet endroit maudit avant la nuit. Krâbao Chrom est déserté dans l’après midi même. Les Khmers Rouges nous ont emmené vers un ancien village qui se trouve à un kilomètre plus à l’est de la bute. C’est Khsaoy.

Dès que les gens ont appris que Khsaoy est un ancien village et on peut y vivre, une nouvelle espoir est née.

Nous ne sommes pas les premiers à vider les lieux, car avec trois enfants de bas âge il est impossible de faire vite, en plus dans ces conditions il n'est pas question. Lorsque nous sommes arrivés à Khsaoy un peu avant la fin de la journée, le temps de poser les ballots, et reposer les enfants, il fait presque nuit.
J'avais vu que mes voisins ont des maniocs à manger. Ça m'a flippé. A ma question ils m'ont montré où il y en avait.
Je me suis précipité vers cet endroit. Au mon dieu, je suis passé par là, j'ai vu ce champ de manioc, j'ai cru que les anciens KR font une culture de kapokier.
Oui comme beaucoup de citadins, on ne reconnait pas les tiges du manioc.
J'ai pu en fin ramasser une vingtaine de tubercules, que des petits qui ne font pas plus grand qu'un pouce, car les gros ont été tout pris en un rien de temps.

C'est mieux que rien, ça a même régalé toute ma famille. On a passé notre première nuit à Khsaoy.




* c'est ma poule et ses trois petits qui sont toujours avec nous. Elle donne toujours un œuf par jour, sauf deux fois de quelques jours qu'elle ne donne pas. Elle fait deux fois 25 œufs au lieu de 21 naturellement. C'est peut être par ce que à j'enlève tous ses œufs et n'en laisse qu'un dans le nid. Alors elle continue à pondre?

kaunklau - 11/07/2013 à 09:55
Mon cher ami S.nM , ta famille survivait grâce à une poule , qui donnait tous les jours de l'oeuf . En plus dans le nouveau village , KHSAOY , les anciens laissaient les maniocs ( Dam laung kor) à combler les manques de farine ou de sucre .
Chez-moi , il n'y avait que des " Prich " (roseaux) , quasi-déserte , il n'y a rien qui poussaient , trop pauvre cette endroit .
Au début , on se contentait des " fruits de palmier mûrs " (thnot tum ), mais dans ce coin perdu , notre coopérative définitive , il n'y avait rien .
On dirait que nous étions des animaux renfermés dans une cage sans nourriture .
La honte que nous subissions , était terrible . Chacun fabriquait des " gamelles " , avec des tôles de gouttières , à la place des bols en porcelaine , pour les remplir de l'eau de riz (bâr bâr ).
Lors de l'heure de repas , on se met à plusieurs autour du cuisinier et présentaient nos gamelles . Ce Kâng sétha kech mettait d'abord de l'eau de riz (teuk bâr bâr ) , dans chaque gamelle avec une louche , puis le tour de soupe de riz (bâr bâr) . Les yeux des gens suivaient les louches lors de partage , on dirait qu'on était dans le film américain dans une prison .
Ces humiliations , je ne suis pas prêt à les oublier . Quelles bandes de chiens féroces .

Seun nmott - 11/07/2013 à 09:59
Je n'ai pas pu poster hier, à cause de la préparation d'AG


10 juillet 1975

La nuit n’a pas été bien longue. Il y a en a qui dormaient à la belle étoile, ma famille aussi, puisqu’on n’a pas assez de temps de monter un nouvel abri.
Au petit matin, on s’active pour remonter ce qu’on a démonté hier. Chaque groupe reste ensemble. Les stands se sont montés un peu partout sur les places qui sont encore disponibles, seulement le nouveau maitre du lieu a mis un peu d’ordre. Certains groupe est obligé de démonter ce qu’il avait montait, d’autre reste en attente. Nous avons la chance notre nouvel abri, toujours pour dix famille est presque terminé pour le toit. Il nous reste les mur de séparations et les planchers.

Il y avait des anciennes maisons, abandonnées par leurs propriétaires pendant la guerre, sont depuis peu réquisitionnées pour abriter les cadres KR et quelques privilèges. On croisait les nouveaux groupes de soldats KR, et d’autres personnes qu’on ne les avait pas vu à Krâbao Chrom.

Avec deux membres de notre groupe, on a fait un petit tour de ce nouveau village pour trouver des bois, planches ou tout ce qui peut nous être utile pour nos abris. Mais on se fait vite rappeler à l’ordre, et nous sommes retournés bredouille.

Avant la nuit nous sommes convoqués à une réunion. Les consignes sont les mêmes. Pas de liberté d’aller et venir sans autorisation, et ne pas toucher à n’importe quoi. De nouvel on a froid au dos. Ce qui est un peu réconfortant c’est que ce matin, on n’a pas entendu de mort, c’est comme par enchantement.
J’avais ramassé deux noix de coco mur et a pu retourner ramasser les derniers tubercules de maniocs qui nous a servie de repas en famille.
Cette nuit, nous allons dormir sous un nouveau toit, mes pauvres enfants étaient très gentilles, ils ont du comprendre la situation.

Seun nmott - 11/07/2013 à 10:08
kaunklau a écrit

[img=http://www.heberger-image.fr/data/vignettes/36488_tombe_pol_pot.jpg]

En plus il y a des nuls qui prient pour lui le responsable de nos misères .

