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Author Cambodge : Hun Sen penche-t-il chinois?   ( Replies 0 | Views 537 )
Go top 02/03/2006 @ 15:07 Go bottom
Cambodge : Hun Sen penche-t-il chinois? Reply With Quote
Offline swann
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Cambodge : Hun Sen penche-t-il chinois?


Depuis de nombreux mois, les opposants au gouvernement cambodgien dénoncent une crise d'autoritarisme qui met en danger la fragile démocratie cambodgienne. Mais derrière la question des droits de l'homme se cache une lutte d'influence bien plus pernicieuse.


La démocratie cambodgienne vacille. C'est du moins l'impression que donne le paysage politique du royaume khmer depuis près d'un an. Ce fut d'abord, en février 2005, la levée de l'immunité parlementaire de Sam Rainsy, le principal opposant du Premier ministre Hun Sen. Mis en examen pour diffamation - il avait accusé Hun Sen d'être le commanditaire d'un attentat meurtrier en 1997 -, Sam Rainsy a choisi l'exil en France plutôt que la prison dans l'attente de son procès. Fin décembre, il a finalement été condamné par contumace à 18 mois de prison.
Au Cambodge, la diffamation reste un crime, passible de prison et ces derniers mois le gouvernement semble avoir trouvé en cette accusation un outil de choix pour réduire certains opposants au silence. Cinq d'entre eux ont ainsi fait de la détention préventive pour avoir osé provoquer le tout-puissant Premier ministre: un journaliste, un syndicaliste et trois activistes, dont le célèbre Kem Sokha, directeur du Centre cambodgien des droits de l'Homme. Ils ont été libérés sous conditions à la mi-janvier; les charges pesant sur eux n'ont cependant pas été levées. Ces libérations sont intervenues, dit-on à Phnom Penh, sous le coup d'une pression américaine, quelques heures après une rencontre entre Hun Sen et Christopher Hill, le secrétaire d'Etat adjoint américain. Officiellement, c'était «un cadeau à l'occasion de l'inauguration de la nouvelle ambassade américaine à Phnom Penh».
Face à ces menaces pesant sur la démocratie cambodgienne, Amnesty International s'est insurgé et la communauté internationale s'est émue. Le représentant de l'ONU à Phnom Penh, Yash Ghai, a même évoqué «le début d'un régime totalitaire». Les ONG locales, de leur côté, ont fait circuler des pétitions pour que le roi, Norodom Sihamoni, intervienne. Mais rien n'y fera: Hun Sen, Premier ministre tout-puissant, semble décidé à faire le ménage et tout porte à croire que les procès à venir enverront pour de longs mois les opposants croupir dans les geôles de la capitale.
Cette histoire vous a plu? Le méchant Hun Sen contre les gentils démocrates? Ne lisez pas plus loin. Car comme souvent, au fond de l'amère soupe politicienne cambodgienne, se cachent des enjeux d'une bien autre ampleur. Et les atteintes aux droits de l'homme ou leur défense acharnée ne sont ici que le paravent de luttes d'influence que se livrent les deux géants américain et chinois, comme au bon vieux temps du «Sangkum Reastr» de Norodom Sihanouk. Car le Cambodge, paradoxe au regard de l'Histoire, se retrouve encore une fois entre le marteau chinois et l'enclume américaine. Et le gouvernement cambodgien, s'il veut conserver un semblant d'indépendance, doit louvoyer entre ses deux puissants parrains.
A l'heure actuelle, l'ascendant chinois sur Hun Sen et son entourage semble dominant. En juin 2005, le Premier ministre s'était fendu d'une pique à l'encontre des étrangers «donneurs de leçons» qui «gèrent mal la coopération internationale». Fort du récent satisfecit obtenu auprès du FMI - accompagné de l'annulation de 83 millions de dollars de dette - et d'une économie en pleine croissance, l'homme fort du petit royaume khmer croit pouvoir se libérer d'une coopération occidentale qu'il juge trop exigeante. Même le prince Ranarridh, son allié royaliste, a déclaré en janvier que lui et son père Sihanouk «n'avaient jamais apprécié les pays, en particulier les Etats-Unis, qui offrent de l'aide tout en donnant des conseils au gouvernement cambodgien pour gouverner la Nation».
Pour s'affranchir de la tutelle occidentale - et onusienne -, Hun Sen compte sur ses amis chinois. L'aide de Pékin promise en 2005, 400 millions de dollars, représente déjà la moitié du montant total de l'assistance internationale et n'est assortie d'aucune «condition démocratique». On peut même se demander si elle ne vaut pas approbation tacite des derniers actes de répression. Car comme l'affirme un observateur de longue date de la politique locale, «Hun Sen ne frappe pas au hasard: Kem Sokha et son centre des droits de l'Homme, tout comme ses autres cibles, sont des partisans avoués d'un «regime change» à l'irakienne, soutenus et financés par les Américains». On notera en effet que ni la Licadho ni Adhoc, deux autres ONG en pointe dans la lutte pour les droits de l'Homme, n'ont été inquiétées par le régime jusqu'à aujourd'hui.
La pression exercée en janvier par Washington pour la libération des activistes démontre que les autorités américaines sont loin d'avoir abandonné l'idée de jouer un rôle au Cambodge. La nouvelle ambassade construite à Phnom Penh est l'une des plus grande d'Asie - près de 600 personnes devraient y travailler. Le Cambodge croyait en avoir fini avec son rôle de champ de bataille de l'Asie. Espérons que ce nouveau conflit entre Américains et Chinois, qui se joue en coulisses, ne soit pas le prélude à une nouvelle déchirure.

François Tourane

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