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Author [Le Tigre] Ce n’est pas du chinois pour les Chinois   ( Replies 2 | Views 230 )
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[Le Tigre] Ce n’est pas du chinois pour les Chinois Reply With Quote
Offline Vorasith
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Registered 25/04/2003
Location Paris
LE TIGRE
CURIEUX MAGAZINE CURIEUX

Enseignes commerciales
CE N'EST PAS DU CHINOIS POUR LES CHINOIS

Par Wenling Liu

logo_article_basic.png
Article en PDF (5 pages, 775.8 ko)

Les enseignes de magasins chinois de Paris sont bien souvent mystérieuses... Wenling Liu nous donne quelques clefs pour les comprendre : des détails qui sont destinés à la communauté chinoise, et qui font qu’un habitant de Wenzhou ou un autre de Canton ne fréquentent pas les mêmes endroits. C’est aussi l’occasion de rappeler l’histoire de l’implantation géographique de la communauté asiatique à Paris, où les réfugiés politiques côtoient les migrants économiques dans les trois Chinatown de la capitale : les avenues de Choisy et d’Ivry, les Arts-et-Métiers, et le quartier de Belleville.

Photos : Sophie Leng

Durant la Première Guerre mondiale, pour faire face à la pénurie de main d’œuvre, la France fait appel à plus de 100 000 travailleurs chinois. Ils viennent de Qingtian et de Wenzhou, villes du sud de la Chine, dans la province rurale du Zhejiang. Si la majorité de ces Chinois retourne en Chine dans les années 1920, quelques milliers restent à Paris : ils s’installent dans l’îlot Chalon, dans le quartier de la gare de Lyon, qui devient ainsi le premier Chinatown de Paris. Il n’en reste aujourd’hui aucune trace, le secteur ayant été démoli pour faire place à des bureaux, si ce n’est une plaque commémorative posée en 1988 à la mémoire des Chinois de la Grande Guerre.

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Dans les années 1930, les Chinois du Zhejiang de la gare de Lyon se déplacent vers le IIIe arrondissement, et plus précisément vers le quartier des Arts-et-Métiers, autour de la rue au Maire et de la rue des Gravilliers, de la rue Chapon, de la rue des Vertus et de la rue des Archives. Ils se spécialisent dans le commerce de la maroquinerie auprès d’artisans juifs et polonais du Marais. Or, pendant la Seconde Guerre mondiale, la déportation des Juifs va laisser vacant le secteur : les Chinois reprennent les commerces et s’établissent dans le quartier comme grossistes,artisans maroquiniers, ou encore restaurateurs. Le IIIe arrondissement est donc aujourd’hui le quartier chinois le plus ancien de Paris — mais aussi le moins visible, car les devantures sont davantage francisées. À partir des années 1990, en raison d’un manque d’espace dans le quartier, les Chinois des Artset-Métiers s’installent à Belleville. Le quartier de Belleville est un vieux quartier populaire d’immigration, à cheval sur quatre arrondissements. L’implantation des commerces asiatiques se concentre principalement dans la partie neuve reconstruite vers le milieu des années 1970, délimitée par les rues de Belleville, Rampal, Rebeval et Jules-Romains. C’est dans cet îlot que se sont notamment installés depuis le milieu des années 1980 les Chinois exerçant des professions libérales. Un peu plus au nord, presque aux portes de Paris, une troisième agglomération chinoise, la moins peuplée, se situe entre le boulevard de la Chapelle et le boulevard Ney, à la jonction de quatre rues : Ordener, La Chapelle, Marx-Dormoy et Riquet, à partir de la petite place de Torcy.

Le quartier asiatique au XIIIe arrondissement, avec en son centre le triangle formé par l’avenue de Choisy, l’avenue d’Ivry et le boulevard Masséna, est le plus grand Chinatown d’Europe. Hormis les commerces traditionnels qui restent les plus nombreux, restaurants et bazars, on trouve également des salons de coiffure, pressings, salles de jeux, cinémas, ateliers de confection, cabinets d’assurances... Le XIIIe arrondissement est ainsi devenu le cœur de la communauté asiatique de Paris. La majorité des Asiatiques du quartier « sont, quelles que soient leurs nationalités juridiques, des Chinois. Ils appartiennent aux minorités chinoises qui se sont installées à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle dans toute l’Asie du SudEst, la “Méditerrannée Asiatique” et tout particulièrement dans l’ancienne Indochine française (1) ».

