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Author Petite surprise ! Angkor Wat a Paris en ... 1931 !   ( Replies 23 | Views 795 )
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Petite surprise ! Angkor Wat a Paris en ... 1931 ! Reply With Quote
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J'ai ramene dans mes valises un petit document qui vous interessera je pense.
Mon grand pere, a retrouve pour moi dans sa cave et ses papiers, le catalogue de l'exposition coloniale de Parsi - 1931 et ou il a pu visiter du haut de ses 11 ans, une replique d'Angkor Wat dont il se souvient encore !!!
Plusieurs pages sont consacrees a Angkor et a l'Indochine, que je vais essayer de vous taper, illustrations et photos a l'appui ! Bonne visite :up:
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#46936 View Neko's ProfileView All Posts by NekoU2U Member
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ANGKOR ET L’INDOCHINE

Par CLAUDE FARRÈRE

… Voici donc ces temples qui apparurent si longtemps à notre imagination comme de fabuleuses visions, ces temples que Loti enfant découvrait déjà avant de les avoir visités. En voici, du moins, dans Paris même, la reproduction exacte, sinon fidèle. Voici les assises, les soubassements, les galeries, les terrasses et, jaillis de tout cet ensemble horizontal et stable, les extraordinaires dômes pareils à des tiares annelées. Il ne manque que la forêt tropicale, dense et verte implacablement sous son ciel d’Asie, d’où croulent tour à tour les pluies diluviennes qui écrasent sans rafraîchir et les mortelles insolations qui assomment et qui tuent. À vrai dire, cette forêt serait essentielle si on voulait retrouver devant la réplique de Vincennes l émotion souveraine qu éprouvèrent tous les vrais voyageurs devant la merveille originale. Mais le public d’une exposition internationale est plus friand d’admirer que de s’émouvoir. Et tels quels, les temples d’Angkor, réédifiés au bord d’une futaie parisienne, n’en découvrent pas moins, même aux yeux les moins accoutumés à voir, toute la patiente et sage splendeur de l’antique Asie.
...

photo : Vue d'nsemble du palais d'Angkor (Blanche, architecte)
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#46939 View Neko's ProfileView All Posts by NekoU2U Member
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... De l'antique Asie...
... Cela, au fait, est vite écrit. Mais il n'est rien de tel que les chiffres. Et j'ai peur que beaucoup des Français qui vont pour la première fois découvrir cette splendeur asiatique, entre une visite à l'Afrique occidentale et une flânerie algérienne ou martiniquaise, n'en emporte quelques opinions erronées, voire nocives.
On a trop répété, un peu partout, que cette reconstitution d'Angkor était le "clou" de l'Exposition coloniale et qu'Angkor était le chef-d'oeuvre de l'Indochine. De là à s'imaginer que, en effet, ces prodigieux fantômes de grès et de granit symbolisent cette civilisation indochinoise, d'ailleurs brillante, au milieu desquelles nos soldats, nos colons et nos administrateurs sont venus s'implanter il n'y aurait qu'un pas. Ce pas là serait décevant à franchir.

photo : cour intérieure du Temple d'Angkor Vat : porte donnant dans la salle capitulaire. (C. et G. Blanche, archit. Auberlet, sculpt.) phot. Chevojon
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#46940 View Neko's ProfileView All Posts by NekoU2U Member
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Offline Grobec
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:sygus:
...écroulé !
Blanche architecte> je ne sais pas s'il ets allé voir Angkoer car son aquarel est faux !
Puis, la reconstitution mélange des éléments de plusieurs temples !
Il n'empêche, ça devait avoir de la gueule cette expo !
#46941 View Grobec's ProfileView All Posts by GrobecU2U Member
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Précisons donc un peu. Les temples d'Angkor, qui sont assurément le plus colossal monument religieux qui soit au monde, supérieur à ce que possède l'Inde, supérieur même à tout ce qui se cache dans la mystérieuse Bornéo, ne sont point d'une telle antiquité qu'on ne puisse connaître, peu ou prou, leur histoire. Ils datent du huitième ou du neuvième siècle de notre ère, autant qu'on soit d'accord là-dessus. Ils furent élevés pour doter la grande capitale d'un sanctuaire brahmanique igne d'elle. Et, trois ou quatre cents ans après leur fondation, les prêtres bouddhistes en prirent possession. Quelques siècles plus tard, le peuple khmer était rayé du nombre des peuples comme l'avait été, au quatorzième siècle, ce mystérieux peuple tcham qui venait du Sud et professait l'Islam. Il ne resta rien des Tchams que les Annamites anéantirent avec une férocité impressionnante. Il resta des Khmers quelques débris, épargnés on ne sait trop pourquoi par l'envahisseur de Hué et par l'envahisseur de Bangkok. En étendant donc le drapeau de la République sur ces débris-là, qui sont aujourd'hui le Cambodge, et en forçant les Siamois à restituer aux Cambodgiens opprimés et dépouillés, nous avons donc fait oeuvre non pas d'impérialisme, mais d'affranchissement. Et les temples d'Angkor symbolisent beaucoup moins l'Indochine, une et indivisible -selon la puérile conception des politicailleurs soviétiques et des ignorants, leurs dupes- qu'une civilisation morte que les pires violences avaient tuée et qui doit à la France aujourd'hui de revivre.
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#46942 View Neko's ProfileView All Posts by NekoU2U Member
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Re : Re : Petite surprise ! Angkor Wat a Paris en ... 1931 ! Reply With Quote
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Grobec a écrit

