Not logged in [Login - Register]
Go bottom
Printable Version | Send to Friend | Subscribe | Add to Favorites New TopicNew PollPost Reply
    « Prev. thread | Next thread »  
Author GAVROCHE (10/07) : Phnom Penh, quand Malraux résidait à l'hôtel Manolis   ( Replies 2 | Views 414 )
Go top 26/10/2007 @ 15:18 Go bottom
GAVROCHE (10/07) : Phnom Penh, quand Malraux résidait à l'hôtel Manolis Reply With Quote
Offline Neko
Membre Honorable
MemberMemberMemberMemberMember

sanju.jpg
 
Posts 1354
Registered 10/02/2007
Location Phnom Penh
Un article dans Gavroche... Personnellement je trouve l ecriture moyenne, mais :-P

C’est au Cambodge que se noua le destin d’André Malraux. Parti sans le sou pour faire fortune, il revint métamorphosé en écrivain unanimement reconnu. Retour sur une aventure qui aurait pu mal se terminer.

Par Pierre Rossion, grand reporter.

Phnom Penh : quand Malraux résidait à l’hôtel Manolis

Le vendredi 13 octobre 1923, jour de bon augure pour les uns, de mauvais signe pour les autres, André Malraux embarque à Marseille sur le paquebot Angkor, avec Clara Goldschmidt qu’il vient d’épouser. Il a 22 ans et des rêves pleins la tête. Destination : l’Indochine, qui est alors le pays de cocagne pour les aventuriers. Installés en première classe, avec des hauts fonctionnaires et des officiers supérieurs, ils mènent la vie de touristes aisés, et, suprême honneur, ils sont invités à lla table du capitaine. Et les escales de défiler : Djibouti où, à la nuit tombée, ils assistent dans une case à un ballet de jeunes africaines en simple appareil ; Singapour où ils apprécient le savoir-vivre british au prestigieux hôtel Raffles ; Penang où, sous une pluie battante, Clara manque de se noyer dans un arroyo qu’elle n’avait pas vu. Enfin, ils débarquent à Saïgon.

Malgré les apparences, les Malraux ne sont pas en voyage de noces. Pour s’en rendre compte, il suffit de jeter un œil dans leurs malles. A côté des robes de soirée et des smokings voisinent des scies égoïnes, des cordes, des burins, des marteaux, des leviers, dont ils auront besoin pour la besogne qu’ils veulent entreprendre. Les Malraux sont, en effet, ruinés suite à un krach boursier qui a vu s’effondrer les valeurs mexicaines sur lesquelles ils avaient misé. Comme Malraux n’a pas l’intention de trouver un métier stable (« Vous ne croyez tout de même pas que je vais travailler », dit-il à Clara), il a décidé de se renflouer en joignant l’utile à l’agréable ? Et il compte sur son intelligence fulgurante et ses connaissances d’autodidacte pour réussir.

Malraux n’a pas de diplômes mais il a fréquenté l’Ecole des langues orientales et le musée Guimet. D’ailleurs l’architecture des cathédrales et l’archéologie du Cambodge n’ont aucun secret pour lui. Ayant lu l’article de Henri Parmentier, chef de l’Ecole Française d’Extrême Orient, qui donne une description détaillée du temple cambodgien de Banteay Srei, il se convainc rapidement qu’il y a là quelque chose à gagner. Enthousiasmé par la beauté du monument, il décide d’y prélever quelques statues et de les revendre à un bon prix en Amérique. Comme Banteay Srei est éloigné dans la jungle et qu’il n’est pas officiellement répertorié, Malraux croit qu’il appartient à tout le monde et qu’il ne court aucun risque.

