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Auteur [Lemonde.fr] : Grand-mère Yan Chhieng, ou l'itinéraire ordinaire d'une survivante khmère   ( Réponses 11 | Lectures 2624 )
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[Lemonde.fr] : Grand-mère Yan Chhieng, ou l'itinéraire ordinaire d'une survivante khmère Reply With Quote
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Grand-mère Yan Chhieng, ou l'itinéraire ordinaire d'une survivante khmère

LE MONDE | 26.07.08 | 14h25
BATTAMBANG (Cambodge) ENVOYÉ SPÉCIAL


"La guerre." C'est le seul coupable auquel grand-mère Yan Chhieng, 80 ans passés, 1,40 m sur ses jambes, mais la voix ferme d'une femme de tête, parvient à donner un nom pour le parcours de souffrances qu'elle, sa famille et les gens du village de Prek Kroach ont suivi depuis plus de trente ans.


"La guerre américaine", qu'on entendait au loin au début des années 1970 sans qu'elle se montre ici, à moins de 10 km de Battambang, la deuxième ville du Cambodge, dans l'Ouest, où l'on votera comme dans tout le pays, le 27 juillet, à l'occasion des élections législatives. Puis l'horreur des Khmers rouges ; la menace de famine - responsable d'une partie importante des 1,7 million de victimes de l'éphémère régime. La fuite en Thaïlande en quête de nourriture ; une famille séparée par une frontière de la guerre froide, la méfiance qui s'installe entre "ceux qui sont partis" et "ceux qui sont restés"...

Douze ans dans un camp de réfugiés à vivre au rythme infantilisant des distributions alimentaires des Nations unies ; son seul fils qui perd ses deux jambes sur une mine, pris dans le piège des guérillas livrant " la guerre des grands" par procuration. Le retour difficile au pays, la réinstallation sur une terre attribuée. Une des petites-filles qui meurt du sida. "A présent, les choses sont plus calmes, mais c'est la vie à la campagne : quand il y a à manger, il y a à manger. Sinon..."

Dans cet itinéraire ordinaire d'une survivante khmère, la révolution tragique infligée au pays par les Khmers rouges de Pol Pot, entre 1975 et début 1979, n'apparaît que comme une épreuve particulièrement rude voulue par le karma, le destin. Elle en a réchappé. Elle ne sait pas un mot de ce qui s'organise à Phnom Penh, la capitale, pour en juger les responsables encore en vie. Cela semble à des années-lumière de la hutte sur pilotis qu'elle habite ici - elle et six enfants en deux générations -, habitation à peine plus solide que celle qui lui a servi d'abri pendant "douze ans de vie perdue" en Thaïlande.

De toute façon, Yan Chhieng s'est fait une religion sur tout ce qui dépasse les frontières de Prek Kroach : "Que les Khmers s'aiment et se respectent entre eux. De la solidarité, pas de rancoeur, pas de vengeance. Oublions le passé. Ce qui compte, ce sont les enfants. Nous sommes tous des Khmers." Elle tenait déjà ce propos voici vingt ans quand un cinéaste néo-zélandais, Stanley Harper, l'avait filmée pendant des semaines dans sa vie de camp de "personnes déplacées", le terme officiel en Thaïlande à l'époque. A présent, son film Cambodian Dreams ("Rêves cambodgiens"), réalisé sur vingt années en temps réel de la vie d'une famille rurale khmère, est voué à une diffusion nationale dans un pays dont, pour une bonne part, la population craint jusqu'au souvenir du drame.

Mme Yan ne dit pas "les Khmers rouges". Comme beaucoup à la campagne, elle dit "Pot" ou "du temps de Pot", du nom de leur chef, qu'elle a appris par la suite. "Sous Pot", donc, le pire a été "les travaux forcés, jusque tard le soir. Dans la montagne Phnum Thmey, à une journée de marche du village, à défricher. Ils nous gardaient, armés d'un fusil, mais ne parlaient jamais, sauf pour nous dire : "Travaillez plus dur !" Si on tombait malade, ils disaient qu'on faisait semblant."

