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Author Quand la médecine traditionnelle rend malade faune et flore du Cambodge   ( Replies 0 | Views 1343 )
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Quand la médecine traditionnelle rend malade faune et flore du Cambodge Reply With Quote
Offline Vicheya
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Les Cambodgiens boudent encore largement les services de santé publics, leur préférant le secteur privé ou choisissant de s'en remettre à la médecine traditionnelle, bon marché, très accessible et toujours auréolée de confiance. La pharmacopée traditionnelle, selon une récente étude menée par le réseau de contrôle du commerce de la vie sauvage Traffic ("An overview of the use and trade of plants and animals in traditional medicine systems in Cambodia", David Ashwell et Naomi Walston), connaîtrait au Cambodge un regain de popularité, généré tant par une demande intérieure croissante que par le développement d'un véritable commerce régional. Outre les minéraux, plantes et animaux sauvages constituent les principaux ingrédients de ces remèdes séculaires et certaines espèces pourraient être sacrifiées sur l'autel de pratiques et croyances bien enracinées, met en garde l'organisation non gouvernementale.

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Prasat Preah Vihear (Cambodge), le 9 mars 2008. La demande de produits locaux, braconnés dans les forêts cambodgiennes pour la médecine traditionnelle, demeure très élevée dans la zone frontalière avec la Thaïlande
© John Vink / Magnum


Les enquêteurs de Traffic ont dénombré 22 échoppes de pharmacopée traditionnelle dans le seul voisinage du marché O Russey, qui en fait le quartier le mieux approvisionné de la capitale. Le Centre national de médecine traditionnelle (CNMT), rapporte l'enquête, a connaissance de 96 de ces boutiques à Phnom Penh, dont 22 sont spécialisées dans la médecine traditionnelle chinoise, une vietnamienne, le reste étant dédié à la médecine traditionnelle cambodgienne. Le CNMT est conscient, est-il ajouté, que 56 d'entre elles opèrent sans licence du ministère de la Santé.

Un marché exponentiel
Le recours à la médecine traditionnelle, très fréquent dans les zones rurales et chez les plus défavorisés, s'est également imposé ces dernières années chez une population cambodgienne urbaine et aisée, à la recherche de remèdes miracles contre certaines maladies que la médecine occidentale ne parvient pas, à ce jour, à soigner.

Contrairement à d'autres pays de la région, gros consommateurs de pharmacopée traditionnelle, qui ont commencé d'épuiser leurs ressources en plantes et animaux sauvages indispensables à la préparation de remèdes ancestraux, le Cambodge dispose d'une flore et d'une faune encore relativement abondantes.

Coincé entre la Thaïlande et le Vietnam - qui ont tous deux de larges marchés intérieurs pour la médecine traditionnelle et entretiennent des liens commerciaux avec les nations les plus consommatrices de la région -, le Cambodge est devenu une terre de convoitise.

L'organisation redoute ainsi que, sous la pression d'une demande régionale, le Cambodge se vide à son tour de cette richesse naturelle d'autant plus que plusieurs conditions favorables à un tel commerce, hautement lucratif, sont réunies : des frontières poreuses, la proximité des principaux marchés consommateurs d'Asie et une faible application de la loi, énumère l'un des deux auteurs du rapport, Naomi Walston.

La cherté, due à leur rareté, de certaines espèces animales recherchées à des fins médicinales dissuade la plupart des Cambodgiens de s'en procurer. Il en est ainsi des os de tigre, vendus à des prix inaccessibles pour les Khmers, et dont l'essentiel rejoint les marchés thaïlandais et vietnamien, ou encore de la vésicule biliaire d'ours dont sont friands le Vietnam, la Corée du Sud et la Chine.

Des animaux sauvages destinés plus à l'export
Commerce souvent entouré de secret pour échapper aux contrôles, l'achat et la vente d'animaux ou parties d'animaux sauvages à des fins médicinales restent importants au Cambodge. Ils ne trouvent plus place sur les présentoirs des échoppes, à l'exception toutefois d'espèces marines, conservés à l'abri des regards ou acquis au coup par coup, sur commande, tandis que les krus (médecins traditionnels khmers) ont commencé à substituer certaines parties d'animaux, devenues trop onéreuses, par des plantes.

Dans la province de Preah Vihear, qui partage sa frontière avec la Thaïlande et le Laos, la demande locale pour des produits de la vie sauvage resterait élevée, avec en tête du palmarès des meilleures ventes, des espèces de porc-épic, de tortue à carapace molle et d'écureuil volant.

Autre exemple cité, le site spirituel et touristique du Phnom Kulen, dans la province de Siem Reap, qui écoule d'importantes quantités d'animaux sauvages qui, après informations prises auprès des commerçants par les enquêteurs de Traffic, proviendraient de l'ancien bastion khmer rouge d'Anlong Veng, dans la province d'Oddar Meanchey, où la nature a été mieux préservée due à une présence militaire prolongée et des mines encore enfouies sous terre en grand nombre. La totalité du circuit, de la chasse et du transport à l'exportation et la vente, serait, dit-on, coordonnée par l'armée, souligne le rapport.