Cela ne me gêne pas. Ils ont droit de se recueillir.

Ce que je regrette c'est qu'il ne nous ait pas dit Pourquoi?

Pourquoi il(Pol Pot)nous tue? A un moment donné tout le peuple ancien ou nouveau ce sont sacrifiés pour reconstruire le pays , faire ce que l'Angkar demande. On bosse encore et encore pour avoir qu'un ventre plein. Non on ne l'avait pas.

Dans sa note ma femme a écrit "ma chère fille, pourquoi tu es partie si tôt, on va avoir de quoi mettre sous la dent bientôt...." No Comment!!!!!!

........

Seun nmott - 11/07/2013 à 11:46
11 juillet 1975

Le village est de nouveau animé, les chefs de groupe sont plus souvent à la réunion. Des groupes de service se forment pour des missions précises, On voit arriver les aides alimentaires. Il est temps puisque la famine frappe très durement les déportés. C’est un faux espoir, car chaque famille ne reçoit qu’une petite quantité de riz et des provisions, c’est juste pour ne pas mourir demain.

Longtemps déserté Khsaoy n’a pas grande chose pour les nouveaux habitants. Le champ de manioc est dévasté en deux minutes. Les autres fruits du village sont interdits de toucher.

Les KR et le peuple ancien occupent la meilleure place. Ce sont des anciennes maisons de Khsaoy. Certaines familles du peuple ancien prétendaient réoccuper de droit celles qui appartenaient à leurs proches.
La pagode du village vient d’être démontée aux profits de nouveaux sièges, les maisons des moines sont démontées pour refaire des maisons du chef, à quelques mètres de l’ancienne.
On construit un entrepôt du village, dans lequel habite une autre famille du chef.
Pour gagner la sympathie des nouveaux maitres, le peuple nouveau se porte volontaire à tout.
On ne voit plus Puk Nieunm, le maitre de Krâbao chrom. Le peuple nouveau ne connait pas encore leurs nouveaux maitres, sauf les chefs de groupe de famille.

Notre groupe a terminé notre cabane, selon les ordres d’Angkar.
Voici un aperçu de cette cabane.
5B1SxYd.jpg
Une rangée est pour dix familles, il y en a dix entrées, ce n'est pas six comme sur la photo, je ne suis pas doué pour faire dix.C'est juste pour avoir une idée.

J’ai entendu qu’on dit qu’on est sur le côté sud d’est du village et les nouveaux cabanes sont construits que sur bordure de l’ancien village. Car l’intérieur est réservé aux élites. Il y avait à peu près une douzaine de cabanes. Et que Khsaoy est composé de trois concentrations, la première qui est la notre est appelé Khsaoy, la seconde Sam team et la troisième j’ai oublié.

De puis deux jours on a vu deux groupes de gens habillés en noirs, circulant en bicyclette. Ils sont trois par groupe, ils ont passé devant notre cabane en direction de la route nationale, les on dit. Ce sont des groupes du futur hôpital de Khsaoy. Je ne sais où et comment, puisqu’on n’a pas le droit de se promener.

Voici Khsaoy, approximativement.
rGyZB5n.jpg

kaunklau - 11/07/2013 à 11:52
Seun nmott a écrit

kaunklau a écrit

[img=http://www.heberger-image.fr/data/vignettes/36488_tombe_pol_pot.jpg]

En plus il y a des nuls qui prient pour lui le responsable de nos misères .

Cela ne me gêne pas. Ils ont droit de se recueillir.

Ce que je regrette c'est qu'il ne nous ait pas dit Pourquoi?

Pourquoi il(Pol Pot)nous tue? A un moment donné tout le peuple ancien ou nouveau ce sont sacrifiés pour reconstruire le pays , faire ce que l'Angkar demande. On bosse encore et encore pour avoir qu'un ventre plein. Non on ne l'avait pas.

Dans sa note ma femme a écrit "ma chère fille, pourquoi tu es partie si tôt, on va avoir de quoi mettre sous la dent bientôt...." No Comment!!!!!!

........

mes excuses , je n'arrive pas à héberger l'image de la tombe de ce malade , c'est pour cette raison que j'ai supprimée mon commentaire .

Edité le 11/07/2013 @ 12:33 par kaunklau

Seun nmott - 11/07/2013 à 12:22
kaunklau a écrit

Seun nmott a écrit

kaunklau a écrit

[img=http://www.heberger-image.fr/data/vignettes/36488_tombe_pol_pot.jpg]

En plus il y a des nuls qui prient pour lui le responsable de nos misères .

Cela ne me gêne pas. Ils ont droit de se recueillir.

Ce que je regrette c'est qu'il ne nous ait pas dit Pourquoi?

Pourquoi il(Pol Pot)nous tue? A un moment donné tout le peuple ancien ou nouveau ce sont sacrifiés pour reconstruire le pays , faire ce que l'Angkar demande. On bosse encore et encore pour avoir qu'un ventre plein. Non on ne l'avait pas.

Dans sa note ma femme a écrit "ma chère fille, pourquoi tu es partie si tôt, on va avoir de quoi mettre sous la dent bientôt...." No Comment!!!!!!

