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Auteur Les Gens du Building   ( Réponses 12 | Lectures 4220 )
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Les Gens du Building Reply With Quote
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Il était une fois à Phnom Penh deux Buildings

Building gris, Building blanc. Deux chefs d'oeuvre du patrimoine phnompenhois, deux destins peu enviables. Le premier a été réduit à une aberration architecturale, à jamais défiguré ; le second a été métamorphosé sous les coups de boutoir d'habitants expansionnistes et du temps, et continue d'abriter quelque 400 familles. Introduction architecturale à la chronique "les Gens du Building", qui vous sera proposée chaque dernier vendredi du mois et s'intéressera à la population plurielle faite de fonctionnaires, de commerçants, d'artistes ou encore de prostitués du Building blanc, dont plus d'un a annoncé la disparition prochaine. En leur donnant la parole, nous voulons nous faire la mémoire d'un haut lieu urbanistique et partager les joies et inquiétudes du quotidien de ceux qui en font l'âme.


Une époque créative
Building blanc, Building gris. Deux barres de logements collectifs qui, à leur sortie de terre le long du boulevard Sothearos, à Phnom Penh, ont modifié la physionomie d'une cité basse et composée jusque-là de maisons individuelles.

Tous les ingrédients étaient réunis : croissance démographique et politique de grands travaux impulsée par un Norodom Sihanouk alors chef d'Etat associées au génie d'architectes au premier rang desquels le bouillant Vann Molyvann [lire ci-contre "Vann Molyvann en quelques dates"], qui voit là l'opportunité d'innover.

On est au début des années 1960 dans un Cambodge encore grisé de cette indépendance fraîchement acquise (1953). Au menu des grands projets à mener, l'ambitieux aménagement du Front de Bassac, qui doit comprendre des blocs d'habitations et un théâtre national (le théâtre Suramarit, qui fut victime d'un incendie en 1994 et ses ruines ont été réduites à néant entre décembre 2007 et février 2008).

Des experts étrangers détachés auprès du gouvernement cambodgien sont à loger, ainsi que les athlètes attendus dans le cadre des tout nouveaux jeux Ganefo (Jeux des nouvelles puissances émergentes) que le royaume s'est proposé d'accueillir. En parallèle, une politique de logements sociaux est inaugurée.

Un chantier d'envergure
"Nous devions faire face à un certain nombre de contraintes, se souvient Vann Molyvann. Tout d'abord, la zone étant basse et facilement inondable, nous avons dû draguer des alluvions du fleuve pour consolider le sol. Mais il aurait fallu attendre vingt ans avant de construire, le temps que ce sable se tasse et adhère complètement à l'ancien remblai. Pour éviter tout risque d'affaissement, il a été décidé que ces immeubles n'excéderaient pas quatre étages. Ensuite, il y avait une échéance à respecter. Nous disposions de dix-huit mois pour mener simultanément la construction du Stade olympique et l'aménagement du Front de Bassac. On a terminé dans les délais mais on a dépassé le budget qui nous avait été alloué !"

Vann Molyvann hérite de la coordination des travaux du Front de Bassac, aidé dans cette entreprise par des experts étrangers. N'étant soumis à aucune directive, l'architecte trentenaire se lance dans l'expérimentation. "J'ai profité de ce que j'ai appris en France pour le mettre en application."

Un habitat en rupture
"La question qui se posait alors était comment faire vivre des Cambodgiens dans une HLM [habitation à loyer modéré] ? Nous sommes des paysans. Or il fallait introduire l'idée d'habiter dans des étages superposés !"

Vann Molyvann obéit alors à deux concepts : celui du système français des HLM pour le bâtiment du fond, le Building gris, et celui de l'habitation de masse - sur l'exemple de l'Unité d'habitation de Marseille (1946-52) - pour le Building blanc. Il se fait fort d'adapter ces modèles architecturaux aux impératifs locaux, à commencer par les spécificités du climat tropical.

Il apprivoise les matériaux, instaure des systèmes de ventilation naturelle, dont profitent pleinement des logements traversants, surélève l'ensemble sur des pilotis, sur le mode de l'habitat traditionnel, alterne les pleins et les vides, dispose les étages en tiroirs et les claustras en rangées, le tout pour briser la monotonie de la ligne droite et éviter à tout prix l'effet "mur de béton". Au final, un ensemble aéré, sobre et élégant.

Dans le Building blanc, 325 mètres de couloirs-rues desservent à chaque étage les appartements et soudent les blocs dont la séparation est marquée par des cages d'escalier ouvertes aux quatre vents. Chaque logement bénéficie d'une vue sur le fleuve et du confort moderne à l'occidental.

Le résultat s'intègre à merveille dans la ville. "Les étrangers qui y vivaient étaient très contents de leurs logements. Ainsi en était-il de Madeleine Giteau [alors curatrice du Musée national de Phnom Penh au titre de l'Ecole française d'Extrême-Orient], qui était enchantée !"

Les appartements du Building blanc sont achetés "sur plan", une grande première dans le pays. L'idée, rappelle Vann Molyvann, était de faire accéder les fonctionnaires à la propriété. Au terme de dix ans de location, ils devenaient les héritiers légaux du trousseau de clés. En un clin d'oeil, le bâtiment se remplit. L'architecte au collier de barbe le concède, il s'agit de l'une des oeuvres dans laquelle il a le mieux appliqué le Modulor du Corbusier.

Quel avenir ?
Building gris, building blanc. Quand on aborde l'état actuel de ces deux constructions, le visage de Vann Molyvann se rembrunit. Il n'a pas de mots assez durs pour condamner le massacre du Building gris, opéré par un architecte viêtnamien au début des années 1990. "Il a bouché les ouvertures, pourtant là pour procurer de la fraîcheur, il a égalisé les étages et mis à terre toute l'esthétique du bâtiment ! C'est une pure hérésie ! Ils dépensent aujourd'hui des fortunes en air conditionné alors que ce bâtiment a été conçu pour pouvoir s'en passer !"

Il fustige également l'utilisation "extensive" faite de l'espace, avec notamment l'obstruction du rez-de-chaussée aménagé en appartements. Son verdict n'est pas en demi-teintes : "Cela relève d'un manque de professionnalisme criant, je dirais même que c'est du vol d'espace public !"

Quant au Building blanc, le plus détérioré mais aussi celui qui a reçu le moins de coups de couteau dans sa structure initiale, des abcès lui ont poussé - pièces fermées accrochées à sa façade dans un effort effréné de gagner par tous les moyens de l'espace - et le manque d'entretien a condamné l'astucieux réseau d'évacuation des eaux usées et autres ingéniosités qui en faisaient un immeuble salubre et agréable à vivre.

