Not logged in [Login - Register]
Go bottom
Printable Version | Send to Friend | Subscribe | Add to Favorites New TopicNew PollPost Reply
« 1  2  3 »   « Prev. thread | Next thread »  
Author KES ROKOL BESAT, L'ORCHIDEE MALFAISANTE   ( Replies 73 | Views 2127 )
Go top 16/11/2007 @ 01:15 Go bottom
KES ROKOL BESAT, L'ORCHIDEE MALFAISANTE Reply With Quote
Offline bang bruno
Membre Senior
MemberMemberMemberMember

avatar-bang-bruno.gif
 
Posts 123
Registered 14/06/2003
Location BLR 92
bonjour toutzétouss

vous allez encore dire que je suis cinglé, mais j'ai entrepris pour entretenir mon khmer de traduire en français un roman que j'adore.
L'auteur est Kong Bun Jueun. le roman s'appelle KESROKOL BESAT
(L'orchidée malfaisante)et date de 2001...
Je ne résiste pas à l'envie de partager avec vous ce petit faisceau de lumière éclairant ce grand mystère qu'est le Cambodge...

Voici le chapitre 1... le chapitre 2 arrive j'espère dans pas trop longtemps

CHAPITRE 1
UN MORT QUI NE L’EST PAS ENCORE?


Le long de la petite route en terre dont la Poussière jaillissait sur leur passage, Charat et Naren assis sur une Honda Dream 100* se dirigeaient vers un village dont on distinguait les contours flous bleutés au pied du Phnom Krapeu (montagne du crocodile)
Quelqu’un se promenant sur cette même route et contemplant ces deux gars sur leur moto les aurait presque pris pour deux frères issus d’un même moule, car non seulement ils avaient à peu près le même age – la trentaine, mais en plus les traits de leur visages présentaient des similarités telles qu’on en aurait conclu sans problèmes qu’il s’agissait là de jumeaux.
Mais ce n’était absolument pas le cas. Ces deux là n’étaient pas jumeaux, et ils n’avaient même aucun lien de sang ; c’était tout simplement deux amis qui étudiaient ensemble à l’Académie de Peinture, et rien de plus.
Après avoir quitté Phnom Penh à 5 heures du matin, ils étaient arrivés dans la province de Battambang aux environs de 3 heures de l’après midi… Ensuite, ils avaient poursuivi leur route vers le pays natal de Charat, là bas au pied du Phnom Krapeu, dans ce village du nom de Kam Ping Pwoye.

Chemin faisant, Naren qui portait un grand sac en bandouillère et qui était le passager de la moto tenta un brin de causette en direction de Charat, qui lui tenait le guidon :
« Y’a une cassette vidéo khmère, qui raconte que ce Phnom Krapeu tire son nom d’une divinité crocodilienne, qui était enfant adoptif de Neang* Marathi Ta Kouh Kéo, tu sais, celle de la légende de la jeune femme aux cheveux défaits, et…
- Ouais, c’est peut être bien ça... Tu sais, j’étais pas encore né, alors...»
Charat qui avait fait cette réponse un peu tranchante, avait en fait lâché quelques mots, juste pour répondre poliment à ce compagnon, qui n’arrêtait pas, tout le long de la route depuis Phnom Penh, de poser des questions pas possibles!
Si on avait pu toutes les noter, on en aurait sûrement rempli un livre car il commentait à son ami Charat – lui qui est tellement calé en géographie - absolument tout le paysage : grottes, bosquets, rivières..
Mais les raisons qui empêchaient Charat d’avoir le cœur à bavarder, c’étaient les circonstances mêmes de ce retour au pays : cette fois ci, contrairement aux autres fois, il ne venait pas pour passer du bon temps, mais plutôt pour voir son père adoptif, qui était tombé gravement malade.
Charat venait de recevoir la nouvelle, transmise la veille par sa jeune cousine, qui lui demandait de venir en toute hâte, pour recueillir le dernier souffle de son père. Et donc, il avait décidé d’y aller en moto, de faire l’impasse sur la voiture collective en se disant que même si la moto est plus fatigante et même un peu plus lente, c’était tout de même mieux que de s’enquiquiner à se faire toute cette route entassé, contrôlé, cahoté, …
Quant à Naren, qui était un gosse de Phnom Penh, il n’avait jamais réellement connu le Cambodge des rizières, et donc il avait demandé a Charat de venir avec, comme ça, juste pour faire la paire.

La route devint franchement défoncée, et Charat décida alors d’emprunter un sentier pour carrioles, sachant que là au bout, il tomberait sur son village. Ce chemin traversait des bosquets qui la bordait de part et d’autres, et se faufilait au milieu des rizières clairsemées de thnaots (palmiers sucriers) Poussant bien droits, pour atteindre finalement le village. Devant, apparut une charrette à bœufs transportant du foin. Elle se déplaçait très lentement, en obstruant l’étroite largeur de route praticable ; Charat arriva derrière elle, et ne Pouvant doubler, il se mit à tapoter son klaxon tout en criant :
« Eh vous à la carriole! Ecartez-vous! Laissez moi passer! Ça urge! »
Le conducteur de la charrette était une jeune femme aux longs cheveux, qui bien que maintenus dans un krama flottaient tout de même de manière désordonnée au gré de la brise de cette fin d’après midi. Elle continua à conduire ses bœufs sans même se retourner ce qui provoqua chez Charat une certaine montée d’irritation et il cria de nouveau :
« Alors toi et ta charrette. Tu ne m’entends pas quand je te demande de t’écarter un peu? Je suis pressé! Il faut que j’y ailles, d’accord? »
Cette fois-çi, la charretière au long cheveux, qui devait avoir une petite vingtaine d’années se retourna et répondit impassible :
« Messieurs! Vous voyez bien que la route est étroite, non? Si vous êtes à ce point pressés, il ne fallait pas prendre le sentier des rizières!
- Si je connaissais une autre route, je ne serais pas là à vous supplier sans arrêt comme je le fais actuellement »
Et cette fois ci, Naren se mis aussi à râler, en regardant cette charretière toujours aussi peu coopérative : « Dis, toi et ta charrette… Dans ton pays, c’est de la méchanceté ou bien de la mesquinerie… Je veux dire, refuser le passage sous prétexte que l’on s’est fait klaxonner? »
Ayant entendu ces paroles, la jeune fille à la charrette lui lança un regard noir, puis vers Charat qui poursuivait : « Ecoutez Mademoiselle. En vérité, je suis aussi de cette région… Seulement je suis parti vivre à Phnom Pehn depuis un certain temps déjà. C’est vrai, je me suis emporté, mais c’est vrai aussi que je ne puis moisir sur cette route. Je vous demande le passage… Mon père adoptif s’appelle Chaye, il habite au bout de ce village, il est malade… Je suis pressé de le retrouver! »
A ces mots, l’expression du visage de la fille changea complètement et elle répondit, tout en s’efforçant d’écarter la charrette, …?...
« Dans ce cas, tu es vraiment pressé! Passe donc!… Quand à Pou Chaye, il est proche de la fin...Il ne lui reste peut être même pas une heure à vivre. »
Charat reçut ces mots comme un effroyable choc au foie. Hébété, il fit rugir sa moto, dérapa en enclenchant la première, et tenta un dépassement de la carriole. Seulement il ne réalisa qu’après coup, qu’à ce moment précis, il s’engageait dans le passage en même temps qu’un cycliste, transportant un ensemble ampli-micro, et qui n’avait rien vu venir de loin…
Et ils se rentrèrent dedans!

Le vélo, son pilote, tout le matériel de sonorisation chutèrent avec un grand « plouf » dans la mare au buffles d’à coté. Quand à Charat et Naren, ils culbutèrent ainsi que leur moto dans un bosquet d’arbres à papier contenant une fourmilière, et dans lequel ils se retrouvèrent coincés ne pouvant ni avancer ni reculer. A ce moment là, les angkrangs, les fourmis rouges habitantes du bosquet furent prises de panique à cause des secousses provoquées par les deux jeunes gens essayant de dégager la moto. Elles leur tombèrent dessus au grand complet. Et c’est ainsi que l’on vit nos deux amis se mettre à crier et à gémir de concert, car ils étaient en train de se faire bouffer de partout par ces angkrangs.
Cet incident malencontreux fit passer instantanément la fille à la charrette, de l’état de peur à celui d’hilarité : elle avait en effet sous ses yeux : - d’une part le cycliste échevelé, couvert de boue et dont on ne voyait plus que les yeux – d’autre part ces deux Messieurs à moto en train de s’agiter bruyamment pour conjurer la douleur provoquée par les morsures de fourmis.
« Je rêve… Cette fille, là, et sa carriole : à cause d’elle on plante la moto… » râla Charat tout en s’efforçant de balayer de ses mains les angkrangs sur son corps : « Et maintenant, voilà qu’en plus elle se paie notre tête? »
La fille à la charrette, changea l’expression de son visage, et se tourna vers Charat en disant : « Ne vous méprenez pas! Je ne me permettrais pas de me moquer de vous...Des Messieurs venant de Phnom Penh!… C’est Lobang Chrwot qui me fais rire car il est dégoûtant avec toute cette boue, non? »
Chrwot, à la fois honteux et furieux proféra : « Ouais… Tu ferais mieux de te payer la tête de quelqu’un d’autre… Tu vas voir! … Quand ce sera le tour de l’un des tiens de disparaître, eh bien : ne compte pas sur moi pour te prêter mon ensemble ampli-micro afin de passer la musique des cérémonies funèbres! »
La fille à la charrette, rétorqua sans se laisser démonter : « Dis-donc, ne fais pas trop le malin mon vieux Lobang Chrwot.
Ce n’est pas parce que le Vénérable Guru Chaw Athékaa (chef du monastère) a fais de toi le préposé en chef du matos de sonorisation, avec Pouvoir sur tout le territoire de notre pagode, que tu dois te donner des grands airs crâneurs… Parce que si Ton Altesse Lobang Chrwot ne vient pas sonoriser une cérémonie, eh bien des micros-amplis, on peut s’en procurer un peu partout! Le seul problème, c’est sortir les sous! »
Après avoir balayé les fourmis et qu’il n’y en ait plus une seule sur eux, Charat et Naren s’étaient éreintés à décoincer la moto de son bosquet d’arbres à papier. De même que Chrwot avait péniblement réussi à repêcher dans la mare aux buffles son vélo et son matériel de sonorisation…
Quand à la fille à la charrette et aux cheveux longs, elle se mit à bouder l’air indifférent sans prononcer plus une seule parole.