........

mes excuses , le n'arrive pas à héberger l'image de la tombe de ce malade , c'est pour cette raison que j'ai supprimée mon commentaire .


Ce n'est pas grave Kaunklau.

Aekreach - 11/07/2013 à 13:00
Le 28 mai dernier, sur l'invitation d'un ami, professeur d'histoire, je me suis rendu dans un lycée en Vendée pour livrer mon témoignage sur l'époque khmère rouge devant des élèves de seconde.

Un article est parue dans Ouest-France :

Les élèves de seconde ont retranscrit, avec leurs professeurs, leur rencontre avec un rescapé du régime des Khmers rouges.
Des élèves du lycée ont recueilli le témoignage d'un franco-cambodgien qui a connu la dictature des Khmers rouges.

L'initiative
Au lycée Truffaut, les élèves de Seconde de l'enseignement d'exploration « littérature et société », travaillent, depuis le début de l'année, sur le thème « Regards sur l'autre et l'ailleurs ». Et plus particulièrement sur le Laos, le Cambodge et le Vietnam. Le 28 mai, ils ont reçu la visite d'Aekreach, témoin de l'époque des Khmers rouges au Cambodge.
Aekreach, la cinquantaine aujourd'hui, a vécu ou plutôt survécu sous le régime des Khmers rouges. Il confie, avec peine, que ces quatre ans lui ont paru « plus de vingt ans ». De mère française et de père cambodgien, il s'installe en Asie à l'âge de 7 ans avec son père. Adolescent lorsque les Khmers rouges prennent le pouvoir, il est envoyé dans les champs pour travailler de force. Aucun loisir, peu de nourriture, de multiples maladies. Voilà le quotidien d'Aekreach.
Et attention à ne surtout pas faire partie de l'élite du pays. « J'étais forcé à passer des tests, comme lire des boîtes de médicaments. Je mentais, ça a marché. » Le père d'Aekreach n'a pas la même chance. Il est envoyé en prison, et sera tué quelque temps plus tard.

Il refuse d'y retourner
« Les Khmers rouges sont venus me demander un jour, si je voulais me recueillir sur sa tombe. J'ai refusé, il ne fallait montrer aucun attachement envers sa famille. Sous peine de mort. »
Libéré à l'âge de 16 ans, à la chute du régime, Aekreach a depuis refait sa vie en France. Et n'est jamais retourné au Cambodge. Son témoignage auprès des élèves du lycée Truffaut restera comme un grand moment d'émotion partagée. « Je vous raconte mon histoire pour que personne n'oublie. » Les adolescents ne semblent, en effet, pas prêts d'oublier cette rencontre.




kaunklau - 11/07/2013 à 15:03
Aekreach a écrit

Le 28 mai dernier, sur l'invitation d'un ami, professeur d'histoire, je me suis rendu dans un lycée en Vendée pour livrer mon témoignage sur l'époque khmère rouge devant des élèves de seconde.

Un article est parue dans Ouest-France :

Les élèves de seconde ont retranscrit, avec leurs professeurs, leur rencontre avec un rescapé du régime des Khmers rouges.
Des élèves du lycée ont recueilli le témoignage d'un franco-cambodgien qui a connu la dictature des Khmers rouges.

L'initiative
Au lycée Truffaut, les élèves de Seconde de l'enseignement d'exploration « littérature et société », travaillent, depuis le début de l'année, sur le thème « Regards sur l'autre et l'ailleurs ». Et plus particulièrement sur le Laos, le Cambodge et le Vietnam. Le 28 mai, ils ont reçu la visite d'Aekreach, témoin de l'époque des Khmers rouges au Cambodge.
Aekreach, la cinquantaine aujourd'hui, a vécu ou plutôt survécu sous le régime des Khmers rouges. Il confie, avec peine, que ces quatre ans lui ont paru « plus de vingt ans ». De mère française et de père cambodgien, il s'installe en Asie à l'âge de 7 ans avec son père. Adolescent lorsque les Khmers rouges prennent le pouvoir, il est envoyé dans les champs pour travailler de force. Aucun loisir, peu de nourriture, de multiples maladies. Voilà le quotidien d'Aekreach.
Et attention à ne surtout pas faire partie de l'élite du pays. « J'étais forcé à passer des tests, comme lire des boîtes de médicaments. Je mentais, ça a marché. » Le père d'Aekreach n'a pas la même chance. Il est envoyé en prison, et sera tué quelque temps plus tard.

Il refuse d'y retourner
« Les Khmers rouges sont venus me demander un jour, si je voulais me recueillir sur sa tombe. J'ai refusé, il ne fallait montrer aucun attachement envers sa famille. Sous peine de mort. »
Libéré à l'âge de 16 ans, à la chute du régime, Aekreach a depuis refait sa vie en France. Et n'est jamais retourné au Cambodge. Son témoignage auprès des élèves du lycée Truffaut restera comme un grand moment d'émotion partagée. « Je vous raconte mon histoire pour que personne n'oublie. » Les adolescents ne semblent, en effet, pas prêts d'oublier cette rencontre.





Vous deviez passer une vie affreuse comme nous , lors de cet époque 1975-1978.
Kâng KOMA ? Comme N.Reach ?
Le khmers rouges vous avaient demandé ce là , normalement , vous êtes sur la liste ...