:sygus:
...écroulé !
Blanche architecte> je ne sais pas s'il ets allé voir Angkoer car son aquarel est faux !
Puis, la reconstitution mélange des éléments de plusieurs temples !
Il n'empêche, ça devait avoir de la gueule cette expo !


oui mais je pense que c'est l'aquarelle de la reconstitution du temple qui ne comprend je pense, que la partie interieure du temple et pas toutes les enceintes ! Tu imagines sinon, la place qu'il aurait fallu ??? :lol:
Bon je continue :ordi:
#46943 View Neko's ProfileView All Posts by NekoU2U Member
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Re : Petite surprise ! Angkor Wat a Paris en ... 1931 ! Reply With Quote
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flûte j'en ai oublié la légende de la photo : La grande chaussée conduisant au temple - Au premier plan, nagas serpents à 7 têtes) servant de motifs décoratifs. phot. Pacific et Atlantic
#46944 View Neko's ProfileView All Posts by NekoU2U Member
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Re : Petite surprise ! Angkor Wat a Paris en ... 1931 ! Reply With Quote
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J'ai souvent soutenu que l'homme du monde qui mériterait le mieux le prix Nobel pour la paix, s'il était une justice sur cette terre, n'est autre que le maréchal Lyautey, lequel, conquérant et pacifiant le vieux Maroc rouge, força cinq cent tribus farouches, naguère uniquement occupées de leurs guerres intestines, à se tolérer les unes les autres et à respecter la paix française. L'Indochine, avant que nous y vinssions, n'était sans doute pas une terre aussi sanglante que le malheureux Maghreb, perdu dans son anarchie féodale. Mais bien des violences et bien des misères s'y coudoyaient. Et les temples d'Angkor sont là pour témoigner de toute la beauté pure que l'Indochine avait assassinée, dix ou vingt siècles durant, dans cette autre anarchie d'un chaos de races ennemies dont les plus fortes cherchaient obstinément l'anéantissement des plus faibles. Quand nos étudiants annamites d'aujourd'hui réclament avec tant d'âpreté leur droit de vivre libre, c'est-à-dire affranchis de la nation protectrice, ce n'est pas leur indépendance propre qu'ils revendiquent, c'est la restitution du droit héréditaire d'opprimer, de molester et de massacrer leurs voisins moins nombreux, moins armés ou moins agressifs. L'Indochine aux Indochinois, cela signifie le massacre ou l'esclavage de tout ce qu'il y a de Cambodgiens, de Laotiens, de Moïs de Muongs, que sais-je ! Voilà ce qu'il faut que nul n'ignore.

Légendes photos : gauche : Détails de la partie supérieure (Lion placé sur les gradins de l'escalier) - droite : Galerie extérieure
(C. et G. Blanche, archit. Auberlet sculpt. - Photo Chevojon
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Les pacifistes exagérés se refusent toujours, avec la plus touchante obstination, à prévoir les flots de sangs qui couleraient si la moindre de leurs utopies était un jour réalisée. Et cela n'est pas une affirmation gratuite : par-delà la Birmanie, l'Inde immense est là, que je choisis pour exemple. Que les troupes anglaises évacuent quelque jour les rives du Gange, ce qui malheureusement n'est pas impossible à l'heure qu'il est, et vous verrez Hindous et musulmans se noyer en toute indépendance dans le sang les uns les autres. Les Bengalis, aujourd'hui les plus actifs à maudire le vice-roi et ses sbires, seraient assurément les premiers à en appeler à Genève, quand les gens du Pendjab ou les Pathans, reprenant enthousiasme leurs habitudes ancestrales, leur viendront joyeusement couper la gorge. "Dieu a fait le lièvre et le bengali", dit le proverbe du Nord...
Inutile d'ajouter que Genève n'y remédierait pas, sauf par des discours.
Legende photo : Tour inspiree d'Angkor Thom (C. G. Blanche archit. ) photo Clair-Guyot
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Ainsi donc, à qui saura regarder comme il faut la splendide reconstitution d'Angkor, à qui suivra pas à pas l'immense bas-relief du Ramayana, long d'un kilomètre, à qui admirera les apsâras sans nombre, au divin sourire, et aussi les serpents à sept têtes, dernier vestige de croyances plus anciennes, qui eurent leurs fidèles au temps d'Iskandar, que les barbares d'outre-Indus et d'outre-Hellespont nomment Alexandre le Grand, à qui marchera enfin sur la grande chaussée qui accède au temple et verra, tant à sa droite qu'à sa gauche, les pavillons précieux du Tonkin, de la Cochinchine, de l'Annam, du Laos, du Cambodge, je souhaite la sagesse de bien comprendre que nous sommes nous, Français d'Asie, nous, pacificateurs occidentaux de l'Extrême Orient, les héritiers légitimes de cette antique civilisation khmère, meilleure certes, que tout ce qui lui succéda jusqu'au retour de notre débarquement sur ces plages lointaines et sacrées. Nous avons interdit là où désormais nous sommes, qu'on s'entre-tuât et qu'on détruisit le passé, naturel précepteur de l'avenir. L'oeuvre est bonne. Continuons !

