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Author S21, la machine de mort Khmer rouge au cinéma   ( Replies 13 | Views 1345 )
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S21, la machine de mort Khmer rouge au cinéma Reply With Quote
Offline Rotha
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A partir du 11 février: "S21, la machine de mort Khmer rouge" sera sur les affiches des bonnes salles de cinéma

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Synopsis

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Ce documentaire revient sur la politique d'élimination systématique orchestrée par les Khmers rouges, au Cambodge, entre 1975 et 1979, et plus particulièrement sur le S21, principal "bureau de la sécurité" du régime, où 17 000 prisonniers ont été torturés et exécutés.
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Offline oldchapman
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Etes-vous bien sûr que tous les jeunes Cambodgiens - disons de moins de 25 ans - de France ou du Cambodge, connaissent vraiment cette partie tragique de l'histoire de leur pays ?

En ce qui concerne ceux qui vivent aujourd'hui sur le sol khmer, rien n'est moins sûr... 50% de la population a moins de quinze ans. La moitié de la seconde partie est analphabète, surtout en milieu rural. On peut douter qu'ils aillent au cinéma, encore moins voir ce genre de film. On peut également douter que leurs parents qui ont connu cette triste époque aiment à aborder ce sujet. De toutes façons, cette partie de l'histoire récente du Cambodge n'est pas aujourd'hui enseignée dans les écoles.

Ce film, récemment passé à la télévision, est réservé à l'intelligentsia des Khmers d'Occident qui, en revanche, ont eux une approche non objective du problème, parce qu'ils pas assez de recul. Les parents qui ont vécu ces trois ans huit mois et vingt jours affreux ne doivent certainement pas être prêts à les expliquer à leurs enfants qui, de leur côté, ont une vue trop partisane. Ils suffit de lire les différents écrits qui figurent ici sur ce forum, pour voir que la vision ''historique'' de la période ''Khmers Rouges'' est sujette à caution.
On peut penser ce que l'on veut de cette période, mais on n'a pas le droit de travestir la vérité, si l'on souhaite que les générations futures comprennent et se souviennent de ce qui s'est passé entre 1975 et 1979.

Ce qui est souhaitable, c'est qu'un véritable procès , selon les règles du droit international ait lieu rapidement, dans de bonnes conditions et de façon équitable. Ce n'est pas encore garanti aujourd'hui. Le Cambodge, malgré ses engagements, ne semble pas prêt à faire la lumière sur la ''Vérité''.
Un procès devant le Tribunal Pénal International aurait eu une toute autre signification pour l'avenir de ce si beau pays.
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RE : S21, la machine de mort Khmer rouge au cinéma Reply With Quote
Offline Rithy
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Bonsoir oldchapman.


Le Cambodge, malgré ses engagements, ne semble pas prêt à faire la lumière sur la ''Vérité''.
Vous savez pourquoi ???


Ce qui est souhaitable, c'est qu'un véritable procès , selon les règles du droit international ait lieu rapidement, dans de bonnes conditions et de façon équitable.
J'ai toujours souhaité mais je ne crois pas trop.


Un procès devant le Tribunal Pénal International aurait eu une toute autre signification pour l'avenir de ce si beau pays.
faut voir.
#2890 View Rithy's ProfileView All Posts by RithyU2U Member
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RE : S21, la machine de mort Khmer rouge au cinéma Reply With Quote
Offline Vorasith
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«S21», film témoin de l'école du génocide

Le film de Rithy Panh sort demain. Le cinéaste a rencontré des bourreaux et des survivants du centre de torture khmer rouge.