La voisine, Mme Heng, 67 ans, et son mari ont un récit identique. Les gardes-chiourme n'incarnaient même pas un discours auquel ils puissent se raccrocher aujourd'hui. "Ils ne parlaient pas bien le khmer, de toute façon." Traduction : ils n'étaient que des "sauvages de la forêt qui ignoraient jusqu'au nom du roi".

"Toujours travailler plus", jamais un mot de politique - à la différence du discours tenu à un public plus éduqué, promis à "remodelage idéologique". Mme Yan et Mme Heng ouvrent de grands yeux perdus quand on leur demande si elles ont jamais entendu les mots "révolution", "communisme" ou "socialisme". Ou ceux des grands chefs khmers rouges. Puis est venue l'heure des purges qui ont précipité la fin des Khmers rouges : règlement de comptes, de nouveaux maîtres éliminant physiquement, en une nuit, les premiers soldats, un chaos qui permit la débandade de la population, son exode vers les frontières. A n'y rien comprendre, pour les deux paysannes. Hormis qu'il fallait fuir.

C'est aujourd'hui fini. C'est ce qui compte pour Yan. Même si son obsession passée, quand elle était en situation de totale dépendance - "apprendre à mes enfants et petits-enfants à cultiver la rizière, faire en sorte qu'ils sachent toujours cela" -, n'a plus de sens à présent. La rizière ne rapporte plus, le gouvernement n'a pas investi dans la mise en valeur des terres. Les enfants en âge de travailler vont sur les chantiers de construction immobilière à Battambang, ils y gagnent mieux leur vie. Son lopin est laissé en exploitation au plus nanti des agriculteurs du village, qui en redistribue le produit au prorata des surfaces de chacun. Cela sur une base totalement privée. Le gouvernement post-Khmers rouges a renoncé à toute collectivisation, même douce.

Et tout naturellement, la terre s'en va à l'usage industriel, essentiellement des plantations des nouveaux propriétaires d'origine chinoise - de Thaïlande pour la plupart - qui investissent. "Le Cambodge change plus vite que l'arbre ne pousse", dit Mme Yan, le rire de la gêne dans la gorge.

Cette résignation, doublée d'une crainte de voir ressurgir le souvenir du génocide, est un des obstacles sur lesquels butte le procès à participation internationale des ex-chefs khmers rouges à Phnom Penh. Les plaignants ne se bousculent pas.

Parmi eux, pourtant, figure Youk Chhang, animateur du Centre de documentation sur le Cambodge, une ONG qui oeuvre à un exposé complet en justice des raisons qui ont laissé une quantité inouïe de fosses communes dans le paysage - 19 700 recensées. Décidé à agir, il envoie ses collaborateurs à la recherche des plus de 1,1 million de pétitionnaires des années 1980 qui, à l'incitation du gouvernement soutenu par le Vietnam, avaient entrepris de relever le nom des victimes, celui des bourreaux, les circonstances des tueries. Espoir de voir créer, ici, une "commission vérité et réconciliation", comme en Afrique du Sud, même si les documents ne peuvent être soumis tels quels au tribunal semi-onusien de Phnom Penh.

"La voix des victimes a été manipulée politiquement pendant trente ans, elle n'a jamais été libre", disait-il récemment. "Votre histoire ne doit pas être oubliée", insiste-t-il auprès des témoins d'atrocités. Quitte à ce qu'ils reformulent leurs témoignages pour permettre à la justice internationale de s'en saisir. Cent "nouveaux pétitionnaires" se disent prêts à la démarche.


Francis DERON


Francis Deron
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Edité le 27/07/2008 @ 18:07 par robin des bois
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Haut de page 03/08/2008 @ 01:09 Bas de page
Re : [Lemonde.fr] : Grand-mère Yan Chhieng, ou l'itinéraire ordinaire d'une survivante khmère Reply With Quote
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Chers amis du Forum,
dans l'original de cet article, on voit Mme Yan sourire avec le foulard du khmer rouge. Comme je n'avais pas aimé son "oublions le passé" qui sert la cause des bourreaux, je m'en suis ému auprès de Francis Deron, l'auteur de l'article.