Seun nmott - 11/07/2013 à 16:20
Aekreach a écrit



« Les Khmers rouges sont venus me demander un jour, si je voulais me recueillir sur sa tombe. J'ai refusé, il ne fallait montrer aucun attachement envers sa famille. Sous peine de mort. »




Moi non plus.
Que leurs proches se recueillent cela ne me gène pas...
Mais c'est non, même pas envie de voir la tombe. Ni S21, la photo de mon petit frère, prise quelque temps avant sa mort, y est trouvée et est vite libérée de cet enfer. Elle est chez nous et au chaud.
Ni anlong vèng ou Kamping puoy et autre...


Sereypheap - 11/07/2013 à 19:14
Seun nmott a écrit


...
Voici un aperçu de cette cabane.
5B1SxYd.jpg
Une rangée est pour dix familles, il y en a dix entrées, ce n'est pas six comme sur la photo, je ne suis pas doué pour faire dix.C'est juste pour avoir une idée.
...



Pou Seun nmott, vous dessinez bien les cabanes !:bon: C'était dans exactement ce genre de cabanes, en effet, que je me souviens d'avoir vécu pendant un bref de temps avec ma famille avant d'être expédié dans le groupe des enfants du village.

Sereypheap - 11/07/2013 à 19:22
L'histoire que je vais raconter n'a pas pour but de déresponsabiliser les Khmers rouges, mais c'était une histoire vraie.

Comme tout le monde savait, les Khmers rouges étaient à l'affût des intellectuels dans le but de les éliminer.

Alors quand mes deux frères ont été sélectionnés dans le but de former les autres. Mes deux frères avaient respectivement "Bac double" et "Bac 1". Ils ont répondu à l'appel d'un groupe des Khmers rouges fraîchement arrivés. Ils étaient bien nourris et reconnus comme "sauveurs" de la révolution. Je parle ici de mes deux frères évidemment.

Ne me demandez pas de quel groupe ces Khmers rouges faisaient partie, on ne pouvait pas savoir à l'époque...

Edité le 11/07/2013 @ 19:24 par Sereypheap

NeakReach - 11/07/2013 à 19:35
Sereypheap a écrit

Seun nmott a écrit


...
Voici un aperçu de cette cabane.
5B1SxYd.jpg
Une rangée est pour dix familles, il y en a dix entrées, ce n'est pas six comme sur la photo, je ne suis pas doué pour faire dix.C'est juste pour avoir une idée.
...



Pou Seun nmott, vous dessinez bien les cabanes !:bon: C'était dans exactement ce genre de cabanes, en effet, que je me souviens d'avoir vécu pendant un bref de temps avec ma famille avant d'être expédié dans le groupe des enfants du village.



Bonsoir à tous, bonsoir Seun nmott, kaunklau, Aekreach et Sereypheap,

Moi aussi, j'ai connu ce type de cabanes... mais c'était aux camps de réfugiés !
Période KR, non !

NeakReach - 11/07/2013 à 19:40
Sereypheap a écrit


…Ils étaient bien nourris et reconnus comme "sauveurs" de la révolution.



La première partie de ma vie chez les KR, moi aussi, j’étais bien nourri et chéri par le peuple ancien. J’étais même destiné à devenir l’élite du KD…


NeakReach - 11/07/2013 à 19:59
La vie sans nos parents

La vie collective n’était pas encore mise en place. Après le départ de nos parents, mon frère et moi, nous logions dans une petite maison d’un homme célibataire de trentaine d’années. Nous ne le voyions pas beaucoup et il rentrait tard le soir et probablement ivre. Le début fut très dur. Après une rude journée de travail et le repas collectif du soir, tous les enfants sont rentrés chez leurs parents, sauf nous. A chaque soir, c’était un moment terrible. Et la nuit, habituellement, c’était notre mère qui nous enlever les épines dans nos pieds, et là, personne. Nous essayions de faire ça nous même tant bien que mal. Même entre mon frère et moi, nous ne nous parlions plus. Nous souffrions en silence chacun de son côté.

Petit à petit, la vie reprenait son cours. Après le travail de coupe de bois, c’était le tour de cueillette de maïs. Mais nos parents nous manquaient énormément et surtout nous n’avions pas de nouvelles d’eux. Nous ne savions pas où ils étaient, ni comment ils allaient. Un jour, le chef des groupes de koma nous annonça que dans quelques jours, nous aurions pour mission d’aller ramasser les patates douces vers la route nationale 5. On murmurait que ce n’était pas très loin où se trouvaient nos parents. Nous reprenions de l’espoir en nous que dans quelques jours, nous aurions la possibilité de revoir nos parents et nous attendions ce jour avec impatience.

Le jour J arriva et le trajet d’environ 4 heures, qui nous attendait, se faisait en 3 étapes : à pied, le bateau et à pied. Nous sommes partis très tôt environ 5 heures pour arriver vers 9 heures. A l’arrivée, nous commençâmes aussitôt à travailler. Le travail consistait à ramasser les patates douces au bord de la route nationale 5. Je tentais de regarder autour de nous pour essayer d’apercevoir les maisons où se trouvaient nos parents. Rien ! Je ne voyais rien autour. Mon frère approcha vers moi et m’indiqua où nos parents se trouvaient. Il m’a dit ensuite de ne pas m’inquiéter car il a déjà demandé la permission de rendre visite à nos parents après le déjeuner jusqu’à la reprise du travail.