Le Building blanc n'est cependant pas mort, veut croire Vann Molyvann, qui prêche pour une possible rénovation, qui ne peut se faire selon lui qu'avec "la bénédiction de ses habitants et une volonté politique". Une telle réhabilitation a un coût que le ministère de la Culture, actuel propriétaire de Building, n'est pas forcément prêt à concéder, d'autant que ce quartier de la capitale est soumis à de fortes pressions foncières, spirale spéculative oblige.

Le ministère reste pour l'heure muet sur le sort qu'il entend réserver à l'une des dernières survivances de l'art architectural du Sangkum Reastr Niyum.

Des vies en suspens
Aujourd'hui pris dans l'ombre d'un imposant et flambant neuf ministère des Relations parlementaires et sis dans un quartier happé par une modernité faite de béton massif et de clinquant, le Building blanc échappera-t-il à la démolition ou à une reconversion tout aussi fatale du type de celle qui a eu raison du Building gris ? Le compte à rebours a commencé.

Par Stéphanie Gée
30-05-2008


Photo : Phnom Penh, 6 janvier 2008. Le Building blanc n'est pas mort,
soutient son concepteur Vann Molyvann, qui croit une rénovation possible
© John Vink / Magnum



Sources : http://ka-set.info/actualites/cultures-et-societ...ng-phnom-penh-urbanisme-architecture-080530.html

Edité le 23/09/2008 @ 20:24 par Vicheya
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Re : Les Gens du Building Reply With Quote
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Echec et mat sur café noir

Dans l'univers du Building, situé dans le quartier Bassac de la capitale du Cambodge, grouille un monde hétéroclite fait de fonctionnaires, de commerçants, de retraités, d'artistes, de prostitués... et de joueurs d'échecs ! A toute heure de la journée, ces derniers se retrouvent chez l'inénarrable Ta Barang, pour goûter son café et tâter de l'échiquier. Un rendez-vous d'habitués où la bonne humeur est toujours de mise, un petit établissement aux airs de café de commerce où il fait bon s'adonner à la philosophie de quatre sous. En toute simplicité et loin des soucis du quotidien.

Au café du rez-de-chaussée du Building, on patiente. Des cols blancs en tout genre, et des étudiants. Le propriétaire des échiquiers n’est pas encore arrivé. Pour tromper l’attente, on devise. "Apprendre une langue étrangère est essentiel. Comme savoir cuisiner. Avec ces deux compétences, on peut gagner sa vie correctement. C’est le cas de ma soeur. Elle travaillait dans le restaurant d’un barang [expatrié blanc]. Eh bien, non seulement elle avait droit à ses week-ends de libre mais elle a pu aussi mettre de l’argent de côté. C’est sûr, faut pas travailler pour des Cambodgiens, sans quoi on est d’astreinte sept jours sur sept !", lance un jeune homme replet. Son voisin, la cinquantaine entamée, le rejoint dans son propos : "Oui, c’est vrai ce que tu dis. Comptable aussi ça rapporte bien. C’est ce que fait ma nièce. Et puis, c’est pas difficile comme boulot !"

Un café d’habitués
Un professeur de langue fait irruption, son casque de moto à la main. Entre deux cours, il s’est éclipsé de son école pour tâter un peu de l’échiquier. "Où est Ta Barang ?", s’enquiert-il avec impatience. C’est ainsi qu’on surnomme le détenteur des échecs, en raison de sa forte carrure et de sa moustache qui l’apparentent à un Occidental. On ne lui loue pas ses jeux, nous explique-t-on, tout un chacun étant libre de disputer une partie sans avoir à mettre la main au portefeuille. "Quand on parie de l’argent, alors là chaque joueur doit s’acquitter de 1 000 riels auprès de Ta Barang. Quand ce n’est que pour le plaisir, on lui offre des cafés !", explique un habitué du troquet que se sont appropriés les mordus d’échec et mat du Building.

"A ce jeu, on est bon ou on ne l’est pas ! C’est un don, c’est comme ça", assène un vieil homme sur le ton de celui qui déclame de grandes vérités universelles. Ta Barang vient de descendre les étages du Building avec les boîtes tant convoitées. Si ce n’est pas lui qui livre la drogue quotidienne à ce club de gentlemen, c’est son fils. On prend place sans plus attendre. On se pousse, cinq jeux d’échec sont déployés sur les tables. "Ne nous prenez pas en photo aujourd’hui [vendredi], les gens vont croire qu’on ne travaille pas ! Revenez le week-end, c’est mieux !", lâche l’un d’eux, soucieux de véhiculer une image de fonctionnaire consciencieux. Il juge utile de se justifier : "Pourtant, on n’a pas à se cacher, c’est un jeu intelligent..."

Parties d’échecs endiablées
Le brouhaha est dominé par le déplacement sonore des pièces, ponctué de cris de guerre poussés par surprise par les joueurs lorsqu’ils infligent un "échec" ou un "échec et mat" à leurs adversaires. Les spectateurs sont plus nombreux que les joueurs, les premiers y allant de leurs conseils aux seconds à condition, bien sûr, qu’aucune somme d’argent ne soit en jeu.

"C’est de la triche ! Si tu as gagné, c’est parce que le kru [maître, assis à côté] t’a aidé !", accuse soudainement un joueur d’un ton qui ne souffre aucune réplique de son partenaire. On sourit devant ses manières peu cordiales. Il aime pousser l’adversaire à la faute, en le pressant de jouer vite, sans lui laisser le temps de la réflexion. La bataille qui se joue sur le damier, par pions interposés, est aussi psychologique. "Vas-y jeune homme !", lutine un ancien qui semble vouloir donner une leçon à son cadet. Tout est motif à se chahuter, à déstabiliser l’autre. Si les échanges verbaux sont parfois durs, aucun dérapage n’est à déplorer. De toute façon, en un froncement de sourcils, Ta Barang, en ancien soldat, rétablit l’ordre.

Ta Barang, l’esprit des échecs
Bermuda, chemise colorée et, avant qu’il ne rase tout il y a quelques mois, pattes broussailleuses coulant le long de ses joues et natte ramassée en chignon. Celui qui règne sur ce petit monde est, raconte-t-il, tombé en amour avec les échecs tout petit. "Personne n’y jouait dans ma famille. J’ai appris en fréquentant les coiffeurs de rue. En ce temps-là, les clients patientaient toujours en disputant une partie d’échecs."