Par Patrick SABATIER

mardi 10 février 2004

Ce sont les travailleurs d'élite du génocide. Tortionnaires, gardes-chiourme, bourreaux. Des obscurs, qui ont nom Houy, Khan, Poeuv, Seûr, Ein. Ils sont les héros de S21, le film-évènement du cinéaste cambodgien Rithy Panh, qui sort demain en salles. Comme d'anciens élèves réunis dans leur ancien lycée, ils se remémorent un passé pas si lointain - même pas trente ans - où, encore adolescents, ils avaient appris à surveiller, brutaliser, terroriser, torturer et abattre («exterminer», disent-ils en khmer) d'autres hommes, femmes et enfants. Leur maître était un ex-professeur de mathématiques, Kaing Geuk Eav, alias Duch. Ils étaient l'élite de l'Angkar - le Parti communiste de Pol Pot. Pour protéger le «paradis» du Kampuchea démocratique, ils ont transformé le Cambodge en enfer sur Terre. Plus d'un million d'êtres humains y périrent entre 1975 et 1979, dont 17 000 entre leurs mains.

Survivant. Leur description est précise, sans passion ni véritable gêne, guère plus que s'ils avaient été employés dans un abattoir. Ces artisans consciencieux ne nient rien, ne cachent aucune atrocité. Ils miment la routine des interrogatoires sous la torture, les gestes de la déshumanisation des détenus et de leur élimination. Ils ne peuvent guère nier. Ils ont en face d'eux une de leurs victimes, Nath, un des (sept) survivants du lycée de Tuol Sleng, au sud de Phnom Penh, l'école du génocide.

S21 repose sur la confrontation entre victime et bourreaux, filmée trois ans durant par Rithy Panh sur les lieux mêmes du massacre. Le film entraîne le spectateur dans une plongée cauchemardesque, deux heures durant, dans la mécanique infernale d'une machine à exterminer dont les rouages, comme la matière première, étaient des hommes. Hannah Arendt avait déjà diagnostiqué l'effroyable et vertigineuse banalité du Mal. Au Cambodge, comme en d'autres lieux et d'autres temps, des millions d'être humains ont été mis à mort par d'autres êtres humains. Qui n'étaient pas nés pour tuer, mais y ont été amenés par le mélange toxique de l'ignorance, d'une idéologie meurtrière, du pouvoir absolu, et de la terreur permanente.

Le bureau de sécurité S21 (Monti Santésok en khmer) était, comme l'explique Khan l'interrogateur-tortionnaire, «le coeur de la nation, son mur de soutènement. Nous étions la main droite du Parti...» Dans le Cambodge de Pol Pot, la terreur était un projet politique, l'extermination, un mode de gouvernement.

L'application par les Khmers rouges de politiques inspirées par la Chine maoïste (collectivisation totale, exaltation de la production agraire, autarcie, haine du «peuple nouveau», des citadins déportés) fit des centaines de milliers de morts par malnutrition, épuisement, maladie, et massacres. La paranoïa des dirigeants entraîna des purges à répétition, et des dizaines de milliers d'exécutions, par les organes de sécurité dont S21 était la clé de voûte.

Cet (auto)génocide khmer est un des mieux documentés de l'histoire. Non seulement par les témoignages de rescapés des «champs de la mort», mais surtout en raison de la masse d'archives abandonnées par les Khmers rouges de S21. Les prétendus «aveux» arrachés sous la torture aux soi-disant contre-révolutionnaires avant leur exécution - ils devaient bien avouer leurs «crimes», puisqu'ils avaient été condamnés à mort au préalable - étaient minutieusement consignés, les victimes photographiées. Ces archives nourriront peut-être le procès des dirigeants khmers rouges (lire p. 8). Rithy Panh en a fait le fil conducteur de son film. Il se défend d'«avoir fait un travail d'historien. Le travail scientifique nécessite une distance, un recul que je n'ai pas face au génocide», explique-t-il. Il n'est pas non plus juge. Il veut qu'on comprenne ce qui fut, pour ne pas oublier.