Comme prévu, après le déjeuner, nous rendions visite à nos parents. L’endroit où ils habitaient n’était ni maison, ni cabane. C’était un campement collectif. Chaque famille avait un petit coin et tout le monde dormait sur les nattes au sol par terre. A notre arrivée, le campement était quasiment vide. Il n’en restait que des personnes âgées et des enfants de bas âge dont nos 3 grands-parents et ma plus petite sœur. J’étais fou de rage. Je pensais pouvoir voir au moins ma mère et là tout le monde était au camp de travail. Nos grands-parents nous disaient que nos parents ne revenaient de leur travail que le soir très tard, et il faudrait que, si possible, nous revenions le soir. Ce n’était pas possible, nous devions repartir vers 16H00. La mort dans l’âme, j’embrassais ma petite sœur et grand-mère et retournais travailler…

Au retour à notre village, le chef annonça que nous devions y retourner encore une fois dans une semaine car le travail n’était pas complément terminé. Quoi qu’il en soit, je n’avais plus envie d’y retourner. La journée était quand même rude (8 heures allée/retour + 6 heures de travail) pour un gamin de 10 ans !




Edité le 11/07/2013 @ 20:57 par NeakReach

robin des bois - 11/07/2013 à 20:03
Seun nmott a écrit


Moi non plus.
Que leurs proches se recueillent cela ne me gène pas...
Mais c'est non, même pas envie de voir la tombe. Ni S21, la photo de mon petit frère, prise quelque temps avant sa mort, y est trouvée et est vite libérée de cet enfer. Elle est chez nous et au chaud.
Ni anlong vèng ou Kamping puoy et autre...




Je crois vous comprends :

S-21, c'est "moche et terrible" lorsque l'on est soi-disant un Etre pensant ; et ça fout le bourdon sur la soi-disant grandeur de l'espèce humaine.

Selon moi, ce qui est "envoutant" dans un tout autre domaine ( et reste épouvantable aussi), ce sont les photos : j'ai été "fasciné " par certaines, j'ai essayé de "faire de la transmission de pensée" pour tenter de saisir et comprendre leur regard face à cet objectif au moment où a été prise la photo d'identité ..

Mais quand une mère y figure avec un bébé dans les bras.... cela dépasse l'entendement


Sereypheap - 11/07/2013 à 20:06
NeakReach a écrit

Sereypheap a écrit


…Ils étaient bien nourris et reconnus comme "sauveurs" de la révolution.



La première partie de ma vie chez les KR, moi aussi, j’étais bien nourri et chéri par le peuple ancien. J’étais même destiné à devenir l’élite du KD…




Cela explique donc bien qu'il existe parmi les Khmers rouges ceux qui ont voulu construire le Cambodge d'après le régime de Lon Nol, le Cambodge de l'avenir. Mais je pense que ces groupes ont été ensuite purgé par d'autres...

NeakReach - 11/07/2013 à 20:41
Sereypheap a écrit

NeakReach a écrit

Sereypheap a écrit


…Ils étaient bien nourris et reconnus comme "sauveurs" de la révolution.



La première partie de ma vie chez les KR, moi aussi, j’étais bien nourri et chéri par le peuple ancien. J’étais même destiné à devenir l’élite du KD…




Cela explique donc bien qu'il existe parmi les Khmers rouges ceux qui ont voulu construire le Cambodge d'après le régime de Lon Nol, le Cambodge de l'avenir. Mais je pense que ces groupes ont été ensuite purgé par d'autres...


Parce que nous avions une équipe de fous qui dirigeaient le pays... ils tuaient tout ce qui bougeait.
Regardons ce qu'il se passe au TPI...



Edité le 11/07/2013 @ 21:53 par NeakReach

NeakReach - 14/07/2013 à 16:19
La fugue

Mon frère, l’habitude silencieux, me parlait sans cesse de la prochaine journée de ramassage de patates douces. Quant à moi, cette journée ne m’intéressait plus. A quoi bon, si nous ne pouvions même pas voir nos parents.

Deux jours avant cette journée, mon frère me dévoila son plan de fugue. Son plan était qu’au moment de repartir, il fallait trouver un prétexte pour aller faire nos besoins dans la forêt et nous cacher jusque tout le monde soit parti et ensuite il nous suffisait d’aller chez nos parents. Il avait constaté qu’au moment de partir, les chefs de groupes ne vérifiaient pas le nombre des koma manquant. Pour ne pas attirer l’attention des chefs, après le déjeuner, nous devions rester avec les autres.

Au début, je n’étais pas d’accord avec son plan, pour une simple raison que nous n’avions pas le droit. Alors, pour me convaincre, il me disait : "tu n’as pas l’intention de rester tout seul toute ta vie ici ?". A la nuit tombée, je réfléchissais, ne trouvais aucune faille et me disais que son plan pourrait marcher. Je faisais part à mon frère que j’étais d’accord à 100%. Et nous nous retrouvions le sourire et l’espoir.