Il a eu la gentillesse de me répondre (je n'étais pas allé avec le dos de la cuillère, écrivant que c'était le comble de donner dans le Monde la parole qui protège les bourreaux) tout en me précisant que ce foulard "khmer rouge" est aujourd'hui porté par toute la population rurale (il évoque le chiffre de 90%).
Je ne cache pas ma consternation, un peu comme si après le fascisme, 90 % des italiens se baladaient en chemise noire...
Pouvez-vous confirmer l'information de Francis?

Amicalement,
Patrick
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Haut de page 03/08/2008 @ 10:13 Bas de page
Re : Re : [Lemonde.fr] : Grand-mère Yan Chhieng, ou l'itinéraire ordinaire d'une survivante khmère Reply With Quote
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Patrick Salomé a écrit

Chers amis du Forum,
dans l'original de cet article, on voit Mme Yan sourire avec le foulard du khmer rouge. Comme je n'avais pas aimé son "oublions le passé" qui sert la cause des bourreaux, je m'en suis ému auprès de Francis Deron, l'auteur de l'article.

Il a eu la gentillesse de me répondre (je n'étais pas allé avec le dos de la cuillère, écrivant que c'était le comble de donner dans le Monde la parole qui protège les bourreaux) tout en me précisant que ce foulard "khmer rouge" est aujourd'hui porté par toute la population rurale (il évoque le chiffre de 90%).
Je ne cache pas ma consternation, un peu comme si après le fascisme, 90 % des italiens se baladaient en chemise noire...
Pouvez-vous confirmer l'information de Francis?

Amicalement,
Patrick



Bonjour à vous

D'abrd,il y a eu, par le passé, sur ce forum et celui de LJK, un tas de topics sur l'usage du krama et ses differentes couleurs du temps des Khmers Rouges, mais aussi avant et après les KR..!!!

Je possède l'article - version papier - de "Grand-mère YAN Chhieng et je dois dire que votre "Etonnement m'étonne un peu"

* Oui le Krama est très largement utilisé, surtout à la campagne et même en ville:

- notamment dans certains corps de métiers très salissants où il sert de tablier

- avec les mamans et les bébés , où il sert de porte-bébés.. ce qui entre nous soit dit est devenu très chic en Occident : porter Bébé contre soi dans une longue écharpe est devenu très écolo, même si la fameuse écharpe "coûte désormais la peau des fesses" ((un krama coton : je ne sais plus ?)

- comme "caleçon de bain",notamment dans le Mékong ou le Tonlé Sap (cf les baignades le long du quai Sisovath)

- comme tenue d'intérieur,le soir quand on est chez soi , m^me en ville et à Phnom penh.

-comme foulard, tout simplement!!

etc .etc

* Quant à la couleur du krama de Gran-mère YAN Chhieng, il n'est pas sûr du tout selon moi( photo sur article papier) qu'il soit rouge ; il est peut être bien mauve-lilas comme la très grande majorité des grands kramas-coton utilisés dans la vie quotidienne.
Moi aussi j'ai une collection de kramas coton dont de vrais rouges mais plus petits que le grand krama coton lilas-mauve)

- Ceci dit, l'expression "Khmers rouges"- qui a d'ailleurs toujours été refusée par les KR eux-mêmes - ne vient pas du tout de la couleur de kramas rouges, mais de SNS lui-même pour qualifier les Communistes Cambodgiens.

- S'il est exact que certaines unités d'élites des troupes KR portaient bien un krama rouge, c'était toujours en accompagnement d'un pyjama noir.

- Par contre, il y a des documents montrant les leaders KR (POL Pot et cie) portant des kramas bleus-gris , voire à dominante noire . Au passage, rappelons que des photos et films montrent SIHANOUK portant un krama , en compagnie de ces leaders KR (ces documents étant souvent en noir, tintin pour repérer la couleur du krama!!)

