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Auteur dans la cité-dortoir des exilées du textile   ( Réponses 6 | Lectures 1808 )
Haut de page 26/10/2008 @ 12:31 Bas de page
dans la cité-dortoir des exilées du textile Reply With Quote
Déconnecté(e) Vicheya
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Rue 89 a écrit


Ce fut soudain. L'épaisse nuage de poussière qui se soulève, les camions qui surgissent sur la petite route, les « motos-dops » qui klaxonnent vigoureusement. Et ces centaines de filles. Chargées debout dans les remorques. Il est 17 heures dans les rues de Chom Chao, un quartier à la périphérie sud de Phnom Penh.

Les ouvrières de la confection textile ont terminé leur journée et quittent leurs usines. Sur leurs têtes, des fichus multicolores ; autour du cou, un badge en carton. Elles n'ont pas de sac. Certaines portent un masque sur le visage. L'air, ici, est extraordinairement sableux.

L'industrie textile représente 80% des exportations totales du Cambodge. Sur les 300 000 personnes employées, plus de 90% sont des femmes, jeunes et souvent originaires de province, sous-payées, forcées à travailler toujours plus et traquées lorsqu'elles sont syndicalistes.

Les chauffeurs, payés dix dollars par mois et par fille pour faire l'aller-retour tous les jours entre l'usine et leurs domiciles, roulent à vive allure. Au bout d'une dizaine de minutes, le vacarme retombe. Les piétonnes, déferlante éclair dans la rue, ont disparu. Des milliers de jeunes filles sortant des usines n'ont que quelques pas à faire pour rejoindre leurs dortoirs.

Cinq filles dans douze mètres carrés

30 000 personnes vivent dans cette banlieue de Phnom Penh, créée il y a trois ans. La plus forte concentration ouvrière du pays. Ses rues comptent une multitude de petits commerces et de marchés massés autour des usines et des dortoirs.

Il faut traverser un étang d'ordures pour atteindre l'un de ces logements. Là, deux bâtiments se font face, séparés par des herbes hautes, du linge qui sèche et un petit autel où finissent de se consumer une dizaine de bâtons d'encens. Il y a 47 chambres, d'environ douze mètres carrés chacune. Toutes conçues sur le même modèle. A l'extérieur, sont disposées de vastes jarres en terre cuite utilisées traditionnellement pour recueillir l'eau de pluie. Autour, des sachets individuels à shampoing tapissent le sol.

Nous sommes dans la chambre numéro deux. Les murs sont en béton, le toit en tôle soutenu par de frêles poutres de bois. La fenêtre ne laisse entrer qu'une faible lumière ; la télé est placée devant. Noeurn, 18 ans, est assise sur un coin du lit, des planches en bois surélevées recouvrant la quasi-totalité de la pièce, les cheveux mouillés ramenés sur son épaule gauche.

Depuis un an, elle travaille et vit ici avec trois de ses sœurs, toutes ouvrières. Elles partagent le loyer mensuel de vingt-cinq dollars -eau et électricité comprise- avec une cinquième fille. Dans le minuscule coin cuisine, une bombonne de gaz, quelques ustensiles et des bougies. Les coupures de courant sont fréquentes.

Nous sommes à la veille de Phchum Ben, la fête des morts. Noeurn va rentrer à Kandal, la province dont elle est originaire. Tous les mois, elle envoie trente dollars à sa famille restée là bas. De son quotidien, elle ne se plaint guère. Légèrement perplexe à l'idée que ça puisse captiver quelqu'un, elle consent à raconter son histoire :

« Je travaille cinq jours par semaine de 6h30 à 17h30 dans une fabrique à quelques minutes de ma chambre. J'ai une pause-déjeuner d'une heure. J'achète des fruits au marché et je mange du riz que je fais cuire la veille. Le samedi, je ne travaille que le matin. Le dimanche, je dors, je regarde la télé et je lave mon linge. Je gagne cinquante dollars par mois. Je pourrais gagner vingt dollars de plus mais je suis trop fatiguée pour faire des heures supplémentaires. Quand j'ai payé mon loyer et envoyé de l'argent à ma famille, il me reste quinze dollars (soit un demi dollar par jour). Certains mois, j'emprunte de l'argent. »

« Je voulais être vendeuse au marché mais ça n'a pas été possible »

