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Author Choc des cultures !   ( Replies 2 | Views 652 )
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Choc des cultures ! Reply With Quote
Offline Vicheya
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Article tiré du site Gavroche !


Le code de la route sauce Cambodge

Notre correspondant au Cambodge, Frédéric Amat, nous offre ici un portrait très personnel du royaume qu’il déclinera en plusieurs volets à découvrir dans Gavroche.

« Vous vous souvenez de ces images du film catastrophe «La marabunta gronde», où des cohortes monstrueuses de fourmis rouges se croisent et se chevauchent dans tous les sens? C'est, à peu de choses près, la vision qu'offre un carrefour phnompenhois. Tout le monde essaie de couper, de doubler. On traverse en biais, on se retrouve à gauche et en sens contraire, c'est cependant parfaitement normal...», met en garde la dernière édition du Petit Futé dédiée au Cambodge.
Pour l'expatrié nouvellement débarqué de sa «boîte à procès verbaux» qu'est devenue la nouvelle France de Nicolas, les avenues de Phnom Penh apparaissent comme une sorte de jeu vidéo grandeur nature, un «need for speed» version géante. Cet automobiliste, qui a fuit la prolifération des radars dans son pays, se met en quête d'une quelconque norme dans cet enchevêtrement anarchique de tôles, de casquettes, de moteurs, de suées et de fumées. La conduite se fait à droite, comme en France, mais nombre de véhicules sont importés de Thaïlande et possèdent donc le volant du «mauvais côté». Ce n'est que le début des soucis car la circulation urbaine répond davantage à l'application de nombreuses habitudes locales, sortes d'étranges coutumes ennemies du bon sens, qu'à l'application de règles issues d'un code de la route... D'un quoi ?

Pour le Barang (1) perdu dans ce flux ronflant de la circulation, le danger semble se cacher partout, à l'affût, prêt à surgir à tout instant et à fondre sur son véhicule comme la foudre sur un unique au Cambodge? Réponse: Une rue dans laquelle au moins 50% du trafic roule dans le même sens», est une blague répandue dans la communauté expatriée. Mais ce n'est pas tout, loin de là. Les adeptes du ski alpin observeront une similarité entre les pratiques de conduite locale et la tradition qui régit les descentes en montagne. Quel que soit le nombre de skieurs sur la pente, les personnes en aval ont toujours priorité. Elles peuvent tourner brusquement, s'arrêter net, changer au dernier moment leur trajectoire, etc., c'est à celui qui arrive en amont d'ouvrir l'œil et d'anticiper tout changement de comportement des personnes devant lui, afin d'éviter la collision. Les routes cambodgiennes sont autant de pistes bleues, rouges et noires: les véhicules roulant devant n'ont nul besoin d'activer leur clignotant pour tourner à droite ou à gauche. Ils peuvent le faireà n'importe quel moment, tout commefreiner brutalement et changer brusquement de direction.

Une voiture sort d'un parking et se trouve face à un flux ininterrompu de véhicules. Le but est de couper ce flux pour rejoindre la file de circulation opposée. Rien ne sert d'attendre une ouverture dans le flux. Au contraire, le véhicule s'engage à contre courant, coupant net la circulation et, comme un saumon qui remonte les rivières, toujours à contresens, soigneusement, tente petit à petit de rejoindre sa voie. Les véhicules éviteront (en principe) cet obstacle sur leur chemin. Le même principe s'applique lorsqu'un véhicule tourne dans une rue. Le véhicule ne suit absolument pas sa voie dans le virage mais au contraire se déporte largement sur sa gauche, empruntant carrément la voie de la file opposée, et ce bien avant le virage. Personne ne s'offusque de se trouver nez à nez avec d'autres véhicules dans une courbe. C'est même très souvent le conducteur en tort qui s'étonne de voir quelqu'un pourtant bien dans sa propre file, arriver droit devant lui. Certains expatriés anticipent tellement qu'ils ne prennent plus les virages que dans la file opposée, étant persuadés qu'ils n'y rencontreront personne, en renversant ainsi la logique… Une règle universelle domine dans de nombreux domaines au Cambodge, et en particulier dans celui de la circulation: celle du véhicule le plus fort ou le plus puissant. Si une moto dispose de la priorité sur un piéton, une voiture sur une moto et un camion sur une voiture, il existe des subtilités plus complexes. Par exemple, le 4x4 prévaut sur la berline, sauf si cette dernière dispose d'une plaque d'immatriculation militaire ou encore si son chauffeur a pris soin de recouvrir le siège conducteur de sa veste de général. De même, un piéton en uniforme l'emporte sur tout véhicule sauf si ledit véhicule est conduit par un uniforme au grade supérieur. Mais les piétons sont rarement en uniforme... Autre exemple de cette loi: le camion de 38 tonnes qui débouche d'une rue sur une avenue ou qui sort d'un chantier est toujours prioritaire sur tout autre véhicule. D'ailleurs, il ne marque aucun arrêt, n'attend surtout pas que la voie soit libre pour s'engager, regarde encore moins à droite ou à gauche, et coupe donc littéralement la route aux autres conducteurs. Pourquoi? Parce qu'il est le plus gros! Le seul véhicule supérieur à un trente-huit tonnes et qui aurait, dans cet exemple, priorité sur le camion, serait le char d'assaut. Mais depuis les évènements de 1997, ce genre de chenillette a tendance à se raréfier considérablement, pour rendre cette hypothèse un simple cas d'école…

Pour l'expatrié nouvellement débarqué de sa «boîte à procès verbaux» qu'est devenue la nouvelle France de Nicolas, les avenues de Phnom Penh apparaissent comme une sorte de jeu vidéo grandeur nature