- Enfin, il a existé aussi des " Kramas bleus" pour aider à exécuter certains Khmers de la Zone Est, à partir de 1978.


* Presonnellment, je trouve possible (mais n'en ai pas la preuve), que la couleur des Kramas ait pu avoir une certaine signification danns l'organisation KR, voire dans certaines zones..


Ceci étant, l'usage du Krama est bien antérieur à la période KR .

Son usage est :

- soit très pratique, sil est en coton et que vous êtes en pays chaud (les miens servent lorsque j'ai un sac à dos sur le dos en randonnée)

- soit très très chic s'il s'agit de kramas en soie.. J'ai vu dernièrement Isabelle Huppert en porter de magnifiques lors du tournage du film "Barrage contre le Pacifique".

Et visiblement la Belle prend plaisir à porter ces très belles écharpes .






Edité le 03/08/2008 @ 14:00 par robin des bois
#58454 View robin+des+bois's ProfileView All Posts by robin+des+boisU2U Member
Haut de page 03/08/2008 @ 10:32 Bas de page
Re : [Lemonde.fr] : Grand-mère Yan Chhieng, ou l'itinéraire ordinaire d'une survivante khmère Reply With Quote
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Patrick Salomé a écrit

Chers amis du Forum,
dans l'original de cet article, on voit Mme Yan sourire avec le foulard du khmer rouge. Comme je n'avais pas aimé son "oublions le passé" qui sert la cause des bourreaux, je m'en suis ému auprès de Francis Deron, l'auteur de l'article.

Il a eu la gentillesse de me répondre (je n'étais pas allé avec le dos de la cuillère, écrivant que c'était le comble de donner dans le Monde la parole qui protège les bourreaux) tout en me précisant que ce foulard "khmer rouge" est aujourd'hui porté par toute la population rurale (il évoque le chiffre de 90%).
Je ne cache pas ma consternation, un peu comme si après le fascisme, 90 % des italiens se baladaient en chemise noire...
Pouvez-vous confirmer l'information de Francis?

Amicalement,
Patrick




Le "krama" rouge n'est pas un foulard inventé par les khmers rouges. Il existait bien avant leur arrivée au pouvoir.

D'ailleurs, pendant la période polpotienne, selon les "domban" le krama était soit à carreaux bleus et blancs soit à carreaux rouges et blancs.

La tenue noire était celle des paysans pour travailler dans les rizières. Cette tenue date même avant le Protectorat français.

Les khmers rouges ont fait de cette tenue un symbole pour faire croire à la population qu'il n'existait plus de classe sociale et que tout le monde devait travailler dans les rizières pour atteindre les objectifs fixés par "l'Angkar Pardévat".

L'un des objectif était de produire trois tonnes de paddy par hectare et plusieurs récoltes par an pour faire mieux qu'à l'époque d'Angkor. C'était l'un de leurs slogans.

Pour en revenir à votre question, ce qui me choquerait, ce serait plutôt de voir quelqu'un arborer la tenue complète d'un "Yothear" ( soldat révolutionnaire ) casquette Mao, pantalon et chemises noirs, chaussures type spartiate fabriquée à partir de pneu et de chambre à air de voiture et le krama rouge ou bleu.

#58456 View smors.sor's ProfileView All Posts by smors.sorU2U Member
Haut de page 03/08/2008 @ 11:54 Bas de page
Re : [Lemonde.fr] : Grand-mère Yan Chhieng, ou l'itinéraire ordinaire d'une survivante khmère Reply With Quote
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Un grand merci Robin des Bois et Smors.sor,
d'avoir pris le temps de répondre avec détails, en allant chercher aussi l'article original pour voir la photo, je ne savais même pas que cela s'appelait "krama". Maintenant que j'ai le mot je pourrai utiliser la fonction recherche sur le forum pour lire ce qu'il s'y disait antérieurement.

Vous m'avez totalement convaincu: l'habit (ou plus précisément une partie) ne fait pas le khmer rouge. Ils ont eux-même joué de la confusion entre habit traditionnel et celui de l'homme nouveau.