Ta Barang confectionne lui-même ses jeux. Il sculpte dans le bois ses chevaux, et s’aide de "machines" pour fabriquer les pièces plus simples. "L’important, c’est d’avoir un bois résistant car les joueurs sont sans pitié avec les pions !" A la demande le plus souvent d’étrangers, il réalise des jeux d’échecs uniques, qu’il facture 400 dollars. Un moyen de compléter ses maigres revenus. Mais les temps sont durs, confie-t-il.

Le père des échiquiers remonte chez lui chercher le plus beau jeu de sa collection pour nous l’exhiber. A son retour, il se lance dans un minutieux descriptif : "Là, vous avez le sous-marin [la tour] ; le cheval, c’est en fait un bombardier ; les fous, ce sont les courtisans du roi et de la reine ; et les simples pions représentent le peuple. Le scénario des échecs est simple. Le roi envoie tout le monde au combat anéantir l’ennemi dans le but de vassaliser l’autre roi. Et une fois la bataille livrée, les ennemis qui passent dans le camp adverse deviennent aussi puissants qu’une reine. C’est comme s’ils avaient le rang de maîtresses. On pourrait faire un parallèle avec la politique... Les petits meurent pour que les grands puissent se maintenir au faîte." Il a à peine achevé ses explications qu’un vieil homme s’exclame à ses côtés : "Le secret pour remporter une partie d’échecs, c’est d’avoir déjà pris part à une vraie bataille !"


Par Chheang Bopha et Stéphanie Gée
27-06-2008

Photo : Le Building (Phnom Penh), le 21 janvier 2008. Ta Barang règne sur le petit monde
des joueurs d'échecs dans un café au rez-de-chaussée de l'immeuble phnompenhois
© Stéphanie Gée




Sources : http://ka-set.info/actualites/cultures-et-societ...ation-building-phnom-penh-jeu-echecs-080627.html
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Re : Les Gens du Building Reply With Quote
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Au salon des belles-de-nuit

Cheveux longs méchés, délicatement dégradés, fleurant bon les soins capillaires. Maquillage absent, à l'exception d'un vernis noir incongru sur les ongles de pied. Sobriété des vêtements à mille lieues des tenues affriolantes qu'affectionnent ses clientes. Navy (prénom changé à sa demande), jeune fille sage de 24 ans, coiffe tous les soirs à partir de 17 heures les prostituées du Building, à Phnom Penh. Elle parle de son activité avec réserve, sur le bout des lèvres.


De la calculette au shampoing
L'idée de transformer le minuscule appartement familial du Building en salon de coiffure, elle la doit à sa mère. Navy avait choisi des études de comptable, dans une université privée de Phnom Penh, où elle est aujourd'hui inscrite en quatrième année. "Pourquoi comptable ? Parce que c'est plus facile de trouver un boulot !"
Sa mère ne s'y est pas trompée. Elle avait vu avec quel enthousiasme sa fille aimait donner dans son temps libre un coup de main à une coiffeuse alors installée dans ce même couloir du 2e étage du Building. Il y a un an, elle a réaménagé leur logement, tapissant les murs de miroirs et achetant tout le nécessaire à coiffure comme dans n'importe quel autre boîte à coupe.

"Je vais finir mes études mais je me demande à quoi pourra bien me servir un diplôme de comptable dans mon salon de coiffure !"

Depuis un an, la Battambangaise d'origine a recomposé son emploi du temps. Le matin, cours à la fac où elle jongle avec les chiffres, l'après-midi, cours dans un centre de coiffure où elle perfectionne son jeu de ciseaux, et le soir, mise en pratique.

"Pour l'heure, je sais couper les cheveux, maquiller mais j'en suis encore au stage de l'apprentissage pour les coiffures sophistiquées exigées pour les cérémonies de mariage." Ses talents suffisent ici à satisfaire une clientèle demandeuse de coupes simples, cheveux lissés, tressage de nattes à l'occasion. La demoiselle aux bonnes manières n'est pas la seule à exercer au Building mais, dans ce coin de Phnom Penh, la demande de ce type de service est particulièrement importante.

Une clientèle entre paillettes et châtaignes
En une soirée, une dizaine de belles-de-nuit défilent dans le salon de Navy. Avec leurs têtes à rafraîchir et leurs bobos d'une vie déjà bien écorchée à dissimuler sous le fard. "Je vois des parents emmener leurs filles au Building..." et repartir sans leur progéniture mais avec quelques billets en poche. La jeune coiffeuse observe à distance ce ballet de prostituées qu'abrite le Building, et en parle avec circonspection. Froide et lapidaire, elle confie que ces filles sont de plus en plus jeunes. Pour nombre d'entre elles, à peine sorties de l'adolescence.

Quand une prostituée en a gros sur leur coeur, elle se laisse à vider sa colère devant le miroir. Ou quand elles viennent à plusieurs, elles s'ouvrent à ces mains qui les coiffent sur la misère de leur quotidien. "Il leur arrive d'être battues par des clients, me racontent-elles. Elles ont aussi des problèmes de drogue... J'ai pitié d'elles." Navy les écoute, et s'est imposée comme règle de ne jamais faire de commentaires.

La coiffeuse se souvient de l'histoire que lui a confiée l'une de ces nymphettes. Alors qu'un client l'entraînait loin des lumières de la ville, redoutant un viol collectif comme elles sont nombreuses à l'avoir déjà expérimenté, elle a sauté de la moto roulant à vive allure, et s'est gravement blessée. Silence. Petite moue. "Je n'aime pas cette ambiance, j'en ai assez d'entendre les insultes des proxénètes envers les filles qui fusent à tout vent..." Elle assure se moquer du profil de ses clientes - "prostituées ou pas, ce sont des femmes comme les autres" - mais dit rêver de s'échapper de cet endroit, d'ouvrir un salon "ailleurs". "En attendant, je dois économiser", poursuit-elle, pragmatique.

Une coiffeuse compréhensive mais avertie
Parfois, Navy doit faire du beau avec des têtes abîmées sous les coups d'un compagnon ou d'un client trop violent. Avec sa palette de maquillage, elle leur rend leur beauté. Et quand une prostituée s'est fait battre, celle-ci lui demande de changer son style de coiffure pour chasser le mauvais oeil. Et ce principe vaut dans l'autre sens. Une coupe de cheveux qui "marche" bien sera conservée à l'identique aussi longtemps qu'elle assurera chance et succès.