Au début du film, la mère de Houy, le bourreau, donne une des clés de S21. Elle intime à son fils : «Dis la vérité, puis fais une cérémonie. Transmets cela aux morts pour qu'ils retrouvent la paix, qu'il n'y ait plus de mauvais karma à l'avenir.» Plus qu'un simple documentaire, S21 est un exorcisme, une catharsis au sens antique du terme. Ces acteurs qui n'en sont pas revivent ce qu'ils ont été : Poeuv, le garde-chiourme, dont les gestes sont possédés par son passé, ou Nath, qui refait les portraits de Pol Pot qui l'ont sauvé (lire interview ci-contre). «Si personne ne veut écrire, noter, dit Nath, le monde va oublier, et ils (les Khmers rouges, ndlr) vont revenir.» Peur moins irrationnelle qu'il n'y paraît. Le plus extraordinaire est l'absence manifeste, et sincère, de sentiment de culpabilité chez certains Khmers rouges. «Victimes, nous avons tous été victimes !», s'écrie Ein le photographe. Comment, il est vrai, établir les responsabilités pour ce qui s'est passé, quand Houy, Khan, Poeuv et leurs camarades ont été réintégrés dans la société au nom de la réconciliation nationale et vivent aux côtés de leurs victimes ? Quand nombre de dirigeants, dont le premier ministre Hun Sen, ont été des Khmers rouges ?

Légitimité. Ces derniers ont été reconnus jusqu'en 1993 par l'ONU, et les puissances occidentales, comme représentants légitimes du Cambodge, et ce, alors même que leur rôle dans le génocide était bien établi. Leurs chefs vivent une vieillesse paisible, donnent des interviews, et publient des textes où ils plaident, comme vient de le faire récemment leur ex-Président Khieu Samphan, l'ignorance du génocide. Ils expliquent leurs «erreurs» par leur volonté de défendre la nation en danger, jouant sur la corde d'un nationalisme khmer exacerbé sur fond de haines ethniques à l'encontre des Vietnamiens, des Thaïlandais et des étrangers. Duch, le maître de Tuol Sleng, est emprisonné à Phnom Penh, mais le procès des Khmers rouges reste hypothétique (lire p. 8).

Rithy Panh croit ce procès nécessaire, mais insuffisant. «Un procès sans pédagogie serait dangereux», met-il en garde. «Un tribunal international, avec des juges étrangers qui ne comprennent ni la langue ni la culture du pays, risque de se transformer en tribune pour les Khmers rouges. Et les juger hors du pays, comme Milosevic, serait encore pire. Regardez, les Serbes viennent de le réélire !!!» En attendant, autour du charnier de Choeung Ek, où les bourreaux du S21 tuaient leurs victimes d'un coup de manche de pioche dans la nuque, «les os crient, la chair appelle», dit le proverbe khmer.

© Libération


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Offline Vorasith
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«Mon travail n'est pas celui d'un procureur»

Par Antoine de BAECQUE

mardi 10 février 2004

Rithy Panh, 42 ans, a réalisé douze films dont trois fictions : presque autant de retour sur le Cambodge. Au centre de cet univers, on trouve toujours sa propre traversée de la terreur khmère rouge, entre 14 et 18 ans, perdant l'essentiel de sa famille, avant l'arrivée en France et la découverte du cinéma.

Comment avez-vous vécu le 17 avril 1975, la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges ?

C'était la veille de mes 14 ans et la fin de la guerre. Les gens étaient heureux. Mais les libérateurs avaient des visages fermés, sombres, et j'avais peur de ce que j'y voyais. Ils nous ont très vite demandé d'évacuer la ville. Le 17 avril n'est pas une date pour moi, c'est un gouffre. On n'a jamais pu s'en relever. Je ne suis pas retourné dans ma maison. De temps en temps, je passe aujourd'hui à côté, à Phnom Penh, mais je n'ai pas le courage d'y rentrer.

Vous avez traversé la terreur khmère rouge...