Face à ce comportement méprisant, Charat sentit monter en lui une bouffée de grosse colère, et il fut tenté de poursuivre l’échange d’amabilités ; mais il réussit à apaiser son coeur dès lors qu’il entendit Naren calmer le jeu :
« Bon, ça va… Ne lui cherche pas encore des histoires!… Tout cela vient de ce que tu as conduis la moto sans faire attention, sans regarder à droite à gauche, et que tu as percuté quelqu’un dans l’impatience de retrouver ton père adoptif… Parce que il y’a un instant, on a cru entendre cette fille nous dire que celui-ci était proche de la fin et qu'il ne lui reste peut être même pas une heure à vivre. Bon, alors : il y’a combien de kilomètres pour se rendre à sa demeure. C’est encore loin? »
A ces derniers mots, Chrwot qui était en train de s’essuyer, en râlant s’intéressa soudain à la conversation… L’expression de son visage changea radicalement, redevenant souriante et joviale :
« Ho! Là! Mais dis donc : c’est toi Po-One Charat, n’est ce pas?
Charat eut d'abord un flash dans sa mémoire… Et puis, il examina avec attention le visage de Chrwot:
- Oui, c’est bien moi… Mais Lobang…C’est toi ! Lobang Chrwot Corne de Buffle! N’est ce pas?
- Eh? Qui veux tu que soit d’autre? » Le Jeune Chrwot posa sont vélo contre un taillis, se précipita sur Charat pour le congratuler, tout en s’exclamant joyeusement :
- Bon sang Po-One Charat comment ça va? pourquoi est tu resté silencieux si longtemps, sans jamais revenir me voir une seule fois, si bien que je te croyais mort ? Charat, n’ayant pas le temps pour une explication détaillée répondit simplement : «Bang : j’étais super occupé. Mais j’ai pris le temps de venir cette fois-çi ayant appris la nouvelle de la maladie de Chaye, mon Père adoptif… Qu’est ce qui lui est arrivé? »
A ces mots, le visage de Chrwot s’assombrit de nouveau ; il dirigea son regard vers les tours lointaines de la pagode en répondant d’un air morose : « Pou Chaye à en effet été malade : il a dépérit pendant cinq jours. Et il est décédé depuis ce matin, et non pas depuis une heure comme vient de te le dire la fille de Logne le Mékhum (chef du dictrict du groupe de hameaux).
A ce mots, Naren s’étonna :
-Comment? La fille à la charrette qu’on vient de rencontrer, c’est la fille du Mékhum, le chef du district? Chrwot s’efforça de répondre d’un air détaché : - Mmmh! Dans notre village de Kam Ping Pwoye, tout le monde la surnomme « Miss Piment Rouge ». Charat répondit en ouvrant de grands yeux :
- C’est justifié ! Si elle s’exprime de manière aussi brutale à chaque fois qu’elle l’ouvre… Et puis, il se dépêcha de changer de sujet de conversation :
- Et alors Pou Chaye… C’était quoi exactement sa maladie, Lobang Chrwot?
- Difficile de dire à quoi ça ressemblait, cette maladie. Il faut que tu voie sa fille, et là tu y verra plus clair. Il y’en a qui disent que c’est la faute d’un Génie habitant la digue de Kam Ping Pwoye… Il y’en à d’autres qui disent qu’on lui a jeté un mauvais sort…. Mmmh… Je ne sais pas trop ce qu’il y’a de vrai dans tout ça! »
Charat se massa le crâne un moment…
- A l’heure actuelle… Où se trouve le corps?
- Mais où veux tu qu’il soit? Quelle question! – coupa Naren volubile – sa dépouille est chez lui, et on est en train de préparer la cérémonie…
- Hum! Si je pose cette question, c’est parce que les gens de ce pays ont bien souvent l’habitude , quand il y’a un défunt, de le transporter jusqu’à la pagode, et ensuite seulement de commencer le déroulement de la cérémonie funèbre.
- Absolument! Répondit Chrwot qui ajouta : beaucoup de gens procèdent ainsi avec leurs défunts, de façons à éviter toutes les complications qui découlent du fait de le garder à la maison. En plus, à la pagode, c’est la qu’il y’a les moines, le funérarium et tout ça. Mais concernant la dépouille de Pou Chaye, sa fille à refusé qu’on la transporte à la pagode. La petite n’est pas complètement convaincue que son père à définitivement quitté ce monde, du fait que le corps n’est pas encore complètement refroidi, et du fait que la poitrine est encore animée par des secousses… Alors Po-One, elle le garde encore à la maison en attendant ton arrivée »
Naren se tourna vers Charat étonné Et ce dernier demanda avec anxiété:
« Mais dans ce cas, peut être qu’il est simplement tombé dans le coma?. Bang Chrwot… Il faut que j’y ailles. Je veux absolument savoir !
- Vas-y, fonce! Tout à l’heure, j’étais disposé à te chercher des crosses à cause de cette histoire de gamelle dans la boue. Mais je n’avais pas réalisé que j’avais affaire à toi. Fonce! »
Au moment ou ils entamèrent le restant du trajet, Naren en profita pour placer une nouvelle question : « Et ce matériel de sonorisation : où l’emmenez vous Bang Chrwot? – Eh bien je l’ai pris pour sonoriser la cérémonie funéraire de Pou Chay… mais peut-être que la jeune Tchaat s’opposera à ce que cette cérémonie ait lieu »

Dans le village de Kam Ping Pwoye, tout le monde connaissais bien Chrwot.
Les gens aimait bien l’appeler Chrwot Corne de Buffle, car en 1985 Chrwot s’était fait encorner par un buffle, mais il n’en était pas mort ; et ce n’est pas tout : En fait, rien n’avait jamais été facile pour lui : c’est-à-dire qu’après la mort de ses parents, à l’époque de Pol Pot il était venu vivre à la Pagode en tant que Bonzillon pour grandir et développer sa force entièrement grâce à la nourriture offerte aux moines. Comme on l’a déjà vu à travers les paroles de la fille du chef de district, Chrwot avait été chargé par le Grand Maître Chef de Paroisse de mettre à disposition le matériel de sonorisation dès qu’il y’avait un besoin quelque part dans le village. Les bénéfices ainsi récoltés étaient intégralement destinés à divers travaux d’aménagement et de rénovation du monastère.
A l’époque où il n’était pas encore parti vivre à Phnom Penh, Charat faisait paître chaque jour les bovins et les buffles avec Chrwot. Ainsi, le jour ou Chrwot s’était fait encorner, Charat faisait partie de ceux qui l’avait secouru et déposé dans la charrette l’emmenant au dispensaire de région.

Dix minutes plus tard, Charat et Naren firent halte devant une petite maison au toit tuilé, et sur l’entrée de la quelle il y’avait un drapeau dont l’emblème représentait un crocodile. Il y’avait aussi beaucoup de gens, hommes femmes jeunes vieux qui allaient venaient montaient descendaient.
La dépouille de Pou Chay gisait au milieu de la pièce principale de la maison, recouverte par une pièce d’étoffe blanche, entourée de bougies et de bâtons d’encens qui se consumaient. Il y’avait aussi des fleurs qui répandaient des parfums suaves et puissants.
A cet instant Charat ressentit un choc ; des larmes coulèrent lentement de ses yeux en même temps qu’il sentit comme une boule dans sa gorge tant il était triste et navré pour son oncle. Aussi il ne sut pas très bien quoi dire, à la jeune Tchaat, la fille de Pou Chaye, qui était sortie pour recevoir son cousin, et qui lui dit en sanglotant :
« Avant de rendre son dernier souffle, Père a déliré : il t’as appelé longuement. Alors je me suis décarcassée pour trouver un Taxi collectif, et lui confier un message à ton intention sachant que tu étudiais la peinture et que des Académies de peinture, il n’yen a pas trente six. Papa a fait vraiment pitié à voir, à t’attendre désespérément.. Et puis il a perdu connaissance à environ 8 heures ce matin.

