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Author LE MONDE - L'accord sur un gouvernement d'union offre une sortie de crise au Cambodge   ( Replies 0 | Views 433 )
Go top 07/11/2003 @ 05:00 Go bottom
LE MONDE - L'accord sur un gouvernement d'union offre une sortie de crise au Cambodge Reply With Quote
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L'accord sur un gouvernement d'union offre une sortie de crise au Cambodge
LE MONDE | 06.11.03

Sous la pression du roi Norodom Sihanouk, l'opposition a accepté de participer à un cabinet dirigé par le précédent premier ministre, Hun Sen.
Bangkok de notre correspondant en Asie du Sud-Est

Norodom Sihanouk les avait avertis : s'ils ne parvenaient pas à s'entendre lors d'une réunion chez lui, mercredi 5 novembre, les trois partis représentés au sein de l'Assemblée élue le 27 juillet seraient "couverts de honte et condamnés par l'Histoire". Un accord de principe sur un gouvernement tripartite s'est donc réalisé. Le Cambodge, qui célèbre dimanche le cinquantenaire de son indépendance, n'en reste pas moins un pays pauvre et fragile après des décennies d'épreuves tragiques.

Les deux formations de l'opposition, le Funcinpec (Front d'union nationale pour un Cambodge indépendant, neutre et coopératif, présidé par le prince Norodom Ranariddh) et le PSR (Parti Sam Rainsy, du nom de son chef) ont finalement accepté de faire partie d'un gouvernement dirigé par Hun Sen, l'incontournable vice-président du PPC (Parti du peuple cambodgien) et précédent premier ministre. En échange, Ranariddh conservera, à l'Assemblée nationale, le perchoir qu'il occupe depuis cinq ans. Chea Sim, président du PPC, restera président du Sénat.

Cette cuisine postélectorale est liée à l'adoption, en 1993, de la règle de la majorité des deux tiers. Le PPC, qui avait alors perdu des élections organisées par l'ONU, mais qui tenait l'armée, la police et l'administration, avait contraint le Funcinpec, qui l'avait emporté, à accepter une coalition gouvernementale. L'aventure s'était terminée en 1997 par des affrontements armés à Phnom Penh et le limogeage de Ranariddh de la tête du gouvernement.

Au lendemain des élections de 1998, gagnées par le PPC, de graves incidents avaient eu lieu au cours de manifestations organisées par le Funcinpec et le PSR, nouveau venu sur la scène. La crise avait été résolue par l'entrée du Funcinpec au sein d'un gouvernement dominé par le PPC.

Après le scrutin de juillet dernier, remporté haut la main par le PPC (73 députés, contre 26 Funcinpec et 24 PSR), il n'y a pas eu de manifestations mais une impasse politique de deux mois. La période a été marquée par le meurtre d'un journaliste, la tentative d'assassinat d'une chanteuse, paralysée depuis, et une fusillade dont les auteurs sont issus de la jeunesse dorée de Phnom Penh.

Exaspéré, Sihanouk a adressé le 2 novembre aux trois partis une lettre ouverte dans laquelle il leur a écrit que leurs incessantes "menaces" et leurs "manœuvres" politiques "n'impressionnent plus personne et agacent tout le monde". Le monarque, qui vient d'avoir 81 ans, ajoute que beaucoup de Cambodgiens "vous accusent de ne penser qu'à vos ambitions et intérêts personnels".

L'élite cambodgienne est sortie exsangue de près de trente ans de conflits armés lorsque le dernier carré de Khmers rouges s'est rendu en 1998. De 1975 à 1978, la dictature de Pol Pot a rayé de la carte 1,7 million de Cambodgiens (le quart de la population).

Depuis une dizaine d'années, une croissance annuelle moyenne de 5 % n'a guère réduit la pauvreté : le tiers des habitants, soit 4 millions d'individus, vivent avec moins d'un euro par jour. Les deux petites mamelles du royaume - le tourisme et la confection - ne suffisent pas à résorber un chômage très étendu. Le retard des campagnes, où vivent les trois quarts des Cambodgiens, s'accentue.

Faute d'un procès, les anciens hiérarques khmers rouges - Nuon Chea, Khieu Samphan, Ieng Sary - vivent une retraite paisible. Seuls Ta Mok, un chef militaire, et Deuch, un tortionnaire, sont en prison. Dans un pays où les droits sont réservés aux puissants, une culture de violence et d'impunité subsiste dans un climat de corruption et d'injustice.

Même s'il promet de calmer le jeu, l'accord de mercredi n'est qu'un premier pas dans la bonne direction. A l'heure des marchandages, les enchères pourraient de nouveau monter au cours des semaines à venir. Hun Sen, qu'on dit très serein, continuera de dominer le jeu puisque les rouages de l'Etat sont entre ses mains.

La cohabitation avec Sam Rainsy, son adversaire le plus farouche, risque d'être savoureuse si ce dernier intègre le gouvernement. S'il choisit plutôt, avec un œil sur son électorat, la vice-présidence de l'Assemblée nationale, il éprouvera rapidement du mal à ne pas jouer les redresseurs de torts. Quant au PPC, si la règle de la majorité simple n'est pas instaurée, il ne lui restera qu'à œuvrer pour obtenir neuf sièges de plus aux prochaines élections.

Jean-Claude Pomonti

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 07.11.03
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