Avec ma famille, en 1975, on était parti à dix de Phnom Penh ; quatre ans plus tard, nous n'étions plus que deux, ma soeur Lackhana et moi. Toute autre notion du temps que l'enchaînement des travaux de force et des maux du corps avait disparu. Ceux qui ont survécu furent les plus «tordus», ceux qui savaient ruser, éviter des corvées, biaiser. Les gens droits sont morts, et cette impression reste pour moi très injuste. Avec ma famille, on a d'abord été déplacés vers l'est du pays, à la frontière vietnamienne, dans les rizières. Puis on a été expédiés dans un wagon à bestiaux vers la frontière thaïlandaise, dans un endroit où il n'y avait strictement rien, ni eau, ni bois, ni nourriture. Mes parents ont dû travailler aux champs, moi, je me suis retrouvé dans une brigade d'enfants. Assez vite, ce fut la période la plus terrifiante : en six mois, la plupart des membres de ma famille sont morts, d'épuisement, de faim, de tristesse, mon père, qui était sénateur, ma mère, mes neveux, un frère et des soeurs. Je suis passé dans un camp d'adultes, où j'ai dégusté : je creusais des trous, bientôt affaibli par la dysenterie. Puis ça s'est arrêté, les Khmers rouges ont reculé, c'était en 1979. C'est à ce moment que j'ai vraiment craqué : j'ai pleuré durant des jours. Pendant quatre ans, j'ai frôlé la mort, j'ai vécu la faim, la terreur, mais ça me tenait ; et là, quand tout était fini, cette cassure m'a saisi.

Qu'avez-vous fait alors ?

Aller tout droit, partir, ailleurs. Et manger un poulet bouilli entier tous les deux jours. Après deux tentatives où j'ai été refoulé par les soldats thaïlandais, la Croix rouge m'a évacué vers un de ses camps, à Mairut. Puis c'est Grenoble, où j'arrive en 1980. J'y avais un peu de ma famille. J'ai commencé des études, un apprentissage en menuiserie. Je me suis mis à dessiner, et des profs m'ont remarqué. Quand un Cambodgien arrivait en France, il travaillait soit dans un restaurant, soit à l'usine, soit dans l'informatique. Moi, ça a été le cinéma. En 1985, j'ai réussi le concours de l'Idhec, l'école de cinéma à Paris. Je n'y connaissais rien toutefois, j'avais le sens de l'image et j'étais prêt à apprendre. J'ai aussi vu Andrei Roublev de Tarkovski et ce fut un choc. Tout ce que j'ai voulu faire au cinéma vient de là, cette façon de filmer la volonté et l'effort de l'homme.

Quand êtes-vous retourné au Cambodge ?

En 1989, à la frontière thaïlandaise, avec une caméra. J'ai filmé Yim Om, une vieille femme, dans un camp de réfugiés, pour Site II, mon premier documentaire. Cette femme m'a donné le désir de transmettre et les autres films ont découlé de ce témoignage, Cambodge, entre guerre et paix (1993), les Gens de la rizière (1994), ma première fiction, ou la Terre des âmes errantes (1999). C'est grâce à ces gens que j'ai pu renouer les liens avec mon pays.

Quand avez-vous commencé à travailler sur S21 ?

En 1995, j'ai rencontré Vann Nath, sur le tournage d'un autre documentaire, Bophana, une tragédie cambodgienne. Il est devenu mon guide dans la mémoire cambodgienne, et donc vers S21. C'est un homme intègre et sage, peintre qui fut épargné au camp S21 parce que sa peinture plaisait aux Khmers rouges. Il a conservé tout ce que moi j'ai perdu lors de ma traversée de la terreur. J'ai ensuite retrouvé, grâce aux archives du camp, très complètes et très bureaucratiques, cinq des anciens bourreaux et tortionnaires. Je leur ai expliqué que je n'étais pas procureur, que mon film n'était pas un tribunal, que je leur demandais juste de raconter ce qu'ils avaient fait. Ils ont hésité bien sûr, mais parler pouvait leur permettre d'être mieux avec eux-mêmes. Ils pouvaient enfin assumer leurs responsabilités et j'ai vu combien la culpabilité leur pesait. Pourtant, ce fut un processus très long : trois années de rencontres, de tournage, de retour sur les lieux avec eux, et près de 500 heures de film enregistrées...

Comment avez-vous procédé ?

Tout mon travail documentaire repose sur l'écoute. Je ne fabrique rien : je crée une situation, un dispositif, et j'enregistre les réactions. J'ai constaté que quand je demandais à ces hommes de décrire précisément leur rôle dans le mécanisme de l'élimination, les mots leur manquaient. J'ai donc eu l'idée de leur faire refaire le plus simplement possible leurs gestes dans le camp, de relire à haute voix les consignes et les interrogatoires écrits noir sur blanc dans les archives. La mémoire du corps est très aiguë, incapable de mentir. C'est dans cette confrontation aux gestes et aux preuves écrites que la mémoire a pu se reconstituer.