Autre superstition qui a la vie dure chez ces jeunes filles : ne pas faire de compliments sur leur beauté. "Si l'une d'entre elles s'aventure à louer les charmes d'une de ses copines, cette dernière lui répond affolée : 'Ne me dis pas ça, sinon je n'aurai pas de clients ce soir !'" Navy dit comprendre leurs craintes. "Toute atteinte à leur beauté signifie la fin de leur gagne-pain... "

La famille semble être à l'aise avec la clientèle qu'attire le commerce de leur fille. De toute façon, ils ne se faisaient pas d'illusion. Au Building, ce sont avant tout les prostituées qui courent constamment derrière de salvateurs coups de peigne.

L'ennui, c'est qu'il y a quelques mauvais payeurs parmi ces filles. A peine Navy a-t-elle fini de les coiffer que certaines s'en vont en tapinois. La jeune coiffeuse ne se décourage pas et a appris à récupérer son dû. "Quand je les ai retrouvées, je les oblige à me payer en haussant le ton de ma voix jusqu'à les faire infléchir", explique-t-elle calmement mais fermement. Déterminée, mais pas inconsciente. Si la friponne est protégée par des voyous sans scrupules, Navy l'avisée ne tentera alors rien contre elle. Elle connaît trop bien le voisinage fait de fripouilles, camés et proxénètes cambrioleurs à leurs heures, et sait qu'il ne faut pas leur chercher querelle. Sur un ton qui depuis le début ne trahit aucune émotion, la coiffeuse confesse qu'elle ne sort jamais le soir. Pas d'escapade nocturne, pas de problèmes : l'adage est éprouvé.

Navy a assez parlé, nos questions commencent à l'embarrasser. Elle refuse de se laisser prendre en photo. Malgré nos suppliques, elle reste inflexible. On comprend alors qu'elle ne veut pas être reconnue car, en dehors du Building, ses amis ignorent tout de son univers, de cette adresse qui lui fait honte. Car dans cette vie qu'elle mène ailleurs, le Building n'a pas droit de cité.



Par Stéphanie Gée et Chheang Bopha
29-08-2008


Photo : Phnom Penh (Cambodge), le 23 août 2008. Dans un salon de coiffure, on coiffe et on panse les bobos
© John Vink / Magnum




Sources : http://ka-set.info/actualites/cultures-et-societ...lding-coiffeuse-coiffure-prostituees-080829.html
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J'ai connu ces buildings. On avait des amis qui y habitaient mais à l'époque ils n'étaient pas dans ce piteux état. Quelle désolation !

Edité le 24/09/2008 @ 07:17 par smors.sor

Les paroles sincères ne sont pas élégantes ; les paroles élégantes ne sont pas sincères. [Lao Tseu]
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Re : Les Gens du Building Reply With Quote
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Ils vivent même dans un appartement qui manquait un mur...etc :oui: je ne blaque pas.

L'amour, c'est l'espace et le temps rendus sensibles au coeur.
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Re : Les Gens du Building Reply With Quote
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J'ai bien connu ces appartements, ce quartier, dès sa construction. Même bien avant car si vous avez lu un de mes postes sur l'An 2500, j'habitais dans ce coin . Je parle de "Psa Kab ko"(le marché de l'abattoir) ...

Le Building est habitait par des gens bien aisés, avant la chute, les KR ne les a pas raté.



Rien n'existe qui n'ait au préalable été rêvé. © Ismaël Mérindol (1466)
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Haut de page 28/10/2008 @ 10:55 Bas de page
Re : Les Gens du Building Reply With Quote
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La probité pour bâton de vieillesse

Chez Pech et Sarom, un couple de sexagénaires respectés dans le voisinage, la couleur des murs disparaît sous les feuilles de papier journal et de revue magazine. La boîte à rideaux est "d'origine", relèvent-ils avec sérieux, comme les carreaux bleus, d'ailleurs, dont il ne subsiste que deux lignes inachevées sur un pan de mur. C'est Sarom qui attire notre attention sur ce détail. C'est elle qui a investi en 1979 cet appartement du Building, dans un Phnom Penh qui se repeuplait doucement.

Un décor immuable
"Certains ont voulu nous acheter ces carreaux à prix d'or mais on n'a pas réussi à les décoller, on risquait de les briser, explique-t-elle. C'est mieux ainsi. Non seulement ils sont beaux mais ils dissimulent sans aucun doute un trésor. Il est donc hors de question de s'en séparer. Jusque-là on n'a rien trouvé mais, c'est sûr, ils indiquent que quelque chose de précieux a été caché dans le mur..."

Pech rabroue gentiment son épouse. "C'est dépassé ce genre d'idées ! Il est vrai que dans les années 1980, les gens retrouvaient beaucoup de magots [que les Phnompenhois avaient pris soin de dissimuler dans leurs maisons avant d'en être chassés par les Khmers rouges]. Aujourd'hui, de telles découvertes n'ont plus lieu mais ma femme continue de rêver que cet appartement recèle des bontés qui n'attendent que d'être mises au jour..."

Sur la table du salon trône fièrement une bouteille de crème blanchissante Nivea, achetée il y a six ans, tel un vestige d'un passé plus doré. Elle date du temps où madame courait encore les mariages et autres exercices mondains imposés, et s'autorisait cette coquetterie d'élégante.

Premiers arrivés, premiers servis
Pech et Sarom se sont mis en ménage à un âge canonique. En 1992. Un remariage. Tous deux avaient perdu leurs conjoints dans la tourmente khmère rouge. Elle, ancienne institutrice au centre pédagogique de Kandal, lui, "professeur chargé d'histoire-géographie". Quelques mots de français ressurgissent ici et là, venant colorer leur discours à la syntaxe maîtrisée.

C'est elle, Sarom, qui a hérité de l'appartement en rejoignant en 1979 le ministère de la Culture. Tout poste obtenu en son sein donnait droit à un appartement au Building, elle le savait d'amis fraîchement employés. Elle était seule, elle a saisi l'occasion.

"A la chute du régime khmer rouge, je n'étais plus avec les miens. J'avais perdu mon mari, ainsi que trois de mes quatre enfants, morts de faim dans ces années noires. Quand ils [les Khmers rouges] ont pris le pouvoir le 17 avril [1975], ils nous ont demandé d'écrire nos biographies. Je voulais que mon époux leur cache sa fonction, il travaillait pour le ministère de l'Intérieur [sous Lon Nol]. Mais il a ignoré mon conseil. Il m'a envoyé un vif coup de pied pour me forcer à confirmer devant eux ce qu'il disait. Il s'est laissé duper, croyant comme ils le lui faisaient miroiter qu'il pourrait décrocher un bon poste. Trois jours plus tard, ils l'emmenaient avec d'autres je ne sais où, et je ne devais plus jamais le revoir..."

