HIS LAST WITNESSING Dith Pran, survivor of Cambodian horror, faces cancer with serenity Mercredi 19 mars 2008 Le monde le connait comme le porte parole énergique des fantômes des champs de la mort cambodgiens, mais maintenant DITH PRAN parle à peine, dans un murmure. L'homme qui a survécut aux privations et à la torture des brigades d'enfants de POL POT livre aujourd'hui un nouveau combat depuis un lit d'hôpital du New Jersey. Cette fois l'ennemi est encore plus implacable : le cancer du pancréas. Les amis et la famille pensent que si quelqu'un peut gagner cette bataille, c'est bien PRAN, 65 ans, un temps décrit comme un survivant "au sens darwinien du terme" et dont l'histoire servit de base en 1984 au film "La déchirure", primé en de multiples occasions. PRAN, qui vit à WOODBRIDGE, assure qu'il se battra contre le sort, mais qu'à la fin, "c'est mon destin qui m'emmènera où je dois aller." "Nous avons déjà repoussé l'ennemi dans les faubourgs," plaisantait PRAN la semaine dernière après avoir terminé sa séance de radiothérapie. "La nourriture, les médicaments et la méditation sont de bons soldats et je suis prêt à me battre." L'homme en bonne santé et au visage rond qui dansait il y'a encore peu au mariage de son fils n'est plus maintenant qu'un corps décharné de 54 kilos. Le seul moment de sa vie d'adulte où il a pesé moins est quand en 1979, il est sorti titubant de la jungle à la frontière thaïe, couvert de plaies, souffrant de malnutrition et de malaria. Mais avec son courage habituel, il refuse de se désespérer sur son sort - "Je sais comment retrouver mon adversité." Il prévoit d'utiliser son expérience pour une campagne de dépistage précoce. Il est aussi temps de se retourner sur une vie extraordinairement bien remplie. "Vous et moi n'aurions jamais pu survivre à ce que PRAN a vécu. Et il est resté l'une des personnes les plus adorable que j'ai jamais connue," clame SYDNEY SCHANBERG, 74 ans, ancien reporter du New York Times, qui avait insisté pour partager son prix PULITZER de 1976 sur sa couverture de la guerre au Cambodge avec son interprète, assistant et ami DITH PRAN. "PRAN m'a sauvé la vie, quasiment en sacrifiant la sienne," rajoute SCHANBERG, s'affairant autour de la chambre d'hôpital, parlant au personnel, prenant des notes, lisant les messages de la légion d'amis que PRAN s'est fait pendant les 30 années de sa carrière de journaliste photographe. "Il n'y a pas de mot pour décrire ce que PRAN représente pour moi." C'est un poignant retour des choses, par rapport à l'époque où PRAN prenait soin de SCHANBERG. C'était en avril 1975, au Cambodge, après cinq ans de guerre civile. PHNOM PENH, la capitale, était cernée par les khmers rouges, des rebelles communistes soutenus par la Chine. La plupart des Américains étaient déjà partis, mais SCHANBERG, le correspondant du Times, voulait rester pour témoigner de la chute de la ville. SCHANBERG offrit l'évacuation à PRAN, sa femme et ses cinq enfants. Ce dernier mit sa famille dans un hélicoptère américain, mais resta pour aider ses amis. D'après "Mort et vie de DITH PRAN", le récit de SCHANBERG datant de 1980, lui et une poignée d'autres journalistes furent arrêtés dès le début des évènements et auraient été tués si PRAN n'était pas intervenu en leur faveur. Il leur sauva la vie mais fut pris par les khmers rouges pour servir "la réforme agraire" qui déboucha sur un holocauste. Alors que SCHANBERG et les autres journalistes étaient finalement conduits en sûreté en Thaïlande. PRAN fut envoyé dans la campagne cambodgienne, où il passa plus de quatre ans dans des conditions qui firent périr 1,5 millions de personnes - pas loin du tiers des habitants de son pays. Ils étaient assassinés à cause de leurs liens avec l'ancien gouvernement, parce qu'ils étaient intellectuels, docteurs, avocats ou enseignants. Les gens étaient tués par les khmers rouges s'ils portaient des lunettes, se tenaient la main, donnaient du riz à leurs enfants en train de mourir ou simplement sans raison. Les rescapés étaient employés dans des camps de travail 16 heures par jour, à planter du riz qui était envoyé en Chine ou à construire à la main des barrages ou des routes. Ceux qui n'étaient pas morts d'épuisement ou de malnutrition étaient victimes de maladies, des insectes venimeux et d'infections. C'est dans ces conditions que vécut PRAN, cachant son intelligence, son éducation et sa force. Il résista aux coups et à la torture, à la maladie et à la malnutrition. 