Je pense que j'aurai plus de mal à comprendre la résignation de Mme Yan, comme de ceux qui selon l'article de Francis Deron, ne viennent pas témoigner aux procès. C'est parce que son attitude "oublier le passé" sert objectivement les bourreaux d'hier que j'ai eu envie de lui chercher des "poux" dans la tête en regardant la photo qui la décrit.

En fait, j'imagine que ses problèmes actuels sont tels qu'elle ne peut pas demander des comptes sur les anciens. Pas d'énergie ni de temps disponible. Et son impuissance sert les intérêts de l'occident qui n'a pas intérêt à ce que l'on se remémore trop cette époque, d'où le fait que son témoignage prenne la plus grande partie de l'article tandis que celui d'un Youk Chhang, du Centre de Documentation sur le Cambodge, à la fin du texte, résonne comme celui d'un Don Quichotte...

Je suis convaincu que l'impuissance à éclaircir le passé sera le principal combustible de la prochaine déstabilisation du Cambodge et j'espère que, aussi douloureuse que soit cette recherche, sans doute moins pour ceux qui n'ont pas vécu le génocide et pourront creuser davantage, elle permettra de mettre à jour des ressorts du conditionnement humain (le désir de pureté, la peur de l'autre, le nationalisme dans un pays aux frontières récentes, la frustation, la soumission, etc) sur lesquels toute l'humanité doit s'interroger...

Cordialement,
Patrick

Edité le 03/08/2008 @ 13:04 par Patrick Salomé
#58462 View Patrick+Salom%E9's ProfileView All Posts by Patrick+Salom%E9U2U Member
Haut de page 03/08/2008 @ 13:04 Bas de page
Re : [Lemonde.fr] : Grand-mère Yan Chhieng, ou l'itinéraire ordinaire d'une survivante khmère Reply With Quote
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Patrick Salomé a écrit


Je pense que j'aurai plus de mal à comprendre la résignation de Mme Yan, comme de ceux qui selon l'article de Francis Deron, ne viennent pas témoigner aux procès. C'est parce que son attitude "oublier le passé" sert objectivement les bourreaux d'hier que j'ai eu envie de lui chercher des "poux" dans la tête en regardant la photo qui la décrit.






Je comprends très bien votre révolte par rapport à la "résignation" des victimes survivantes du génocide.

Pour comprendre cette "résignation", il faut s'interroger sur le degré de croyance de certains khmers qui sont majoritairement boudhistes.

Personnellement, je suis boudhiste et non pratiquant. Je n'ai aucun désir de vengeance et je ne crois pas trop en la justice des hommes, surtout celle du Cambodge.

Je ne suis pas contre l'idée de faire un procès pour juger les responsables du génocide.

Mais le fait, que la communauté internationale ait tergiversé pendant des dizaines d'années pour finalement faire des concessions monumentales aux ex-dirigeants khmers rouges me révoltent davantage.

D'après vous, qui sont les véritables responsables ?

Seulement ceux qui sont arrêtés aujourd'hui ou bien d'autres encore ?

A l'époque, il y avait la Chine, les USA...

Qui sont les véritables "bourreaux", seulement les ex-dirigeants khmers rouges ou il faut englober aussi tous les exécutants qui dans certains cas ont agi avec beaucoup de zèle et de cruauté ?

Et Sihanouk qui avait promis de se venger de sa destitution avec beaucoup de "tendresse", sera t-il entendu sur ses "affinités" avec les dirigeants khmers rouges ?

Pensez-vous que le Prince Norodom Sihanouk ignorait tout ce qu'il se tramait dans les zones occupées par ses amis communistes avant la chute de Phnom Penh et même après pendant les quelques mois qui ont suivi l'arrivée de ces derniers au pouvoir où il a même occuppé la fonction de Chef d'Etat du K.D ?

Pour moi, tous les coupables ne sont pas dans le box des accusés. Le procès tourne à la mascarade. Et pour les survivants, oublier le passé ne signifie pas forcément qu'il ne veulent pas de procès.