L’installation de Chinois de Chine dans le XIIIe arrondissement remonte aux année 1920. À l’époque, quelques étudiants chinois s’y installent et créent, avec Zhou Enlai, la section française du parti communiste chinois. Un demisiècle après, le XIIIe arrondissement devient le lieu d’accueil des refugiés politiques venus d’Asie du Sud-Est. Au cours des années 1970, suite à l’instauration d’un régime communiste au Vietnam, les réfugiés politiques sont les premiers immigrants à s’y installer. La guerre civile au Cambodge et le communisme au Laos apporteront d’autres vagues d’immigration venues d’Asie du Sud-Est : c’est autour de 1975 que le premier noyau des Chinois originaires du Cambodge, ou Sino-Khmers, s’est établi dans le quartier. Ces réfugiés occupent une partie des tours neuves de l’opération Italie 13, où il y a alors abondance de logements disponibles, suite à leur désaffection par les travailleurs français. Les tours de la porte de Choisy et de la porte d’Ivry fournissent aujourd’hui encore l’essentiel des logements de la communauté asiatique de Paris. Contrairement aux apparences, le quartier n’est cependant pas habité majoritairement par des Asiatiques. Le XIIIe arrondissement est en outre souvent considéré comme une étape transitoire lors de l’arrivée en France. Les personnes arrivées au cours des premières vagues d’immigration sont ainsi parties vivre, en raison de l’élévation des loyers dans les années 1990, à Belleville ou dans les banlieues du nord-est de Paris.


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Restaurant Fleurs de mai
Avenue de Choisy. Paris XIIIe arr.
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Le caractère chinois cun, qui signifie « village », témoigne du fait que le propriétaire appartient à la première génération d’immigrants chinois à Paris : cun est une graphie qui a été éliminée dès 1956 en Chine continentale en faveur de sa variante plus courante lors du Projet de schéma de simplification des caractères chinois ( ). Les élèves chinois des années 1970 apprennent le système d’écriture simplifié. Ainsi, s’il est naturel que la première génération d’immigrants utilise les caractères traditionnels, et que l’on trouve donc ces caractères dans le XIIIe, l’usage de ces mêmes caractères par des Chinois arrivés dans les années 1990 à Belleville est une claire référence à la tradition.


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Restaurant La Grande Muraille
Rue Volta. Paris IIIe arr.
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Ce restaurant propose des spécialités chinoises, vietnamiennes et thaïlandaises. De plus, les caractères chinois signifient restaurant La Prospérité perpétuelle et ne sont donc pas une traduction du nom français. C’est un exemple de restaurant visant le public le plus large possible.


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Traiteur Wenzhou
Rue de Belleville. Paris XIe arr.
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Ce traiteur affiche dans son nom sa région d’origine afin d’attirer les gens de la ville de Wenzhou, comme en témoigne le propriétaire : « Au début, il n’y avait pas de restaurants gérés par les Wenzhouais, rien du tout, or il habitait beaucoup de Wenzhouais ici, donc nous avons, dans le but d’attirer principalement des Wenzhouais, ouvert ce restaurant. » Les immigrés venus de Wenzhou ont été les premiers Chinois à venir en France comme main-d‘œuvre pendant la Première Guerre mondiale. Dans les années 1980, l’immigration économique des Chinois de Wenzhou a repris, facilitée par l’existence des réseaux déjà implantés en France.


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Wong Heng
Sortie du métro Porte de Choisy. Paris XIIIe arr.
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Les idéogrammes ont un seul et même sens en langue standard (le chinois mandarin) et dans tous les dialectes chinois : ils sont donc compréhensibles par l’ensemble de la communauté chinoise. En revanche, leur transcription phonétique en alphabet latin est associée à la prononciation de tel ou tel dialecte : on peut ainsi distinguer s’il s’agit de chinois de Taïwan, de Canton, etc. Ici, le nom du restaurant (« Prospérité et richesse ») n’est pas transcrit en mandarin wangxing mais wong heng : les propriétaires sont de Canton.