Sur le nombre de logements du Building désertés à la hâte par leurs locataires et encore vides en cette année 1979, Sarom n'a que l'embarras du choix. Elle opte pour ce petit trois-pièces du deuxième étage, à proximité d'amis retrouvés, assurant aux responsables du ministère qu'elle sera bientôt rejointe par "ses" enfants. Elles sont alors une centaine de familles à occuper les lieux.

L'institutrice se souvient, à son arrivée, des tas d'ordures qui jalonnaient les couloirs de l'immeuble, de la grosse armoire en bois précieux qui gisait au sol de ce qui allait devenir son appartement, éventrée par des pilleurs qui avaient flairé le logement de nantis.

Le Building se réanime au fil des années 1980, se remplissant d'âmes jusque dans ses moindres coins et recoins. "En 1991, avec le flot de réfugiés de retour des camps, le parking ouvert aux quatre vents du rez-de-chaussée est réaménagé en logements et des cabanes commencent à surgir de terre tout autour...", se remémore M. Pech.

Le bon vieux temps
"Dans les années 1980, on ne souffrait pas de vols. Quand on oubliait des affaires dans le couloir, on était sûr de les y retrouver. Aujourd'hui, en moins de deux, tout disparaît ! Il n'y a pas à dire mais, sous l'occupation communiste, la sécurité était très bonne ! Il y avait un responsable par groupe de dix familles, et les allées et venues étaient contrôlées. Maintenant, c'est simple, c'est l'anarchie la plus totale !", observe à regret M. Pech.

Pour lui, les premières élections législatives, organisées en 1993, sonnent le glas d'une période privilégiée. Dès lors, souligne-t-il, tout bascule, les verrous sociaux sautent, les mauvaises moeurs se répandent comme une traînée de poudre. "Depuis, les Cambodgiens ne se font plus confiance", tranche ce militant du Parti du peuple cambodgien, dont la casquette estampillée de la tévoda-logo du parti au pouvoir est posée en évidence sur le petit poste de télévision. Et comme bien d'autres, l'ancien prof et directeur adjoint d'école de pointer un doigt accusateur vers les cohortes de fonctionnaires de l'Apronuc et leurs conduites reprochables...

Preuve que le couple ne se plaît plus dans cet environnement, ils vivent retranchés chez eux, porte close et oreilles rivées au poste de radio comme s'ils voulaient se détourner de ce monde par trop sonore et compromettant pour eux, qui se présentent comme des parangons de vertu.

Honnêtes et pauvres
En 1981, Sarom décline une offre en or. On lui propose de prendre la direction de l'actuelle école phnompenhoise Sothearos, fonction assortie d'une sympathique maison de logement. Mais voilà, sa mémoire lui jouant des tours, elle ne se sent pas à la hauteur du poste.

"Par exemple, j'ai oublié certaines conjugaisons, ou encore, si je me lance dans un discours, je m'embrouille... Je suis restée sous le choc des scènes d'horreur que j'ai vues sous les Khmers rouges, comme le viol suivi du meurtre de Huy Meas, une célèbre chanteuse. Cela s'est passé devant mes yeux ! J'ai assisté plus d'une fois à ce genre d'exactions... Comment oublier ?"

De toute façon, l'enrichissement personnel n'a jamais été le moteur de sa vie. En 1979, elle est déjà toute à sa joie d'avoir un abri et de quoi manger. "C'était tellement en comparaison avec avant !" Comme parlant pour elle, elle murmure : "Les gens honnêtes ne sont pas légion, et on les trouve plutôt du côté des pauvres".

Au riel près

Si leur cocon n'a pas changé d'un iota depuis toutes ces années, ce n'est pas par désintérêt de l'art décoratif mais par "manque de moyens", précisent en choeur Pech et Sarom.

Les deux retraités devraient compter chaque mois sur 440 000 riels (110 US$) au titre de leurs pensions. En théorie. Au lieu de cela, ils ne touchent que 150 000 riels (37,5 US$), qui plus est avec un retard de versement de... 13 mois ! "Comment faites-vous pour vous en sortir ?" La question est accueillie par de petits rires. "On se débrouille pour que les 150 000 riels nous tiennent jusqu'à la fin du mois ! Faut bien calculer... On a dû supprimer un des trois repas quotidiens, et on prépare souvent du khor, un plat que l'on peut conserver longtemps."

Ils ne se plaignent pas, se disent en partie responsables de leur situation. "On aurait pu cumuler les biens, obtenir plusieurs appartements de fonction..., mais voilà, on est honnête ! On n'a jamais mordu à la corruption", se prévaut le mari. "On est peut-être un peu naïfs...", glisse timidement l'épouse, comme pour s'excuser, comme pour ne pas avoir l'air d'administrer de leçons à leurs pairs. Leur incorruptibilité suscite de l'admiration chez certains professeurs qui de temps à autre leur offrent, qui un repas, qui des fruits. Ils ont cependant leur orgueil, et se gardent bien d'appeler à l'aide.

Pech et Sarom n'ont pas fini de se serrer la ceinture mais ils ont pour eux leur tranquillité d'esprit. Une sérénité qui transpire dans le moindre détail de leur logement. Alors ils vont cahin-caha, à pas feutrés - elle avec ses problèmes d'estomac et de tension, lui avec ses problèmes oculaires qui lui rendent difficile toute sortie au dehors - vers des lendemains qu'ils devinent guère chantants mais libres des entraves d'un matérialisme qui n'aura pas ferré leurs vies.

Par Stéphanie Gée et Chheang Bopha

Photo : Le Building (Phnom Penh), le 10 janvier 2008. Pech et Sarom, un couple de fonctionnaires retraités, nous reçoivent dans leur minuscule appartement



Sources : http://ka-set.info/actualites/cultures-et-societe/cambodge-building-vieux-retraite-080926.html
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Linda met les jeunes à la console

Leak Linda, mère de deux enfants et épouse d'un chauffeur de taxi, ne comprend rien aux jeux vidéo. Elle le dit sans complexe, "ça la dépasse". Et pourtant, elle est la patronne d'une petite salle de jeux vidéo à Phnom Penh, capitale du Cambodge ; en fait, le salon de l'appartement du 3e étage du Building, deuxième cage d'escalier, où vit sa petite famille et qu'elle a réaménagé en conséquence il y a plus d'un an.


