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Auteur "Les Artistes du théâtre brûlé" : l'art après la catastrophe   ( Réponses 3 | Lectures 2483 )
Haut de page 08/11/2005 @ 18:37 Bas de page
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"Les Artistes du théâtre brûlé" : l'art après la catastrophe

LE MONDE | 08.11.05 | 15h07 • Mis à jour le 08.11.05 | 15h07

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Une scène du documentaire cambodgien de Rithy Panh, "Les Artistes du théâtre brûlé".
D.R. - CDP


Le cinéaste cambodgien Rithy Panh croit en l'esprit des lieux. Dans S21, la machine de mort khmère rouge, il ravivait la mémoire d'anciens tortionnaires dans les murs de l'école S21, qui avait servi de camp de torture sous le régime de Pol Pot. Sur un mode plus modeste, il réunit ici un groupe de comédiens désoeuvrés dans le théâtre Preah Suramarith, qui a brûlé en 1994. En les filmant quotidiennement dans ce lieu abandonné, il recueille la mémoire de l'époque où ils jouaient là chaque soir, tout en livrant un constat amer sur la manière dont a évolué le pays depuis la fin du génocide. Et par la tangente, il continue de creuser le passé enfoui de l'époque de Pol Pot.

Assemblage très libre de longues séquences autonomes, parfois montées en champ-contrechamp, le film donne parfois le sentiment d'être une fiction. Emaillé de splendides travellings, porté par la gaieté et l'humour de ses personnages, il se maintient malgré son sujet dans une tonalité particulièrement joyeuse.

Dans les ruines du théâtre, les comédiens retrouvent des accessoires de scène, des photos, des textes. L'un d'eux enfile un nez de Cyrano, un chapeau à plumes, et demande à une amie journaliste (qui sert de fil conducteur discret à tout le film) de lui donner la réplique en lisant les lignes de Roxane. Plus tard, dans une scène désopilante, il s'évertue à faire prononcer en français "Rodrigue, as-tu du coeur ?" à un camarade. Pourquoi ? Par amour des textes, du théâtre, d'une culture qui est en train d'être entièrement engloutie par la mondialisation.

Construit en 1966, le théâtre a un temps symbolisé, selon l'auteur, "le Cambodge moderne, où l'art occupait une place à part entière dans la cité". Aujourd'hui, les cinémas ont presque tous fermé à Phnom Penh, les quelques théâtres qui subsistent ne montrent plus que des spectacles folkloriques. Les comédiens filmés par Rithy Panh ne vivent plus que de ce type de production, ou de l'industrie du clip. Ici, ils se nourrissent de soupe aux choux et de la chair des chauves-souris attrapées dans les combles du théâtre brûlé. Certains n'osent plus se présenter devant leur propre famille, à la campagne, trop honteux de la misère dans laquelle ils vivent à la ville.

LES CAMPS DE POL POT

D'une beauté pathétique, envahies par les racines et les ronces, les ruines du théâtre font l'effet, comme le souligne l'un des personnages, d'un "trou dans la ville". L'abandon de l'art, par le public aussi bien que par le gouvernement, apparaît ici comme le symbole de l'amnésie qui étouffe la société cambodgienne, et le concert des voix des comédiens résonne comme un choeur antique.

Hors du théâtre, Rithy Panh suit la journaliste dans ses visites à une femme devenue hypocondriaque, et dont elle tente de faire affleurer les souvenirs de sa jeunesse dans les camps de Pol Pot. Il l'accompagne aussi à la rencontre d'enfants qui s'esquintent les mains à récupérer et remodeler des boîtes de conserve trouvées dans des décharges. Ce parti pris donne à son film l'allure décousue d'une promenade instinctive, en même temps qu'il ouvre sa réflexion sur la culture aux problèmes spécifiques du pays, et à la manière dont ceux-ci s'articulent avec la mondialisation.

Documentaire franco-cambodgien de Rithy Panh (1 h 25.)