Surmontant son chagrin, Charat pris le bras de sa cadette et l’entraîna à l’écart lui chuchotant :
« J’ai entendu Chrwot me dire que tu avais refusé que l’on emporte le corps de ton père à la pagode, par ce que tu n’est pas encore convaincue qu’il soit absolument mort. Est-ce que c’est vrai? La petite Tchaat parla à voix très basse, après avoir détourné le regard de la dépouille de son père :
- Je suis comme prises de doutes, parce que d’habitude les gens qui trépassent on le corps qui devient rapidement froid. Or en ce qui concerne notre Père, eh bien son corps est toujours chaud, et en plus, il respire par intermittence, c’est-à-dire que le temps pour nous de respirer quatre fois, eh bien il respire une fois seulement. Voilà la raison pour laquelle je ne souhaitaite pas qu’on le mette en bière ni qu’on l’emmène à la pagode… Et aussi que je voulais t’attendre pour que tu m’aide à convaincre tout le monde de le garder ici, le temps d’être vraiment sur et certain… Si il arrive un moment où son corps sera effectivement froid, et qu’il aura définitivement cessé de respirer… Alors là, on fera la cérémonie…
- Mais les médecins, les anciens du village… qu’est ce qu’ils pensent de tout ça?
-La plupart disent qu’il est bel et bien mort, mais qu’il tarde simplement à se refroidir. Tous les rebouteux du Pays on déclaré qu’ils avaient déjà rencontré de nombreux défunts présentant de telles caractéristiques, mais qu’au bout du compte ils avaient bel et bien fini par tous mourir « normalement » eux aussi. »
Charat Poussa un profond soupir. Comme il posa le regard sur un goyavier proche de la maison, il demanda :
« Tchaat… Où est ce que tu as trouvé cette orchidée (en français dans le texte)? »
La petite Tchaat, qui était une très jolie jeune fille très fraîche et justifiant que de nombreux garçons tentent de l’attirer et de la séduire, répondit après avoir regardé dans la même direction :
« orchidée? Connais pas… »
Charat marcha jusqu’au goyavier et montra du doigt une orchidée, possédant un feuillage bizarre en forme de doigts d’une main, et que l’on avait attaché et réuni à une coque de noix de coco. Il expliqua doucement à Tchaat qui s’était approchée aussi :
« Cette fleur : on l’appelle orchidée en utilisant le mot français. En langue littéraire khmère, on dit kesrokol. Mais en général, les gens de nos campagnes l’appellent fleur parasite car elle se développe en s’accrochant à d’autres arbres.
… ou alors on l’appelle aussi orchidée des forêts »
Tchaat n’avait pas tellement le cœur à s’intéresser à cette fleur. Cependant, après que Charat eu terminé de parler, elle répondit par ces deux trois mots :
« Ah oui. Cette fleur, là… Je me souviens. J’ai vu papa, qui l’avait cueilli de je ne sais où, l’entortiller dans cette coque de coco, et puis l’accrocher sous ce goyavier. »
Charat fit tourner la fleur, l’examina en haut puis en bas, tout en continuant à parler:
« Cette fleur, dans nos campagnes, elle n’a pas une grande valeur. Alors qu’en ville, elle en a beaucoup plus… On s’en sert habituellement comme plante d’ornement, pour les maisons ou les grandes villas… »
Tchaat estimait qu’il était peut être temps d’arrêter de parler de cette fleur, tant ses pensées était absorbées par son père…. Mais quand elle entendit les paroles de Charat, elle ajouta quand même :
« Absolument. Quand Papa a ramené cette fleur, il en est comme tombé profondément amoureux… Mais cela n’a duré qu’un seul jour, car peu après il es tombé malade, sans se relever depuis. »
En entendant cela, Charat lâcha la fleur et regarda de nouveau le visage de sa petite cousine: « Comment ça? Tu veux dire que tant qu’il n’avait pas ramené cette fleur, sa santé était bonne? …Il était en pleine forme? »
La petite Tchaat s’efforça de répondre à son aîné en souriant douloureusement?
« Mais oui! Papa n’a jamais été malade. Sa constitution commençait à vieillir un peu, mais il restait costaud et musclé. Il allait tous les jours avec son filet attraper des poissons au lac Kam Ping Pwoye. Il en remplissait la moitié de sa barque et revenait avec pour le vendre. Il n’a jamais manqué un seul jour à cette tâche! »

Alors que Charat et la jeune Tchaat s’entretenaient à propos de ces révélations, Naren s’était approché d’eux. Charat changea brusquement de sujet de conversation.
« Euh! Tchaat… Voici mon ami Naren. Je suis trop bousculé, à ce point que je n’ai pas fais les présentations » Tchaat joignit les mains pour saluer avec beaucoup de douceur et de grâce. Son beau visage noble souriait péniblement tandis qu’elle eu ces paroles charmantes : « Oui. Je vous remercie cher Monsieur d’être venu rendre cette visite jusqu’à ma demeure. Or, vous êtes certainement mal à l’aise, du fait de votre arrivée au moment la disparition de mon père. Je vous demande , Monsieur de me pardonner. Je suis complètement bouleversée et je ne vous ai pas accueilli de manière convenable »
« il n’y’a pas de quoi Mademoiselle. » Naren qui était un beau parleur répondit du tac au tac : « le Père adoptif de Charat, et bien c’est comme mon père aussi. Vous êtes dans la peine, chère Mademoiselle, et bien je suis dans la peine aussi. Il nous faut maintenant joindre nos forces pour effectuer la cérémonie mortuaire avec élégance et dignité »
Et puis, tous les trois quittèrent cet endroit où était accroché la kesrokol; ils retournèrent là où se trouvait le défunt. C’est alors qu’apparut soudain un homme d’un certain age qui se dirigea vers la jeune Tchaat et lui dit. «Ah, te voilà Kmouy Tchaat. Et je vois que Kmouy Charat est enfin parmi nous, j’en déduis que toutes les conditions sont réunies pour que l’on procède à la mise en bière de Po-one Chaye. Il faut également préparer la diffusion de la musique funèbre traditionnelle et réciter les hommages rituels. Les personnes formant le chœur viennent d’arriver… Je vais dire à Chrwot d’aller chercher le groupe électrogène et des ampoules de rechange parce que ta maison doit rester éclairée toute la nuit jusqu’au prochain lever du jour »
Cet homme d’un certain age, auteur de ces dernières paroles était le Mékhum Logne, le chef des communes de tout le secteur de Phnom Krapeu; il était ami proche du père de Tchaat, celui qui venait de mourir.
Du fait de des liens intimes qu’il avait entretenu avec Chaye quand celui-ci était encore vivant, le Mékhum Logne était accouru pour aider à la préparation des taches liés à la cérémonie funéraire, en y mettant tout son cœur… Et puis il savait bien que Chaye n’avait pas beaucoup d’enfants dans sa maison, à part Tchaat et Charat qui venait seulement d’arriver.

Ayant entendu les propos du Mékhum Logne, la jeune Tchaat consulta son frère ainé :
« Bang. Qu’est ce que tu penses de tout ça? »
Sans rien dire, Charat alla soulever l’étoffe blanche qui recouvrait le défunt et il fit de nouveau jaillir des larmes des yeux de la jeune Tchaat qui vit le visage de son père, les yeux clos et souriant comme un ange. Charat se mis à saisir le bras du défunt. Il palpa ses mains et ses pieds sans aucune appréhension… puis il déclara à la jeune fille après avoir remis le suaire blanc en place sur le visage du défunt :
« Sa température reste en effet constante, comme tu me l’avais dit, et en effet, il respire une fois de temps en temp. Il ne faut pas le mettre en bière. »
Dès qu’il entendit ces paroles, le Mekhum Logne se tourna vers un vieil Atchar (le druide du village), qui se tenait à proximité lui aussi, et lui demanda :
« Un défunt qui meurt de la sorte… Est-ce qu’il y’a un espoir qu’il revienne à la vie? »
Le vieux, tête tondue et vêtu de blanc, sortit cette réponse de sa bouche presque totalement édentée :
« J’ai déjà rencontré plusieurs exemples similaires… Et comme je l’ai déjà dit, personne n’est jamais revenu à lui. C’est pour ça, que selon notre tradition khmère, il faut procéder à la mise en bière de ce cadavre et commencer à réciter les prières pour le salut de son âme. »
La jeune Tchaat leva ses mains jointes en direction des deux hommes et supplia :
« Vénérables oncles, je pense que mon père n’est pas encore mort. Toute cette histoire est de ma faute... Je l’ai vu perdre conscience et aussitôt, je me suis mise à crier, à sangloter à pleurnicher qu’il était mort... J’ai appelé les parents et les proches pour qu’ils viennent et qu’ils aident... Mais seulement voila, vénérable oncle... Vous constatez que son corps est chaud et qu’il respire encore par intermittence...
Charat appuya ces propos en ajoutant:
« Absolument...Selon moi, il faut absolument laisser mon oncle Chaye hors du cerceuil pendant un jour entier. Quand à l’orchestre qui est venu pour accompagner les litanies et les prières rituels, eh bien qu’il fasse normalement son office... Je pense que mon oncle est simplement dans un état comateux depuis 8 heures ce matin et qu’il faut attendre un peu de voir ce que cela donnera demain matin à 8 heures car cette situation peut très bien évoluer. Si jamais ce n’est pas le cas, alors, j’accepterais qu’on le mette en bière et que l’on prépare la venue des bonzes, à qui nous feront des offrandes et qui procèderont à tous les rituels religieux...Bref, je vous demande d’accepter que cette cérémonie mortuaire n’ait lieu que demain.