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S21 - La machine de mort Khmère rouge

De Rithy Panh (France-Cambodge) - Durée: 1 h 41 (Vu par Jacky Bornet)

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Sous le régime des Khmers rouges, au Cambodge, de 1975 à 1979, S21 était le principal centre de détention. Situé au coeur de Phnom Penh, 17.000 hommes, femmes et enfants y furent torturés, interrogés, exécutés. Trois d’entre eux survécurent. Aujourd’hui, ils sont confrontés à leurs ex bourreaux dans les lieux mêmes où ils vécurent l’indicible...

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»La critique

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L’entreprise de Rithy Panh relève d’un défi incroyable tant dans son objectif que sa forme. Faire remonter à la surface les fantômes d’un terrible passé chez des hommes qui ont parfois perdu tous les leurs, face à ceux qui en furent les chevilles laborieuses, dans l’espace même où ils subirent leur calvaire, est une expérience terrible, mais aussi, peut-être, salvatrice. Documentaire, «S21, la machine de mort Khmère rouge» démonte et met à plat un système qui reste à terme, au-delà de sa cruauté, absurde, incompréhensible: inhumain.

Si l’adjectif peut s’appliquer à nombre d’autres horreurs et génocides de l’Histoire, «S21» ne parvient pas à prendre prise sur l’élimination systématique de la population cambodgienne menée par le régime de Pol Pot. Durant les quatre années de pouvoir du Kampuchéa démocratique, deux millions de cambodgiens ont été tués. Si le génocide indien en Amérique du Nord au XIXe siècle ou celui des Juifs, des Roms et des homosexuels sous le régime nazi sont monstrueux, ils avaient une «justification» idéologique. La conquête des terres pour le premier, une paranoïa raciste et un idéal de société pour le second. Est-ce «mieux»?

Tous se rejoignent dans un processus d’élimination systématique de l’«autre». Mais dans le cas du génocide cambodgien, cette rationalité, inacceptable soit elle, ne semble pas même avoir prise. Son seul équivalent résiderait dans les purges staliniennes, sous l’influence d’une paranoïa de régime contre ceux-là même qu’il a pour fonction de protéger et de faire évoluer. Le pouvoir conféré à des individus, enrôlés, manipulés, menacés, rouages d’une «machine de mort» est-il moins cruel? S’ils étaient du «bon» côté du manche, n’y ont-ils pas laissé quelques plumes?

En confrontant bourreaux et victimes «S21», au-delà de l’Histoire, fait montre de luminosité sur toutes ces questions, sans pour autant être démonstratif ou explicatif. Tous acteurs du drame cambodgien, les protagonistes revivent littéralement un trauma. Les bourreaux se justifient avec les arguments que leur donnaient les dirigeants, les victimes en mettant le doigt sur leur faiblesse. L’incompréhension reste totale. Le sommet est atteint quand l’un des ex bourreaux mime les gestes qu’il exécutait et scande les paroles qu’il professait quand il était à la solde du régime.

Film dédié à la mémoire, mais aussi témoignage sur le processus d’inhumanité, «S21, la machine de mort Khmère rouge» fait date. Il rend compte d’une réalité historique, mais aussi, et peut-être surtout, de la faiblesse humaine. Démontrant que la raison n’est pas le plus dénominateur commun du genre humain et que parfois la peur, mais aussi la lâcheté prend la gouverne, il est toujours d’actualité. Pour toujours ?

Jacky Bornet

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Catharsis. Les bourreaux face à leur gestes

Dans son dernier film, le cinéaste cambodgien Rithy Panh invite d'anciens bourreaux à se souvenir de leurs actes sur le lieu même où ils ont été commis.