La veille de départ, le chef nous convoqua pour nous expliquer la mission qui était relativement simple puisque c’était comme la première fois. Par contre, il nous révélait qu’ils n’en ont pas besoin de tout le monde. Et seul le groupe des grands était choisi. Les groupes des moyens et des petits étaient priés de rester et de faire le travail habituel. Mon frère faisait partie du groupe des grands et moi les moyens…

Coup de massue, j’avais envie de crier, de hurler… mais je ne ferais point. Tête baissée, nous rentrions dormir. Sur le chemin, mon frère me suggérait de retourner voir le chef et lui demander si je pouvais y aller aussi. Alors je me suis retourné le voir, mais malheureusement, toute le monde était déjà rentré chez eux et je ne savais pas où il habitait. La nuit, j’avais envie de supplier mon frère de ne pas m’abandonner. Mais je n’avais pas le courage de le faire car lui aussi avait le droit de vivre auprès de nos parents. Nous ne disions mot.

Le matin, très tôt, je voyais mon frère partir avec son groupe vers le lieu de ramassage de patates douces. Ce fut la première fois que nous étions séparés, ce fut aussi la dernière fois que je le voyais… ce fut une séparation définitive !



kaunklau - 14/07/2013 à 18:18
Oh là ,
après vous vous verrez plus ?
Alors quels courages que vous aviez tous les 2 . J'admire vos idées . Des enfants de cet époque avaient les idées de s'enfuir , et avec une erreur ou simplement si vous vous faites rattraper , c'est une punition féroce pour dissuader ou pour faire peur aux autres .

Moi , avant de partir avec mes 3 autres copains , on avait bien réfléchi , jusqu'à même jurer que si nous nous faisions rattraper , nous ne regrettons rien . Ce sont nos prix de libertés . Personne du groupe ne nous influence , c'est pour cette raison que j'ai moins de regrets ou ma conscience ne m'as pas trop punie . Mais tout de même , car au début de 1977 , nous ne savions pas que ce pays des khmers rouges avait pris une tournure , on dirait qu'on était dans un trou noir .

Seun nmott - 15/07/2013 à 09:55
Sereypheap a écrit

NeakReach a écrit

Sereypheap a écrit


…Ils étaient bien nourris et reconnus comme "sauveurs" de la révolution.



La première partie de ma vie chez les KR, moi aussi, j’étais bien nourri et chéri par le peuple ancien. J’étais même destiné à devenir l’élite du KD…




Cela explique donc bien qu'il existe parmi les Khmers rouges ceux qui ont voulu construire le Cambodge d'après le régime de Lon Nol, le Cambodge de l'avenir. Mais je pense que ces groupes ont été ensuite purgé par d'autres...


C'est ce groupe dont faisait partie le célèbre Nuon Kheurn, l'auteur de "la marche vers l'ouest". Il est obligé de prendre le marquis pour échapper aux griffes des hyènes de PPhnom Penh, sauf qu'il est tombé dans un groupe de vautour.
Il n'est pas allé servir les causes des KR.

...Un groupe dit du centre(par certains rumeurs)promis par le cercle de Pol Pot d'administrer PPenh en cas de victoire final, ce groupe a été éliminé peu avant 17 avril.

PS C'est un info dont je n'ai rien pour le confirmer pour l'instant.

kaunklau - 15/07/2013 à 10:32
Je ne pense pas que NOURN KHEURM avait pris le maquis .
Il était mon prof en Terminale de l'année 1970 et qui était partisan pour La République .
Lors de la manifestation après 18 Mars 1970 , à Kg Cham ,( demande de retour de NSH), pendant laquelle 2 députés était décapités à Tonlé Om , ce prof. était recherché par les manifestants . Au lieu de chercher Nourn Kheurm , ils disaient NUTH CHHEURM , directeur d'un journal de Phnom Penh .Il avait la vie sauve , grâce à cet erreur .

Seun nmott - 15/07/2013 à 13:08
kaunklau a écrit

Je ne pense pas que NOURN KHEURM avait pris le maquis .
Il était mon prof en Terminale de l'année 1970 et qui était partisan pour La République .
Lors de la manifestation après 18 Mars 1970 , à Kg Cham ,( demande de retour de NSH), pendant laquelle 2 députés était décapités à Tonlé Om , ce prof. était recherché par les manifestants . Au lieu de chercher Nourn Kheurm , ils disaient NUTH CHHEURM , directeur d'un journal de Phnom Penh .Il avait la vie sauve , grâce à cet erreur .



Bonjour Kaunklau
Si c'est le terme "prendre le marquis" que tu n'aimes pas, je suis d'accord. Mais Nuon Kheurn est bel et bien "kich khlopurn rot chaul prey"(s'en fuir), en 1972 si ma mémoire est encore bonne.

NeakReach - 15/07/2013 à 19:12
kaunklau a écrit


Oh là ,
après vous vous verrez plus ?
Alors quels courages que vous aviez tous les 2 . J'admire vos idées . Des enfants de cet époque avaient les idées de s'enfuir , et avec une erreur ou simplement si vous vous faites rattraper , c'est une punition féroce pour dissuader ou pour faire peur aux autres .