Le Mekhum Logne hocha lentement la tête, comme si il était convaincu...
Mais l’Atchar avait d’autres idées en tête
« il y’a 10 ans, il s’est produit une histoire semblable à celle-ci dans le village de Tagnaèn Takream... C’est-à-dire qu’un femme est tombée dans un état comateux... Elle respirait par intermittence et cela a duré une semaine entière si bien que ses enfants se demandant si elle n’était pas toujours en vie on refusé qu’elle soit mise en bière. Et soudain au septième jour, cette défunte s’est transformé en un démon dont les canines avaient poussées. Ce vampire a ainsi exercé des sévices sur les villageois pendant plusieurs mois avant que l’on réussisse à trouver le rituel magique permettant de le mater. » Le vieil Atchar avait parlé sur un ton bougon et détaché, comme aiment à le faire certaines vieilles personnes agées et frêles... Ce qui le rendait encore plus impressionnant pour son auditoire. Le Mekhum Logne rompit les silence en demandant « Vénérable Ta Atchar... soupçonnez-vous qu’en ce qui concerne la dépouille de Po-One Chaye, une chose pareille puisse se produire?
- Non, c’est simplement un souvenir qui me revient... » déclara l’atchar en allumant une cigarette roulée dans une feuille de sangkaè... Parce que dans le cas de cette femme, son esprit était notoirement possédé par un démon à tel point qu’elle en avait perdu ses cheveux de terreur... Et ensuite elle est morte.
Le Pouvoir malfaisant du démon avait fait en sorte que cette femme continue de respirer de temps en temps, comme ceux qui sont dans le coma. Mais la vérité : cette femme était belle et bien morte : elle a repris conscience, mais radicalement transformée en autre chose, c’est à dire un démon aux longues canines»
Il souffla un nuage de fumée de cigare et poursuivit :

Quand à Aa Chaye, on ne sait pas si son esprit est habité ou possédé ou bien si il est mort suite à une quelconque pathologie. De ce fait, il n’y rien à redouter à priori... Si vous souhaiter le laisser hors du cercueil pendant 24 heures, et bien vous pouvez procéder ainsi sans que ce soit maladroit ou sacrilège... Il y’a juste une chose à laquelle faire attention !... »
Le Mekhum Logne sursauta en entendant ces recommandations, puis déclara maladroitement :
« Une chose à laquelle faire attention... Eviter qu’un chat ne saute par-dessus le cadavre, n’est ce pas Lauk Ta?
- non, ce n’est pas ca. Si un chat saute par-dessus le cadavre, il existe des procédés rituels capables de pallier un incident aussi mineur.... Par contre, si le bruit de la foudre se met à retentir jusqu’à être audible en ces lieux, alors ce cadavre deviendra comme celui d’il y’a dix ans »
Les paroles de l’Acthar Garuda parurent pétrifier l’assistance. C’est alors que Charat déclara à voix basse : « ce mois-çi est un mois de saison pluvieuse. Comment éviter qu’il y’ait un coup de tonnerre? »
Le Mekhum Logne déclara, non convaincu : « Depuis que Po-One Chaye est tombé malade, il n’est pas tombé une goutte de pluie et le tonnerre n’a pas retentit une seule fois. Pas plus aujourd’hui. Donc, on peut garder le defunt hors du cercueil et donner satisfaction à Kmouoy Charat, son fils adoptif, sans qu’il arrive grand-chose»
Naren qui se grattait la tête avec insistance attrapa la balle au bond : « Mais on ne peut pas ainsi se fier à la nature Lauk Om. Quand il fait très chaud, un orage peut éclater d’un moment à l’autre... Et c’est le cas en ce moment. Si ça se passe ainsi, les problèmes en question vont se poser. »

Au moment où Neaye Tchrwot se rapprocha du groupe par derrière l’air interressé, Charat déclara :
« D’après les paroles de Lauk Ta l’Atchar, si le tonnerre retentit a un moment ou la dépouille se trouve hors du cercueil, celle-ci deviendra un démon qui causera de grands déboires... Alors, pour éviter les effets funestes d’une telle éventualité, je viens de trouver une solution convenable : elle consiste à placer effectivement la dépouille de mon père adoptif dans un cercueil, mais sans l’y enfermer c’est-à-dire que l’on ne clouera pas le couvercle. Notre problème est ainsi résolu... Car en effet, personne ne peut garantir que d’ici 24 heures, il n’y aura pas d’orage ou de foudre retentissant sur nos têtes »
Charat espérait que son opinion ainsi exprimée allait provoquer un ralliement général. Mais Tchaat répliqua aussitôt d’une voix volubile : « Non, Bang ce n’est pas possible! Notre Lauk Atchar nous a déjà fait savoir par le passé que si on place un corps inanimé dans un cercueil, même encore vivant : alors l’esprit vital ne peut plus retrouver l’enveloppe à laquelle il appartient car le cercueil est comme une cloison complètement hermétique entre notre monde et l’au-delà »
Charat soupira longuement de nouveau, complètement impuissant à imaginer une solution sans failles à ce problème. A ce moment là, ce fut soudain Naye Tchrwot qui prit la parole, et tout l’auditoire se tourna vers lui bouche bée : « Éh! On se complique la vie! On n’a qu’à faire comme ça : en effet on construit un cercueil et on le place à proximité du corps, et en effet sans y placer le corps. Comme ça, si le temps se gâte, on pourra toujours en un clin d’œil faire le transfert... Mais si le ciel continue à être clément, alors on le laisse dehors conformément au désir de Tchaat jusqu’à demain matin 8 heures, en espérant tous comme elle que les jours très honorables et remplis de bienfaits de Pou Tchaye ne soient pas arrivés à leur terme et qu’il puisse revenir à la vie pendant cette période »
Ayant entendu l’avis ainsi exprimé par Naye Tchrwot, l’Atchar Ta Garuda hocha lentement la tête, rigola doucement et dit : « Yii! Aa Tchrwot Corne de Buffle! Tu es plein de ressources! Tu cherches et tu trouves!
Ton truc est facile à faire... Mais, là on a pas encore de cercueil. Alors, allons-y : planches, clous, scie...Et sans lambiner... On a qu’a s’y mettre tous, avant la nuit ...Un bras par ici une jambe par là... Toi, Aa Tchrwot, tu vas te dépêcher d’aller nous louer un groupe électrogène et de prévoir aussi du carburant, que l’on ait tout ça dès maintenant sous la main, que l’on soit assurés de ne pas s’embêter à travailler dans l’obscurité une fois la nuit tombée »
Et le Mékhum Logne ajouta «Et toi Kmouy Tchaat, n’oublie pas de recruter de l’aide pour préparer à manger, pour tous les invités, aussi bien ceux qui aideront que ceux qui viendront réciter les hommages funèbres. »




Edité le 16/11/2007 @ 12:14 par bang bruno
#51189 View bang+bruno's ProfileVisit bang+bruno's HomepageView All Posts by bang+brunoU2U Member
Go top 16/11/2007 @ 10:46 Go bottom
Re : KES ROKOL BESAT, L'ORCHIDEE MALFAISANTE Reply With Quote
Offline Seun nmott
Moderator
StaffStaffStaffStaffStaffStaff

gocbyinterwizard20017ki.gif
 
Posts 2822
Registered 27/12/2005
Bonjour bang bruno
Dès que je vois :"L'auteur est Kong Bun Jueun" :bon:
régale .
Félicitation pour le texte en fr.


on attend la suite...
.:clindoeil:

Rien n'existe qui n'ait au préalable été rêvé. © Ismaël Mérindol (1466)
#51190 View Seun+nmott's ProfileView All Posts by Seun+nmottU2U Member
Go top 16/11/2007 @ 20:06 Go bottom
Re : KES ROKOL BESAT, L'ORCHIDEE MALFAISANTE Reply With Quote
Offline bang bruno
Membre Senior
MemberMemberMemberMember

avatar-bang-bruno.gif
 
Posts 123
Registered 14/06/2003
Location BLR 92
Coucou mr soen nmott...

merci pour vos encouragements... je suis content de trouver quelqu'un qui aime ausi les romans de Kong Bun Tjhueun... Il parait qu'il vit à bangkok, car le climat camodgien n'est pas tres bon pour les écrivains patriotes comme lui :reflechi2:
j'aimerais bien le rencontrer un jour...Peut être qu'il existe à bangkok un quartier khmer-khmer (pas un quartier khmer-sorin) où on pourrait me renseigner?

quand au deuxième chapitre ; un peu de patience... il est à moitié traduit seulement
c'est long, c'est difficile. Mon dieu... dans quelle histoire je me suis encore fourré? :chaipas:
#51206 View bang+bruno's ProfileVisit bang+bruno's HomepageView All Posts by bang+brunoU2U Member
Go top 16/11/2007 @ 20:21 Go bottom
Re : KES ROKOL BESAT, L'ORCHIDEE MALFAISANTE Reply With Quote
Offline bang bruno
Membre Senior
MemberMemberMemberMember

avatar-bang-bruno.gif
 
Posts 123
Registered 14/06/2003
Location BLR 92
sothy a écrit

[color=#ff00ff]Très beau, j'ai pas encore tout vérifié mais ça s'annonce pas mal :sarcastic: ]


Si vous avez des suggestions de corrections, alors n'hésitez pas un seul instant. je pense que ce texte vaut le coup d'être présenté aux francophones comme un travail le plus abouti possible.

sothy a écrit

[Si tu pouvais sortir ton dico khmer français en écriture aussi lisible j'irai l'acheter dès demain :ideenoire:


Non mais dites donc! :colere1:
Au moins je relis mon dico sans loupe... ce qui n'est pas le cas de celui de l'institut bouddhique (je suis un peu gonflé de faire une telle comparaison...) Inutile de l'acheter... il m'en reste 3 ou 4 et je vous en offre un bien volontiers... mais je ne fournis pas les lunettes!