Après quelques années à arpenter le bitume, le Barang devient incollable sur toutes ces nuances, à moins qu'il ne soit assez fortuné pour s'offrir les services d'un chauffeur local qui, lui, connaît bien évidemment ce code-là par cœur! Il est donc bon de savoir que la tôle et les boulons sont des éléments souvent au moins aussi précieux qu'une jambe ou qu'un rein. Il ne sert à rien de tenter de convaincre la victime de sa propre innocence et de ses véritables torts. S'il reste à l'expatrié ses deux jambes, certaines personnes mal intentionnées lui conseilleront de les prendre à son cou et de détaler le plus vite possible. C'est un comportement qui a été fréquemment rapporté. Mais le Barang dispose de cette étrange vertu qu'est le sens civique… Il sait faire face à ses responsabilités. En l'occurrence, il fera face à un ou plusieurs agents de la police de la circulation. Vêtus de costumes bleus et couverts d'une casquette noire poussiéreuse, ils sont les gardiens du Yin et du Yang de la route. Le Barang qui se trouve dans cette situation a tout d'abord la drôle d'impression d'être une petite souris coincée dans une souricière où la seule issue se dessine en forme de pretium doloris, le prix de la douleur à la couleur du dollar.

Les policiers connaissent le code de la route sur le bout des ongles et sont même investis du pouvoir d'en changer les règles au fur et à mesure de la discussion. La police jugera donc elle-même à qui incombe la responsabilité des faits. Car le but de la manœuvre est de trouver un arrangement à l'amiable entre les deux victimes du sinistre. Si le protagoniste tient lui aussi debout dans ses deux tongs et s'il vocifère qu'un rétroviseur de Honda Dream coûte, au Cambodge, le prix d'une jante alu de BMW en France, la police risque fort d'appuyer son récit de détails techniques. Car c'est bien d'argent qu'il s'agit afin de réparer le dommage ainsi causé à la victime par sa propre faute auparavant démontrée. Quelle idée aussi de démarrer au feu vert si promptement! Le sinistré a déjà négocié avec les forces de l'ordre la part qui leur reviendra après paiement de la compensation. De souris prise au piège, le Barang accidenté a ainsi l'impression de se changer en billet de loterie nationale. Il est les six numéros dans l'ordre, et certains ne lâcheront pas leur proie sans avoir touché, en plus, le numéro complémentaire.
Mais chaque cas reste unique et tout dépend de l'intégrité du policier. Le journal en langue anglaise Phnom Penh Post du 11 septembre 2004, relatait l'anecdote d'une résidente étrangère en totale légalité, arrêtée au volant de sa voiture par la police de la circulation. Ces derniers, après avoir cherché quelle faute cette dernière avait bien pu commettre, l'ont finalement verbalisée pour «port de la ceinture de sécurité, d'une amende de deux dollars». Le journal précisait, pour information, que la dame a payé l'amende...

Frédéric Amat

(1) Etranger, ou Farang en Thaïlande



Le bruit et autre ramdam...

Deuxième volet de notre enquête sur les moeurs et coutumes cambodgiennes. Ce mois-çi, notre correspondant aborde les problèmes liés au «culte» du bruit. A vos boules Quiès !

Au Cambodge, l'expatrié ne vit pas seulement parmi les Khmers. L'expatrié vit avant tout en vase clos, dans lequel gravitent d'autres expatriés, quasi exclusivement. C'est une sphère en relation plus ou moins étroite avec l'univers cambodgien, mais elle lui reste étrangère. Chacun se regarde sans s'observer, croit se découvrir mais se comprend rarement. Et de ce jeu de regards croisés entre deux entités cohabitantes naît le choc des cultures.
Nourri au sein de la différence, ce choc est pareil à un animal sauvage: petite peluche attachante à la naissance, elle devient rapidement impossible à apprivoiser. Comme le feu et l'eau, qui ne peuvent se mélanger, l'expatrié, s'il parvient à terme à connaître peu ou prou les comportements, les pratiques, les habitudes et surtout les mentalités locales, ne pourra que rarement les comprendre, et les assimilera encore moins de façon durable. Ces «choses» qui étonnent les nouveaux arrivants déconcertent toujours autant l'expatrié qui, même après des an-nées d'immersion en terrain culturellement différent, est souvent bien incapable de s'adapter, malgré une apparence de poisson dans l'eau. Situation après situation, évènement après évènement, le barang (1) apprend à régler sa fameuse grille de repères, comme un pilote d'avion ajuste son altimètre afin de trouver le bon positionnement pour l'atterrissage. Mais l'altimètre culturel est une machine qui se dérègle en permanence…
Certains expatriés sont incapables de s'adapter. De petits riens de la vie de tous les jours provoquent rapidement chez eux de l’irritabilité, voire de la colère, simplement parce que la réaction de l'interlocuteur local est aux antipodes de celle attendue ou de celle estimée comme «logique». La logique de l'un est souvent une aberration pour l'autre. Là où le bon sens s'applique pour les uns, il ne s'applique pas forcément pour les autres. L'expatrié estime alors que le Cambodgien agit en dépit de ce fameux bon sens, de ce que le célèbre reporter Rouletabille dans Le Mystère de la chambre jaune appelle «le bon bout de sa raison». Certains donnent des leçons de ce qu'il faudrait faire. D'autres observent avec une certaine fatalité. Mais au bout du compte, personne n'évolue. Les uns estiment que l'étranger est un perpétuel donneur de leçons et les autres que, de toute manière, tout est tellement différent qu'il est trop tard pour agir. Un mur, souvent en béton armé, se forme entre les deux cultures qui cohabitent sans se comprendre vraiment.