CLAUDE FARRERE

Légende : Le Palais d'Angkor vu du pavillon de la Guadeloupe photo idem précedente
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Re : Petite surprise ! Angkor Wat a Paris en ... 1931 ! Reply With Quote
Offline sothy
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Offline robin des bois
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Neko a écrit

. Il resta des Khmers quelques débris, épargnés on ne sait trop pourquoi par l'envahisseur de Hué et par l'envahisseur de Bangkok.
En étendant donc le drapeau de la République sur ces débris-là, qui sont aujourd'hui le Cambodge, et en forçant les Siamois à restituer aux Cambodgiens opprimés et dépouillés, nous avons donc fait oeuvre non pas d'impérialisme, mais d'affranchissement. Et les temples d'Angkor symbolisent beaucoup moins l'Indochine, une et indivisible -selon la puérile conception des politicailleurs soviétiques et des ignorants, leurs dupes- qu'une civilisation morte que les pires violences avaient tuée et qui doit à la France aujourd'hui de revivre.

... ...je souhaite la sagesse de bien comprendre que nous sommes nous, Français d'Asie, nous, pacificateurs occidentaux de l'Extrême Orient, les héritiers légitimes de cette antique civilisation khmère, meilleure certes, que tout ce qui lui succéda jusqu'au retour de notre débarquement sur ces plages lointaines et sacrées. Nous avons interdit là où désormais nous sommes, qu'on s'entre-tuât et qu'on détruisit le passé, naturel précepteur de l'avenir. L'oeuvre est bonne. Continuons




Merci Neko

Rien que çà ,çà vaut bien le ticket d'entrée à l'Expo!!



Edité le 31/08/2007 @ 07:53 par robin des bois
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robin des bois a écrit

Rien que çà ,çà vaut bien le ticket d'entrée à l'Expo!!





Je m'attendais à ce que vous réagissiez là :rire1:
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Re : Petite surprise ! Angkor Wat a Paris en ... 1931 ! Reply With Quote
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Et je tiens à dire que les propos tenus n'engagent que l'auteur :rire1:
Je me méfié hein, bref je ne cautionne pas ce qu'il raconte, je vous le transmets à titre de témoignage historique :-P
#46974 View Neko's ProfileView All Posts by NekoU2U Member
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Re : Re : Re : Re : Petite surprise ! Angkor Wat a Paris en ... 1931 ! Reply With Quote
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Neko a écrit

robin des bois a écrit

Rien que çà ,çà vaut bien le ticket d'entrée à l'Expo!!





Je m'attendais à ce que vous réagissiez là :rire1:


N'empêche que j'aurais bien aimé avoir un grand-père qui m'aurait laissé un tel bouquin!!!
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Re : Re : Re : Re : Re : Petite surprise ! Angkor Wat a Paris en ... 1931 ! Reply With Quote
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robin des bois a écrit

N'empêche que j'aurais bien aimé avoir un grand-père qui m'aurait laissé un tel bouquin!!!


Oui mais j'ai du un peu guerroyer pour l'avoir !
L'avantage que j'ai eu c'est qu'il etait quand meme reste 70 ans dans la cave :clindoeil:
Et encore, si j etais en France je crois que j'irai trifouiller dans cette fameuse cave, je crois qu il y a vraiment des tresors ... :languetourne:
#46982 View Neko's ProfileView All Posts by NekoU2U Member
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Re : Petite surprise ! Angkor Wat a Paris en ... 1931 ! Reply With Quote
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L'expo coloniale (porte dorée - il en retste le pavillon du cameroun, pagode khmere actuelement, un pont a naga et l'ex-musée des arts d'afrique et d'oceanie) a été l'occasion a la france de prouver a quelle point elle etait imbue d'elle même et pleine de préjugé négatifs envers les "primitifs" de ses colonies et protectorats.

Un Zoo humain. ni plus ni moins. Pour divertir ces messieurs dames de metropole.

mais comme RdB je suis dég pour le bouquin!!
#46987 View virgule's ProfileView All Posts by virguleU2U Member
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Re : Petite surprise ! Angkor Wat a Paris en ... 1931 ! Reply With Quote
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Archives — Août 2000

DES EXHIBITIONS RACISTES QUI FASCINAIENT LES EUROPÉENS

Ces zoos humains de la République coloniale
Comment cela a-t-il été possible ? Les Européens sont-ils capables de prendre la mesure de ce que révèlent les « zoos humains » de leur culture, de leurs mentalités, de leur inconscient et de leur psychisme collectif ? Double question alors que s’ouvre enfin, à Paris, au c ur du temple des arts - le Louvre -, la première grande exposition sur les arts premiers.
Par Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire

Les zoos humains, expositions ethnologiques ou villages nègres restent des sujets complexes à aborder pour des pays qui mettent en exergue l’égalité de tous les êtres humains. De fait, ces zoos, où des individus « exotiques » mêlés à des bêtes sauvages étaient montrés en spectacle derrière des grilles ou des enclos à un public avide de distraction, constituent la preuve la plus évidente du décalage existant entre discours et pratique au temps de l’édification des empires coloniaux.

