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Author Une enfance en enfer sur France Loisirs   ( Replies 1 | Views 473 )
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Une enfance en enfer sur France Loisirs Reply With Quote
Offline Rotha
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Une enfance en enfer
Cambodge, 17 avril 1975 - 8 mars 1980

Malay Phcar

340 pages

Résumé
Le 17 avril 1975, les Khmers rouges prennent Phnom Penh. Malay Phcar a neuf ans et pour sa famille, le drame ne fait que commencer. De la faim aux maladies, de la torture aux exécutions sommaires, l'enfant va voir disparaître tous les siens...

En savoir plus
La voix poignante d'un enfant pris dans la tourmente de la destruction et de la déshumanisation. Au-delà du récit, comme souvent les grands témoignages, Une enfance en enfer est aussi une réflexion sur l'homme.

Mot de l'auteur
"J'ai écrit ce livre pour témoigner de l'horreur en espérant que la folie des hommes ne les conduirait plus jamais à de telles extrémités".
Malay Phcar

Pourquoi on l'a choisi
Quand la vie n’a plus aucune valeur. Il est encore un génocide pour lequel les rescapés réclament toujours justice : la mise à mort du Cambodge par les Khmers rouges. Quatre années de terreur qui verront disparaître près de deux millions d’hommes, de femmes et d’enfants. Ce récit sobre, presque pudique, témoigne du pire des enfers.

Extrait


Un curieux silence plane. Je me suis réveillé plus tôt que les autres. Tout le monde dort encore. J'ai été surpris de me retrouver dans cette chambre que je ne connais pas. Et puis je me suis rappelé la veille, le déménagement précipité de toute la famille. On a quitté la maison avec très peu d'affaires. Il paraît qu'on va peut-être partir en France. Que ce sera plus sûr là-bas. Marc, un de mes grands frères, s'y est déjà installé ; il continue ses études. Il me manque beaucoup. Depuis quatre mois qu'il est parti nous n'avons reçu de lui que deux lettres. Et rien depuis deux mois. Le courrier n'arrive plus. Phnom Penh est assiégée et les roquettes des Khmers rouges tombent n'importe où.
En attendant, une connaissance de papa nous héberge dans le quartier de l'ambassade. Il est gentil, monsieur Vinh ; c'est un Vietnamien, il passe tous les jours sous le portail du gros bâtiment de l'autre côté de la route. C'est là qu'il travaille. Je vais à la fenêtre. Il y a deux beaux cocotiers qui chatouillent le ciel. Papa remue sur son lit. Je me recouche en vitesse. J'adore faire semblant de dormir.
Je me suis quand même rendormi. Quand j'ouvre les yeux, j'entends des conciliabules dans la pièce d'à côté. Et dehors, ce drôle de silence. Pour une fois, on n'est pas arraché du sommeil par des bruits de canon et de feux d'artifice. Vany me dit toujours : « Malay, ce ne sont pas des feux d'artifice, ce sont des tirs de mortiers ou de mitraillettes. » Mortier, mitraillette, je trouve ces mots amusants. Monsieur Vinh parle avec mes parents. Il paraît que ce n'est plus la peine d'aller à l'ambassade. Il n'y a plus d'avions. Maman me voit, m'embrasse et me dit d'aller jouer dans le jardin avec mes frères. J'ai à peine franchi le seuil qu'on entend des grosses voix. On rentre tous en courant. Tout le monde se presse aux fenêtres qui donnent du côté de la rue. Sur des camions, des hommes en pyjama noir, un krama rouge et blanc autour du cou, crient dans des mégaphones : « Partez, partez, les traîtres américains vont bombarder la ville ! Partez, partez, évacuation de la ville ! » Ces voix dans les haut-parleurs sonnent bizarrement, on dirait la voix d'un ogre - « Partez, partez ! », une comptine d'ogre.
On reprend nos affaires dans la pièce où monsieur Vinh nous héberge, et on rentre chez nous. Sur le chemin, on est surpris de voir déjà beaucoup de familles qui marchent, le long du Tonlé Sap, plus chargées que des baudets. Je serre la main de maman, ces gens ont l'air tristes. À la maison, tout est déjà presque prêt. Heureusement, papa avait été prévoyant. Il paraît que dans tout le pays ça se passe comme ça. Les hommes en pyjama noir gagnent la bataille, puis ils font partir les gens. Et c'est le tour de Phnom Penh aujourd'hui. Papa sort la belle Honda verte, sa Vespa bleue, puis celle que Luc a achetée récemment, tout orange, la PC et deux vélos. C'est tout ce qu'on a qui ait deux roues et qui roule. Toot commence à vouloir grimper tout seul sur la moto et maman doit se fâcher. Toot n'a que cinq ans et il n'est pas toujours raisonnable, mais je l'adore quand il fait des bêtises. Pourtant, aujourd'hui, je ne sais pas pourquoi, je n'ai pas trop le cœur à rire avec lui. Praôs aussi a le cœur serré, cela se voit. Naron et Vany, qui sont plus grands, se rendent utiles. Ils aident papa à fixer les deux vélos ensemble, à chaque extrémité d'une tige de bambou. C'est un peu compliqué parce qu'il faut que la tige n'empêche pas les guidons de tourner. Papa s'énerve. Maman s'affaire dans la maison avec Marianne. Je les vois sortir avec des sacs de riz. Je suis sur le banc de la terrasse. Je regarde le gigantesque dâm kor du jardin d'à côté. Il fait calme. Je pense à nos jeux autour de son énorme tronc. Je pense à Thonn, mon beau-frère, le mari de notre sœur aînée Léa, qui lorsqu'il était élève officier s'était exercé à le viser. Un tronc large comme trois hommes. Il avait réussi à le rater ! Qu'est-ce qu'on avait ri. Je l'aime bien cet arbre, les frous-frous de coton blanc qu'il laisse s'envoler au printemps et qu'on essaie d'attraper en sautant.
- Malay, tu peux nous aider au lieu de rêvasser ?
C'est maman. Elle a déposé une grosse boîte pleine de médicaments sur la terrasse. Je vais la donner à papa pour qu'il la charge avec le reste.