50 autres membres de sa famille dont son père, ses trois enfants, sœurs, nièces et neveux ne purent en réchapper. Mais la survie eût un coût tel que PRAN ne pensait pas qu'il pourrait le payer. "J'ai mangé des cafards et d'autres choses encore plus dégoutantes. J'ai bu de l'eau sale; qui sait quels poisons elle contenait avec toutes ces bombes (américaines) tombées aux alentours ? Peut être que c'est ce qui a déclenché mon cancer 30 ans plus tard," avance-t-il dans un faible haussement d'épaules. PRAN prétend qu'il n'est pas pratiquant, mais qu'il a quand même un sens bouddhiste du destin. "C'était juste pour moi de rester auprès de SYDNEY, même si ça impliquait d'aller là où j'ai été." explique-t-il avec une douce dignité. "Je veux sauver des vies, notamment la mienne, mais les Cambodgiens croient que nous ne faisons que louer notre corps. "c'est juste une demeure pour l'esprit, et quand la maison est pleine de termites, il est temps de partir." Toutefois, avant de fermer la porte, il y a du ménage à faire, prévient PRAN. Il reste à accorder sa première femme, MEON, qui lui apporte des nouilles de riz tous les jours, et BETTE PARSLOW, son amie proche depuis des années, qui ramène GABBY, son petit chien, assis sur son lit. Les femmes respectent la place de l'autre dans la vie de PRAN. MEOUN, dont le mariage avait été arrangé quand elle avait 16 ans, a divorcé il y a plusieurs années, "mais un mari est comme un cerf volant. On peut lâcher la ficelle mais on ne le laissera jamais vraiment partir." avoue-t-elle. Elle a sorti des photos de ses enfants; l'une d'elle est celle du passeport de la croix rouge, quand ils s'échappèrent de PHNOM PENH en 1975. "Je me rappelle toujours de lui qui restait alors que nous allions vers l'hélicoptère. Je ne l'ai plus vu pendant quatre ans, et quand il est revenu, les cauchemars étaient terribles." Elle touche doucement le visage de PRAN puis range la chambre. Elle retire les vœux de bon rétablissement des journalistes du monde entier, reconnaissance envers cet humanitaire légendaire et photographe qui travaille pour le New York Times depuis 1980. De nouveaux visiteurs arrivent avec des appareils photos. Ils veulent faire un documentaire depuis la chambre d'hôpital. Il portera également sur sa campagne en faveur des victimes cambodgiennes du génocide et des réfugiés, sa médaille d'honneur d'Ellis Island en 1989 et sa nomination d'ambassadeur honoraire auprès du haut commissariat des nations unies aux réfugiés. Viennent ensuite les visites de ses enfants, petits enfants et des douzaines de collègues qui font mine d'ignorer les règles de l'hôpital et déambule en permanence. Ce sont les médias. Il est déterminé à utiliser sa célébrité tardive pour aider à faire prendre conscience des ravages "sournois" du cancer du pancréas, la maladie qui touche également l'acteur Patrick SWAYZE et a emporté MICHAEL LANDON et LUCIANO PAVAROTTI. "Je pensais, car je ne buvais pas, ni ne fumais ni ne me droguais qu'il n'y avait pas de danger. Aussi, j'ai ignoré les signes avant coureurs (perte de poids, douleurs abdominales) jusqu'à ce qu'il soit trop tard." reconnait PRAN. "J'espère que mon cas servira d'exemple aux gens et qu'ils insisteront auprès de leurs docteur pour faire des dépistages tous les six mois." "Je n'ai pas peur de mourir, mais je n'aime pas voir une vie gâchée" Ironiquement, la maladie de PRAN a été détectée à la veille du procès pour crimes de guerre des derniers haut dirigeants khmers rouges encore en vie - POL POT est décédé d'une attaque cardiaque en 1998 - mais il pense que cela n'est plus très important. "Tout cela est politique, de la même manière que le fait que les Américain bombardaient le Cambodge était politique. "Ce n'est pas important que la mort vienne de bombes ou de torture," explique PRAN. "Ce qui est important est de s'en rappeler, de continuer à en parler et peut être qu'un jour quand nous évoquerons un holocauste, nous pourrons dire 'plus jamais ça !'" En 1989, PRAN est retourné au Cambodge avec une commission des droits de l'homme. Alors qu'il était là bas, il est revenu sur son lieu de naissance, près d'ANGKOR WAT pour finalement inhumer les cendres de ses parents, les seuls membres de sa famille qu'il ait pu retrouver après la guerre. A la fin de la cérémonie bouddhiste, les moines ont relâché une petite tortue. Relatant la cérémonie dans un article du Times, PRAN décrit: "En rendant la liberté à une créature vivante nous gagnons des mérites et nous nous délivrons de certaines souffrances, nous ou les personnes que nous aimons, pour notre vie à venir." BY JUDY PEET Star-Ledger Staff
Décès du photojournaliste Dith Pran, qui avait inspiré "La Déchirure" AP | 30.03.2008 | 15:11 Le photojournaliste cambogien Dith Pran, dont le calvaire sous les Khmers rouges avait inspiré le film "La Déchirure", est mort dimanche matin à l'âge de 65 ans d'un cancer du pancréas pour lequel il avait été diagnostiqué il y a trois mois, a annoncé Sydney Schanberg, son ancien collègue et ami au "New York Times". Dith Tran, embauché par le "New York Times" à la photo, a eu trois fils et une fille, et six petits-enfants. Ses trois frères ont été tués par les Khmers rouges. AP
Adieu cher Pran, Que ta prochaine vie ne connaisse pas tous ces maux!