sothy a écrit

[c'est trop petit pour mes yeux de bang voire ohme ou même ming :soleil:
:cache: ]


j'ai 45 ans... si ca se trouve, c'est one que je devrais vous appeller :danse:

sothy a écrit

[Suis repartie ka kha ko kho ngo ca cha co cho sra eur c'est dur :sygus:
[/color]

Ouis j'ai connu ça... c'est comme le permis de conduire... un peu décourageant mais ça finit par rentrer assez vite, et après c'est complètement naturel
#51207 View bang+bruno's ProfileVisit bang+bruno's HomepageView All Posts by bang+brunoU2U Member
Go top 16/11/2007 @ 23:17 Go bottom
Re : KES ROKOL BESAT, L'ORCHIDEE MALFAISANTE Reply With Quote
Offline Seun nmott
Moderator
StaffStaffStaffStaffStaffStaff

gocbyinterwizard20017ki.gif
 
Posts 2822
Registered 27/12/2005
C'est le titre que je ne trouve pas l'équivalente en khmer? :chaipas:

Kes rokol besat? :quoi:

Rien n'existe qui n'ait au préalable été rêvé. © Ismaël Mérindol (1466)
#51210 View Seun+nmott's ProfileView All Posts by Seun+nmottU2U Member
Go top 16/11/2007 @ 23:20 Go bottom
Re : KES ROKOL BESAT, L'ORCHIDEE MALFAISANTE Reply With Quote
Offline Seun nmott
Moderator
StaffStaffStaffStaffStaffStaff

gocbyinterwizard20017ki.gif
 
Posts 2822
Registered 27/12/2005
J'adore lire les romans de K B Chhoeun, Biv Chhay Lieng, R Kovith, Vong Pheung, .....

Rien n'existe qui n'ait au préalable été rêvé. © Ismaël Mérindol (1466)
#51211 View Seun+nmott's ProfileView All Posts by Seun+nmottU2U Member
Go top 17/11/2007 @ 10:22 Go bottom
Re : KES ROKOL BESAT, L'ORCHIDEE MALFAISANTE Reply With Quote
Offline bang bruno
Membre Senior
MemberMemberMemberMember

avatar-bang-bruno.gif
 
Posts 123
Registered 14/06/2003
Location BLR 92
Seun nmott a écrit

C'est le titre que je ne trouve pas l'équivalente en khmer? :chaipas:

Kes rokol besat? :quoi:


en effet, j'aurais du commencer par là!

couv-kesrokol.jpg
#51213 View bang+bruno's ProfileVisit bang+bruno's HomepageView All Posts by bang+brunoU2U Member
Go top 17/11/2007 @ 10:42 Go bottom
Re : KES ROKOL BESAT, L'ORCHIDEE MALFAISANTE Reply With Quote
Offline Seun nmott
Moderator
StaffStaffStaffStaffStaffStaff

gocbyinterwizard20017ki.gif
 
Posts 2822
Registered 27/12/2005
OK, merci.
J'ai pensé à ce ...Kessâr kaul. :clindoeil:
Kessar = Cheveux
besat(Bei satch=diable ...c'est juste un complément d'info )
#51214 View Seun+nmott's ProfileView All Posts by Seun+nmottU2U Member
Go top 17/11/2007 @ 16:31 Go bottom
Re : KES ROKOL BESAT, L'ORCHIDEE MALFAISANTE Reply With Quote
Online liberté
Membre Honorable
MemberMemberMemberMemberMember

ava_576.gif
 
Posts 1412
Registered 20/01/2006

Merci Bang Bruno pour ton récit :sourire:
Et, j'aimerais bien lire la version originale(en khmer bien sûr, s.t.p.) :reflechi1: si c'est possible :clindoeil: si non, pas grave.
En tout cas, j'aime bien l'histoire qui fait peur la nuit. :clindoeil:


Liberté : Sentir ce que son coeur désire sans dépendre de l'opinion des autres. Je suis comme je suis. Je suis fait comme ça.

#51219 View libert%E9's ProfileView All Posts by libert%E9U2U Member
Go top 18/11/2007 @ 20:39 Go bottom
Re : KES ROKOL BESAT, L'ORCHIDEE MALFAISANTE Reply With Quote
Offline bang bruno
Membre Senior
MemberMemberMemberMember

avatar-bang-bruno.gif
 
Posts 123
Registered 14/06/2003
Location BLR 92
liberté a écrit


Merci Bang Bruno pour ton récit :sourire:
Et, j'aimerais bien lire la version originale(en khmer bien sûr, s.t.p.) :reflechi1: si c'est possible :clindoeil: si non, pas grave.
En tout cas, j'aime bien l'histoire qui fait peur la nuit. :clindoeil:



De rien liberté...
pour la version originale, c'est possible, mais déontologiquement, il est un peu délicat de scanner le texte de lauk kong bun tjueun et de le publier dans le forum sans le prevenir, non ?... En plus, c'est tou de même quelques 180 pages à scanner... On trouve ce bouquin dans les librairies khmeres du 13e... je n'arrive pas à me rendre compte si ça vaudrait le coup de carrément publier une édition bilingue de ce roman... Bon...

:conduit: En attendant, voici le deuxième chapitre... Mais c'est à partir du troisième que ça devient vraiment rigolo!


L’ORCHIDÉE MALFAISANTE

CHAPITRE 2
DES BRUITS DE CLOUS AUX POUVOIRS ETRANGES


Les rôles furent ainsi distribués à chacun, grâce aux bons office de l’Atchar Garuda et du Mékhum Logne. Après avoir installé et mis en marche l’ampli micro permettant de diffuser la musique Pin Peat (Genre de musique khmère utilisée pour les cérémonies funèbres) accompagnant les rituels mortuaires traditionnels, Neaye Tchrwot se remua dans tous les sens pour trouver à louer une machine phloeng (groupe électrogène), ramener du pétrole ainsi que des ampoules de rechange. Dans cette tache, il était assisté de Naren qui lui apportait une aide précieuse en le transportant en moto pour éviter tout retard à l’éxécution de ces taches.
Neang Tchaat quant à elle fit la tournée des « grandes tantes » du village afin d’implorer en joignant les mains de l’aide pour la préparation des repas offerts aux invités qui se présenteraient, pendant la soirée et jusqu’à très tard dans la nuit.
Charat et le Mékhum Logne étaient missionnés à la réalisation du cercueil. l’Atchar Garuda, lui resta auprès du défunt en compagnie des anciens du village venus animer la veille du corps de Chaye dans sa maison qui ne devait surtout pas rester vide et silencieuse.
P
endant ces instants où chacun était occupé et absorbé par sa tâche, personne ne fit attention à cette orchidée sauvage que le défunt Pou Chaye avait accroché sous le goyavier du jardin. Or elle commençait à être prises de phénomènes bizarres. En fait, cela avait commencé au moment où Ta Garuda avait donné de la voix en ordonnant que l’on se procure des planches pour le cercueil : soudain, la fleur avait été prise de manifestations bizarres, c’est-à-dire qu’elle s’était mise à se tortiller plusieurs fois autour d’elle-même...
Et puis, après que tout le monde se fut éloigné, elle se mit à émettre un rayon lumineux qui frappa le sol à proximité du tronc du goyavier... Et presque instantanément apparurent à cet endroit plusieurs planches, des scies et même un paquet de clous qui restèrent là, comme mis à disposition sous l’arbre.
Aussitôt terminée cette apparition surnaturelle, Charat et le Mékhum Logne passèrent dans ce secteur et ce fut Charat qui vit le premier tout ce matériel s’exclamant :
« Lauk Om! Là, ces planches! A qui sont-elles?... Elles ne pourraient pas convenir pour faire le cercueil? »
Pas plus que Charat, le Mékhum ne savait qui était le propriétaire de ces planches, ni d’où elles venaient. Mais il ne prit pas trop le temps de réfléchir et déclara :
« Kmouy! Si tu veux vraiment savoir ça, demande plutôt à Tchaat puisque cette maison, c’est la sienne. Il s’agit probablement de matériel apporté par un voisin ou un proche, venu se joindre à la cérémonie et souhaitant nous aider à construire le cercueil. Regarde! Il y’a même des clous et une scie! »
Le Mékhum Logne souleva une planche et l’examina, puis il ajouta après avoir rapidement passé les fournitures en revue :
« Ces planches sont absolument parfaites pour construire un cercueil. On peut les utiliser presque telles qu’elles sans pratiquement aucune découpe supplémentaire! »