« Cannibales australiens mâles et femelles. La seule et unique colonie de cette race sauvage, étrange, défigurée et la plus brutale jamais attirée de l’intérieur des contrées sauvages. Le plus bas ordre de l’humanité (1). »

L’idée de promouvoir un spectacle zoologique mettant en scène des populations exotiques apparaît en parallèle dans plusieurs pays européens au cours des années 1870. En Allemagne, tout d’abord, où, dès 1874, Karl Hagenbeck, revendeur d’animaux sauvages et futur promoteur des principaux zoos européens, décide d’exhiber des Samoa et des Lapons comme populations « purement naturelles » auprès des visiteurs avides de « sensations ». Le succès de ces premières exhibitions le conduit, dès 1876, à envoyer un de ses collaborateurs au Soudan égyptien dans le but de ramener des animaux ainsi que des Nubiens pour renouveler l’« attraction ». Ces derniers connurent un succès immédiat dans toute l’Europe, puisqu’ils furent présentés successivement dans diverses capitales comme Paris, Londres ou Berlin.
Un million d’entrées payantes

Une telle réussite a, sans aucun doute, influencé Geoffroy de Saint-Hilaire, directeur du Jardin d’acclimatation, qui cherchait des attractions à même de redresser la situation financière délicate de l’établissement. Il décide d’organiser, en 1877, deux « spectacles ethnologiques », en présentant des Nubiens et des Esquimaux aux Parisiens. Le succès est foudroyant. La fréquentation du Jardin double et atteint, cette année-là, le million d’entrées payantes... Les Parisiens accourent pour découvrir ce que la grande presse qualifie alors de « bande d’animaux exotiques, accompagnés par des individus non moins singuliers ». Entre 1877 et 1912, une trentaine d’« exhibitions ethnologiques » de ce type seront ainsi produites au Jardin zoologique d’acclimatation, à Paris, avec un constant succès.

De nombreux autres lieux vont rapidement présenter de tels « spectacles » ou les adapter à des fins plus « politiques », à l’image des Expositions universelles parisiennes de 1878, de 1889 (dont le « clou » était la tour Eiffel) - un « village nègre » et 400 figurants « indigènes » en constituaient l’une des attractions majeures - et celle de 1900, avec ses 50 millions de visiteurs et le célèbre Diorama « vivant » sur Madagascar, ou, plus tard, les Expositions coloniales, à Marseille en 1906 et 1922, mais aussi à Paris en 1907 et 1931.

Des établissements se spécialisent dans le « ludique », comme les représentations programmées au Champ-de-Mars, aux Folies-Bergère ou à Magic City ; et dans la reconstitution coloniale, avec, par exemple, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, la reconstitution de la défaite des Dahoméens de Behanzin devant l’armée française...

Pour répondre à une demande plus « commerciale » et à l’appel de la province, les foires et expositions régionales deviennent très vite les lieux de promotion par excellence de ces exhibitions. C’est dans cette dynamique que se structurent, très rapidement, les « troupes » itinérantes - passant d’une exposition à une foire régionale - et que se popularisent les célèbres « villages noirs » (ou « villages sénégalais »), comme lors de l’exposition de Lyon en 1894. Il n’est dès lors pas une ville, pas une exposition et pas un Français qui ne découvrent, à l’occasion d’un après-midi ensoleillé, une reconstitution « à l’identique » de ces contrées sauvages, peuplées d’hommes et d’animaux exotiques, entre un concours agricole, la messe dominicale et la promenade sur le lac.

C’est alors par millions que les Français, de 1877 au début des années 30, vont à la rencontre de l’Autre. Un « autre » mis en scène et en cage. Qu’il soit peuple « étrange » venu de tous les coins du monde ou indigène de l’Empire, il constitue, pour la grande majorité des métropolitains, le premier contact avec l’altérité. L’impact social de ces spectacles dans la construction de l’image de l’Autre est immense. D’autant qu’ils se combinent alors avec une propagande coloniale omniprésente (par l’image et par le texte) qui imprègne profondément l’imaginaire des Français. Pourtant, ces zoos humains demeurent absents de la mémoire collective.

L’apparition, puis l’essor et l’engouement pour les zoos humains résultent de l’articulation de trois phénomènes concomitants : d’abord, la construction d’un imaginaire social sur l’autre (colonisé ou non) ; ensuite, la théorisation scientifique de la « hiérarchie des races » dans le sillage des avancées de l’anthropologie physique ; et, enfin, l’édification d’un empire colonial alors en pleine construction.

Bien avant la grande expansion coloniale de la IIIe République des années 1870-1910, qui s’achève par le tracé définitif des frontières de l’Empire outre-mer, s’affirme, en métropole, une passion pour l’exotisme et, en même temps, se construit un discours sur les « races » dites inférieures au croisement de plusieurs sciences. Certes, la construction de l’identité de toute civilisation se bâtit toujours sur des représentations de l’autre qui permettent - par effet de miroir - d’élaborer une autoreprésentation, de se situer dans le monde.

En ce qui concerne l’Occident, on peut déceler les premières manifestations de cela dans l’Antiquité (la catégorisation du « barbare », du « métèque » et du citoyen), idée à nouveau portée par l’Europe des croisades, puis lors de la première phase d’explorations et de conquêtes coloniales des XVIe et XVIIe siècles. Mais, jusqu’au XIXe siècle, ces représentations de l’altérité ne sont qu’incidentes, pas forcément négatives et ne semblent pas pénétrer profondément dans le corps social.

Avec l’établissement des empires coloniaux, la puissance des représentations de l’autre s’impose dans un contexte politique fort différent et dans un mouvement d’expansion historique d’une ampleur inédite. Le tournant fondamental reste la colonisation, car elle impose la nécessité de dominer l’autre, de le domestiquer et donc de le représenter.