A Saïgon, le couple, bientôt rejoint par Louis Chevasson, un ami d’enfance, remonte en chaloupe le Grand Lac Tonlé Sap, jusqu’à Siem Reap où ils louent quatre charrettes à bœufs et une douzaine de coolies. Et les voilà partis, casqués et vêtus comme des explorateurs sur de petits chevaux, si petits que les pieds d’André touchent le sol. Après quatre jours d’une marche pénible, par un soleil torride, sur un chemin défoncé envahi par les moustiques, ils atteignent le temple perdu. Alors les outils entrent en action. Sept blocs de pierre sont détachés, hissés sur les charrttes et transportés jusqu’au Grand Lac où une chaloupe les achemine jusqu’à `Phnom Penh. L’expédition n’ira pas plus loin. Filé par la police, le trio est arrêté et mis en résidence surveillée à l’hôtel Manolis à Phnom Penh.
Le 21 juillet 1924, c’est le procès. Verdict : six mois de prison ferme pour Malraux, dix huit mois pour Chevasson. Quant à Clara, qui a été relaxée avant l’ouverture des débats, au prétexte qu’une femme est tenue de suivre son mari en tous lieux, elle vogue vers la France.

Malraux, outré par la dureté de la sentence, fait appel. De son côté, Clara, une fois à Paris, remue ciel et terre et fait signer une pétition en faveur de son mari aux grands noms de la littérature française. Finalement le 41er novembre 1924, le nouveau jugement reconnaît la bonne foi des deux inculpés et leur accorde le sursis. Libre, Malraux a dès lors le champ libre pour s’envoler vers son brillant destin qui le conduira jusqu’au ministère de la Culture. Pour lui, le vendredi 1 » a été bien faste.
L’hôtel Manolis existe toujours, mais ce n’est plus un hôtel : en 1975, avec l’arrivée des Khmers rouges, il ferme ses portes, et fin 1979, les chambres vides seront remplies de rescapés du génocide qui affluaient vers les campagnes. Rien cependant, n’a vraiment changé. J’ai pu m’en rendre compte en explorant l’hôtel de fond en comble. Entré par la façade arrière qui donne sur la place de la poste centrale, j’ai grimpé un escalier étroit, vraisemblablement l’escalier de service, et suis arrivé au niveau du couloir du premier étage ? La rampe d’escalier et le carrelage sur lequel avaient glissé les pas d’André et de Clara étaient d’époque.

« Notre chambre aux murs chaulés était grande, meublée d’un vaste lit enveloppé dans sa moustiquaire et d’une table ronde de bois sale », raconte Clara dans ses souvenirs. Dans le couloir, la porte d’une chambre était ouverte. Le locataire me permit d’y entrer. Elle était grande avec des murs chaulés, noirs de crasse et il y avait un grand lit recouvert d’une moustiquaire, ainsi qu’une table ronde en bois, vraiment très sale. Par la fenêtre s’encadrait la poste centrale et en tournant la tête à gauch, on voyait l’ancienne Taverne, un café où se trouvait les coloniaux, à l’heure de l’apéritif. Aujourd’hui le café a fait place à la librairie française « Mékong Libris » tenue par Franck Dulac, un ancien parachutiste reconverti dans les lettres, chez lequel on retrouve tous les grands noms de la littérature coloniale.
Sur le lit je voyais les ombres d’André et de Clara lisant tout ce qui leur tombait sous la main. La bibliothèque de Phnom Penh étant bien fournie, tout y passa : récits de voyages, htoriens, philosophes et même les rapports indigestes des gouverneurs de province. Et, comme la bibliothèque ne possédait aucun livre de poètes, ils se mirent à reconstituer de mémoire une anthologie allant de Ruteboeuf à Apollinaire, à partir des vers qu’ils avaient appris dans leur jeunesse. Et les jours défilaient monotones, avec de gros coups de cafard lorsqu’on venait leur présenter la note de l’hôtel, qu’ils étaient dans l’impossibilité de régler, vu qu’il n’avaient plus un sou en poche.
Heureusement, bon prince, M. Manoli consentit à leur faire crédit.