Il allait ajouter autre chose quand apparu soudain une jeune fille portant un plateau métallique creux rempli de grains de riz, ainsi que des chandelles d’encens. Elle s’avançait vers eux tranquille et silencieuse, et la voyant, le Mékhum fit mine de s’adresser à elle, mais ce fut la jeune fille qui parla en premier :
« Père! Maman m’a envoyé pour apporter ce riz et ces chandelles d’encens comme offrandes pour la cérémonie d’hommage à Pou Chaye. » Le Mékhum Logne prit une expression étonnée et demanda : « Mais pourquoi n’est elle pas venue elle-même . A quoi d’autre est elle donc occupée?
- Tyaa! Maman ne se sent pas bien. Elle m’a dit qu’elle avait de terribles maux de tête. Elle m’a donc envoyée à sa place.
-Euuu. Puisque c’est ainsi, va donc trouver Neang Tchaat et remet lui ce riz et ces chandelles. Et aussi, Ma Fille, ne te soucie pas de rentrer tout de suite à la maison. Reste plutôt ici pour donner un coup de main car Tchaat est maintenant bien seule dans cette maison.
- Tyaa! Aucun problème... Simplement : il faut que quelqu’un reste auprès de maman... Elle m’a dit qu’elle avait vraiment très mal à la tête.
- Euuu! Min ey téé. Aucun problème... Je vais tout de suite aller la voir. Mais qu’est ce qui lui arrive donc à ta mère? Ah! Au fait j’allais oublier! Depuis combien de temps est-tu revenue de la rizière? As-tu trouvé beaucoup de foin?»
La jeune fille qui était par ailleurs mignonne et fraîche répondit à son père avec un sourire crispé : « je viens à peine d’en revenir. Même pas une heure. Et donc je viens d’apprendre la nouvelle de la disparition de Pou Chaye... Quant au foin, j’ai pu en ramasser seulement une charretée... Je ne sais pas qui nous a volé tout le reste! »
- Euuu! Une charrette? Ca devrait aller comme ça... Ne te fais pas trop de soucis. »
A ce moment là apparut soudain Neang Tchaat venue d’un coin du jardin. Elle s’adressa à la fille du Mékhum Logne :
« Hé! Salwoot! Qu’est ce que tu apportes- là? »
Neang Salwoot répondit, toujours avec son sourire crispé :
« Ma mère m’a envoyé avec ce riz et cet encens afin de les placer parmi les offrandes de la cérémonie » Profitant de cette occasion, Charat s’approcha de Tchaat et lui demanda : « Dis donc One Tchaat. Est-ce que ces planches sont à toi? »
Tchaat répondit l’air interloqué :
« Non. On n’a jamais eu de telles planches à la maison. C’est seulement depuis cet instant où je parle avec toi que je les découvre. C’est peut être un voisin qui les a apportées? »
Charat repris la parole, et son regard croisa l’étrange orchidée sauvage qui balançait doucement sur son crochet non loin de là... Mais sans s’y intéresser, il reprit :
« Bon. Je vais prendre ces planches et demander à ce que l’on en fasse un cercueil »
Neang Tchaat hocha la tête, en emmenant Neang Salwoot par la main. Commençant à s’éloigner, elle lui adressa ces derniers mots :
« Tyaa! Oui vas-y! Moi j’ai plein de choses à faire de mon côté avec Salwoot »
Les jeunes filles disparues, Ce fut au tour du Mékhum de s’éloigner en lui disant :
« C’est entendu Kmouoye Charat. Tu vas t’occuper de chercher du monde pour faire ce cercueil. Moi, je vais juste jeter un coup d’œil à la maison, voir comment va mon épouse. Je reviens aussitôt »
La maison du Mékhum se situait à un morceau de cigarette, c’est-à-dire vraiment tout près de celle de Neang Tchaat... Mais avant que le Mékhum ne se mette en route, Charat en profita tout de même pour lui demander :
« Dites moi, Lauk Om... La fille de toute à l’heure... C’est donc votre enfant Salwoot, celle avec qui je gardais les vaches quand j’étais gosse? »
Le Mékhum fut interloqué par l’audace d’une telle question venant d’un jeune homme célibataire... Et qui en plus avait assisté à toute la conversation qui venait à l’instant de se dérouler entre lui et Neang Salwoot, et qui par conséquent avait parfaitement assimilé d’avance la réponse à cette interrogation qu’il n’avait donc aucune raison de poser . Mais le Mékhum n’en fut pas irrité, comprenant que les deux gosses ne s’étaient pas vus depuis très longtemps et il répondit simplement
« Euuu! Ben oui : c’est ma fille! Qu’est ce qui a qui te tracasses? »
Charat répondit d’une petite voix :
« Baat! je suis en effet étonné! Car cela ne fait que quelques années que j’ai quitté le village.. Et je la revoie soudain devenue adulte
-Euuu! En fait, tous ces derniers temps, elle est restée avec l’une de ses tantes dans la région de Phnom Banone. Cela ne fait quelques mois qu’elle est revenue vivre avec nous.
- Ah! C’est pour ça que je l’avais complètement oubliée»
Charat garda pour lui l’incident par lequel il avait revu pour la première fois Neang Salwoot sur la route. Pas plus qu’il ne raconta sa gamelle à moto dans les arbres à papier. Il réalisait qu’à cet instant, sa famille était en train d’endurer les difficultés d’un deuil, et que le moment n’était pas indiqué pour s’éterniser dans une conversation à propos des filles.

Le Mékhum Logne, s’en alla immédiatement après avoir ainsi répondu, laissant à Charat le soin de gérer la fabrication du cercueil avec trois quatre voisins... Mais en vérité, Charat n’eut qu’à confier ces planches à ses quatre acolytes, et à aider un peu pour les premiers coup de scie. Tout le travail de mesure et d’ajustement des planches fut rondement mené par ces gars visiblement expérimentés... Bien entendu, pas un seul ne se posa trop de question sur l’origine des planches, les uns pensant qu’elles étaient à Pou Chaye, les autres pensant qu’elles avaient été apportées par un proche en tant qu’offrande.
A présent, le travail de découpe et d’ajustement était fini. Les planches étaient découpées et formées. La phase d’assemblage et de cloutage allait commencer.
Le son de la musique pit peat qui été diffusée à travers le haut parleur installé par Naye Tchrwot berçait doucement l’âme des ouvriers improvisés pour cette fabrication du cercueil. leurl’esprit commençait un peu à flotter et à vagabonder au loin. L’un d’entre eux, un dénommé Tchraèng fut le premier à prendre l’initiative du cloutage; il s’éloigna du groupe pour aller chercher la boîte de clous et son regard croisa brièvement la fleur sauvage accrochée à proximité du matériel. Ce regard de Tchraèng n’avait rien de spécial : c’était un regard habituel, machinal qui se pose simplement sur les chose qui vous entourent... Mais Tchraèng fit à cet instant une tête de six pieds de long, du fait que cette fleur accrochée se balançant doucement avait maintenant l’aspect d’un visage de femme, qui le fusillait du regard avec un sourire mauvais, les cheveux dénoués éparpillés comme la base d’une plante déracinée.
Notre bonhomme sursautât comme si on venait de lui allumer un feu sous les fesses. Il allait ouvrir la bouche pour crier quand aussitôt pour ainsi dire en clin d’œil, la vision de cette tête féminine se dissipa et redevint celle d’une fleur normale suspendue à son crochet.
Du fait que cet évènement était survenu durant un laps de temps vraiment très court, Tchraèng renonça à en parler à ses acolytes et se contentant de cligner des yeux plusieurs fois, déduisant qu’il venait d’être l’objet d’une hallucination. il se saisit de son marteau et commença à poser les clous. Pan, un clou. Pan, un autre. Ses camarades qui lui emboîtèrent le pas dans cette tache achevèrent de lui faire oublier la vision surnaturelle aperçue tout à l’heure.

Apparut soudain un nouveau phénomène qui prit progressivement de l’ampleur... Le bruit des clous martelés résonnant de plus en plus fort provoquait sur la dépouille de Pou Chaye des secousses intermittentes la déplaçant petit à petit hors du périmètre de la natte sur laquelle il gisait.
Au début, l’Atchar Ta Garuda et les anciens qui étaient assis tout autour s’imaginèrent qu’un chat venait d’enjamber le cadavre en sautant, et que c’était cela qui provoquait cette situation bizarre. Mais après avoir examiné le défunt avec attention, ils ne virent rien de particulier, si ce n’est que le corps était animé d’une petite secousse à chaque bruit de clou martelé sur le cercueil.
Ce phénomène très bizarre provoqua un rassemblement général des invités présents à la cérémonie autour de la dépouille de Pou Chaye. Les plus inquiets étaient sans doute Neang Tchaat et Charat. A ce moment, ne pouvant se retenir, l’Atchar Ta Garuda cria à l’intention du groupe qui assemblait le cercueil :
« Arrêtez immédiatement!. Cessez un peu de marteler vos clous! »
Et dès l’instant où ils obéirent, et que le son des clous martelés s’interrompit, le cadavre de Pou Chaye cessa également de tressauter et de sursauter ce qui provoqua une interrogation gémissante de Neang Tchaat :
« Que se passe-t-il Lauk Ta? »
l’Atchar Ta Garuda né répondit pas et Charat se lamenta également :
« Quelle est cette force mystérieuse? Quel est ce lien entre le défunt et le bruit des clous martelés? »
Toujours incertain, l’Atchar Garuda se remit à crier des ordres à la bande de Pou Tchraèng :
« Juste pour voir! Recommencez un peu à marteler! »
Tout aussi perplexes que le vieillard, les ouvriers se remirent à taper sur les clous et là ce fut effrayant car le cadavre de Chaye se remit à tressauter comme avant, et en plus, les secousses commençaient à écarter lentement, par le visage, le suaire de coton blanc qui le recouvrait.
Voyant la dépouille de son père affectée par de tels effets, Neang Tchaat recommença sa crise et ses cris tout en se précipitant sur le défunt, l’entourant de ses bras pour l’empêcher de continuer à bouger. Ta Garuda finalement ordonna aux ouvriers de cesser complètement de marteler.
Charat trépignait en tout sens.
« Il y’a obligatoirement quelque chose? Une raison? »
Il bondit alors à l’endroit où l’on assemblait le cercueil qu’il examina fébrilement afin de trouver un indice capable d’expliquer l’origine de ce phénomène surnaturel. Mais il ne trouva rien.