Des jeux éducatifs et rentables
C'est son fils de 15 ans qui lui en a donné l'idée. L'adolescent aime fréquenter ce genre d'endroits, présents dans le voisinage de son école. Linda se dit différente des autres mères qui tentent par tous les moyens de tenir leurs rejetons éloignés de ce type de divertissements.

"Tant qu'il ne sèche pas les cours et qu'il rapporte de bonnes notes, pourquoi le priverais-je de cette distraction ? En plus, ça le familiarise avec l'informatique et l'anglais - car toutes les indications de jeux sont rédigées en anglais - ce qui, je suis sûre, pourra lui servir plus tard...", argumente-t-elle.

Les jeunes vont et viennent chez Linda. Et contre les petits creux, la patronne leur prépare des bols de nouilles frites ou écoule ses gâteaux et autres friandises. Depuis des années, elle tient une petite échoppe à l'entrée de chez elle. Dans le couloir. "Les jeux ont permis de doper les ventes", concède-t-elle. Mais elle a conscience que pour maintenir son business à flot, elle doit maintenir en éveil la curiosité de sa clientèle adolescente. "Ils ne veulent pas de jeux démodés. Il faut donc rester à la page. Je viens de racheter des ordinateurs. Et mon fils se tient au courant des nouveautés pour qu'on reste à la page. C'est lui qui montre aux clients comment jouer car certains ne sont pas habitués à se servir d'un ordinateur."

"La Playstation 2, c'est dépassé"
Quant à sa fille de 12 ans, elle s'est également prise au jeu, même si les "jupes-soquettes" semblent exclues de cet univers. "J'aime pas la Playstation 2, c'est dépassé, on s'ennuie vite !" Le petit bout de femme sautille, bredouillant des mots anglais appris dans une école privée. "J'étudie cette langue car c'est important de la connaître : je veux devenir infirmière. Il faut que je puisse me débrouiller si jamais j'ai à m'occuper de malades étrangers", explique-t-elle avec une spontanéité désarmante. De fil en aiguille, la cadette lâche que son père voudrait en fait qu'elle devienne guide touristique et insiste donc pour qu'elle maîtrise la langue la plus usitée dans cette profession.

La fillette se dit satisfaite de la nouvelle orientation commerciale maternelle. "Depuis que maman a ouvert une salle de jeux, elle est bien plus cool et il est plus facile de lui demander de l'argent de poche", résume-t-elle tout en s'empiffrant de poudre chocolatée Milo. Les discussions s'interrompent. D'un seul homme tout le monde se lève des sièges obstruant l'étroit couloir au passage de bonzes, qui glissent dans un bruissement de toges, en file indienne et sébile en main en quête de dons. De l'autre côté du couloir, l'ombre d'un garçon perché sur des rollers se dessine et, quelques arabesques plus tard, s'efface.

Des garçons "sages"
Interrogée sur le fait que les autorités ont procédé à maintes reprises à Phnom Penh à la fermeture d'établissements de jeux vidéo à proximité des écoles, accusés de dévoyer les élèves, Linda se renfrogne. "Je n'ai jamais reçu la visite de la police pour me demander de mettre fin à cette activité. Chez moi, les jeunes s'amusent bien, et aucun parent n'est venu s'en plaindre ! Je ne vois pas ce qu'il y a d'illégal dans les jeux vidéo, ce n'est tout de même pas de la drogue !"

Qu'ils sortent des salles de cours ou soient des jeunes sans travail, les clients de Linda viennent tuer le temps. "Je préfère les voir derrière des ordinateurs plutôt que traîner leurs guêtres en bas et babiller avec les motodops ou encore, pire, s'acoquiner avec des voyous, des drogués. Je suis sûre qu'avec les jeux vidéo, ils développent leur quotient intellectuel", défend-elle, ajoutant qu'elle n'accueille que des garçons "sages".

S'offrir un ticket de sortie du Building
Les bons jours, soit le week-end, Linda peut empocher jusqu'à 15 000 riels, contre 5 000 riels les jours d'école, l'heure de détente dans un monde virtuel étant facturée 1 000 riels. Il lui a fallu plusieurs années d'économies avant de réaliser cet investissement en consoles et ordinateurs. Un risque qu'elle dit avoir pris "sans regret". Avec au bout le lointain rêve de "quitter le Building" où elle est arrivée voilà dix ans. Tout ce qu'elle fait, elle le fait pour atteindre cet ultime objectif : recommencer une vie loin de cet univers qu'elle a pris en horreur.

"Au début, on trouvait la vie douce ici. Les habitants n'étaient que des fonctionnaires, on s'entendait bien." Puis, cette tranquillité a été ébranlée, la concorde s'est fissurée, et l'image du Building s'est ternie. "Il y a aujourd'hui trop de monde, trop de bruit, trop de délinquance. Parmi les derniers arrivés, on compte des drogués, des voleurs, etc.", lâche Linda, dont le flot de récriminations à l'endroit du Building ne semble vouloir se tarir.
Ce qui l'offusque le plus, explique-t-elle, c'est cette réputation d'endroit interlope qui colle aujourd'hui au Building. "En fait, les prostitués et les drogués sont concentrés au bout du bâtiment, c'est tout ! Mais les gens ont vite fait de généraliser et de dire que le Building en est peuplé ! C'est pourquoi je n'ose jamais avouer où j'habite. Je mens même à mes amies. J'ai peur qu'on me raille. Et puis, je m'inquiète pour l'avenir de ma fille, elle n'a que 12 ans..."

Alors, non sans nostalgie, Linda évoque le jardin qui s'étirait autrefois devant leurs murs, et sur lequel a grandi l'ombre du ministère des Relations parlementaires. "Avant ce chantier, les enfants jouaient paisiblement sur l'herbe, on s'y retrouvait aussi pour admirer les feux d'artifice tirés lors des grandes occasions... C'était le bon vieux temps."


Par Chheang Bopha et Stéphanie Gée

24-10-2008



Sources : http://ka-set.info/actualites/cultures-et-societ...e-phnom-penh-building-jeu-video-game-081024.html






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C'est pas ça le cadre du dernier film de Rithy Panh ?

Le papier ne peut pas envelopper la braise ?





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sothy a écrit

C'est pas ça le cadre du dernier film de Rithy Panh ?

Le papier ne peut pas envelopper la braise ?