Isabelle Regnier
Article paru dans l'édition du 09.11.05

© Le Monde.fr

Edité le 08/11/2005 @ 17:39 par Vorasith

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Chantres réduits au silence

Comédiens. Deux ans après le magistral S 21, Rithy Panh interroge le statut de la parole, vu depuis un théâtre cambodgien de Phnom Penh en ruines.

Les Artistes du théâtre brûlé

Documentaire de Rithy Panh. 80 min.

Au moment de la présentation à Cannes de S 21, la machine de mort khmère rouge (2003), Rithy Panh nous avait confié avoir compris que « l’arme la plus puissante des Khmers rouges était les mots, dont ils avaient perverti le sens ordinaire au nom de leur idéologie » (1). Après avoir filmé les bourreaux revenant sur le lieu de leurs crimes, Panh, convaincu que les génocidaires cambodgiens avaient aussi détruit les bases de la millénaire culture khmère, avait installé sa caméra au coeur de son lieu le plus matriciel - les Gens d’Angkor, montré sur Arte en 2004.

Dans le film qui sort aujourd’hui, le cinéaste continue de creuser la veine qui inspire son cinéma depuis le début : interroger le statut de la parole dans une société victime d’un « autogénocide », qui n’en finit pas de survivre à défaut d’avoir trouvé les moyens de se réapproprier ce traumatisme collectif. Cette fois, Rithy Panh regarde le Cambodge depuis un théâtre de Phnom Penh, en ruines depuis dix ans, dans lequel survivent une poignée de saltimbanques qui faisaient commerce des mots et des représentations, avant d’être « mis à la retraite avant l’âge », comme le dit l’un d’eux. Ce théâtre « brûlé » est un espace contradictoire : il ressemble à une friche « à ciel ouvert » et à un camp retranché qui part en lambeaux à mesure que pousse l’énorme casino que l’on construit juste à côté. Les comédiens claustrés s’y souviennent d’éclats passés, Cyranos d’infortune qui vivent pour un art moribond, déserté au profit des « films de fantômes, des cent chaînes du câble ou du karaoké ». Ils tentent aussi de répéter, sans trop y croire, comme un choeur antique, ce que l’on devine être une tentative de tragédie contemporaine (métaphore d’un discours encore informulé par la génération de 1975), ou de faire vivre une tradition plus ancienne (le théâtre d’ombres). Lieu paradoxal donc, où les artistes improvisent l’amère comédie de leur vie devant caméra, et d’improbables coalescences où l’on surprend Aristote, Shakespeare, Rostand et le « Jobim asiatique » Sin Sisamouth - chanteur très populaire balayé par la tempête khmère rouge. Comme si ces comédiens, condamnés à crier leur désarroi dans une marmite au lieu de le faire exploser sur scène, cherchaient un nouveau langage artificiel qui viendrait recouvrir les crimes commis au nom d’une idéologie folle (voire la séquence où ils relisent comme un borborygme informe un slogan inscrit au frontispice de l’édifice délabré : « Un dirigeant doit aimer sa culture et sa nation », que complète, plus loin, l’apprentissage d’une réplique du Cid dans la langue de Molière).

Les Artistes se laisseraient peu à peu gagner par l’impuissance et les artifices que déploient ses protagonistes, auquel le film offre une « représentation » dans les deux sens du terme qu’ils ne peuvent plus assurer, s’il ne venait poser une question cruciale, celle de la capacité d’un art à formuler des symbolisations pertinentes pour une société encore amnésique et/ou traumatisée. Rithy Panh traite son théâtre comme un lieu d’observation hors du monde, qui n’a plus les moyens de produire des oeuvres en résonance avec la réalité du pays. C’est ce qu’évoque notamment la figure d’une jeune journaliste, qui, en effectuant un reportage sur la vie des artistes cambodgiens, recentre progressivement son travail sur la mémoire du génocide et une poignée d’enfants qui arpentent les décharges pour survivre. Les mots de l’art apparaissent du coup bien dérisoires devant les maux que la société cambodgienne doit encore surmonter.

(1) Voir l’Humanité du 17 mai 2003.