Comme une traînée de poudre, la nouvelle de ces terribles événements s’était répandue dans tous le village.de Kam Ping Pouoye. Les gens, bouleversés se donnèrent le mot pour aller jeter un coup d’œil, les uns sur la dépouille de Pou Chaye, les autres sur le lieu d’assemblage du cercueil provoquant presque une attroupement autour de la maison. A plusieurs reprises même, des têtes heurtèrent l’orchidée sauvage et sa noix de coco, suspendues à leur goyavier. Voyant cela, Charat la détacha et alla l’accrocher à un citronnier, situé dans un coin plus tranquille à l’arrière de la maison; puis, il se dépêcha de retrouver Neang Tchaat. Pendant ce temps là, Neang Salwoot avait rejoint le groupe des curieux venus voir le défunt.
Tous écoutèrent la voix de l’Atchar Garuda qui se mit à retentir à nouveau, de manière décousue comme s’il réfléchissait à haute voix :
« Cela vient sûrement de ses ancêtres... Ils essaient de nous mettre en garde contre le bruit des clous, comme nous devons nous méfier de celui du tonnerre... Le bruit fait par les ouvriers fabricant le cercueil, et celui de la foudre produisent des effets similaires... Et c’est pourquoi le corps de Aa Chaye est animé par ces secousses. »
Charat tira une mine du genre moyennement convaincu par l’opinion ainsi exprimée par le vieil Atchar... Mais il n’osa pas s’opposer franchement, et se contenta de dire d’une petite voix posée: « Mais le bruit du tonnerre et celui des clous martelés sont tout de même sensiblement différents » L’Atchar Garuda entendant ses mots se tourna vers lui, et déclara : « Ils diffèrent dans la mesure où l’un est très puissant, et l’autre plutôt faible... Mais ils partagent une nature identique de bruits qu’il ne faut surtout pas diffuser auprès d’une dépouille ! ».
Cette fois çi, un vieillard à peu près du même age que l’Atchar pris brusquement la parole :
« Dis-donc Lobang Garuda... Et les autres morts, ceux d’avant...On avait l’habitude aussi de clouer les cercueils près de leurs maisons. Comment ça se fait que le bruit des clous martelés n’ont jamais provoqué de secousses comme c’est le cas aujourd’hui? »
L’Atchar avait l’explication, prête à être donnée à son interlocuteur. Mais c’est vers Charat et Tchaat qu’il se tourna en les regardant fixement :
« Eh bien... Vous vous demandiez tout à l’heure si Aa Chaye n’était pas encore mort?... Encore chaud! Respirant par saccades! Eh bien je suis convaincu maintenant qu’en fait, il endure l’oppression provoquée par une force surnaturelle et démoniaque. Moi, ce que j’en pense, c’est : si vous souhaitez que ce corps reste en dehors du cercueil, il faut alors absolument le protéger des bruits malfaisants... Si on le met dans le cercueil, alors il n’y aura plus de problèmes.
Neang Tchaat se releva du corps de son père qu’elle serrait toujours dans ses bras, et répondit :
« Tyaa! Oui, je comprends bien. Mais je suis certaine qu’il est toujours vivant et c’est pour cela que je vous demande de le laisser hors du cercueil durant 24 heures! Maintenant, il y’a en effet le bruit de ces clous martelés qui font sursauter la dépouille... Il existe bien un moyen qui peut apporter une solution à ce problème? »
Une nouvelle idée sembla germer dans la tête de Charat. Il prit ainsi la parole :
« Hé! vous autres qui clouez le cercueil... Que diriez-vous d’essayer de nouveau pour voir si les sursauts se produisent toujours comme tout à l’heure, ou bien s’il se passe autre chose? »
Charat pensait qu’il était judicieux de reproduire le phénomène en présence de tout le monde afin que chacun y réfléchisse. Il fit signe au groupe de Pou Tchraèng de recommencer à marteler les clous du cercueil.... Mais à la stupéfaction générale, les sursauts ne se reproduisirent pas comme les autres fois. Extraordinaire! La dépouille de Pou Chaye gisait là, tranquille et normale sans qu’aucun phénomène bizarre ne se produise.
Cet évènement retourna radicalement l’état d’esprit des gens présents, c’est-à-dire que tout le monde redevint détendu et de meilleure humeur, contrairement à la situation d’il y’a deux minutes. Alors Neang Tchaat s’adressa à Ta garuda lui disant :
« Lauk Ta Atchar! Puisque plus rien d’anormal ne se produit, vous feriez bien d’ordonner immédiatement que le travail d’assemblage se poursuive sans perdre un minute »
Sans broncher, le vieillard accepta immédiatement, décidant en effet de profiter de cet instant où tout était redevenu normal. Les ouvriers se remirent à marteler les clous en se dépêchant, enchaînant efficacement les mouvements jusqu’à ce que prenne forme la première moitié du cercueil.

Si l’idée nous venait d’aller jeter un coup d’œil du côté du citronnier évoqué tout à l’heure, on verrait alors la kesrokol, cette fameuse orchidée sauvage changer de couleur par intermittence. Mais personne ne faisait attention à elle. Or à l’endroit précis où elle était accrochée se trouvait l’encadrement d’une grande fenêtre à travers laquelle on distinguait parfaitement une statuette représentant le Bouddha assis, et au pied de laquelle brûlaient de nombreux bâtonnets d’encens dont la fumée s’échappait au dehors.
Et c’était très certainement grâce l’aura magique et bienfaisante de cette effigie du très auguste (preah) Bouddha que la kesrokol se retrouvait impuissante à déployer ses maléfices.
Seulement, voilà : ne se doutant de rien à ce sujet, la jeune Neang Tchaat, une fois tranquillisée car le corps de son père avait cessé de remuer bizarrement comme tout à l’heure, s’en retournait la main dans celle de Neang Salwoot vers l’endroit où l’on préparait la nourriture. Elle passa devant le citronnier sous lequel était suspendue la kesrokol, l’aperçut, et se demanda étonnée : « Mais qu’est ce que la fleur de papa fabrique içi? Qui a bien pu l’accrocher à cet endroit? » Et par amour respectueux pour son père, ne souhaitant pas contrecarrer ce qu’il avait aménagé avant de tomber malade, la jeune fille innocente et pure alla décrocher l’orchidée sauvage pour la ramener à nouveau sous le goyavier, à proximité de l’endroit où les ouvriers étaient affairés à fabriquer le cercueil.
Pou Tchraèng n’avait même pas remarqué que quelqu’un avait changé l’orchidée d’endroit... Depuis qu’il avait été témoin de cet incident surnaturel, il avait complètement cessé d’y penser... Il n’avait pas même jeté à nouveau un regard sur cette sacrée fleur.
Et c’est donc sans se douter qu’elle re-créait le chaos que la petite Neang Chaat raccrocha à sa place la kesrokol qui recommença aussitôt à faire des siennes... Car Pou Tchraèng relevant soudain la tête par hasard aperçu à nouveau, comme auparavant, la tête d’une jeune femme aux cheveux défaits.... Ce visage ouvrait grand les yeux et le fusillait littéralement du regard, avec dans les yeux une lueur méchante, féroce même!
Cette fois-çi, malgré ses efforts pour maîtriser l’émotion qui lui submergea la poitrine, Pou Tchraèng se mit à crier presque à pleins poumons en pointant de l’index vers la fleur :
« Une tête humaine! Il y’a une tête humaine » et tous les gens se trouvant à proximité sursautèrent simultanément.

Mais ce cri n’eu en fait qu’un effet limité parcequ’il n’y avait pas grand-chose à cet instant qui aurait pu inciter l’assistance à détourner le regard vers cette fleur accrochée dans sa noix de coco; car ce qui avait fait sursauter tout le monde, ce qui rendait à présent l’atmosphère de nouveau pesante et angoissante, c’était le bruit des clous martelés qui à nouveau produisait des secousses sur le corps de Pou Chaye, qui à nouveau dérivait, tressautant sur sur sa natte.
Trois côtés seulement de la partie inférieure du cercueil avaient été assemblées plus deux planches de son fondement... De ce fait, le cloutage ne pouvait être interrompu, et le métal devait encore continuer à retentir.
Et par-dessus le marché, voilà que ce phénomène de tressautement s’était étendu... Il ne se déroulait plus seulement dans la maison de Chaye mais qu’il avait aussi contaminé la maison du Mékhum Logne à quelque distance de là.
Naren qui conduisait, portant en croupe Naye Tchrwot venait d’arriver. Charat l’interrogea brusquement : « Qu’est ce qui se passe, là-bas, chez le Mékhum? » Ce fut Tcrwot qui répondit d’une voie étranglée : « Alors qu’on revenait de notre expédition machine phloeng, essence, ampoules on est arrivé devant la maison de Om Mékhum et là, on a entendu un bruit de tressautement. Voulant savoir ce qui se passait, on a arrêté la moto et grimpé voir. Et là, on a vu Om Srey, L’épouse du Mékhum gisante, brûlante de fièvre comme atteinte d’une cris de malaria...Et son corps était pris de violentes secousses qui la déplaçait hors de sa natte, au rythme du bruit venant de cette maison... D’après le Mékhum, il s’agit du martelage des clous permettant d’assembler le cercueil? »
La nouvelle augmenta encore la tension générale. Le Lauk Ta Atchar pris la parole : «Toute ces histoires viennent manifestement d’un envoûtement, provoqué par une force inconnue émanant d’un démon ou d’un mauvais esprit, qui fait que dès que retentit le bruit de martèlement des clous du cercueil, la dépouille de de Aa Chaye tressaute de même que l’épouse du du Mékhum. Mais quelle est la relation entre ces deux victimes? Hein.? »
Ta Garuda avait prononcé ces paroles d’une voix éraillée, augmentant ainsi la nervosité de Charat. Ce fut Neang Tchaat qui intervint ensuite, après avoir levé la tête vers le ciel : « Put-thau aoeye, que Bouddha nous protège! La soirée est maintenant bien avancée! Et le cercueil n’est pas terminé! Et voilà maintenant que le temps se gâte, et que la pluie menace de dégringoler! » Le vieil Atchar lui coupa alors la parole en disant : « Si on fabrique le cercueil ici, le bruit continuera ses perturbations. Il faut tout de suite que l’on charge le cercueil sur une charrette, et qu’on aille le terminer sur la berge du lac, de façon à l’éloigner, à faire en sorte que les Klings et les Klongs ne parviennent ni jusqu’ici, ni jusqu’à la maison du Mékhum »