Aux images ambivalentes du « sauvage », marquées par une altérité négative mais aussi par les réminiscences du mythe du « bon sauvage » rousseauiste, se substitue une vision nettement stigmatisante des populations « exotiques ». La mécanique coloniale d’infériorisation de l’indigène par l’image se met alors en marche, et, dans une telle conquête des imaginaires européens, les zoos humains constituent sans aucun doute le rouage le plus vicié de la construction des préjugés sur les populations colonisées. La preuve est là, sous nos yeux : ils sont des sauvages, vivent comme des sauvages et pensent comme des sauvages. Ironie de l’histoire, ces troupes d’indigènes qui traversaient l’Europe (et même l’Atlantique) restaient bien souvent dix ou quinze ans hors de leurs pays d’origine et acceptaient cette mise en scène... contre rémunération. Tel est l’envers du décor de la sauvagerie mise au zoo, pour les organisateurs de ces exhibitions : le sauvage, au tournant du siècle, demande un salaire (2) !

En parallèle, un racisme populaire se déploie dans la grande presse et dans l’opinion publique, comme toile de fond de la conquête coloniale. Tous les grands médias, des journaux illustrés les plus populaires - comme Le Petit Parisien ou Le Petit Journal - aux publications à caractère « scientifique » - à l’image de La Nature ou La Science amusante -, en passant par les revues de voyages et d’exploration - comme Le Tour du monde ou le Journal des voyages -, présentent les populations exotiques - et tout particulièrement celles soumises à la conquête - comme des vestiges des premiers états de l’humanité.

Le vocabulaire de stigmatisation de la sauvagerie - bestialité, goût du sang, fétichisme obscurantiste, bêtise atavique - est renforcé par une production iconographique d’une violence inouïe, accréditant l’idée d’une sous-humanité stagnante, humanité des confins coloniaux, à la frontière de l’humanité et de l’animalité (3).
La race blanche naturellement supérieure

Simultanément, l’infériorisation des « exo tiques » est confortée par la triple articulation du positivisme, de l’évolutionnisme et du racisme. Les membres de la société d’anthropologie - créée en 1859, à la même date que le Jardin d’acclimatation de Paris - se sont rendus plusieurs fois à ces exhibitions grand public pour effectuer leurs recherches orientées vers l’anthropologie physique. Cette science obsédée par les différences entre les peuples et l’établissement de hiérarchies donnait à la notion de « race » un caractère prédominant dans les schémas d’explication de la diversité humaine. On assiste, à travers les zoos humains, à la mise en scène de la construction d’une classification en « races » humaines et de l’élaboration d’une échelle unilinéaire permettant de les hiérarchiser du haut en bas de l’échelle évolutionniste.

Ainsi, le comte Joseph Arthur de Gobineau, par son Essai sur l’inégalité des races humaines (1853-1855), avait établi l’inégalité originelle des races en créant une typologie sur des critères de hiérarchisation largement subjectifs comme « beauté des formes, force physique et intelligence », consacrant ainsi les notions de « races supérieures » et « races inférieures ». Comme beaucoup d’autres, il postule alors la supériorité originelle de la « race blanche », qui possède, selon lui, le monopole de ces trois données et sert alors de norme lui permettant de classer le Noir dans une infériorité irrémédiable au plus bas de l’échelle de l’humanité et les autres « races » comme intermédiaires.

Une telle classification se retrouve dans les programmations parisiennes des zoos humains et conditionne largement l’idéologie sous-jacente de ces spectacles. Lorsque les Cosaques sont, par exemple, invités au Jardin zoologique d’acclimatation, l’ambassade de Russie insiste pour qu’ils ne soient pas confondus avec les « nègres » venus d’Afrique, et, lorsque Buffalo Bill arrive avec sa « troupe », il trouve sans conteste sa place au Jardin grâce à la présence d’« Indiens » dans son spectacle ! Enfin, quand les lilliputiens sont présentés au public, ils entrent sans aucun problème dans la même terminologie de la différence, de la monstruosité et de la bestialité que les populations exotiques !
Du darwinisme social au colonialisme

Le darwinisme social, vulgarisé et réinterprété par un Gustave Le Bon ou un Vacher de Lapouge au tournant du siècle, trouve sa traduction visuelle de distinction entre « races primitives » et « races civilisées » dans ces exhibitions à caractère ethnologique. Ces penseurs de l’inégalitarisme découvrent, à travers les zoos humains, un fabuleux réservoir de spécimens jusqu’alors impensable en métropole.

L’anthropologie physique, comme l’anthropométrie naissante, qui constitue alors une grammaire des « caractères somatiques » des groupes raciaux - systématisé dès 1867 par la Société d’anthropologie avec la création d’un laboratoire de craniométrie -, puis le développement de la phrénologie, légitiment le développement de ces exhibitions. Elles incitent les scientifiques à soutenir activement ces programmations, pour trois raisons pragmatiques : une mise à disposition pratique d’un « matériel » humain exceptionnel (variété, nombre et renouvellement des spécimens...) ; un intérêt du grand public pour leurs recherches, et donc une possibilité de promouvoir leurs travaux dans la grande presse ; enfin, la démonstration la plus probante du bien-fondé des énoncés racistes par la présence physique de ces « sauvages ».

Les civilisations extra-européennes, dans cette perception linéaire de l’évolution socioculturelle et cette mise en scène de proximité avec le monde animalier, sont considérées comme attardées, mais civilisables, donc colonisables. Ainsi, la boucle est bouclée. La cohérence de tels spectacles devient une évidence scientifique, en même temps qu’une parfaite démonstration des théories naissantes sur la hiérarchie des races et une parfaite illustration in situ de la mission civilisatrice alors en marche outre-mer. Scientifiques, membres du lobby colonial ou organisateurs de spectacles y trouvent leur compte.