« Les gens veulent montrer qui est le plus fort en faisant plus de bruit que les autres »

Un bruit peut en cacher un autre...
Certains comportements propres à toute l'Asie ont pris des tournures systématiques au Cambodge, peut-être à cause de la guerre et de la notion de vie au jour le jour qu'elle a développée. Ainsi en est-il de la notion de bruit.
Il était coutume dans les campagnes du royaume d'avant-guerre, lors d'un ma-riage où d'un enterrement, de signifier ces cérémonies à renfort de haut-parleurs diffusant de la musique et les psalmodies des bonzes. Le haut-parleur servait ainsi à rameuter le voisinage et à lui faire connaître l'événement. Cette pratique touche aujourd'hui toutes les villes. Plus aucune cérémonie ne se fait désormais sans les traditionnels haut-parleurs, juchés sur de grands piquets. Avec la saison des mariages, principalement entre novembre et juin, c'est une véritable cacophonie hurlante et quasi-quotidienne qui assourdit les bourgs du Cambodge.
Certains expliquent cette contagion du rural au citadin par l'arrivée massive, après 1979, des paysans dans les villes. «Quand il y a une cérémonie, le bruit constitue en soi un repère, permettant aux invités de s'orienter tout de suite vers la bonne maison. C'est l'habitude», affirme le professeur Ka Sunbaunat, vice-recteur de la faculté des Sciences de la santé de Phnom Penh. Comme d'autres, il fait également référence au repeuplement de Phnom Penh. La capitale, évacuée en avril 1975 par les Khmers rouges, fut réinvestie quatre années plus tard par une majorité de villageois qui ont importé en ville leurs habitudes rurales, au premier rang desquelles le bruit. Vivant jusque-là dans des maisons isolées les unes des autres, ils ne conçoivent pas qu’ils peuvent déranger le voisinage en rompant plus qu'il ne faut le silence.

Hormis une très faible minorité, rares sont les Cambodgiens à dénoncer ce que certains barangs considèrent comme une nuisance quotidienne, car ils savent que le jour venu (mariage ou enterrement et plus récemment anniversaire, inauguration de maison, de boutique, etc.), eux aussi emploieront le haut-parleur. «A la moindre petite occasion, la naissance d'un enfant par exemple, on en profite pour organiser une cérémonie et faire du bruit!», observe l'anthropologue Ang Choulean, soulignant comme une nouveauté d'aujourd'hui la généralisation de l'usage des haut-parleurs. «Il y a un côté ridicule à tout cela: la personne veut étaler son bien-être, sa richesse, en faisant du bruit», souligne-t-il. Une croyance s'est d'ailleurs vite répandue selon laquelle plus le son porte loin, plus la machine qui le produit est de bonne qualité et donc chère... C'est la frime. Il faut surpasser le voisin en tout et montrer qu'on possède une chaîne stéréo, une télévision, ou bien encore que l'on a les moyens de recevoir des invités en grand nombre. Que deux mariages se célèbrent en même temps à proximité, et ils se livreront, à coup sûr, une guerre des décibels pour tenter de s'imposer chacun comme celui dont la fête est la plus réussie. «Les gens veulent montrer qui est le plus fort en faisant plus de bruit que les autres», relève Pho, un employé d'une compagnie de gardiennage.
Pour Ang Choulean, professeur de la faculté d’Archéologie de Phnom Penh, dans certains cas, le bruit puise ses origines dans des rites ancestraux, dont la fonction est d'écarter les mauvais esprits et autres génies diaboliques: «Le bruit agit alors comme un exorcisme - il est par exemple impossible d'imaginer des funérailles sans bruit - et c'est un acte collectif. Tout le monde participe à alimenter le vacarme, qui est valorisé. Ainsi, lors d'une éclipse solaire, tout le monde doit être réveillé, chacun devant taper sur ce qu'il trouve pour faire du bruit et chasser le démon qui avale le soleil. Mais en ville, on a perdu la véritable signification rituelle. On ressent le besoin d'afficher ses biens, car seul le paraître compte». Ang porte également un regard critique sur certaines pagodes, particulièrement celles installées en périphérie, qui s'éloignent parfois de leurs fonctions initiales. Il revendique les méthodes traditionnelles, les gongs et autres tambours, utilisés pour rythmer la vie des bonzes et celle des fidèles. «Cela est suffisant, et n'a jamais gêné quiconque, sans quoi cet usage n'aurait pas survécu. Mais le recours à un amplificateur ne se justifie aucunement», ajoute-t-il.
Interrogé sur la nécessité d’un matériel de sonorisation pour animer les cérémonies bouddhiques, un bonze de 35 ans du Wat Botum se braque immédiatement, preuve que le sujet est des plus sensibles. «C'est la tradition et nous sommes obligés de nous servir de micros, c'est inévitable! De toute façon, jamais personne n'est venu se plaindre!» objecte-t-il. Devant notre insistance à lui démontrer que la technologie est née bien après le bouddhisme, le religieux s'emporte: «Et que diriez-vous si le jour de votre mariage, on ne mettait pas de haut-parleurs, hein?» Et pour démontrer que les bouddhistes apportent leur caution aux amplis, il lâche: «Ce sont les fidèles qui achètent et entretiennent ce matériel!» Un achar (2) de 78 ans, assis à ses côtés, répète en écho, et sur tous les tons, le mot «tradition», ajoutant qu'après 22 heures, «la pagode se tient tranquille». L'argument de la tradition a également été rétorqué il y a près d'un mois à un juge de la Cour Suprême qui avait publiquement dénoncé les coups de gong donnés à 4 heures du matin - retraite des bonzes oblige - par les religieux du Wat Langka dont il est voisin. «C'est une atteinte à la liberté» s'était-il alors insurgé, recommandant à cette pagode l'emploi d'une sonnerie électrique. Il s'est fait poliment éconduire, et a finalement présenté ses excuses, «conscient de son erreur», n'hésitent pas à rappeler certains bonzes de la pagode.
Cette manie du haut-parleur est sans nul doute un des chocs de culture les plus répétitifs auquel l'expatrié ne peut s'habituer. Alors, à défaut de tenter de comprendre ou de raisonner l'irraisonnable, le barang peut toujours tourner les choses en dérision: maladie du Cambodge mo-derne, «le haut-parleur» s'attrape généralement autour des pagodes mais il peut se manifester partout dans le royaume, même en des lieux très reculés. Les symptômes sont facilement reconnaissables. D'abord un fort bourdonnement dans les oreilles, comme une musique zozotante à la mélodie répétitive puis une série de «Allô» criés entre deux saturations de micro. Le niveau sonore très élevé, ajouté à la répétitivité du bruit, entraîne rapidement des effets secondaires chez le barang atteint du «haut-parleur», comme une hausse de la tension artérielle, une irritabilité croissante et enfin d'atroces migraines. Les symptômes cessent au milieu de la nuit mais ils reprennent obligatoirement au lever du jour et ce pour une durée minimum de trois jours. Il n'existe à l'heure actuelle aucun remède connu, mais cette maladie n'est pas mortelle. Toutefois, il semble qu'elle n'affecte pourtant que les Occidentaux. Les locaux se seraient immunisés au fil des an-nées. Ils peuvent rester des heures assis sans rien faire sous un haut-parleur hurleur, un immuable sourire de béatitude accroché aux lèvres.
On peut toutefois aisément éviter d'attraper «la maladie du haut-parleur» en observant des règles simples. Eviter tout séjour prolongé (habitation par exemple) dans un rayon de cent mètres autour d'une pagode mais également en apprenant à reconnaître le virus, souvent caché dans les arbres ou perché sur une longue tige de bois. La chose est en fer blanc conique de taille assez grosse et un long fil électrique la relie à un vieil homme habillé de blanc et de noir.
De même, si vous assistez en bas de chez vous à un aménagement du trottoir voisin avec tables et chaises, le tout recouvert d'un auvent rudimentaire, sachez que vous allez bientôt attraper la «maladie du haut-parleur» car un mariage ou un enterrement se prépare. Si vous ne pouvez fuir pour quelques jours, le temps de laisser passer l'épidémie, achetez une boîte de boules Quiès afin d'atténuer les symptômes. Attention, les rechutes sont fréquentes. Il semble qu'au Cambodge, le barang doit s'habituer à vivre avec cette maladie chronique très contagieuse.