:ideenoire:


Il me semble oui. En tout cas ils font souvent référence au "building". :sad:

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Les gens du Building (6) : Hun Sarath, la voix d'or de l'immeuble Par Stéphanie Gée avec Im Lim

28-11-2008

Mme Hun Sarath, croisée dans un couloir du dernier étage du Building, à Phnom Penh, commissions en main, accepte de nous ouvrir grand la porte de son chez elle. Là, le plafond constellé de taches de moisissure et les affaires qui escaladent cahin caha les murs comme pour dégager la minuscule pièce principale contrastent avec l'allure endimanchée de sa locataire, au pli de sampot impeccable. A 57 ans, elle est l'une des dernières représentantes de l'ancienne génération d'artistes du Building, cet immeuble au cœur de la capitale du Cambodge, qui cohabitent aujourd'hui avec de jeunes créateurs, et a sa petite notoriété dans le voisinage.



Avant d'écouter nos questions, en hôtesse attentionnée, Mme Hun Sarath tire le petit salon, y pose bouteilles d'eau et assiette de riz "ambok" (sauté et pilé). C'est la première habitante du Building interrogée pour cette chronique qui ne regimbera pas à l'idée d'être prise en photo. Son accord, spontané, est cependant assorti d'une condition : "Vous me laissez une minute ? Je vais changer de haut !"

De la danse au chant
Mme Hun Sarath intègre le Ballet royal à l'âge de 8 ans avant de se faire dire, à l'adolescence, qu'elle est trop grande de taille pour continuer ses gracieuses désarticulations au sein de la troupe. On lui offre de devenir chanteuse, sa voix de mélopée ayant attiré l'attention, et c'est au côté de l'orchestre traditionnel qu'elle poursuit sa carrière.

Le régime khmer rouge l'interrompt brutalement mais sa voix n'est pas pour autant muselée. Son mari est exécuté, elle pense que le même sort lui sera réservé, d'autant plus que les Khmers rouges de la province de Takéo qui encadrent son groupe n'ignorent pas qu'elle est artiste, un statut honni par le régime et qui suffit à signer l'arrêt de mort de son détenteur. Au contraire, lors des rares pauses octroyées aux travailleurs, elle est sollicitée pour entonner quelques chants.

Le génie protecteur
"Je ne sais toujours pas pourquoi j'ai eu la vie sauve mais je peux dire une chose : tous les soirs sans faute, j'ai prié le génie !" Elle se lève de sa chaise et nous introduit d'un regard à "son" génie protecteur, "Moha Eisei", littéralement le grand ascète, qui trône dignement sur un autel accroché au mur, dans une forêt de baguettes d'encens.

"Peu avant la chute du Kampuchea démocratique, les Khmers rouges ont braqué sur moi leurs armes et m'ont intimé l'ordre de les suivre dans leur fuite, me disant que si je préférais rester c'est que j'étais une espionne des Vietnamiens ! J'ai invoqué de toutes mes forces le génie, et je leur ai répondu qu'une méchante diarrhée m'empêchait de me déplacer. Comme par miracle, à peine avais-je prononcé ces mots que j'ai été prise de violentes diarrhées ! Et j'ai pu rester..." Même loin du Cambodge, lors de ses nombreux déplacements à l'étranger où elle participe à des représentations, elle ne se risquerait pas à quelque infidélité envers son "Moha Eisei", précise-t-elle dans la foulée.

Dans le Cambodge libéré de la loi tyrannique de Pol Pot, Mme Hun Sarath décroche sans difficulté un emploi au ministère de la Culture et, un peu plus tard, un logement au Building blanc. "Le nouveau ministre de la Culture, Keo Chenda, travaillait alors à regrouper les artistes qui avaient survécu aux Khmers rouges", souligne-t-elle, avant d'emplir la pièce d'une douce complainte. Elle reprend le chant et, possédant plus d'une corde à son arc, alterne spectacles et travaux de costumière.

La mémoire des chansons, et c'est tout
"Un jour, je devais chanter des paroles tristes pour un spectacle de Pich Tum Kravel. J'étais tellement émue par ce que je chantais que j'ai cru ne jamais pouvoir finir la chanson..." Sa voix s'entend ici et là, notamment dans le film "Les gens de la rizière" du cinéaste Rithy Panh. Et où encore ? "Oh, je ne me sais plus... Il n'y a que les paroles des chansons dont je me souvienne !" Sa mémoire lui joue des tours, mais qu'importe. Tant qu'elle conserve sa voix, cela ne semble pas l'inquiéter.

Depuis 1993, elle a parcouru le monde pour accompagner le Ballet royal : Belgique, France, Allemagne, Italie, Japon, Singapour, Taïwan... Dans un petit carnet, elle a soigneusement répertorié, en caractères romains et d'une écriture d'écolière, les noms des pays et des villes où elle s'est rendue, déjouant ainsi ses troubles de mémoire. "On a toujours été bien accueillis !", glisse-t-elle dans un sourire.

Elle promène un regard sur son modeste intérieur. Son salaire de fonctionnaire, reconnaît-elle, lui permet tout juste de payer les factures d'électricité... Le reste de ses revenus provient de petits contrats de costumière qu'elle continue de décrocher. Après notre entretien, elle partira ainsi rejoindre les plateaux de la chaîne CTN y apprêter quelques nymphettes.

"Si je n'avais pas la musique, je n'aurais pas de métier ! Cela me permet de rester indépendante et de ne pas vivre aux crochets de mes enfants", déclare-t-elle avec gravité. Sur ses quatre enfants, une fille est danseuse, une autre, actrice, qui s'est fait remarquer dans plusieurs séries télé avant d'aller prendre mari en France.

Dans son coin de Building, le bloc GC, Mme Hun Sarath se plaît bien. "Ici, on est solidaire entre voisins. On s'entraide pour les fêtes..." Des artistes continuent de lui rendre visite, le plus souvent pour lui demander conseil. Nostalgique, elle regrette le temps où les artistes avaient pignon sur rue au Building. "Dès qu'ils ont les moyens de déménager, ils le font !" Et l'hémorragie se poursuit. Elle, ne se fait pas d'illusion, elle n'ira nulle part ailleurs.



