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Author Pénurie de scientifiques en Asie du Sud-Est   ( Replies 0 | Views 302 )
Go top 11/04/2007 @ 14:14 Go bottom
Pénurie de scientifiques en Asie du Sud-Est Reply With Quote
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Courrier International a écrit

Les pays pauvres manquent de personnel qualifié pour surveiller l'épizootie de la grippe aviaire. Des institutions internationales leur prêtent main-forte, dont l'Institut Pasteur. L'hebdomadaire Science relate des expériences qui ont lieu au Laos et au Cambodge.

Dans un laboratoire moderne du centre de Phnom Penh, deux techniciennes injectent des gouttes de sang de canard dans de petites fioles de plastique. Ces femmes, employées par le Centre national de la recherche sur la santé et la production animales (CNRSPA), vont centrifuger le sang puis rechercher dans le sérum des anticorps contre la grippe aviaire. Dehors, on entend les cris des enfants qui jouent dans l'école primaire voisine. "Nous devons être très prudents dans nos manipulations", explique Sorn San, le directeur du CNRSPA. Il y a un an, le gouvernement cambodgien était encore incapable de mener une surveillance systématique. Avant l'apparition du virus H5N1, les pouvoirs publics ne disposaient d'aucun centre en mesure de détecter des souches de ce type et manquaient cruellement de personnel qualifié pour travailler sur des spécimens infectés. "Depuis, les choses ont beaucoup évolué", assure San.

Ces derniers mois, grâce à des fonds collectés depuis deux ans par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les autorités ont mis sur pied au CNRSPA un centre de diagnostic de la grippe aviaire. Ce centre emploie aujourd'hui 31 personnes, pour la plupart licenciées ès sciences de l'université royale d'Agriculture. "Ils sont jeunes et doivent améliorer leurs compétences", explique le directeur. Celui-ci, l'un des rares scientifiques à avoir survécu au régime khmer rouge, a obtenu un diplôme de vétérinaire à Cuba dans les années 1980. Désormais, des centaines de ses compatriotes partent faire leurs études supérieures à l'étranger. "Le problème, c'est que peu d'entre eux reviennent", fait valoir un responsable de l'ONU.

Le Laos, lui aussi, souffre d'une grave pénurie de jeunes scientifiques. La plupart des chercheurs laotiens ont plus de 35 ans, voire davantage, et ils ont obtenu des diplômes dans le bloc de l'Est, explique Shomphanh Chanphengxay, ministre de l'Agriculture et des Forêts, lui-même formé en Hongrie. Après l'effondrement de l'URSS, les possibilités de formation se sont taries. Au dire de Reske Nielsen, coordinateur résident de l'ONU au Laos, "le ministère de la Santé ne compte pas plus de cinq personnes ayant les compétences requises" pour s'attaquer à la grippe aviaire dans le pays.

La FAO aide le Cambodge et le Laos à rattraper leur retard en matière scientifique, notamment en envoyant à l'étranger de jeunes scientifiques en vue de les former. Et il a fait venir sur place Huaguang Lu, spécialiste en virologie aviaire à l'université d'Etat de Pennsylvanie, qui a mis au point, en 2002, un test permettant d'identifier rapidement les sous-types du virus de la grippe aviaire à mutation rapide H5 et H7. Lu a aidé San à mettre sur pied le labo du CNRSPA, il a appris au personnel à manipuler les échantillons infectés, à isoler des virus dans des embryons de poulet, à détecter le sous-type H et à utiliser l'immunodiffusion sur gel pour mettre en évidence les anticorps. Le labo du CNRSPA "sera l'un des centres de diagnostic de la grippe aviaire les plus avancés de la région", assure Lu.

Mais, en Asie du Sud-Est, la nécessité de se doter de moyens de lutte contre les agents pathogènes ne date pas de l'apparition du H5N1. Le Laos s'est en effet efforcé d'éradiquer la fièvre aphteuse, à cause de laquelle il lui est interdit d'exporter de la viande de bœuf et de buffle. Ce pays est aussi aux prises avec la fièvre porcine et la septicémie hémolytique. Pour améliorer la surveillance de ces éternels ennemis, le ministère de l'Agriculture et des Forêts a commencé il y a quelques années à construire un laboratoire au Centre national de la santé animale (CNSA), à Vientiane. Mais le pays a été touché par la crise économique juste avant que la grippe aviaire ne se déclare, ce qui a obligé à interrompre la construction.

Sur le terrain du CNSA, qui domine le Mékong, le centre de recherche n'est qu'une ossature en béton sur trois niveaux, aux murs de brique sans fenêtres, entourée d'une palissade de tôle. Le personnel du centre, dont certains membres portent des survêtements Adidas, travaille juste à côté, dans des conditions difficiles. Le laboratoire de recherche sur la grippe aviaire a été installé dans deux pièces minuscules du bâtiment principal du CNSA, construit il y a soixante-quinze ans. Les fonds mis à disposition par la FAO ont permis au CNSA d'installer une hotte de sécurité pour manipuler du sang contaminé. Quant à Lu, il a formé le personnel à pratiquer les mêmes tests qu'à Phnom Penh, afin de détecter virus et anticorps. Le gouvernement du Laos a besoin d'environ 800 000 dollars [670 000 euros] venant de donateurs étrangers pour achever la construction du nouveau bâtiment.