La mise en pratique des fondements anthropologiques « darwiniens » de la science politique, illustrée et popularisée par de telles exhibitions, va très vite donner une résonance au projet « eugéniste » de Georges Vacher de Lapouge et consorts, dont le programme consistait en l’amélioration des qualités héréditaires de telle ou telle population au moyen d’une sélection systématique et volontaire. Très significativement, les exhibitions de « monstres » (nains ou lilliputiens comme au Jardin zoologique d’acclimatation en 1909, bossus ou géants dans les nombreuses fêtes foraines itinérantes, macrocéphales ou « nègres » albinos comme en 1912 à Paris) connaissent au tournant du siècle une très forte popularité, qui accompagne et interpénètre le succès foudroyant des zoos humains. Sans doute eugénisme, darwinisme social et hiérarchie raciale se répondent-ils dialectiquement. Sans doute participent-ils d’une même angoisse devant l’altérité, angoisse qui trouve alors son exutoire dans une rationalisation inégalitaire des « races », dans une stigmatisation commune du « taré » et de l’« indigène ».

Les « zoos humains » se trouvent ainsi au confluent d’un racisme populaire et de l’objectivation scientifique de la hiérarchie raciale, tous deux portés par l’expansion coloniale. Remarquable indice de cette confluence, les « exhibitions ethnologiques » du Jardin zoologique d’acclimatation sont légitimées, comme nous l’avons vu, par la Société d’anthropologie et par la quasi-totalité de la communauté scientifique française. Même si, entre 1890 et 1900, la Société d’anthropologie devient nettement plus circonspecte quant au caractère « scientifique » de tels spectacles, elle ne peut qu’apprécier cet afflux de populations qui lui permettent d’approfondir ses recherches sur la diversité des « espèces ». La rupture va naître finalement de l’importance croissante donnée à ces divertissements appréciés du public, et surtout à leur caractère de plus en plus populaire et théâtral.

Il faut dire que ces spectacles - mais aussi les exhibitions au Champ-de-mars et aux Folies-Bergère - se structurent sur une mise en scène de plus en plus élaborée de la « sauvagerie » : accoutrement baroque, danses frénétiques, simulation de « combats sanguinaires » ou de « rites canni bales », insistance des programmes publicitaires sur la « cruauté », la « barbarie » et les « coutumes inhumaines » (sacrifices humains, scarifications...).

Entre « eux » et « nous », une barriére infranchissable Tout converge pour qu’entre 1890 et la première guerre mondiale une image particulièrement sanguinaire du sauvage s’impose. Ces « spectacles » - construits sans aucun souci de vérité ethnologique, est-il besoin de le préciser - renvoient, développent, actualisent et légitiment les stéréotypes racistes les plus malsains qui forment l’imaginaire sur l’« autre » au moment de la conquête coloniale. Effectivement, il est essentiel de souligner que la « fourniture de ces indigènes » suit étroitement les conquêtes de la République outre-mer, recevait l’accord (et le soutien) de l’administration coloniale et contribuait à soutenir explicitement l’entreprise coloniale de la France.

Ainsi, des Touaregs furent exhibés à Paris durant les mois suivant la conquête française de Tombouctou en 1894 ; de même, des Malgaches apparurent une année après l’occupation de Madagascar ; enfin, le succès des célèbres amazones du royaume d’Abomey fait suite à la très médiatique défaite de Behanzin devant l’armée française au Dahomey. La volonté de dégrader, d’humilier, d’animaliser l’autre - mais aussi de glorifier la France outre-mer à travers un ultranationalisme à son apogée depuis la défaite de 1870 - est ici pleinement assumée et relayée par la grande presse, qui montre, face aux colonisateurs, des « indigènes » déchaînés, cruels, aveuglés de fétichisme et assoiffés de sang. Les différentes populations exotiques tendent ainsi à être toutes montrées sous ce jour peu flatteur : il y a un phénomène d’uniformisation par la caricature de l’ensemble des « races » présentées, qui tend à les rendre presque indistinctes. Entre « eux » et « nous », une barrière infranchissable est désormais dressée.

Attractifs, les « sauvages » amenés en Occident le sont sans aucun doute, mais ils suscitent un sentiment de crainte. Leurs actions et leurs mouvements doivent être strictement contrôlés. Ils sont présentés comme absolument différents, et la mise en scène européenne les oblige à se conduire comme tels, puisqu’il leur est interdit de manifester tout signe d’assimilation, d’occidentalisation aussi longtemps qu’ils sont montrés. Ainsi, dans la plupart des manifestations, il est impensable qu’ils se mélangent avec les visiteurs. Grimés selon les stéréotypes en vigueur, leur accoutrement est conçu pour être le plus singulier possible. Les exhibés doivent en outre rester à l’intérieur d’une partie précisément circonscrite de l’espace de l’exposition (sous peine d’amende retenue sur leur maigre solde), marquant la frontière intangible entre leur monde et celui des citoyens qui les visitent, les inspectent. Une frontière délimite scrupuleusement la sauvagerie et la civilisation, la nature et la culture.

Quand le corps du « sauvage » fascine Le plus frappant dans cette brutale animalisation de l’autre est la réaction du public. Au cours de ces années d’exhibitions quotidiennes, fort peu de journalistes, d’hommes politiques ou de scientifiques s’émeuvent des conditions sanitaires et de parcage - souvent catastrophiques - des « indigènes » ; sans même parler des nombreux décès de populations comme lors de la présence des Indiens Kaliña (Galibi) en 1892, à Paris (4), peu habituées au climat français.