Dith Pran La Déchirure, ou la mémoire d'un génocide Dith Pran (1942-2008) Le journaliste cambodgien Dith Pran, rescapé des camps de rééducation des Khmers rouges, est mort à 65 ans aux États-Unis. Selon son ami et ancien correspondant du New York Times, Sydney Schanberg, il a succombé à un cancer du pancréas. Dith Pran est avant tout connu du grand public pour La déchirure (The killings fields). Sorti en 1984 et couronné de trois oscars, le film fait le portrait de la tragédie cambodgienne en s'inspirant fortement de sa vie et de celle du journaliste Sydney Schanberg. De l'enfer au salut Dith Pran a été à la fois l'interprète et l'assistant du correspondant étranger jusqu'à la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges, en 1975. Les deux hommes ont alors été arrêtés par les rebelles communistes et condamnés à mort. Mais Dith Pran a réussi à les faire relâcher, ainsi que deux autres reporters, en les faisant passer pour des journalistes français et non américains. Photo: AFP/Files L'acteur Haing Ngor, qui personnifia Dith Pran dans The killing fields. Scène extraite du film. Ils ont alors trouvé refuge à l'ambassade de France. Sydney Shanberg a réussi finalement à faire sortir du pays la famille de Dith Pran, mais ce dernier a été contraint de rester derrière. Il a rapidement été déporté vers les camps de rééducation dans la campagne cambodgienne. Il a souffert, comme tous ses compagnons d'infortune, de la faim et de la cruauté de ses geôliers. Il a survécu en se faisant passer pour un paysan inculte, dans un univers où toute marque de culture chez un individu suscitait la vindicte des Khmers, ne serait-ce que la possession d'une paire de lunettes. Dith Pran est parvenu à s'échapper quatre ans plus tard et, évitant les patrouilles communistes, il a gagné un camp de réfugiés à la frontière thaïlandaise. Sydney Shanberg l'y a rejoint, après de multiples recherches pour le retrouver. Je le cherchais depuis quatre ans. Je perdais espoir. Lorsqu'il est réapparu en octobre 1979, ça a été comme un vrai miracle pour moi. Ça m'a rendu à la vie. — Sydney Schanberg The killing fields, expression qui est plus tard devenue le titre d'un film, a été inventée par Dith Pran pour décrire sa fuite parmi des champs jonchés de cadavres. Quelque deux millions de personnes ont trouvé la mort sous le régime communiste des Khmers rouges, qui ont fait régner la terreur entre 1975 et 1979 au Cambodge en tentant d'imposer une utopie agraire insensée. Le père de Dith Pran, ses trois frères et une soeur ont été au nombre des victimes. Sydney Schanberg a obtenu le Prix Pulitzer en 1976 pour sa couverture du conflit. Installé aux États-Unis avec sa famille, Dith Pran devient à partir de 1980 photojournaliste au New York Times. En 1985, il a été nommé ambassadeur de bonne volonté par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Il écrira et témoignera à de nombreuses occasions sur la réalité cambodgienne sous les Khmers rouges, et il créera une association dédiée à la sensibilisation des jeunes générations au génocide cambodgien. Nous avions tous les deux la même mission: dire au reste du monde ce que vivait le peuple cambodgien. Et c'est resté sa mission tout au long de sa vie. — Sydney Schanberg
Voir aussi http://www.khmer-network.com/forum/viewthread.php?tid=6436&highlight=&page=1#pid55168 dont on n'a quasiment pas parlé : Dith Pran, le journaliste des Killing Fields est décédé. ... Adieu !
Dith Pran, un «héros des temps modernes» 09-05-2008 Peu de temps après sa mort, les Etats-Unis honorent officiellement la mémoire du photographe cambodgien. Ils qualifient sa vie d’«héroïque». Le Sénat américain a adopté, le 29 avril, une résolution honorant Dith Pran pour le courage dont il a fait preuve lors du génocide Khmers rouges (1975-1979), le qualifiant du titre de «héros des temps modernes», a affirmé «Voice of America» (VOA) dans son édition du 8 mai. La chambre des représentants, quant à elle, a pris, le 6 mai, une décision similaire en déclarant qu’elle admirait «Dith Pran pour son engagement et les efforts qu’il a accomplis pour éveiller les consciences sur les atrocités commises par les polpotistes au Cambodge». C’est toute l’œuvre de ce photographe du «New York Times», mort le 30 mars dernier, d’un cancer du pancréas à l’âge de 65 ans, qui vient d’être récompensée. Mais surtout, son courage. .....