Bonsoir à tous, bonsoir kaunklau et Seun nmott,

Depuis ce matin-là, je n’ai plus revu son frère. Je me rappelle encore au moment de partir, il s’est retourné vers moi et son visage me disait "je suis désolé mon frère, je ne reviendrai pas". En ce moment-là, j’ai compris qu’il allait s’enfuir pour de bon. Par la suite, j’ai appris qu’il avait fait exactement comme il avait prévu…

C’était il y a 38 ans, c’était la mini-saison sèche, c’était la fin de récolte de maïs… on devrait être entre fin juillet et début août 1975…

Seun nmott - 15/07/2013 à 21:07
NeakReach a écrit

j’ai appris qu’il avait fait exactement comme il avait prévu…

C’était il y a 38 ans, c’était la mini-saison sèche, c’était la fin de récolte de maïs… on devrait être entre fin juillet et début août 1975…



Neakreach,
Quelle cruauté, je veux dire du destin.

Mon petit frère lui n'a pas pu s'enfuir. Il a été Pire encore je ne sais ni où sont sa femme ni sa fille? Où sont elles? Car je ne connais pas leurs noms. Je n'avais pas pu venir à son mariage. Puis il ne veut pas m'embêter.

Il a été arrêté sur le rive du Mékong devant sa femme et sa petite fille.


Il me reste ça pour me consoler.

v3s7S5A.jpg
Il me manque tellement.


@ RDB Ces deux photos sont maintenant cote à côte. Mais je ne vous montre pas l'autre, je préfère qu'on garde une jolie image de lui.


J'ai beaucoup hésité de répondre et de poster ce poste, en fin ..

robin des bois - 15/07/2013 à 21:25
Seun nmott. a écrit



Mon petit frère lui n'a pas pu s'enfuir. Il a été Pire encore je ne sais ni où sont sa femme ni sa fille? Où sont elles? Car je ne connais pas leurs noms. Je n'avais pas pu venir à son mariage. Puis il ne veut pas m'embêter.
Il a été arrêté sur le rive du Mékong devant sa femme et sa petite fille.
Il me reste ça pour me consoler.

v3s7S5A.jpg
Il me manque tellement.


@ RDB Ces deux photos sont maintenant cote à côte. Mais je ne vous montre pas l'autre, je préfère qu'on garde une jolie image de lui.

J'ai beaucoup hésité de répondre et de poster ce poste, en fin ..


Je respecte votre vie familiale et vous remercie de nous faire part de ces évènements dramatiques : j'en déduis que l'autre photo est la photo de votre jeune frère, dite "photo d'identité de S-21 "



Edité le 15/07/2013 @ 21:26 par robin des bois

kaunklau - 15/07/2013 à 22:50
Oh , mon cher ami S-nM , N-Reach , j'ai le sentiment que nous étions dans un trou qui s'appelle l'enfer . Ces récits , me font remonter la haine contre ces gens qui ne sont que des khmers comme vous et moi .
Et pourtant nous n'étions pas des sommets des cambodgiens de cet époque . Pourquoi , nous les petits peuples devions payer les absurdes des politiciens communistes .

Je n'ose même pas imaginer , comment , ils avaient fait pour éliminer la famille de mon frère , dont 7 enfants de bas âge , ma dernière nièce n'avait que 2 ans . Quelle scène de massacre , ils les infligeaient ,l'erreur , parce qu'ils étaient nés khmer à la capitale de Phnom Penh , Cambodge .
Quelle bande de lâches et rien d'autres .
Maintenant , ils disaient l'un comme l'autre , c'est pas moi ... c'est pas moi .
Ils auraient dû se suicider comme Hitler , point .

Vicheya - 16/07/2013 à 07:37
kaunklau a écrit


Ils auraient dû se suicider comme Hitler , point .



:quoi: Certains ont des doutes sur ce suicide !

Seun nmott - 16/07/2013 à 17:41
Pour administrer le village, les nouveaux responsables nomment les chefs de section, parmi les anciennes populations des villages.
On retrouve Yé comme chef de Khsaoy. Chaque concentration ou quartier est sous la responsabilité d’un ancien chef soldat KR. Les anciennes propriétés de khsaoy, très peu nombreux reviennent y habiter. On trouve plus leurs frère-sœur ou cousins qui ont le privilège de choisir où ils habitent. Ces amis et connaissances deviennent leurs favoris, pour ceux qui comme moi, sont des mal aimé, puisqu’ils savent que nous sommes des anciens fonctionnaires.
Voici comment compose leur hiérarchie, Khsaoy est administrativement géré par un chef dit chef de village Khsaoy(Mé phoum), comme Yé. Mais il est supervisé par ancien KR.
Un chef de coopérative comme chef de provisions. Un chef de l’hôpital. Tous sont des anciens soldats KR. Ils ne font plus partis des troupes régulières, leurs missions maintenant est de diriger les villages selon les orientations de l’Angkar. Ce sont des mariés qui souhaitent leurs unités respectifs pour cadrer les déportes.

Yé, civile chef de phoum khsaoy, est supervisé par le camarade Tek. Le chef de quartier Saam Tirm est le Camarade Phann.
? Phann et Tek sont des hommes de 35-40 ans Je ne connais pas le nom des autres chefs. Le chef de coopérative, Camarade Muoy(21 ans), est un jeune militaire KR, un ancien Yothear. Je ne sais pas pourquoi il est là ? Phann et Tek sont des hommes de 35-40 ans.
Muy habite, travail, reçoit, mange dans le coopérative avec quelque hommes, ces hommes.