Evidemment, les locataires actuels ignorent tout du passé du palace. Cependant, j’ai obtenu quelques renseignements en me rendant à Marseille chez André Manolis, le fils du propriétaire de l’hôtel. Né en 1915 et donc agé de 92 ans, mais en paraissant 20 de moins, il m’assure qu’il ne se souveint pas de Malraux, car à l’époque il n’avait pas la notoriété qu’il a aujourd’hui. Par contre, il l’a certainement croisé dans les couloirs, car en 1923, année où il partit faire ses études en France, il était à Phnom Penh, quand Malraux s’y trouvait. Par contre, il est intarissable sur son père, un Grec, né à Rhodes, venu au Cambodge pour constuire des routes. A l’écouter, on croit revivre « Le kilomètre 83 », le roman colonial de Jean Daguerches, récemment réédité chez Kailash, qui a pour sujet la construction de la voie ferrée reliant le Siam au Cambodge. « Je n’avais pas cinq ans et je me souviens que je suivais mon père sur ses chantiers, en sampan et en charettes à bœufs. Je dormais à la belle étoile et j’étais bercé par le bruit des pelles et des pioches. » Puis en 1920, Manolis père est assez riche por acheter le Grand Hôtel de Phnom Penh qu’il rebaptise à son nom. Il fonctionna jusqu’en 1975, sous la houlette du frère cadet d’André Manolis, année où il dut s’enfuir en catastrophe car les Khmers rouges entraient dans la ville. Il abandonna sur place tout ce qu’il possédait : photos, archives ; et une pleine malle de riels. Ce n’était pas grave, la monnaie locale ne valait plus rien.
#50366 View Neko's ProfileView All Posts by NekoU2U Member
Go top 26/10/2007 @ 16:40 Go bottom
Re : GAVROCHE (10/07) : Phnom Penh, quand Malraux résidait à l'hôtel Manolis Reply With Quote
Offline robin des bois
Membre Honorable
MemberMemberMemberMemberMember


 
Posts 1841
Registered 23/03/2004
Location Nantes
Neko a écrit




... ...L’hôtel Manolis existe toujours, mais ce n’est plus un hôtel : en 1975, avec l’arrivée des Khmers rouges, il ferme ses portes, et fin 1979, les chambres vides seront remplies de rescapés du génocide qui affluaient vers les campagnes. Rien cependant, n’a vraiment changé. ... ..Par la fenêtre s’encadrait la poste centrale et en tournant la tête à gauch, on voyait l’ancienne Taverne, un café où se trouvait les coloniaux, à l’heure de l’apéritif. Aujourd’hui le café a fait place à la librairie française « Mékong Libris » tenue par Franck Dulac, un ancien parachutiste reconverti dans les lettres, chez lequel on retrouve tous les grands noms de la littérature coloniale.





L'Hotel Manolis figure sur un répertoire annexé à une brochure intitulée:

"Phnom Penh: développement urbain et patrimoine "


"Edifices et ensembles à protéger: proposition"

partie "Edifices privés",à la référence A 76

Ancien Grand Hôtel
- 67 à 71 quai Sisovath
- 98 et 100 rue 13
Intérêt 2


La Grande Poste y figure dans la partie "Edifices publics"

A 79: Poste Centrale
- 3 rue 13
Intérêt :1



(et pour la petite histoire je logeais au 20 de la rue 13 !!! Et mon immeuble et le Manolis étaient dans un très piteux état.. J'espère que cette place a éyté restaurée; il y avait aussi un bel immeuble coloniial abrirtant un commissariat .. euh là la saleté!!!)

Edité le 26/10/2007 @ 16:46 par robin des bois
#50370 View robin+des+bois's ProfileView All Posts by robin+des+boisU2U Member
Go top 28/10/2007 @ 13:42 Go bottom
Re : GAVROCHE (10/07) : Phnom Penh, quand Malraux résidait à l'hôtel Manolis Reply With Quote
Offline Neko
Membre Honorable
MemberMemberMemberMemberMember

sanju.jpg
 
Posts 1354
Registered 10/02/2007
Location Phnom Penh
Ha ha !!! :rire1:
Je vais faire une enquete pour voir au tu habitais Rdb :lol:
#50429 View Neko's ProfileView All Posts by NekoU2U Member
    « Prev. thread | Next thread »  
New TopicNew PollPost Reply
Go top