Comme son équivalent cambodgien, le laboratoire du CNSA est réservé aux échantillons animaux. "Nous n'avons toujours pas la capacité d'effectuer des diagnostics chez l'homme", explique Sithat Insisiengmay, microbiologiste au ministère de la Santé. Il espère envoyer du personnel se former aux Etats-Unis tout en améliorant la biosécurité dans un laboratoire du ministère de la Santé afin qu'il puisse travailler sur du sang humain contaminé. Depuis 2004, des échantillons prélevés sur cinq cas suspects ont été envoyés à Tokyo pour y être testés : aucun ne contenait de virus H5N1. Insisiengmay espère que le Laos pourra utiliser la technique de la PCR (Polymerase Chain Reaction) sur du sang humain dénaturé.

Mais ce qui importe avant tout, c'est d'accroître la vigilance. "Nous craignons l'apparition de nouveaux foyers dans les petites basses-cours", note Chanphengxay. Or l'apparition d'un nouveau foyer passe facilement inaperçue. Ainsi, en août 2005, une équipe du CNRSPA et de l'Institut Pasteur de Phnom Penh a prélevé du sang sur une vingtaine de jeunes canards appartenant à un élevage domestique, dans la province de Prey Vêng, à environ 80 kilomètres à l'est de la capitale, dans le cadre d'une mission de surveillance de routine. Certains échantillons présentaient des anticorps au H5, ce qui justifiait des recherches plus approfondies. Quand les chercheurs sont revenus sur les lieux en octobre, ils ont appris qu'environ 600 poulets sur les 800 de l'élevage étaient morts en juillet 2004. "J'étais stupéfait", commente Sirenda Vong, de l'Institut Pasteur. "Quand nous étions là en août, personne ne nous avait rien dit." Ils ont élargi l'étude, faisant des prises de sang à 41 canards et interrogeant les exploitants. Les tests ont révélé la présence d'anticorps contre le H5N1. "Le virus était partout", conclut Vong.

Détecter les futures flambées de H5N1 chez les canards et déterminer l'origine du virus, telles sont les grandes priorités, estime Sirenda Vong, de l'Institut Pasteur. Cet homme de 41 ans, spécialiste d'épidémiologie médicale, est rentré à Phnom Penh après avoir travaillé pendant quatre ans au Centre américain pour la maîtrise et la prévention des maladies, à Atlanta, en Géorgie. En décembre, l'équipe de Vong, en collaboration avec le CNRSPA, a lâché une centaine de canards marqués sur un lac près de Kampong Cham, à 100 kilomètres au nord-est de Phnom Penh ; il était prévu d'effectuer sur eux deux fois par mois des prélèvements cloacaux et trachéaux, ainsi que des prises de sang. L'Institut Pasteur prévoit de travailler avec la Wildlife Conservation Society pour rechercher le H5N1 dans les fientes d'oiseaux migrateurs qui traversent le Cambodge en route vers leurs lieux de reproduction septentrionaux. Mais l'Institut Pasteur ne peut pas surveiller tout le Cambodge rural. "Si les gens ne signalent pas les oiseaux morts, nous n'allons rien pouvoir détecter", s'indigne Vong. On ne sait pas, ajoute-t-il, quelle est la proportion de nouveaux foyers qui disparaissent spontanément.

Outre cet effort accru de surveillance, il va falloir sensibiliser la population aux risques du H5N1. "Nous devons attirer l'attention des familles", souligne Insisiengmay, en rappelant qu'au Laos 85 % des volailles sont élevées dans de petites basses-cours. Pour mieux diffuser les mises en garde contre la grippe aviaire, les autorités traduisent en hmong et en khmu – des langues parlées par des minorités – les dépliants d'information en lao. La diversité ethnique du Laos "pose de gros problèmes pour communiquer sur les risques", explique David Castellan, spécialiste de la volaille au sein du ministère de l'Alimentation et de l'Agriculture californien.

En décembre dernier, Castellan a travaillé avec la FAO pour former des agents sanitaires dans l'arrière-pays laotien, notamment à Champasack, une région à haut risque située à la frontière avec la Thaïlande et le Cambodge et qui fut très touchée en 2004. Le message de la FAO tient en quelques consignes simples : élever séparément les poulets, les canards et les oies, vendre les volailles crues séparément des produits volaillers préparés, veiller à la bonne hygiène du personnel. Certes, transformer les modes de vie ruraux "ne se fera pas du jour au lendemain", reconnaît Castellan. Mais, sur le front de l'Asie du Sud-Est, la bataille contre la pandémie de grippe aviaire se gagnera ou se perdra non pas dans les villes, mais dans les exploitations familiales.


Richard Stone, Science (Washington)


Source : http://www.courrierinternational.com/article.asp?prec=0,4713&page=1&obj_id=60673







Edité le 11/04/2007 @ 15:18 par Vicheya

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