Frédéric Amat (avec Cambodge Soir)
Illustrations: Rin Hoeut et Rimo

(1) Barang signifie étranger
(2) Achar: laïc qui anime la vie religieuse dans une pagode.



Le temps et la santé

Troisième volet de notre enquête sur les moeurs et coutumes cambodgiennes. Ce mois-ci, notre correspondant aborde la notion du temps et les questions de santé. méfiez-vous du cham tik !...

Le temps, et avec lui la précision, n'ont pas les mêmes valeurs en Asie qu'en Occident. Les touristes en vacances au Cambodge s'en accommodent parfaitement et trouvent à cette nonchalance temporelle de nombreuses qualités. Elle leur renvoie l'image d'un pays tout en douceur où la vie coule comme les eaux d'un fleuve tranquille. Une image en opposition avec le stress que l'obligation d'exactitude fait peser sur leurs épaules dans leur propre pays. Le monde dit civilisé vit comme un robot qui ne supporte plus aucun grain de sable dans sa mécanique bien huilée. Et ce monde-là se laisse séduire durant ses congés payés par ce pays où les «gens n'ont pas la même notion de temps que nous!»
L'expatrié au Cambodge, lui, au contraire, a beaucoup de mal à s'adapter à ce que certains appellent cette «nonchalance horaire», et à ce que d'autres préfèrent décrire plus généralement comme une absence de rigueur généralisée. L'exactitude a été érigée en règle universelle. Un expatrié qui travaille au Cambodge ne perd pas, en quelques semaines ou même en quelques années, son patrimoine culturel. Celui-ci est attaché à son comportement comme une carapace sur le dos d’une tortue.
L'expatrié, infatigable fourmi des temps modernes, compte son temps, dispose d'un programme et d'horaires à respecter. Bref, lui, il bosse. Il n'a pas une seconde à perdre. Il n'est pas en vacances. Et, de ce fait, il ne peut supporter qu'un bus ou un bateau ne parte pas à l'heure précise. Cela recèle un «je-ne-sais-quoi» d'irritant. Le plus angoissant pour l'expat', en réalité, n'est pas tant le retard en soi. Le plus exaspérant vient du constat qu'aucun autochtone touché par l'inadmissible retard ne prête attention à ce détail, qu'il supporte avec une fatalité déconcertante. L'Occident n'a plus de temps pour la fatalité, pour le karma ou le destin. L'expat', lui, doit arriver à l'heure à son rendez-vous. Un point c'est tout! Et il ne peut même pas trouver dans le regard de ses voisins qui patientent le reflet de sa propre colère. Ces voisins, eux aussi coincés entre deux couches d'espace-temps bien moelleux, les pieds dans le sable qui file à toute allure dans l'étroite fente du cosmos, n'ont que faire de ce retard qui s'accumule. Et ils ont bien raison car l'énervement du Barang, sa colère, et ses gesticulations n'y changeront rien. Au pays du sourire, le temps n'existe pas. Il ne passe pas, ne s'écoule jamais, ne se perd, ne se donne, ni ne se gaspille. Le temps se prend. Tout simplement. Le temps est suspendu au bon vouloir des évènements et non l'inverse!