On a marché toute la journée. Enfin, je ne sais pas si on appelle cela marcher. On avance comme on peut dans une cohue incroyable. Toot est perché sur la Vespa bleue que pousse papa. Marianne conduit la PC, Luc et Neary, sa femme, leur Vespa orange, Vany la Honda et puis nous, les petits, Praôs, Toot et moi, on est accrochés aux deux vélos guidés par Naron. Il fait une chaleur terrible. Et jamais je n'ai eu aussi soif. Quand tout a été préparé, à la maison, on est sortis dans la rue et on a suivi la route qui mène vers le Tonlé Sap. Quelle surprise de voir autant de monde. Maman nous dit, à Praôs et à moi, de bien nous accrocher aux vélos. Je tiens le petit porte-bagages arrière de toutes mes forces. J'ai vraiment peur de me perdre. On est passés devant le garage où travaillait papa, puis devant la boucherie de notre voisin chinois, la petite épicerie où j'allais acheter des cigarettes pour mes parents, et, peu à peu, on a quitté Phnom Penh en longeant le fleuve. C'est la saison sèche, il n'est plus qu'un ruisseau au fond d'une vallée de terre aride. Et, dans cette petite vallée brune, on voit apparaître des carcasses de voitures, des détritus en tout genre. Soudain, j'aperçois quelqu'un qui dort dans la vase. Je trouve ça curieux et je le montre à Naron. Qui est-ce qui dort là-bas ? Naron me répond qu'il ne dort pas, il est mort. Il est mort ? J'appelle maman.
- Regarde, un mort.
Elle se retourne et me dit :
- Ne regarde pas, Malay, ne regarde pas.
Je ne peux pas m'empêcher d'observer cet homme couché qui a de la terre sur le ventre. Je scrute le lit du fleuve. Il y en a d'autres, qu'on ne voit pas tout de suite. Des corps parfois recroquevillés, parfois avec la tête qui pend en arrière, à moitié recouverts de boue séchée. Je me demande pourquoi il y a tous ces morts et pourquoi on marche ainsi, pourquoi tous les habitants de la ville doivent partir sur la route, comme du lait qui coule d'une jarre renversée.

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Offline Vicheya
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Registered 04/01/2006
Rotha a écrit


Mot de l'auteur
"J'ai écrit ce livre pour témoigner de l'horreur en espérant que la folie des hommes ne les conduirait plus jamais à de telles extrémités".
Malay Phcar





Bon, je veux pas etre mauvaise langue, en plus j'aime beaucoup lire ce genre de bouquins ! Mais pourquoi ils se mettent tous a en ecrire un deuxième, sur la meme histoire. :whaou:
Ce fut deja le cas avec Pin Yathay "L'utopie meurtrière" puis "Tu vivras mon fils"

Et maintenant, c'est le tour de Malay Phcar, dont voici son premier !

:xtrem:


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