S21. La machine de mort khmère rouge, de Rithy Panh

À la fin de 2003, Khieu Samphan, ancien président du Kampuchéa démocratique - nom du Cambodge sous le régime de Pol Pot - s'est vanté d'avoir " découvert " l'existence du génocide perpétré par les Khmers rouges contre leur propre peuple à la vision du dernier film de Rithy Panh, qui sort sur les écrans français aujourd'hui (voir notre édition du 17 mai 2003).

Cette " blague " n'a fait rire personne, hormis peut-être Samphan lui-même, qui coule, libre, des jours paisibles dans l'attente de sa prochaine comparution au tribunal pénal onusien chargé de juger les crimes du régime polpotiste, et un de ses compagnons d'infortune, sinon de route (la justice tranchera), Kaing Khek Ieu, plus connu sous le nom de Duch. Emprisonné à Phnom Penh depuis 1999, celui-ci a dirigé le " S 21 ", où ont péri 17 000 prisonniers. Ce centre de torture installé dans la capitale cambodgienne abrite aujourd'hui le Musée du génocide. C'est précisément là, au cour de " la machine de mort khmère rouge ", que Rithy Panh a planté sa caméra pour y filmer, trois ans durant, d'anciens bourreaux-exécutants, moins illustres, qui ont accepté de soumettre leur passé de tortionnaires au regard du cinéaste.

Le résultat est d'autant plus passionnant que le film évite l'écueil de l'image édifiante et unilatérale. Si S 21 parvient à démonter les gestes et les mots de la mécanique génocidaire, c'est en travaillant sur un triple niveau de confrontation des corps. La première oppose les victimes aux bourreaux. Le peintre rescapé Vann Nath interroge avec une douceur obstinée ses anciens geôliers en les amenant sur le terrain des mots : à ceux qui se présentent comme les premières " victimes " du régime polpotiste enrôlées de force, Nath demande : " Alors moi, prisonnier, que suis-je ? " Question qui restera en suspens. Et quand ce n'est pas le corps du peintre qui s'interpose, le champ est contaminé par les photographies d'anciens détenus du S 21 prises à leur arrivée au centre. Les morts continuent de hanter le lieu, dans l'attente d'un récit. On ne peut s'empêcher de penser au théâtre " documenté " sur le génocide rwandais de Jacques Delcuvellerie et du Groupov (l'argument de Rwanda 94 était lui aussi fondé sur l'idée que les morts reviennent déranger les vivants). Le deuxième niveau de confrontation intervient entre les bourreaux et les archives, la masse de documents, de circulaires, de " confessions fictions " recueillies sous la torture. Cette matière soigneusement calligraphiée, ce " corps du crime " renforce la disparition (la destruction) de ceux qui ont été suppliciés sous le discours idéologique. La confrontation ultime se déroule entre les bourreaux. Devant la caméra, Poev, Houy et leurs comparses accomplissent à nouveau (séparément, puis ensemble, chacun regardant l'autre faire) les gestes qui sont également des vecteurs de mémoire. Un travail sur le corps qui permet à chaque personnage de S 21 de construire son propre cheminement, de passer du discours préfabriqué à l'émergence d'une parole singulière. À la fin du film, tous les bourreaux ne sont pas arrivés au même point de catharsis dans la prise de conscience de leur responsabilité individuelle. Reste que Rithy Panh leur a donné la possibilité de se réinscrire dans l'ordre humain. Et aux victimes cambodgiennes, attendant aussi le " récit " qui émergera du procès des anciens dirigeants khmers, de commencer à mettre des mots sur une souffrance indicible.

Emmanuel Chicon

(1) 1,7 million de victimes entre 1974 et 1979.


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Rithy Panh : méditation sur un génocide