La plupart d'entre nous n'ont jamais fait le deuil. Et ce n'est pas ce procès qui va nous aider à le faire. Il faut avoir vécu ces moments de souffrance pour bien comprendre.

D'ailleurs, même les juifs survivants du nazisme ont eu du mal à raconter à leurs proches ce qu'ils ont vécu. Mais pour eux, au moins, le procès de Nuremberg n'a pas eu lieu trente ans après les crimes commis par leurs bourreaux.

Donc, voyez-vous, ce n'est même pas une question de croyance. Si pour certains, le fait de raconter les soulage pour d'autres ça les replonge dans leur cauchemar...

En tant que victime survivante on traine toute sa vie le sentiment de culpabilité. On se pose la question suivante pourquoi j'ai survécu et pas mes parents ou mes enfants...



Edité le 03/08/2008 @ 20:31 par smors.sor
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Haut de page 04/08/2008 @ 08:55 Bas de page
Re : Re : [Lemonde.fr] : Grand-mère Yan Chhieng, ou l'itinéraire ordinaire d'une survivante khmère Reply With Quote
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-1°: Je pense que j'aurai plus de mal à comprendre la résignation de Mme Yan, comme de ceux qui selon l'article de Francis Deron, ne viennent pas témoigner aux procès. C'est parce que son attitude "oublier le passé" sert objectivement les bourreaux d'hier que j'ai eu envie de lui chercher des "poux" dans la tête en regardant la photo qui la décrit.

-2°: ses problèmes actuels sont tels qu'elle ne peut pas demander des comptes sur les anciens. Pas d'énergie ni de temps disponible. Et son impuissance sert les intérêts de l'occident qui n'a pas intérêt à ce que l'on se remémore trop cette époque, d'où le fait que son témoignage prenne la plus grande partie de l'article tandis que celui d'un Youk Chhang, du Centre de Documentation sur le Cambodge, à la fin du texte, résonne comme celui d'un Don Quichotte...

-3°:Je suis convaincu que l'impuissance à éclaircir le passé sera le principal combustible de la prochaine déstabilisation du Cambodge et j'espère que, aussi douloureuse que soit cette recherche, sans doute moins pour ceux qui n'ont pas vécu le génocide et pourront creuser davantage, elle permettra de mettre à jour des ressorts du conditionnement humain ( Cordialement,
Patrick


Votre approche me parait très intéressante et tout à fait pleine de "bon sens" .

Je me permettrai d'ajouter :

-sur votre point n°1: il me parait très très difficile de comprendre ce qui s'est passé entre 70 et 79, et encore plus d'appréhender le comportement et la réaction individuelle des Khmers de l'Epoque .. lorsque l'on a une "Culture Occidentale".
Par ailleurs notre milieu est fortement influencé par ce qui s'est passé en Allemagne avec la Shoah.
Ici- et pour la seule période 75/79- nous sommes essentiellement entre Khmers ..
Une "démarche honnête" est d'essayer de reconstituer le climat de la période, à partir des seuls élements disponobles à ce moment là par la population khmère ; et on s'aperçoit encore une fois qu'il est alors indispensable de bien connaitre ce qui s'est passé entre 70 et 75

- sur votre point n°2 : Justement sur la période 70/75, il est absolument exact que la Cambodge s'est trouvé pris dans un engrenage infernal où des Puissances Extérieures ont joué un rôle évident et important dans le cadre de la 2eme Guerre du Vietnam et de la lutte contre le Communisme... Mais en terme de justce internationale- et comme par hasard - on ne peut parler de "crime contre l'Humanité "pour cette période là !!!

-sur votre point 3 : Oui et Non

Je pense que toute une partie du Peuple Khmer a adhéré aux idées khmers rouges d'avant 75 pour différentes raisons parfaitement respectables ( par ex.agression extérieure et bombardements, pauvreté, corruption et brutalité des pouvoirs politiques en place.. etc etc)

En 2010, il est évident qu'un certain nombre de ces éléments et causes sont toujours en place!!!