L'avenir des dugongs (une espèce de mammifère marin) et des dauphins Irrawady du Mékong inquiète également les défenseurs de la vie sauvage. Les deuxièmes échappent cependant aux tueries volontaires, un acte qui porte malheur selon les croyances locales. Les premiers, en revanche, sont fortement convoités, tant pour leur huile qui apaise les rhumatismes que pour leurs os qui font tomber la fièvre chez les enfants ou encore leurs poils censés calmer les maux de dents. Des parties animales qui sont exportées au moins au Vietnam et en Chine, est-il noté dans le rapport.

Des espèces végétales menacées de disparition
Les enquêteurs de Traffic ont identifié plus de 800 plantes médicinales, indigènes et allogènes, sur le sol cambodgien mais leur nombre, ajoutent-ils, pourrait excéder le millier. Leur collecte se concentre sur un certain nombre de zones-clés et leurs environs : Kirirom, Phnom Aural, Phnom Bokor, Phnom Samkos, Phnom Kulen et Phnom Tumpor. Les intermédiaires vendent généralement leurs plantes médicinales dans les échoppes de Phnom Penh à des prix s'étalant entre 500 et 5 000 riels le kilo.

Les racines des végétaux sont les parties les plus recherchées en médecine traditionnelle car jugées les plus efficaces. La demande croissante de certaines espèces pousse les collecteurs à extraire toute la racine, empêchant ainsi toute régénération de la plante, relèvent les enquêteurs de Traffic. Ainsi en est-il du plou kgouk, très prisée en Thaïlande pour les propriétés anti-vieillesse qui lui sont attribuées et dont les marchés s'alimentent au Cambodge. Il est aujourd'hui devenu presque impossible de la trouver dans la province cambodgienne de Prey Veng où elle était connue pour pousser jusque-là en très grandes quantités.

Autre plante en déperdition, la vigne jaune (voer romiet), réputée pour ses vertus antidiarrhéiques et astringentes qui, à force d'être cueillie, est sur le point de disparaître du Sud-Ouest du Cambodge . La loi forestière cambodgienne en interdit l'utilisation et l'export mais "des preuves récentes, pointe Naomi Waltson, montrent qu'elle est toujours collectée" dans cette région du Cambodge pour rejoindre la pharmacopée traditionnelle du Cambodge et du Vietnam.

Jusqu'à 50% des plantes médicinales natives du Cambodge pourraient être menacées sur le long terme, alerte quant à lui David Ashwell, auteur également du rapport de Traffic. A court terme, c'est la plante mreah prov qui risque de disparaître du paysage cambodgien. Une situation qui réclame la prise de mesures de conservation "urgentes et efficaces" tandis que les efforts pour sauvegarder la vohr romiet et la dey kla doivent être renforcés, suggère le chercheur.

Un trafic bien organisé
Le dynamique réseau de commercialisation des plantes médicinales est très bien organisé, avec au coeur du système la capitale Phnom Penh, où se concentrent la plupart des grossistes, auprès desquels de plus en plus de praticiens s'approvisionnent, certaines espèces étant devenues difficiles à trouver localement.

Les villageois peuvent être tentés d'opérer pour le compte de trafiquants qui leur promettent des sommes attrayantes mais malgré tout bien en-deçà des bénéfices qu'ils dégagent de ce commerce. Les circuits sont rodés et les quantités en jeu difficiles à évaluer.

Impact déjà tangible sur l'environnement
Certains médecins traditionnels, interrogés par les enquêteurs de Trafic, disent avoir observé le déclin dans la nature de certaines plantes médicinales qu'ils ont l'habitude de collecter pour leurs préparations.

Les auteurs du rapport prédisent que les pressions exercées par d'autres pays sur la faune et la flore sauvages du Cambodge pour satisfaire leurs propres besoins augmentera. Et Naomi Walston de relever que le commerce entre le Cambodge et la Chine a été facilité depuis la signature d'un accord entre les deux pays en janvier 2004, qui affranchit les produits cambodgiens exportés dans l'empire du milieu de taxes douanières. Or ces "produits cambodgiens" incluent notamment "presque n'importe quels plantes et animaux du Cambodge"...

Naomi Walston met en garde : "Si le Cambodge perd ses plantes et animaux au profit des marchés internationaux de médecine traditionnelle, alors la vaste majorité des Cambodgiens risquent de perdre leur seule source de soins de santé ainsi que la maîtrise de leur savoir traditionnel". L'extinction de certaines espèces végétales, si arrachées de manière systématique et sans souci de leur régénération, pourrait également "contribuer à un appauvrissement écologique de plusieurs zones forestières" du pays, conclut pour sa part David Ashwell. Une situation qui pourrait être notamment corrigée par l'adoption, ou le renforcement d'instruments légaux de régulation, et une plus grande prise de conscience des enjeux écologiques de ce phénomène chez la population et les institutions publiques, propose le rapport.


Par Stéphanie Gée



Sources : http://ka-set.info/actualites/environnements/cam...maux-plantes-medecine-traditionnelle-080718.html






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