Deux millions de morts. C'est le terrible bilan du génocide cambodgien perpétré par Pol Pot après la prise de pouvoir des Khmers rouges, en 1975. Deux millions de morts et pourtant, lors des accords de Paris, en 1991, on a diplomatiquement évité le terme «génocide», et cette page atroce de l'histoire du Cambodge «n'occupe que vingt lignes dans les manuels d'histoire des écoliers», dit Rithy Panh. C'est dire si le silence est lourd, dans un pays faussement réconcilié où les anciens tortionnaires côtoient quotidiennement leurs victimes. Une loi a été votée pour faire passer devant les tribunaux les responsables de ce massacre d'Etat idéologique. «Si ce film pouvait hâter leur procès, estime le cinéaste, ce serait bien. Tant qu'il n'a pas eu lieu, on n'a pas rétabli l'état de droit, ni rendu aux morts leur dignité.» Rithy Panh était enfant dans ces temps monstrueux, et depuis qu'il tient une caméra, ses documentaires s'approchent, lentement, précautionneusement, de l'abîme du mal. «Sans le génocide, sans les guerres, je ne serais sans doute pas devenu cinéaste», dit-il. Son film, S21, la machine de mort khmère rouge, est une remarquable et impressionnante méditation, à travers la rencontre de victimes et de leurs bourreaux, sur les lieux mêmes de l'extermination, le camp S21 de Tuol Sleng, à Phnom Penh, devenu Musée du génocide.

Propos recueillis par Marie-Noëlle Tranchant
[11 février 2004]

LE FIGARO. – Comment a pu se faire une telle confrontation entre victimes et bourreaux?

Rithy PANH. – Fortuitement, mais sans doute pas par hasard. En 1995, je tournais Bophana, une tragédie cambodgienne, et comme j'interviewais un ancien chef de la sécurité, Him Houy, j'avais donné congé au peintre Vann Nath, survivant de l'extermination des Khmers rouges avec qui je travaillais, pour lui épargner cette rencontre. Or Nath est revenu à l'improviste. Il a vu Houy, et sur le moment, il a été choqué. Il a demandé à Houy: «Est-ce que tu me connais?» L'autre a répondu non, et Nath a dit: «Moi, je te connais.» Et il l'a emmené dans le Musée du génocide. Comme Primo Levi, il se demandait si on le croirait et il avait la volonté de témoigner avec précision, et de se faire confirmer par l'autre. Nath porte l'histoire de beaucoup de gens, et il émane de lui une telle sagesse et une telle dignité qu'il est difficile d'esquiver. Donc, Houy a répondu. Et j'ai découvert que, paradoxalement, les victimes avaient besoin du témoignage des bourreaux.

Un témoignage particulièrement impressionnant dans S21, la machine de mort khmère rouge, puisqu'on les voit refaire leurs gestes criminels.

Certains anciens kapos faisaient spontanément des gestes en parlant: j'ai été frappé par cette mémoire du corps, contrastant avec l'indigence des mots, qui montrait mieux que les paroles ce que subissaient les victimes à ce moment-là. J'ai voulu rendre cet aspect très concret qui révèle le fonctionnement de la machine criminelle. J'ai voulu centrer mon regard sur la façon dont le criminel conçoit et vit les plus simples actes. Parce que le génocide, c'est un geste, un acte.

Comment expliquez-vous qu'ils puissent reproduire de tels gestes aujourd'hui, sur les lieux mêmes de l'extermination?

La machine de mort est double: c'est à la fois une machine à anéantir les victimes, et à déshumaniser les bourreaux pour qu'ils soient des instruments qui ne pensent plus. Une fois endoctrinés, on les transférait dans un milieu de terreur inouïe, et on leur donnait un pouvoir de vie et de mort sur les autres, mais en même temps, on exerçait sur eux une pression terrible. Les Khmers rouges expliquent très bien cela: pour faire un kapo, vous prenez un homme fruste et zélé; vous lui donnez du pouvoir, puis vous l'écrasez. Un type comme Houy avait 14 ans quand il est devenu tortionnaire. On peut supposer qu'il est complètement bloqué, dans sa tête. Il doit se contenter de répéter depuis trente ans: «J'ai obéi aux ordres.»

Vous ne le jugez pas?