Quelques récits soulignent néanmoins l’effroi devant de tels spectacles. Au coeur de ceux-ci, l’attitude du public n’est pas le sujet le moins choquant : nombre de visiteurs jettent nourriture ou babioles aux groupes exposés, commentent les physionomies en les comparant aux primates (reprenant en cela l’une des antiennes de l’anthropologie physique, avide de débusquer les « caractères simiesques » des indigènes), ou rient franchement à la vision d’une Africaine malade et tremblante dans sa case. Ces descriptions - certes lacunaires - démontrent assez le succès de la « racialisation latente des esprits » chez les contemporains. Dans un tel contexte, l’Empire pouvait se déployer en toute bonne conscience et instituer en son sein l’inégalité juridique, politique et économique entre Européens et « indigènes », sur fond de racisme endémique, puisque la preuve était donnée en métropole que là-bas il n’y avait que des sauvages juste sortis des ténèbres.

Les zoos humains ne nous révèlent évidemment rien sur les « populations exotiques ». En revanche, ils sont un extraordinaire instrument d’analyse des mentalités de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 30. En effet, par essence, zoos, expositions et jardins avaient pour vocation de montrer le rare, le curieux, l’étrange, toutes expressions du non-habituel et du différent, par opposition à une construction rationnelle du monde élaborée selon des standards européens (5).

Ces mascarades furieuses ne sont-elles pas finalement l’image renversée de la férocité - bien réelle celle-là - de la conquête coloniale elle-même ? N’y a-t-il pas la volonté - délibérée ou inconsciente - de légitimer la brutalité des conquérants en animalisant les conquis ? Dans cette animalisation, la transgression des valeurs et des normes de ce qui constitue, pour l’Europe, la civilisation est un élément moteur.

Dans le domaine du sacré, la norme sexuelle est bien évidemment première. La polygamie touche ainsi l’un des fondements socio-religieux de la famille chrétienne. Le fait que les zoos humains accueillent des familles entières - avec les différentes épouses du chef de famille - est significatif. On vient contempler au mieux une incompréhensible bizarrerie, au pis la manifestation d’une lubricité animale. Avec, dans le regard, une interrogation en suspens, le désir inassouvi d’un fantasme qui, en Occident même, est le revers de l’interdit.

Le thème de la sexualité est particulièrement développé. Pour les « Noirs », le mythe d’une sexualité bestiale, plurielle, prend corps. Dans ce mythe, dans lequel entrent des considérations physiques (une grande vitalité, de même que des organes génitaux - chez l’homme et chez la femme - que l’on considère comme surdéveloppés), se cristallise cette ambivalence fascinée pour des êtres à la frontière de l’animalité et de l’humanité. Cette vitalité sexuelle renvoie elle-même à une vitalité corporelle d’ensemble - visible par exemple dans nombre de gravures des grands journaux illustrés de l’époque évoquant le combat vigoureux de « tribus » presque nues face aux troupes coloniales -, provoquant une fascination pour le corps du « sauvage ». Cette fascination est le produit de l’inquiétude, vive à la fin du XIXe siècle, de la « dégénérescence biologique » de l’Occident (6).

Après la conquête, la « mission civilisatrice » Dans le registre de la transgression du sacré, la récurrence du thème de l’anthropophagie est révélatrice. Alors qu’on ne sait à peu près rien à la fin du XIXe siècle d’une pratique sociale fortement ritualisée et de toute manière extrêmement limitée en Afrique subsaharienne, les images de « sauvages anthropophages » envahissent tous les médias et sont l’un des arguments les plus vendeurs des zoos humains (jusqu’à l’Exposition coloniale internationale de 1931 et la présence périphérique des Kanaks) (7). Le cannibalisme rompt en effet un tabou majeur : le rapprochement avec le monde animal s’impose d’évidence. Les mises en scène très évocatrices à ce sujet dans les exhibitions ou dans le cadre de salles de spectacles révèlent la puissance du thème.

A partir de l’exposition universelle de 1889 jusqu’à la fin de l’entre-deux-guerres, les expositions vont se mul tiplier, et tout particulièrement les expositions coloniales. Dans la quasi-totalité d’entre elles, un « village nègre », « indochinois », « arabe » ou « kanak » est proposé à la curiosité des visiteurs. Simultanément, ces villages « nègres », puis « noirs » ou « sénégalais » - signe d’une évolution sémantique fort inté ressante au lendemain de la Grande Guerre -, deviennent des attractions autonomes, itinérantes et parfaitement instrumentalisées en province, mais aussi dans toute l’Europe ou aux Etats-Unis.

Les présentations se sont succédé, année après année, à travers quatre ou cinq « troupes » distinctes sillonnant les grandes expositions régionales, comme Amiens, Angers, Nantes, Reims, Le Mans, Nice, Clermont-Ferrand, Lyon, Lille, Nogent, Orléans... et les grandes villes (et zoos) européens comme Hambourg, Anvers, Barcelone, Londres, Berlin ou Milan, autant de lieux où ont afflué 200 000 à 300 000 visiteurs par exhibition.

Les mises en scène sont ici beaucoup plus « ethnographiques », et les « villages » ressemblent à des décors de carton-pâte dignes des productions hollywoodiennes de l’époque sur l’« Afrique mystérieuse (8) ». On admire les productions locales et l’« artisanat » commercialisé (sans doute l’un des tout premiers « arts nègres » destinés au grand public !), des formes particulières d’organisation sociale sont progressivement reconnues, quand bien même elles sont généralement montrées comme les traces d’un passé que la coloni sation doit impérativement abolir. Les reconstitutions fantaisistes de « danses indi gènes » ou les épisodes historiques fameux s’espacent et s’estompent.