Le traditionnel cham tik, «attends un peu», ne dispose ainsi pas, dans la bouche des Cambodgiens, des mêmes valeurs de temps que lui accordent généralement les étrangers. Alors que l'expatrié relie cette locution à quelques minutes seulement (dépassant rarement la demi-heure au Cambodge), le cham tik n'est relié à rien de précis, et encore moins à la notion d'impatience. Prononcé par un employé qui reçoit un expatrié pour un rendez-vous avec son patron, le cham tik peut très bien signifier que le rendez-vous a été annulé car la personne est partie en vacances. Un barang averti se méfie énormément du cham tik, qui est très souvent un faux-fuyant permettant d'éviter un conflit ou une explication précise ; bref tout ce qui pourrait faire «perdre la face». Cette perte de face se caractérise chez celui ou celle qui en est victime par un sourire figé et une gêne visible. Elle se déclenche lorsqu'une critique est émise ouvertement, publiquement et directement. Il s'agit également d'une notion très floue et difficilement évaluable, mais la colère que pique publiquement un expatrié envers un Asiatique suffit à la déclencher. Elle peut avoir des conséquences inattendues, généralement disproportionnées par rapport à sa cause. Quoi qu'il en soit, il n'est pas recommandé de faire perdre la face à des quidam… surtout si ces personnes disposent d'une face fortunée et de fesses bien placées.
Autre exemple où le temps influe sur la face et crée forcément un malentendu: dans un restaurant, il se peut que le plat commandé n'arrive jamais. Le serveur n'ose tout simplement pas annoncer à l'étranger qu'il n'y a plus de pommes de terre pour faire ses frites. Il préfère la fuite à l'explication car il sait la situation conflictuelle. Et plus ce serveur-là laisse couler le temps dans le ruisseau de la patience, plus il se charge d'électricité et se transforme en torrent de colère, avant d'exploser en cascade d'insultes et de grossièretés; aboutissant ainsi à une perte de face dudit serveur. Et sur cette face perdue s'affiche toujours un masque de sourire. Figé. Mais sa signification est bien particulière. Ce légendaire sourire qui charme si souvent les visiteurs, peut tout aussi bien leur glacer le sang. Un vieux Cambodgien francophone raconte que les Khmers rouges étaient capables de «vous tendre la main avec le sourire et un peu plus tard de vous tirer une balle dans la nuque avec ce même sourire…»
Le flou, qui entoure la notion de temps au Cambodge pour un étranger, est systématique dans certaines banalités quotidiennes.
L'expatrié désire l'heure exacte, à la minute près. Le Cambodgien, lui, donne très souvent une heure approximative, du style: «Il est plus de huit heures» et ce, même s'il est huit heures quarante. La même absence de rigueur se retrouve dans les tarifs. Pour un produit de 29 dollars, à la question: «Combien ça coûte?», le vendeur répondra: «Plus de 20 dollars». La question doit alors être reformulée afin d'obtenir une réponse précise.

Bobos imaginaires...
Autre sujet de choc: les maladies, réelles ou psychosomatiques, comme le très célèbre tchoo kbal (mal de tête) que le patron d'entreprise entend de manière récurrente dans la bouche de son personnel. Le mal touche principalement les jeunes individus lorsque le débat devient délicat ou s'oriente sur des notions abstraites. Lorsque, au milieu d'une réunion, l'interlocuteur, le visage tordu de douleur, annonce qu'il a le tchoo kbal, rien ne sert de lui tendre une aspirine. Il faut, en réalité, y voir une formule de politesse pouvant se traduire par: «Tu me les brises maintenant», ou moins agressif: «Je n'y comprends rien et je m'en bats l'œil avec une vieille tong». Plus concrètement, le tchoo kbal signifie généralement que les choses sont compliquées, que le temps de patience accordé est dépassé ou, dans de beaucoup plus rares cas, que cette personne souffre réellement de maux de tête. Il s'agit souvent d'un défaut de vision qui occasionne d'horribles maux de tête récurrents. Les (véritables) opticiens n'ont fait leur apparition que très tardivement dans les grandes villes et peu font le lien entre mal de tête et mauvaise vision. Avec un peu d'entraînement, l'expat' apprend rapidement à faire la différence entre le véritable tchoo kbal et le faux.
Les médicaments employés pour soigner tous ces bobos imaginaires ou non, contribuent tout autant à ce choc des cultures. Héritage du protectorat français, la pose de ventouses, ce remède de grand-mère envoyé aux oubliettes par l'inventeur du Paracétamol, survit encore au Cambodge. L'application, à l'aide d'un coton enflammé, de ces pots de verre sur le dos, les épaules et même le front, se pratique régulièrement et pas seulement à la campagne. L'expatrié digne de ce nom a, au moins une fois dans sa vie, essayé ce remède. S'il ne fait pas grand bien, il ne fait pas grand mal non plus. Mais il faut ensuite supporter la présence des «bleus», qui marquent l'emplacement des ventouses pendant une bonne dizaine de jours. Pas très esthétique surtout en plein milieu du front...
Autre soin traditionnel khmer, le ko chol, consiste à gratter la peau de manière rectiligne à l'aide d'une pièce de monnaie ou d'un petit rond de cuivre trempé dans du baume du tigre, jusqu'à créer un «sang-pris». Le supplice se déroule généralement sur le dos, les épaules et la poitrine, et est effectué par un membre de la famille, alors que pour les ventouses, un spécialiste ou une grand-mère est généralement requis. On apprend et on subit ce genre de torture dès le plus jeune âge. Le ko chol, qui fonctionne sur le même système que les ventouses, se fait pour un rien, une petite fatigue, des courbatures, un mal de tête. L'expatrié préfère prendre deux aspirines et un comprimé de vitamine C pour un résultat similaire, la douleur occasionnée par l'horrible grattage en moins. Les sadomasochistes adoreront la chose...
La pose de perfusion et l'injection de sérum de glucose est une autre habitude médicinale regardée avec horreur par le barang. En effet, ces dernières sont prescrites en tout premier lieu par les docteurs à leurs patients, quelle que soit la gravité de leurs maux. L'effet placebo d'un tel équipement suffit dans la plupart des cas à guérir le malade imaginaire, ou du moins, il ne fait pas de mal (si la seringue a été, au préalable, stérilisée). Le médecin local n'a souvent pas le choix, et s'il ne dispose pas lui-même de cet attirail, le malade le considérera comme un mauvais docteur et ira à la pharmacie la plus proche s'acheter le tout, bien évidemment en vente libre. D'ailleurs, ici, tous les médicaments sont en vente libre sans ordonnance.
Ceux qui, devant toutes ces étrangetés, poseront la question: «Mais pourquoi?», ne doivent pas trop s’attendre à recevoir une réponse. Au Cambodge, on ne demande jamais pourquoi au risque de se voir répondre n'importe quoi, dans le seul but de faire plaisir. Pourquoi? Posez donc la question !