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Boutique Étoile Souvenirs
43 rue du Temple. Paris IIIe arr.
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La loi Toubon du 4 août 1994 relative à la langue française impose à « toute inscription apposée ou faite sur la voie publique » d’être « formulée en langue française ». C’est ce qui explique la double écriture systématique (idéogrammes/alphabet latin) des restaurants et commerces chinois. Dans le quartier des Arts-et-Métiers, la législation de la mairie de Paris s’avère plus contraignante encore en ce qui concerne les magasins de gros : les idéogrammes sont tout simplement interdits — sans que nous ayions trouvé le texte de loi sur lequel cette interdiction repose. Cette règle tacite explique que le IIIe soit le plus discret des Chinatown de Paris. Le propriétaire de la boutique Étoile affirme que « selon les autorités, les magasins de gros ne visent pas seulement les Chinois, n’est-ce pas, alors... » Ce propriétaire a choisi de payer une amende forfaitaire pour conserver son enseigne en écriture chinoise. C’est désormais la seule boutique de la rue du Temple à afficher des idéogrammes.


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Boutique Rong Fa
47 rue au Maire. Paris IIIe arr.
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L’obligation d’écrire en « français » se résume dans les faits à l’obligation d’écrire en alphabet latin... Ainsi le nom « Rong Fa » est-il une transcription phonétique en pinyin du terme chinois signifiant « prospérité et fortune »... mais ne signifie strictement rien en français. Dès lors, on se demande quel est le but avoué de cette législation, qui semble sous-entendre que l’emploi d’autres systèmes d’écriture constitue une sorte d’« affront visuel ».


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Boutique Li Liane
38 rue au Maire. Paris IIIe arr.
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La boutique de maroquinerie Li Liane, soumise à la même législation, joue quant à elle sur un double sens : les Français retiennent le prénom « Liliane », cependant que les Chinois entendent la transcription phonétique de l’idéogramme signifiant « la beauté ».


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Restaurant Temple Céleste
9 rue Volta. Paris IIIe arr.
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C’est l’un des plus anciens restaurants chinois de Paris ; il existe depuis les années 1970. Les duilian, inscriptions verticales parallèles sur le portail rouge, sont typiques des vieux quartiers de Pékin. Ils signifient ici : Les paysages magnifiques du Palais d’Été ont été transmis miraculeusement ; les visiteurs élégants du Temple du Ciel entrent en un flot ininterrompu.

Edité le 10/04/2008 @ 08:28 par Vorasith
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Re : [Le Tigre] Ce n’est pas du chinois pour les Chinois Reply With Quote
Offline Vicheya
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Interessant ce post ! :angkorbeer:

Site de thanka, peinture traditionnelle bouddhiste
http://thanka-sherpa.blogspot.com/
:nepal: __________________ :japonais: __ :sompeah: __ :japonais: _________________ :cambodge:
Association des Cambodgiens de Franche-Comté (Besançon)
http://associationcambodgiensfranche-comte.blogspot.com/


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Re : [Le Tigre] Ce n’est pas du chinois pour les Chinois Reply With Quote
Offline VANNA
Membre Honorable
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Registered 16/03/2007
Article intéressant, merci Vorasith,

On ne sait ce qu’il y a derrière un menu…chinois.

Deux plats,dont l’un est bien présenté dans une belle assiette joliement décorée,l’autre dans une vulgaire faut porcelaine abimée; lorsqu’on les goutte,on a tendance à dire que le premier est bien meilleur,et pourtant ils sont issus de la même marmite.

Goûter d’abord votre plat,s’il est bon…n’assaisonner rien de plus.

Bon appétit :-P

C’est le nouvel an Khmer, cette semaine je mange que Cambodgien - Laov.


Tak Tign Nôy Nôy :bebedanse:





Edité le 14/04/2008 @ 10:18 par VANNA
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