Alors quid de l'Avenir ?

Edité le 04/08/2008 @ 10:01 par robin des bois
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Re : [Lemonde.fr] : Grand-mère Yan Chhieng, ou l'itinéraire ordinaire d'une survivante khmère Reply With Quote
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Merci Smors.sor et Robin des Bois,
pour la pertinence de vos analyses. Je reconnais que si le génocide au Cambodge me touche et que son semblant d'impunité me perturbe, c'est parce que cela vient frapper mon identité juive et la façon dont la Shoah a été quand même suivie de quelques procès "symboliques".

Je m'aperçois, grâce à ce que vous m'écrivez, que les analogies existent mais en prenant mieux en compte le contexte. Par rapport à la Shoah, c'est grâce aux fils de déportés, Serge Klarsfeld étant le plus connu, que la parole a pu de nouveau parvenir à la société française, c'est juste que les survivants ne militaient pas pour une mise à jour de la connaissance sur les camps.

En regardant sur le Net, j'apprends même au passage que Beate Klarsfeld, la femme non juive et allemande de Serge, pour alerter l'attention sur la permanence des nazis aux postes importants en Allemagne, avait giflé Kurt Georg Kiesinger, chancelier ouest allemand en 1968 et ancien nazi ayant travaillé au Ministère de la Propagande.

On était pourtant déjà 23 ans après la chute d'Hitler...

Personnellement, j'attendais benoîtement que les procès actuels au Cambodge me permettraient de mieux comprendre les responsabilités de l'occident, comment les gouvernements, comme les populations, auraient pu prendre à corps de se battre contre les khmers rouges et pourquoi ils ne l'ont pas fait.

En vous lisant, je m'aperçois que j'attendais paresseusement une enquête qui ne peut avoir lieu qu'ici! Mon agressivité s'est d'abord tournée contre une survivante, un journaliste du Monde, parce que cela est beaucoup plus facile que d'étudier lentement les différents engrenages, notamment ceux qui mènent à sa propre passivité...

Je vais donc plus porter ma recherche sur les années 70 et 80 ici. Je retournerai la conclusion de mon précédent message, ce n'est pas tant pour éviter une nouvelle chute du Cambodge que pour comprendre comment moi-même aujourd'hui je peux laisser passer des crimes contre l'Humanité sans même broncher...

Avec mon amitié,
Patrick

Edité le 05/08/2008 @ 08:11 par Patrick Salomé
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Haut de page 04/08/2008 @ 20:02 Bas de page
Re : Re : [Lemonde.fr] : Grand-mère Yan Chhieng, ou l'itinéraire ordinaire d'une survivante khmère Reply With Quote
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Patrick Salomé a écrit



- 1° Je m'aperçois, grâce à ce que vous m'écrivez, que les analogies existent mais en prenant mieux en compte le contexte. Par rapport à la Shoah, c'est grâce aux fils de déportés, Serge Klarsfeld étant le plus connu, que la parole a pu de nouveau parvenir à la société française, c'est juste que les survivants ne militaient pas pour une mise à jour de la connaissance sur les camps.
- 2°:.... Je vais donc plus porter ma recherche sur les années 70 et 80 ici. Je retournerai la conclusion de mon précédent message, ce n'est pas tant pour éviter une nouvelle chute du Cambodge que pour comprendre comment moi-même aujourd'hui je peux laisser passer des crimes contre l'Humanité sans même broncher...

Avec mon amitié,
Patrick



Je me suis pas mal intéressé à la Shoah et me suis constitué tout un rayon de docs sur le sujet..
Je reviens de Marseille où j'ai eu l'occasion de découvrir un autre aspect de ce dossier, avec la déportation en masse et le dynamitage de tout un quartier de Marseille (le Panier) où vivaient la majorité des Immigrés Marseillais ensuite déportés.

Il me parait très difficile de comparer ces 2 crimres contre l'Humanité , sauf sur un point précis : les 2 ont été commis par les pouvoirs politiques en place et utilisés comme un moyen de gouverner et se maintenir au pouvoir

Dans le cas de la Shoah, il y a eu des dizaines de camps de concentration mais aussi des dizaines de " camps d'extermination à grande échelle"
.