Emmanuel Chicon

Article paru dans l'édition du 9 novembre 2005.

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Haut de page 15/11/2005 @ 16:13 Bas de page
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Cyrano au Cambodge

Avec son nouveau documentaire, Rithy Panh continue inlassablement son travail de mémoire.

Emmanuèle Frois
[15 novembre 2005]

DANS LES RUINES du théâtre de Phnom Penh, des artistes continuent d'exercer leur art malgré tout, sans l'ombre d'un public. Ils répètent Cyrano de Bergerac, évoquent les difficultés de leur vie au quotidien, les traumatismes, les stigmates du génocide... Dans son nouveau documentaire, Les Artistes du théâtre brûlé, Rithy Panh continue son travail sur la perte de la mémoire, un thème qui le hante.

«Ce théâtre en décomposition est le symbole d'une mémoire en lambeaux, constate le cinéaste. Il est aujourd'hui un trou dans la ville. Est-il possible d'imaginer un pays sans théâtre ? J'avais 8 ans lorsque j'ai vu Le Bourgeois gentilhomme joué en khmer, dans ce lieu construit en 1966. Lorsque les Khmers rouges ont vidé Phnom Penh, le 17 avril 1975, ils ne l'ont pas détruit. Il a continué à fonctionner lors de visites officielles. En 1994, alors qu'il se trouvait en cours de restauration, il a brûlé. On ne l'a jamais reconstruit. Aujourd'hui, les artistes sont dépositaires d'une tradition qu'ils ne peuvent transmettre, faute de lieu.»

Le réalisateur réfléchit avec Les Artistes du théâtre brûlé, «sur la place de la culture au sein de la société, au moment où on est appelé à faire face à un prochain procès des Khmers rouges. Ce procès, qui, j'espère, aura lieu dans les années qui viennent, doit être accompagné d'une pédagogie et d'un travail sur la mémoire. Or le théâtre est un espace de rencontres, d'échanges, c'est un lieu où la parole sort. La justice ne règle pas tous les problèmes.»

Rithy Panh avait 13 ans lorsqu'il a été envoyé avec sa famille dans les «champs de la mort». Il a survécu aux quatre années de terreur du régime. Et a consacré l'essentiel de son oeuvre à l'évocation du génocide. «J'ai choisi instinctivement cette ligne, c'était une nécessité, une urgence, pas un devoir. Les morts sont avec moi, je dialogue avec eux. Je ne suis pas en mission, mais plus modestement, humainement, j'essaye de rendre aux morts leur vraie place, leur véritable histoire.» Il se sent «un peu plus en paix» depuis qu'il a réalisé, il y a trois ans, S21, la machine de mort khmère rouge, remarquable documentaire dans lequel il mettait face à face survivants et bourreaux.

Toujours dans la ligne de son sobre travail sur la mémoire, Rithy Panh est à l'origine de la création du Centre de ressources audiovisuelles de Phnom Penh, dont l'ouverture est prévue en octobre 2006. «Il abritera un fonds d'archives filmées, un espace où le voir et formera également aux métiers de l'audiovisuel. La France, qui a toujours défendu la diversité culturelle, s'est beaucoup impliquée. L'INA, le CNC, Gaumont Pathé ont mis à notre disposition leurs archives.»


On peut soutenir le projet et l'action de Rithy Panh à travers son association, l'AADAC. Tél. : 06.09.56.62.52 ou aadac@aadac-cambodge.org

© lefigaro.fr 2003.

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Un film de RITHY PANH
avec PENG PHAN, CHHEANG BOPHA, THEN NAN DOEUN, IENG HOEUN

Au Cambodge, même s'ils n'ont plus de structures pour s'exprimer, les artis- tes existent toujours, et ni les guer- res ni l'économie ultra-libérale ne pourront altérer leur foi. Aujourd'hui, ces artistes n'ont plus la parole, et avec leur dignité et leur identité qui part en lambeaux, c'est la mémoire de tout un pays qui s'en va...

Edité le 28/04/2006 @ 14:11 par yayawarman
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