J’ai été plusieurs fois appelé à participer à des déplacements loin du village pour récupérer les bois, planche ou clous nécessaire à la construction des hangars, ou pour les stands des nouveaux déportés, qui continuent à arriver.
Khsaoy est en train de devenir un village de presque 2000 habitants, un dernier village avant le Tonlé Sap. …..

Ce « village prison » est à une journée de marche d’Omuni ou de Kampong Preah.
Pourquoi prison ? Par ce que les habitants n’ont droit qu’à 200m du village, au-delà il faut avoir vraiment, mais vraiment une bonne excuse. Faute de quoi une exécution sommaire n’est pas exclue, car tout simplement par ce qu’Angka n’a pas de prison pour enfermer les brebis galeux ou les traites.

Un jour je me fais ami avec un jeune, quelques années de moins que moi, qui a sa sœur très proche du chef du village, il approvisionne le village en légume. Il part le matin, rentre le soir avec sa charrette à bœufs, le travail devient de plus en plus pénible, il doit partir de plus en plus loin, alors il a besoin d’une aide. Il m’a proposé de venir avec lui, il a obtenu l’accord du chef du village.
Pour moi, c’est presque un cadeau, mon cotas quotidien, je le laisse à ma famille. Puisque on n’a pas besoin d’emmener avec nous notre bouffe, c’est lui qui me l’a dit. C’est vrai, notre tâche est d’aller demander, en fait, des légumes, des fruits dans les autres villages qui en possèdent encore beaucoup. Une fois arriver dans ces villages, et une fois présentés aux « contrôleurs » notre laisser-passer, nous parcourons d’une maison à une autre pour mendier les tout ce qu’on nous donne. Ils sont assez généreux, je ne sais pas qui ils sont. Mon ami m’a dit que ce sont des anciens peuples.
Ah ! Ils retournent habiter les villes et nous dans les bois.
A nous voir, ils ont piété de nous, ils nous proposent de bons repas, miam-miam. Il y a des mois que je n’ai jamais bien mangé. C’est pourquoi on n’a pas besoin d’emmener nos bouffes avec nous …

NeakReach - 16/07/2013 à 20:30
Seun nmott a écrit


Quelle cruauté, je veux dire du destin.

Mon petit frère lui n'a pas pu s'enfuir. Il a été Pire encore je ne sais ni où sont sa femme ni sa fille? Où sont elles? Car je ne connais pas leurs noms. Je n'avais pas pu venir à son mariage. Puis il ne veut pas m'embêter.

Il a été arrêté sur le rive du Mékong devant sa femme et sa petite fille.



Bonjour à tous, merci Seun nmott et kaunklau,

Une photo, une image, c’est tout ce qui reste du souvenir en noir et blanc aux jours heureux et aux jours de l’horreur absolu !

Même si notre histoire propre était différente, notre malheur était bien commun à tous les khmers qui ont vécu durant cette période. Personne n’y a échappé quel que soit son âge.

Je pense souvent aux "enfants" de ma génération, ceux qui sont nés entre 1963 et 1967, qui ont connu cet enfer. Ils étaient trop grands pour être "protégés" et trop petit pour être "autonomes". Nous étions 3 dans ma famille et également 3 dans la famille de ma tante. Je suis le seul survivant… 1 sur 6, c’est énorme…

Et leurs assassins ont vécu jusqu’à 89 ans….



kaunklau - 17/07/2013 à 08:48
Tout à fait N.Reach , les victimes comme nous et survivants de ce régime fou , avons la possibilité d'exprimer nos colères .
Les autres qui sont dans le même cas et qui n'ont pas la possibilité de vivre correctement , comme montrent ces photos de l'autre chapitre , n'ont pas de même chance . Voyant leur cabane qu'ils habitent , beaucoup , de notre compatriotes , sont au dessous du minimum de vivre .

C'est regrettable , car vous avez donc perdu votre grand frère que vous vouliez vous sauver avec .

Plus de 30 ans sont passés , mais la cicatrice est toujours là . C'est la vie , qu'est-ce qu'on pourra faire de plus .
Les vieux fous féroces , membre de L'angkar Khmer rouge , vont bientôt tous dans la terre
.Ils doivent ramener avec eux des regrets et des regrets .

Seun nmott - 17/07/2013 à 11:42
NeakReach a écrit





Une photo, une image, c’est tout ce qui reste du souvenir en noir et blanc aux jours heureux et aux jours de l’horreur absolu !

Même si notre histoire propre était différente, notre malheur était bien commun à tous les khmers qui ont vécu durant cette période. Personne n’y a échappé quel que soit son âge.

............

Et leurs assassins ont vécu jusqu’à 89 ans….




kaunklau a écrit


nous avons la possibilité d'exprimer nos colères .
Les autres qui sont dans le même cas et qui n'ont pas la possibilité de vivre correctement




Que dire après tout ça?

Peu être ceci, que cela ne cache pas la haine qui sommeille en nous tous.

........Ce jeune garçon(PPot à moins de dix ans) a vu tout ce qu'il ne faut voir à son âge, est devenu le plus sanguinaire de son temps. Incapable de finir bien ce qu'il a commencé, il a laissé un Cambodge à l'agonie. Bien sûr ce n'est pas la seule cause, mais c'est l'une des ses premières causes, la haine........