Une autre conjoncture se dessine : le « sauvage » (re)devient doux, coopératif, à l’image à vrai dire d’un Empire qu’on veut faire croire définitivement pacifié à la veille de la première guerre mondiale. A cette époque, les limites territoriales de l’Empire sont en effet tracées. A la conquête succède la « mission civilisatrice », discours dont les expositions coloniales se feront les ardents défenseurs. Au militaire succède l’administrateur. Sous l’influence « bénéfique » de la France des Lumières, de la République colonisatrice, les « indigènes » sont replacés au bas de l’échelle des civilisations, alors que la thématique proprement raciale tend à s’effacer. Les villages nègres remplacent les zoos humains. L’indigène reste un inférieur, certes, mais il est « docilisé », domestiqué, et on découvre chez lui des potentialités d’évolution qui justifient la geste impériale.

Cette nouvelle perception de l’autre-indigène trouvera sa plus grande intensité lors de l’Exposition coloniale internationale de Vincennes en 1931, qui, étendue sur des centaines d’hectares, est la mutation la plus aboutie du zoo humain sous couvert de mission civilisatrice, de bonne conscience coloniale et d’apostolat républicain.

Les zoos humains constituent ainsi un phénomène culturel fondamental - et jusqu’ici totalement occulté - par son ampleur mais aussi parce qu’il permet de comprendre comment se structure le rapport que construit alors la France coloniale, mais aussi l’Europe, à l’autre. De fait, la plupart des archétypes mis en scène par les zoos humains ne dessinent-ils pas la racine d’un inconscient collectif qui prendra au cours du siècle de multiples visages et qu’il est indispensable de déconstruire (9) ?
Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire.

Colonialisme, Identité culturelle, Idéologie, Impérialisme, Racisme, Europe

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Nicolas Bancel

Maître de conférences à l’université Paris-XI - Orsay (Upres EA 1609/Cress).
Pascal Blanchard

Chercheur associé au CNRS et directeur de l’agence de communication historique Les Bâtisseurs de mémoire.
Sandrine Lemaire

Agrégée et enseignante, docteur en histoire de l’Institut universitaire européen de Florence et codirectrice avec Pascal Blanchard et Nicolas Bancel de La Fracture coloniale, La Découverte, Paris, 2005.
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(1) Plakate, 1880-1914, Historiches Museum, Francfort.

(2) Tous les groupes « importés » n’avaient pas un statut exclusif et unique. Les Fuégiens, par exemple, habitants de la Terre de Feu, à l’extrême sud du continent sud-américain, semblent avoir été « transportés » tels des spécimens zoologiques proprement dits ; alors que les gauchos, sorte d’artistes sous contrat, avaient pleinement conscience de la mascarade qu’ils mettaient en scène pour les visiteurs.

(3) Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Laurent Gervereau, Images et colonies, Achac-BDIC, Paris, 1993.

(4) Gérard Collomb, « La photographie et son double. Les Kaliña et le "droit de regard" de l’Occident », in L’Autre et nous, éd. Syros-Achac, 1995, pp. 151-157.

(5) Anne McClintock, Imperial Leather. Race, Gender and Sexuality in the Colonial Contest, Routledge, Londres, 1994.

(6) Christian Pociellot et Daniel Denis (dir.), A l’école de l’aventure, PUS, Voiron, 1999.

(7) Didier Daeninckx, Cannibale, Gallimard (coll. « Folio »), éd. Verdier, rééd. 1998.

(8) Nom d’une troupe itinérante présentée au Jardin zoologique d’acclimatation.

(9) Nicolas Bancel et Pascal Blanchard, De l’indigène à l’immigré, Gallimard, coll. « Découvertes », Paris, 1998.
Édition imprimée — août 2000 — Pages 16 et 17
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Re : Petite surprise ! Angkor Wat a Paris en ... 1931 ! Reply With Quote
Offline sothy
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Neko a écrit

robin des bois a écrit

N'empêche que j'aurais bien aimé avoir un grand-père qui m'aurait laissé un tel bouquin!!!


Oui mais j'ai du un peu guerroyer pour l'avoir !
L'avantage que j'ai eu c'est qu'il etait quand meme reste 70 ans dans la cave :clindoeil:
Et encore, si j etais en France je crois que j'irai trifouiller dans cette fameuse cave, je crois qu il y a vraiment des tresors ... :languetourne:




:sarcastic: juste entre nous : c'est où la cave ? ... pour la suite ... :sygus:




:cache: sothy :conduit: zyvai ! direction ???


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Re : Re : Petite surprise ! Angkor Wat a Paris en ... 1931 ! Reply With Quote
Offline Neko
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sothy a écrit


:sarcastic: juste entre nous : c'est où la cave ? ... pour la suite ... :sygus:



direction ... Grenoble :languetourne:
Mais attention, mon grand pere nous disait quand on etait petits que dans cette meme cave il y avait un grand mechant loup qui nous mangerait si on etait pas sages :rire1: :chaipas: :sarcastic:

Alors si tu est prete a affronter la bete, tu peux y aller :rire1:
(Il faudra peut etre aussi que tu affrontes le grand pere avant et ca c est peut etre pas une mince affaire :-P )
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Re : Petite surprise ! Angkor Wat a Paris en ... 1931 ! Reply With Quote