Mis à part TUOL SLENG, qui s'apparente en effet à un "camp d'extermination "(20 000 victimes), la majorité des victimes khmères de 75 à 79 est morte de famine et de maladie, voire de brutalités et exécutions sommaires;

Par ailleurs dans la SHOAH , il s'agit de l'extermination d'une Ethnie clairement identifiée et pas forcément allemande de nationalité et l'échelle des victimes n'est pas du tout la m^me

Par contre, ce qui s'est passé au Cambodge entre 75 et 79 est très très particulier, surtout par le fait que celà s'est passé entre gens du même pays et de la même race pour l'essentiel...
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Déconnecté(e) Seun nmott
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A première vue j'ai tout de suite pensé à ce célèbre compositeur de la chanson khmer YANG Tchieng dit Samneang Rithy
Il a composé la célèbre "Mek Kmao ngongit"(ciel noir) chantée par Mme Mao Sareth...


Pour Lok Yeay Yan chhieng et son K... je vous laisse à vos commentaires,

Bonne journée..

Edité le 05/08/2008 @ 10:56 par Seun nmott

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Merci Robin des Bois et Seun Nmott,
pour ces nouvelles précisions.

D'abort à propos de Marseille, une ville que j'apprécie beaucoup et où ont vécu mes grand-parents depuis leur arrivée en France en 1962, je connaissais l'histoire du Panier. C'est un exemple d'éradication à l'allemande...

Et pour l'analogie Shoah/ Khmer rouge, c'est très juste de ramener les pendules à l'heure (sans quoi les révisionnistes nous tomberont dessus), je ne la mentionnais pas pour la développer mais surtout pour expliquer pourquoi le génocide cambodgien me touchait spontanément.

Smors.sor mentionnait dans un message au-dessus la responsabilité (évidente) de la Chine dans le génocide khmère. Or, un article récent du Monde évoque une action en Espagne contre la Chine et les massacres récents et même dans les années 80 au Tibet. L'Espagne a dans sa législation la possibilité de le faire.

(pour le lien: http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/200...te-pour-genocide-au-tibet_1080523_3216.html#xtor=EPR-32280123)

Y aurait-il une association khmère en Espagne ou une ici pour guider une action contre la Chine au moins pour la période 75/79?

Quant à la chanson mentionnée par Seun Nmott, malgré quelques recherches sur le Net, je n'ai pas trouvé de traduction française, donc je reste encore un peu perplexe, un peu comme si on me disait "c'est par là" sans m'indiquer de direction... J'aimerais bien en savoir davantage!

Cordialement,
Patrick


Edité le 06/08/2008 @ 22:32 par Patrick Salomé
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Déconnecté(e) Seun nmott
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Bonjour Patrick Salomé
Je suis désolé de vous avoir détourner. Ce compositeur khmer n'est pas médiatiquement connu comme SIN Sisamuth, d'où vous ne trouvez nul part ses traces.
Je créerai un topic pour lui dédicacer.

Comme j'ai déjà dis le nom YAN Chhieng de cette grande mère me fait penser à ce YANG Tchieng que j'ai connu.J'ai cru avoir de ses nouvelles. Après avoir lu le texte, j'ai compris que c'est un sujet qui revient. Comme je ne veux plus en débattre, je vous laisse à vos commentaires et réactions.

Les versions de Robin et Smors.Sor sont déjà bien clairs.

Cette pauvre G-mère n'est pas la seule qui a "les yeux fixés le ciel noir, demande la retour de la vie et de la paix.

Quant à sa Krama, elle a l'habitude de l'avoir de puis son enfance, bien avant la naissance des KR.

Je trouve quand même une coïncidence: voici le troisième paragraphe de "Ciel noir":
Oh ciel noir. Prier de ne cacher pas nos amours
Ciel de l'Or et ciel de l'argent;
Ciel des galons ... Ayez pitié...

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