A l'évocation de son avenir, Noeurn s'amuse et hausse les épaules. Toutes ses amies d'enfance travaillent dans la confection textile, elle fait pareil, voilà tout. « Mais n'a-t-elle vraiment pas d'autre projet ? » La question est maladroite. Elle répond aussitôt que non puis baisse furtivement les yeux : « Je voulais être vendeuse au marché mais ça n'a pas été possible. »

Une jeune femme se tient près de la porte, un enfant dans les bras. Elle a arrêté de travailler à la naissance de son fils : « Mon mari est chauffeur. Il conduit des camions de marchandises. » Elle a eu plus de chance que les autres. Celles qui confient leurs enfants à des proches restée en province parce qu'elles n'ont pas les moyens de les élever à Phnom Penh. Ou celles qui, célibataires, abandonnent leur enfant parce qu'elles ont honte.

Plus loin, des adolescents jouent au volley. Les ouvrières ne sont pas seules ici. « Des familles occupent certaines chambres pour vingt dollars », explique le fils des propriétaires. Il assure que les prix n'ont pas augmenté depuis 2006.

A quelques encablures de là, Dei Pres Village, autre ensemble de baraques en bois. Un muret en brique sépare les logements d'une imposante fabrique aux façades carrelées.

« Ici, ça a doublé en un an. On paye vingt dollars et il faut ajouter dix dollars pour l'eau et l'électricité. Je dois faire des heures supplémentaires pour pouvoir payer mon loyer »

Previ, ouvrière de 22 ans, vit dans cette minuscule chambre avec sa mère, son frère, sa sœur et son neveu. Dans sa cahute en bois, pas une fenêtre, pas un filet de lumière. L'unique ampoule est suspendue au-dessus de la porte colmatée avec du carton. On étouffe à l'intérieur. Ici, la vie se passe dehors.

Dans la cour inondée d'eau et d'ordures, les hommes jouent aux dames sous un porche. Une femme fait sa lessive. Une autre essaye de rattraper son fils. La tête couverte de shampoing, il se planque sous une carriole chargée de bananes. Poussé au maximum, un tube khmer concurrence le caquetage des poules.

Coincées dans un quotidien pendulaire, entre usine et dortoir, les ouvrières n'ont pour échappées que ces cours empuanties. Et les marchés, pris d'assaut vers onze heures car il n'y a pas de cantines dans les usines.

« On en sait même pas s'il est possible de s'opposer au patron

Contestant cette harassante monotonie, l'ONG Womyn's Agenda for Change tente de sensibiliser les ouvrières à leurs droits. L'une de ses sept antennes est installée au cœur de Chom Chao. Une permanence assurée par des ouvrières. Impossible d'évaluer le nombre de filles au courant de l'existence de la WAC. Une poignée seulement, admet l'ONG.

Ce lundi, Sony et Sokha, salariées de l'ONG, sont seules dans la pièce. En dehors des réunions d'information sur les heures supplémentaires ou les CDD, elles traitent les demandes au cas par cas :

« Les ouvrières se plaignent surtout du non paiement de leurs salaires et des licenciements abusifs. Ils ne renouvellent pas les contrats des filles malades ni ceux des syndiquées. »

Sony et Sokha racontent la dernière affaire suivie par l'ONG. Dans une grosse usine, la cadence imposée aux filles pouvait aller jusqu'à 48 heures de travail d'affilée. Virées, celles dont les paupières s'alourdissaient trop vite. Impuissante, la WAC n'est pas parvenue à convaincre celles qui ont frappé à sa porte de porter plainte. C'est impossible, explique Sony, elles ont trop peur des patrons. Sokha, elle, a quitté l'usine après un épisode similaire :

De toute façon, on ne sait pas comment faire pour porter plainte. Ni même que c'est possible de s'opposer à un patron. Mais on fait tout pour que ça change.

Pour les autres, les quelque 300 000 ouvrières de Phnom Penh, l'ordinaire ne s'améliore guère. Les prix flambent, les familles réclament et les salaires ne suivent pas. Certaines quittent Chom Chao. Elles tentent autre chose. Les Beer Garden, ces restaurants où les filles habillées aux couleurs d'une marque de bière, poussent les clients à la consommation. Les bars-karaoké. Ou le retour aux champs.


Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/10/2008 |



Sources : http://www.rue89.com/2008/10/14/cambodge-dans-la-cite-dortoir-des-exilees-du-textile






#60892 View Vicheya's ProfileView All Posts by VicheyaU2U Member
Haut de page 26/10/2008 @ 16:16 Bas de page
Re : dans la cité-dortoir des exilées du textile Reply With Quote
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C'est egalement raconte ci-dessous et apparemment il y a aussi un centre de reeducation de jeunes delinquants, bien decrit dans ce blog.

http://actionsaidescambodge.unblog.fr/tag/centre-de-reeducation-chom-chau/

#60900 View NeangSrey's ProfileView All Posts by NeangSreyU2U Member
Haut de page 26/10/2008 @ 19:00 Bas de page
Re : dans la cité-dortoir des exilées du textile Reply With Quote
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Rue 89 a écrit


[Pour les autres, les quelque 300 000 ouvrières de Phnom Penh, l'ordinaire ne s'améliore guère. Les prix flambent, les familles réclament et les salaires ne suivent pas. Certaines quittent Chom Chao. Elles tentent autre chose. Les Beer Garden, ces restaurants où les filles habillées aux couleurs d'une marque de bière, poussent les clients à la consommation. Les bars-karaoké. .. .... [/size]

Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/10/2008 |





Super sympa comme carrières !!!

(quand je pese qu'il y a bientôt 10 ans, j'étais intimement convaincu que la situation ne pouvait aller qu'en s'améliorant!!!



#60903 View robin+des+bois's ProfileView All Posts by robin+des+boisU2U Member
Haut de page 26/10/2008 @ 22:39 Bas de page
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NeangSrey a écrit


C'est egalement raconte ci-dessous et apparemment il y a aussi un centre de reeducation de jeunes delinquants, bien decrit dans ce blog.

http://actionsaidescambodge.unblog.fr/tag/centre-de-reeducation-chom-chau/




:ideenoire: désolant de voir que les choses vont en ... s'empirant :mauvais:


heureusement qu'il reste des gens motivés pour contrer tout ça.

j'ai de la peine pour toutes ces pauvres filles - on a déjà vu des reportages puis j'avais regardé dans le blog cité.

la vie est injuste

:mauvais:

Avatar : piqué sur le web - souvent GETTY IMAGES

http://picasaweb.google.com/renata54/TuolSlengEtChoeurnEkPourNeJamaisOublier
#60910 View sothy's ProfileView All Posts by sothyU2U Member
Haut de page 27/10/2008 @ 05:46 Bas de page
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Déconnecté(e) NeangSrey
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Hello Sothy,

La situation s'améliore toujours pour la meme infime partie du pays.
Comment veut-on que ça progresse tant que le salaire moyen avoisine 40 à 50 $/mois ?
C'est malheureusement le lot de beaucoup de pays encore sous-développés ou en voie de développement.

Le problème vient aussi de l'inflation galopante des produits de première nécessité alors que le salaire ne suit pas. Et ce n'est pas en ce moment qu'il faut réclamer quelquechose vu le contexte mondial.

#60913 View NeangSrey's ProfileView All Posts by NeangSreyU2U Member
Haut de page 27/10/2008 @ 12:44 Bas de page
Re : dans la cité-dortoir des exilées du textile Reply With Quote
Déconnecté(e) Mille étoiles
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je ne sais pas quoi dire,
en lisant votre article, je suis triste,tres triste,
ça me donne envie de pleurer,
moi qui vient de toucher ma premiere paye,
J'AI HONTE !!!!!
#60927 View Mille+%E9toiles's ProfileView All Posts by Mille+%E9toilesU2U Member
Haut de page 27/10/2008 @ 15:48 Bas de page
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Mille étoiles a écrit

je ne sais pas quoi dire,
en lisant votre article, je suis triste,tres triste,
ça me donne envie de pleurer,
moi qui vient de toucher ma premiere paye,
J'AI HONTE !!!!!



Kékékékék...kakakakaka......Noooooooooooo faut pas...kékéké Est ce que c,est votre paye qui vous donne envie de pleurer et d,avoir honte ou c,est la paye des filles khmer? Comparer pas pour se consoler mais pour s'attrister kékéké
#60935 View BAC's ProfileView All Posts by BACU2U Member
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