Une politique de facturation douteuse

Dernier volet de notre enquête sur les moeurs et coutumes cambodgiennes. Ce mois-ci la politique de double-facturation appliquée aux «Barangs».

Le nouvel expatrié au Cambodge sera toujours formidablement bien accepté dans la communauté locale. Il se sentira rapidement comme un poisson dans l'eau, mais, malgré ses efforts perpétuels pour se fondre dans la masse, sa volonté sans cesse répétée de se «khmériser» , il restera toujours un étranger, un Barang.
Cette case Barang, dans laquelle est obligatoirement rangé le long-nez, est constituée de tas d'étrangetés considérées comme inhérentes à sa nature. Ainsi, il est convenu que, pour certains produits ou prestations, le Barang ne paye jamais le tarif normal. Partant de ce postulat, la double-tarification pour des prestations identiques s'est mise en place.
Le principe consiste à afficher deux prix pour un produit: un bas que payeront les usagers nationaux, et un autre, plus élevé, destiné aux Barangs quels qu'ils soient. Le fait qu'il s'agisse de touristes ou de résidents, de visiteurs d'un jour ou d'acteurs du développement local, de personnes mariées avec un ou une autochtone et parents de bambins à demi locaux, ne fait aucune différence. L'application de ce principe est simple. Elle ne souffre d'aucune exception. Hormis certains petits malins qui ont su acheter la nationalité cambodgienne à un bon moment, les étrangers ne sont, par définition, pas des Khmers. La différence de nationalité suffit. Le principe démarre là où s'arrête le teint du visage et la longueur du nez. Nul besoin de devoir perpétuellement sortir son passeport; le délit de faciès est le seul critère d'application du concept.
Il faut avouer, à sa décharge, que le Cambodge n'est pas l'inventeur de cette étrange notion importée du Vietnam. Ainsi, l'usager d'Electricité du Cambodge à Phnom Penh, par exemple, payera son kilowatt du simple au triple suivant s'il est local ou expatrié; et ce quelle que soit sa consommation mensuelle. Un jeune volontaire salarié dans une ONG à 300 dollars par mois, qui loue un taudis sans air conditionné et dont le loyer est déjà surfacturé par son propriétaire de voisin, payera son électricité trois fois plus cher que ce dernier, un richissime Sino-Cambodgien dans sa maison aux 36 climatisations. Cet expat' s'acquittera également d'une taxe d'enlèvement des ordures ménagères quatre fois plus élevée que celle qui incombe à ce même voisin. Lorsqu'il prendra l'avion pour rentrer chez lui, après avoir donné un an de sa vie aux bonnes œuvres, il s'acquittera d'une taxe de départ (fixée par décret), dix dollars de plus que ledit voisin qu'il retrouve dans la salle d'attente en partance pour Singapour, où il va, comme chaque mois, déposer une valise de dollars au coffre de sa banque.
La double tarification a-t-elle pour but de rétablir la balance entre le naturellement pauvre local et le forcément riche étranger? Cet exemple réel ajouté au cas précis des taxes d'aéroport, montre que non. Une personne qui dispose de moyens suffisants pour se payer un billet d'avion a certainement les moyens de payer la taxe de départ, quelle qu'elle soit. «Cette double tarification, me faisait remarquer un ami avec qui je voyageais, me fait passer, moi, Cambodgien aisé, pour un pauvre type qui n'a pas dix dollars en poche au moment de quitter mon pays alors que je viens d'en mettre 300 dans un billet pour Bangkok. Cet affichage de double tarif me rabaisse inconsciemment et, de surcroît, montre ouvertement que mon pays considère l'étranger comme quelqu'un qui doit forcément payer plus.» Cette discrimination suit son bonhomme de chemin et s'applique dans nombre de domaines variés: compagnies de transports fluviaux, certains hôtels de luxe, salles de sport, etc.