Photo : Phnom Penh (Cambodge), le 16 novembre 2008. Mme Hun Sarath, chanteuse, réside au dernier étage du "Building"
© Stephanie Gée


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Les gens du Building (7) : Vichhat, fils du Building et fier de l'être
Par Stéphanie Gée avec Im Lim

26-12-2008

Vichhat est né au Building, a grandi au Building et aimerait se convaincre qu'il pourra continuer à y couler des jours heureux. Un espoir envolé depuis la visite, cette année, de représentants d'une société privée venus proposer aux habitants de racheter leurs appartements pour 40 000 dollars, rapporte-t-il. Il anticipe la disparition de ce quartier vertical au cours de l'année 2009. En attendant, le jeune homme de 20 ans bataille au quotidien pour réhabiliter l'image de son immeuble décati, sis en plein cœur de la capitale du Cambodge, et injustement taxé, selon lui, de repaire de voleurs et de drogués par les Phnompenhois.

"Au Building, c'est pas bien !"
Quand Vichhat invite des camarades de classe à la maison, la moitié d'entre eux déclinent l'offre quand il leur indique son adresse... "Et encore, ceux qui viennent, j'ai dû les rassurer longuement, leur expliquer qu'ils ne couraient aucun danger !" De même, quand il doit rentrer chez lui en moto-taxi, plus d'un conducteur refuse de faire la course, "y compris dans la journée". Certains se sont fait passer à tabac au pied de l'immeuble et depuis, nombre d'entre eux ne veulent plus y remettre les pieds.

"J'entends continuellement dire : 'Ah, là-bas, au Building, c'est pas bien !' Cela me lasse, me lasse...", répète-t-il de sa voix douce, agacé par cette stigmatisation. Il est arrivé que certains garçons de son âge du Building en viennent à se quereller violemment avec des gens "de l'extérieur" pour défendre leur univers, aujourd'hui malfamé, souligne-t-il.

Un plaidoyer en faveur du vieil immeuble
"C'est depuis 2002, je dirais, que les gens ont commencé à regarder de travers le Building. Cela correspond à l'arrivée de la drogue dans l'immeuble... Tout n'est pas rose au Building, certes, mais ce n'est pas non plus l'apocalypse, proteste Vichhat. C'est vrai qu'il y a des drogués, des prostitués... Mais chacun vit sa vie et ces personnes ne nous causent pas d'ennuis ! Je suis heureux ici, je n'ai pas honte de l'endroit où je vis !"

"Je ne veux pas partir d'ici, mais beaucoup d'habitants, eux, ne rêvent que de cela..." Pour redonner un vernis à cette barre d'appartements flétrie par l'usure du temps et la main de l'homme, des habitants avaient suggéré de lancer une cotisation pour financer des travaux de rénovation. Mais tous n'ayant pas les moyens de contribuer, l'idée a été abandonnée, raconte, mélancolique, Vichhat.

L'étudiant de 3e année de l'Université royale des Beaux-arts (Urba), inscrit au département du théâtre parlé (lakhaon niyé), a des airs de Don Quichotte. Lors d'un atelier de photographie organisé par l'association Aziza - qui offre activités et cours à la jeunesse du Building et envers laquelle Vichhat n'a pas assez de mots pour exprimer sa reconnaissance -, il a choisi comme sujet d'étude son jeune frère, également étudiant à l'Urba, à la section cirque. Son propos ? Démontrer que le Building n'abrite pas seulement des jeunes de mauvaise vie mais aussi et surtout une jeune génération épanouie, des artistes...

Un voisinage d'exception
La solidarité est un mot qui prend tout son sens au Building, explique Vichhat, frange de côté, portant un gilet parsemé de têtes de mort flottant sur un ample caleçon, et une grosse croix argentée pendant à son cou, non pas par conviction religieuse mais par pur plaisir esthétique.

"Si un voisin tombe malade, il y aura toujours quelqu'un pour l'emmener à l'hôpital, on se relaiera à son chevet. Les plus âgés prennent aussi toujours le temps de donner des conseils aux plus jeunes et, lors des fêtes, on partage les mets, c'est un rituel !"

L'artiste en herbe s'est fait au Building une bande d'amis qu'il considère comme une extension de sa fratrie. Avec délice, il se remémore les parties de cache-cache endiablées, de balle au prisonnier version cambodgienne, ou encore des matches de football déchaînés qu'ils disputaient sur l'esplanade qui s'étendait au pied de l'immeuble avant que le chantier du futur ministère des Relations parlementaires ne vienne réduire à néant leur aire de jeux. Ce "détournement" d'espace, les jeunes du Building ne l'ont toujours pas digéré.

Plus grand, il a investi les terrasses de l'immeuble, "sales", mais un endroit idéal pour goûter à un peu de quiétude ou se retrouver entre amis, et faire la fête. "Au dernier Nouvel an [khmer], on avait installé là-haut des enceintes et on a dansé toute la nuit !"

Un artiste déterminé
Derrière une altière tranquillité, Vichhat dissimule une vraie force de caractère. Les arts le chatouillaient "depuis tout petit", sans qu'il puisse s'expliquer d'où lui vient cette passion. Une carrière artistique n'était cependant pas du goût du père, qui voulait qu'il s'oriente vers des études plus sages, plus conventionnelles. Quand il souffle ses dix-huit bougies, son père décède. La voie est alors libre pour qu'il se consacre pleinement à sa passion.

Il n'a pas renoncé quand, il y a deux ans, l'Urba - dont quelques-uns de ses professeurs vivent aussi au Building - a été relocalisée au nord-ouest de la capitale, le bout du monde pour bon nombre d'élèves. La moitié d'entre eux n'auraient pas suivi ce déménagement, estime Vichhat. Pour stopper l'hémorragie, raconte l'étudiant, le roi Sihamoni a financé des bus de ramassage, qui font désormais la navette entre le centre de Phnom Penh et la faculté.

Vichhat a encore trois ans d'études devant lui et des horizons ouverts, veut-il croire. "Je ne m'inquiète pas. Aujourd'hui, il est bien plus facile qu'avant de trouver un emploi dans la culture !" S'il s'angoisse, c'est au sujet de la mort annoncée du Building - "Si on doit partir, on ne sait pas où on ira..." - et de cette communauté chaleureuse qu'il quittera avec regret.




Photo : Phnom Penh (Cambodge), le 25 décembre 2008. Ny Vichhat, 20 ans, étudiant à l'Université royale des Beaux -Arts
© Stéphanie Gée




Sources : http://ka-set.info/actualites/cultures-et-societ...enh-building-vichhat-jeunes-jeunesse-081226.html
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j ai été surpris et content de voir Vichhat sur k set, je le connais bien il est du gentillesse débordante, je l'ai inviter chez moi au jours de l'an.
Pour parler des buildings je pensais que c'était bien pire que ça...enfin pour l'instant j ai jamais eu aucuns problèmes.
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