A ce moment là, Neang Salwoot prit congé de Neang Tchaat pour retourner chez elle, s’inquiétant pour sa mère tombée malade et présentant des symptômes similaires à ceux de Pou Chaye. Alors, Charat qui voulait en avoir le cœur net s’adressa à Neang Tchaat lui disant : « Naren et moi on va aussi aller jeter un coup d’œil sur l’épouse du Mékhum, voir si le mal dont elle souffre et bien le même que celui de Chaye mon père adoptif, ou bien...? »
Et il s’en allèrent en moto tous les deux, Naren conduisant et Charat derrière.
Pou Tchraèng, lui, fit selon les consignes de Ta Garuda, c’est-à-dire qu’il chargea l’ébauche de cercueil presqu‘à moitié terminée dans une charrette à bœufs, et il emmena ses acolytes en direction du lac Boeng Kam Ping Pwoye qui se trouvait seulement à environ un kilomètre. Et quand l’équipage fut parti, Ta Garuda fit un signe à Neang Tchaat de venir s’asseoir près de lui : « Ma petite fille chérie : ne perd pas espoir. Si on éloigne ainsi le cercueil en construction, c’est pour éviter de faire de nouveau tressauter la dépouille de ton père. Ce que je vais faire aussi, c’est demander qu’ au monastère, on nous en prête un autre en attendant... Egalement, je vais faire venir un medium pour qu’il détermine les causes de toute cette histoire qui nous tombe dessus»
Neang Tchaat continuait à afficher un visage triste et inquiet. Elle demeurait incapable de réfléchir rationnellement, et donc de faire le moindre lien avec la fleur kesrokol. Après une pause, elle répondit : « Admettons que l’on trouve un Guru medium super efficace, qui va inspecter les côtés occultes de cette histoires... Si il détermine la nature du démon ou du spectre qui nous empoisonne par ses védas et ses mantras malfaisants... Serez-vous Lauk Ta en mesure d’appliquer une solution pour nous protéger de cette magie nuisible? » Le vieillard resta silencieux. Il tendit la main pour palper les doigts et les orteils du défunt et dit :
« Il est toujours chaud. Et il respire toujours de temps en temps. Cet exorciste, ce moyen de faire sortir le démon ou le fantôme du corps de ton père, il faudra de toutes façons l’appliquer avant que le tonnerre ne retentisse, et là probablement, il reviendra à la vie....Si on exorcise pas à temps, alors sera mort à jamais »
Et de nouveau, des larmes jaillirent des yeux de Neang Tchaat. Neaye Tchrwot, lui venait de réceptionner la livraison de la machine phloeng et commençait à tout arranger au niveau des ampoules pour que tout soit près pour mettre en service l’éclairage... La nuit pouvait maintenant tomber : tout était près à fonctionner de ce côté-là.

Il était maintenant 18 heures.
Et le corps de pou Chaye se remit à tressauter frénétiquement, après que recommença à retentir, au loin vers la berge du lac Kam Ping Pouoye, le bruit des clous martelés du cercueil dont on avait repris la fabrication. Et le bruit résonnait puissamment, comme s’il était tout proche »

Ce nouveau rebondissement ajouta à la tristesse et l’inquiétude de Neang Tchaat une force nouvelle tandis que le ciel devenait de plus en plus sombre. Charat et Naren revenaient à ce moment sur leur moto et ils firent halte devant Ta Garuda et Neang Tchaat. Charat expliqua d’une voix hachée : » Cette histoire est de plus en plus embrouillée. La femme du Mékhum sursaute pareillement au rythme du martelage des clous, même malgré l’éloignement. Il devient urgent de trouver un Guru medium pour qu’il nous dise exactement ce qu’il se passe et ce qui peut encore nous arriver... Et quels sont les risques de malheur pour l’épouse du Mékhum. »
Réfléchissant un instant, Ta Garuda pris à haute voix une résolution. L’ expression de son visage était devenue très dure.
« La garce! Il y’a dix ans, elle s’est attaquée aux gens de Phnom Ta Gnaèn Ta Kream. Et maintenant, voilà qu’elle vient s’en prendre à nous autres, les habitants de Phoum Kam Ping Pouoye. Mais elle ne sait pas que Nous, les Trois Jumeaux, on est encore de ce monde! Puisqu’elle veut savoir de quoi on est capables en matière de pouvoirs magiques, et bien on va lui montrer de quel bois on se chauffe »
Cette phrase, Ta Garuda les avait prononcées surtout pour lui même... Et c’est pourquoi Neang Tchaat lui dit sans relever ces paroles et poursuivant sa propre obsession : « Je vous en supplie Lauk Ta! Faites quelque chose rapidement!... Il fait maintenant presque nuit! »
Cette fois ci, l’expression de l’Atchar Ta Garuda était littéralement décomposée par la rage et la fureur, et ce en violation des préceptes disciplinaires stipulant qu’un Atchar ne doit jamais se mettre dans un tel état :
« Aa Tchrwot! Va-t-en illico chercher Ta Tép Phnêk Tip Les Yeux de l’Au-delà! »
Entendant cela, Neaye Tchrwot Corne de Buffle se mit à trembler comme une feuille
« Ta Tép? Les Yeux de l’Au-dela? Le Guru qui voit toutes les divinités des mondes occultes? Mais Lauk Ta, il habite là-bas à Phnom Sampeuw!
- Hé! Mais je le sais bien, idiot, où il habite! Ce que je veux, c’est que tu ailles le chercher! Il faut que tu lui dises de venir à moi coûte que coûte, toute autre affaire cessante »
- Il faut que j’aille tout seul là bas ? La route passe par une zone où il y’a des cavernes sinistres... Ca me fiche un peu la trouille! »
Charat l’interrompit : « Si tu as les jetons, fais toi conduire en moto par Naren. Revenir après à trois, c’est tout à fait possible. Allez-y maintenant et déposez moi au passage sur la berge du lac pour que je dise à l’équipe de Pou Tchraèng de cesser de clouer le cercueil. Il faut arrêter avec cette histoire! »
L’Atchar intervint alors « Oui, absolument! Vas- y fiston! Fonce leur dire de laisser tomber sur place les planches de ce cercueil inachevé, et qu’ils aillent plutôt en quatrième vitesse avec leur charrette jusqu’au monastère Là-bas, ils demanderont au Vénérable Guru Chaw Athékaa de nous prêter un cercueil à lui... Allons, dépêchez vous bon sang!... Si l’orage nous tombe dessus, on est très mal! »
Tchrwot se tourna alors vers l’Atchar et donna comme consigne : «D’accord Lauk Ta... On y va tout de suite. Mais si je tarde à revenir, il faudra que quelqu’un mette en route la machine Phloeng. J’ai tout préparé, y’a plus qu’à »
Et sur ces mots, il s’installa ainsi que Naren et Charat sur la moto qui prit la route aussitôt.


Edité le 18/11/2007 @ 19:51 par bang bruno
#51239 View bang+bruno's ProfileVisit bang+bruno's HomepageView All Posts by bang+brunoU2U Member
Go top 26/11/2007 @ 10:29 Go bottom
Re : KES ROKOL BESAT, L'ORCHIDEE MALFAISANTE Reply With Quote
Offline Seun nmott
Moderator
StaffStaffStaffStaffStaffStaff

gocbyinterwizard20017ki.gif
 
Posts 2822
Registered 27/12/2005
La suite. :chaipas:

grève?

Rien n'existe qui n'ait au préalable été rêvé. © Ismaël Mérindol (1466)
#51368 View Seun+nmott's ProfileView All Posts by Seun+nmottU2U Member
Go top 26/11/2007 @ 11:00 Go bottom
Re : KES ROKOL BESAT, L'ORCHIDEE MALFAISANTE Reply With Quote
Online liberté
Membre Honorable
MemberMemberMemberMemberMember

ava_576.gif
 
Posts 1412
Registered 20/01/2006

:reflechi1: Bang bruno, tu fais grève?

En tout cas merci pour la deuxième partie.


Liberté : Sentir ce que son coeur désire sans dépendre de l'opinion des autres. Je suis comme je suis. Je suis fait comme ça.

#51370 View libert%E9's ProfileView All Posts by libert%E9U2U Member
Go top 26/11/2007 @ 12:32 Go bottom
Re : KES ROKOL BESAT, L'ORCHIDEE MALFAISANTE Reply With Quote
Offline Sundgauvien38
Moderator
Staff