La question se pose notamment avec les temples d'Angkor, dont l'entrée du complexe est gratuite pour les locaux et payante pour les étrangers, quels qu'ils soient. Mettre en place une grille tarifaire prenant en compte la situation du visiteur (khmers d'outre-mer, familles nombreuses, indigents, immigrés asiatiques, Occidentaux, époux ou épouses d'autochtones et autres) serait peut-être difficile à instaurer aujourd'hui, et ce tant que la billetterie ne sera pas informatisée. Un tel changement gagnerait à la longue à faire prendre conscience aux habitants de ce pays que les temples sont avant tout les leurs. Payer pour un produit, ne serait-ce qu'une somme symbolique, donne une toute autre valeur à ce produit. Le débat est récurrent lors des rencontres du Comité international de coordination sur Angkor, mais sa mise en application tarde à venir.
Chose étonnante : la double tarification a immédiatement été applaudie des deux mains par nombre de ses victimes, une poignée d'expatriés atteints du très fameux et néanmoins peu connu «complexe de supériorité». Ce complexe, étudié dans toutes les bonnes universités de psychologie, part du postulat suivant: «Je suis bien né dans un pays bien riche, n'ai jamais connu les horreurs de la guerre, et reste persuadé que la démocratie est, non pas le meilleur des régimes, mais le moins pire. Je suis de facto, mais sans le vouloir, un être forcément supérieur, ou du moins, forcément différent. Or, cette idée ne me convient pas. Je n'accepte pas cette différence existentielle. Je dois donc me racheter, et tout faire pour effacer cette horreur. Me dévouer pour aider les nécessiteux et voler au secours de ceux qui n'ont pas eu ma chance de se poser, grâce à l'évolution d'un environnement riche et démocratique, sur le plus haut barreau de l'échelle mondiale, est un bon moyen. Distribuer mon argent en est un autre.» Cette dévotion n'a qu'un but: rétablir l'équilibre, la balance.
Chose encore plus étonnante, les bonnes âmes charitables occidentales toujours prêtes à offrir des cours de sciences politiques aux pays en voie de décollage sur les grands thèmes de l'égalité, la fraternité, la démocratie et le reste, n'ont encore jamais osé ouvertement dénoncer l'existence d'un système fondé sur une horrible discrimination raciale. On se garde d'ailleurs bien d'appeler un chat, un chat. Après tout, que sont quelques petits dollars de différence ici ou là? Ils ne valent pas toute l'encre dépensée à l'impression de ce texte. Voilà bien des idées de journalistes, toujours à soulever les couvercles des poubelles alors qu'il existe des sujets bien plus importants à traiter!
Malgré tout, ce choc culturel né de la discrimination fait ouvrir de grands yeux aux nouveaux venus, même si une majorité de Barangs voit en elle le prix à payer pour résider dans ce pays: sorte de taxe de séjour très peu contraignante car elle gêne davantage sur le principe. Car il s'agit bien là uniquement de principes. Mais ne sont-ce pas les petits et grands principes qui font les démocraties? Toutes les démocraties?
Ces Jean Valjean, Barangs expatriés humanitaires qui crient au scandale devant les injustices en Europe et prônent l'égalité pour tous, sont ici les fiers défenseurs d'un principe discriminatoire. Seraient-ils victimes du vieux réflexe de mea culpa judéo-chrétien, qui consiste à se flageller le portefeuille à coups de dollars pour parvenir à expier cette honteuse chance du destin d'être né dans un pays que les pauvres appellent riche? Et les discussions entre expatriés sont toujours d'actualité sur ce sujet. Quand une soirée tourne à la morosité, il suffit de lancer ce thème à la dérobée. Il y aura toujours, dans le groupe, un complexé de la supériorité qui s'ignore, pour passionner les débats avec des phrases toutes faites du style: «Moi cela ne me dérange pas de payer plus, c'est normal dans un pays comme celui-ci». Et un autre petit malin qui a lu le dernier Gavroche de rétorquer: «Que diraient les touristes, usagers de l'aéroport Charles de Gaulle, s'ils devaient payer le double du prix de la taxe de départ des ressortissants français? Que diraient les jeunes immigrés des banlieues françaises s'ils devaient payer leur facture d'électricité, leurs trajets en bus et leur entrée aux musées trois fois plus cher que tout le monde sous prétexte qu'ils ne sont pas citoyens français?»
«Cela n'a rien à voir, on ne peut pas comparer, au Cambodge les choses sont différentes. Les étrangers, ici, ont de l'argent », entend-je déjà répliquer.
CQFD le complexe de supériorité! On y revient. On ne l'avait jamais quitté. Le voici démontré. Mais comment en vouloir à cet expatrié-là, alors que les hommes politiques de son pays, la France, Sarkozy en tête, lui parlent aujourd'hui de «discrimination positive»? La discrimination ne peut être bonne ou mauvaise suivant le sens dans lequel elle s'applique.
Parlera-t-on bientôt de racisme ou d'antisémitisme positif? La discrimination est partout dangereuse. Ici ou ailleurs. Le risque est bien réel, au Cambodge, de stigmatiser les différences; de faire de l'étranger un donneur perpétuel, celui qui doit «naturellement» payer plus que les autres.
Les droits fondamentaux, dont fait partie l'égalité de traitement des individus quelle que soit leur origine ethnique, ne peuvent s'appliquer de manière plus ou moins rigoureuse selon l'état du pays, selon son niveau de PIB. Il s'agit de droits inhérents à la personne humaine. L'intégration ne peut se faire par la discrimination, même positive. Au Cambodge, l'étranger c'est nous, c'est vous. Et ne comptez pas sur nous pour aller brûler, en guise de protestation, les Lexus et autres Humvee des officiels venus visiter gratuitement Angkor Wat… Tout cela, c'est juste pour souligner un fait banalisé; histoire qu'on ne puisse pas dire un jour: «On ne savait pas».
Mais ne vous y méprenez pas, le Barang aime profondément ce pays. Et cette ribambelle non exhaustive de chocs culturels énoncés ces quatre derniers mois dans cette série d'articles, n'enfante pas uniquement incompréhensions ou conflits. Bien au contraire. Dans la plupart des cas, naît l'émerveillement au quotidien, à peine dissimulé au carrefour de cette rencontre avec l'autre. L'expatrié ouvert, curieux, indulgent, trouvera ici mille et un sujets à enchantement. Nulle liste de ces objets de ravissement ne peut être dressée car, à chaque instant, à chaque minute, partout dans la vie de tous les jours, de cette différence surgit l'étonnement, qui ajoute son fruit à l'arbre de la découverte.
Chaque exemple décrit l'a été avec le regard de l'incrédulité souvent, d'un sentiment de supériorité parfois, mais surtout avec une bonne tranche de détachement; éléments nécessaires au ton de l'étude critique choisie. Chaque exemple peut être repris avec d'autres regards, crédules, curieux, anthropologiques, sociologiques, qui déboucheront sur d'autres explications données sur d'autres tons. Mais peu importe, car l'essentiel n'est pas là. L'essentiel réside dans l'émotion que prend chaque expatrié à se réjouir de vivre toujours ce même «exotisme au quotidien», et de garder cette notion en permanence en tête. Car le jour où il oublie cela, il ne voit plus dans son séjour que l'arbre qui cache la forêt. Le choc culturel se transforme en choc psychologique dramatique.
Celui qui sait faire la part des choses, qui apprend à trier entre petites exaspérations et minuscules découvertes; celui qui sait respirer l'odeur de l'exotisme sous le vernis des contradictions; celui-là connaît le bonheur d'une vie riche en expériences originales, en rencontres, en découvertes. Comme ces centaines de flammes vacillantes des bougies accrochées aux terrasses des maisons de bois dans la nuit du Nouvel An khmer pour accueillir la nouvelle Tevada sous la lune étouffante d'avril, les différences culturelles sont semblables à des étoiles scintillantes sous les pas du Barang, le guidant lentement sur les chemins tortueux de son nouveau monde.
«Chacun critique chez les autres ce qui le dépasse, mais se garde de juger le peu dont il est capable. C'est de là que vient le grand désordre», disait le sage chinois Tchouang-Tseu. Le grand désordre vient surtout de ne vouloir voir dans ces différences que les seules choses permettant de conforter la position que chacun a sur l'autre. Au lieu de chercher à apprendre de cet autre.
Mais chaque expatrié ne regarde que ce qu'il veut voir: un verre à moitié vide ou un verre à moitié plein; la nécessité de l'altérité pour exister ou la méfiance de la différence comme miroir de ses angoisses et reflet de ses propres convictions.