Ce n'est pas à moi de dire qui est coupable ou non. Il ne s'agit pas d'excuser les tortionnaires. Mais il est important de distinguer les bourreaux instrumentalisés et les idéologues qui ordonnent. Il faut être le plus exact possible, parce que le cinéma prend son sens dans ce travail de mémoire. On ne peut pas tourner la page si elle n'est pas écrite. Je fais un film non pas sur les gens, mais avec les gens. Il m'a fallu du temps à la fois pour trouver la juste distance par rapport à mes deuils personnels, pour réunir une équipe que je voulais entièrement cambodgienne, et pour comprendre quel film je devais faire. Un film qui pacifie et intériorise parce qu'il provoque la parole. Il ne provoque pas de réactions vengeresses, mais une prise de conscience. Redevenir le plus humain possible, c'est la condition de la paix.

© lefigaro.fr 2003.


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Offline nadjaphtaline
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Registered 22/02/2004
Location Lyon et ailleurs
" Ce film, récemment passé à la télévision, est réservé à l'intelligentsia des Khmers d'Occident qui, en revanche, ont eux une approche non objective du problème, parce qu'ils pas assez de recul. Les parents qui ont vécu ces trois ans huit mois et vingt jours affreux ne doivent certainement pas être prêts à les expliquer à leurs enfants qui, de leur côté, ont une vue trop partisane. Ils suffit de lire les différents écrits qui figurent ici sur ce forum, pour voir que la vision ''historique'' de la période ''Khmers Rouges'' est sujette à caution.
On peut penser ce que l'on veut de cette période, mais on n'a pas le droit de travestir la vérité, si l'on souhaite que les générations futures comprennent et se souviennent de ce qui s'est passé entre 1975 et 1979.

Ce qui est souhaitable, c'est qu'un véritable procès , selon les règles du droit international ait lieu rapidement, dans de bonnes conditions et de façon équitable. Ce n'est pas encore garanti aujourd'hui. Le Cambodge, malgré ses engagements, ne semble pas prêt à faire la lumière sur la ''Vérité''.
Un procès devant le Tribunal Pénal International aurait eu une toute autre signification pour l'avenir de ce si beau pays."

Je suis contente d'avoir ton avis sur ce film et tes précisions sur le pays, car d'un point de vue extérieur le film n'est pas du tout réservé à une quelconque intelligentsia et se comprend facilement.

Vu au festival de films documentaires de Lussas l'été dernier, je n'ai pas oublié ce film fort, dérangeant, à la mise en scène sobre, et simple, qui réussit à donner une vision humaine de l'absurdité des tortionnaires en expliquant et montrant une partie obscure de l'histoire Khmère.

Ici un autre article que je trouve bien documenté et pensé sur le film:
http://www.fluctuat.net/article.php3?id_article=1399
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Offline ambollyo
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Registered 27/02/2004
Bonjour,

Pas mal la nouvelle version du site depuis que je ne suis pas revenu,

Je voudrais juste savoir si qqn pourrait me renseigner sur les salles dans Paris où le film est tjs projeté SVP (avec les horaires si possible.....),

Merci d'avance,

+
#194 View ambollyo's ProfileView All Posts by ambollyoU2U Member
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Offline macara
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Registered 16/02/2004
Tu peux aller voir à la salle ESTURIAL au 13 ème , je pense qu'il est encore à l'affichage.
#221 View macara's ProfileView All Posts by macaraU2U Member
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Offline ambollyo
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Registered 27/02/2004
Slt,

Merci pour ta réponse, par contre je ne connais pas l'ESTURIAL, dans quel coin du 13 est-ce? Quartier asiat' ? Place d'Italy?
Merci,
#222 View ambollyo's ProfileView All Posts by ambollyoU2U Member
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Offline ambollyo
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Registered 27/02/2004
Ok c bon,

En fait le la salle se nomme : "l'ESCURIAL", 11, bd du Port-Royal 75013 Paris,

Il passe aussi à l'ARLEQUIN, 76, rue de Rennes 75006 Paris

Merci
#224 View ambollyo's ProfileView All Posts by ambollyoU2U Member
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Offline cobraphil8
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Registered 09/12/2003
Location Oyonnax (France)
Je voulais tant voir ce film qu'il n'est pas sorti en salle par chez moi !!! Il faudra donc attendre la sortie d'un DVD...

Pour ceux qui ont eu la chance de le voir?
Merci de donner votre avis.

http://www.trekearth.com/members/cobraphil8/
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