Frédéric Amat

Ainsi s'achève cette série de chocs culturels, tirée du livre «L'expat», dont la publication est prévue pour le début de l'année prochaine, et sur lequel Gavroche ne manquera de revenir.
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Offline Creamy Sopheap
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Trop marrants ces articles ! :lol:

En ce qui concerne le code de la route au Cambodge, j'ai entendu les mêmes témoignages :sarcastic:...voilà pourquoi je refuse de monter dans une voiture conduite par un cambodgien qui a eu son permis là-bas ! :smiley12:

Pour les retards, il est de notoriété publique que lorsque tu fixes un rdv à 19h, pour un resto COL par exemple, la plupart des personnes arrive à 20h ! :cameleon: Moi qui suis si ponctuelle, je prends ça pour un manque total de respect, j'ai horreur des gens en retard, ça me met hors de moi, surtout quand j'ai faim...mais les autres ça les gêne pas !!! :cameleon:


Héritage du protectorat français, la pose de ventouses, ce remède de grand-mère envoyé aux oubliettes par l'inventeur du Paracétamol, survit encore au Cambodge....
Autre soin traditionnel khmer, le ko chol, consiste à gratter la peau de manière rectiligne à l'aide d'une pièce de monnaie ou d'un petit rond de cuivre trempé dans du baume du tigre, jusqu'à créer un «sang-pris».


Pour ça, y'a des adeptes dans ma famille. J'ai jamais eu droit aux ventouses, mais alors le kok chol, j'en souffrais d'avance, je disais que j'étais plus malade...et ça marchait pas ! :-( C'est des vrais sado-masos effectivement !

Qui peut faire de la voile sans vent
Qui peut ramer sans rame
Et qui peut quitter son ami
Sans verser une larme ?

Ne me parlez pas de politique !
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Offline Vicheya
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Creamy Sopheap a écrit


En ce qui concerne le code de la route au Cambodge, j'ai entendu les mêmes témoignages :sarcastic:...voilà pourquoi je refuse de monter dans une voiture conduite par un cambodgien qui a eu son permis là-bas ! :smiley12:




Personnellement pour etre monté en voiture avec des Khmers et avec des Barang au Cambodge, je préfère mille fois monté dans la voiture d'un Khmer. Il conduit moins vite et met moins la vie des autres en danger. Avis perso : j'ai été un peu traumatisé par la conduite des Occidentaux au Cambodge :lol:
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