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Author Tavernier : «Les bourreaux sont toujours là»   ( Replies 0 | Views 620 )
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Tavernier : «Les bourreaux sont toujours là» Reply With Quote
Offline swann
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humanitaire Le réalisateur de «Holy Lola» a préfacé un ouvrage sur le Cambodge
Tavernier : «Les bourreaux sont toujours là»
Depuis le tournage de son film Holy Lola, Bertrand Tavernier a gardé beaucoup de liens avec le Cambodge. Il y a vu le pire et le meilleur. C'est le meilleur qu'il a voulu célébrer en préfaçant l'ouvrage de France de Lagarde Cambodge, pour un sourire d'enfant (éditions Nouvelle Cité), consacré à l'action exemplaire d'un couple français, Christian et Marie-France des Pallières. Ils ont découvert en 1995 l'enfer de Stung Mean Chey, la grande décharge de Phnom Penh, un tas d'immondices de sept hectares écumé par des enfants chiffonniers d'une misère absolue. Ils ne l'ont plus quitté, soignant, nourrissant, éduquant des enfants de plus en plus nombreux : plus de 4 000 sont aujourd'hui pris en charge par l'association PSE (Pour un sourire d'enfant).

Marie-Noëlle Tranchant
[10 mai 2005]


LE FIGARO. – Trente ans après la prise de pouvoir par les Khmers rouges, quel paysage avez-vous découvert ?



Bertrand TAVERNIER. – Trente ans après, le Cambodge, c'est le ground zero culturel. Le génocide n'a pas fait seulement plus de deux millions de morts, il a laissé les vivants dans un état de déshérence matérielle, intellectuelle et morale effrayant. Parce qu'il faut ajouter au génocide l'embargo décrété de 1975 à 1992 : l'Occident n'a pas secouru le Cambodge parce qu'il avait été libéré par «le mauvais camp» du Vietnam communiste. La destruction culturelle est immense. Il y avait une grande médecine, des lettrés, des artistes. Entre la fin du génocide et l'an 2000, il n'y a pas eu plus de dix livres publiés et si l'on veut aujourd'hui retrouver les chorégraphies traditionnelles, il faut regarder Angkor. Après les Khmers rouges, il ne restait plus que deux ou trois médecins, et comme l'enseignement n'existe plus, les gens achètent des titres de médecin. La corruption est partout, et la violence, parce que les bourreaux sont toujours là, qu'il n'y a aucun effort de mémoire et de réflexion sur le passé proche, et que quelque chose reste profondément perturbé dans les rapports sociaux et affectifs. Il y a plus d'enfants qui périssent de mauvais traitements que de malnutrition. Lire les faits divers dans Cambodge Soir vous tire des larmes et vous épouvante.



Quel peut être l'avenir d'une population aussi jeune (50% de moins de 16 ans, rappellent les Pallières) dans un pays en ruine et sans mémoire ?



Tout est à reconstruire, mais il y a une soif immense de formation, à la mesure du vide actuel. Les enfants de la décharge ont réclamé deux choses à Christian des Pallières : «manger et étudier». Le Cambodge est un lieu de corruption, de vénalité, de prostitution, de trafic d'enfants mais, à côté de cette horreur, c'est aussi un extraordinaire chantier humanitaire où des étrangers comme les des Pallières, des ONG comme Friends ou Cambodge Enfants Adoption travaillent avec les Cambodgiens pour reconstituer le tissu social et culturel du pays. Les médecins et chirurgiens de La Chaîne de l'espoir ou de Handicap international non seulement soignent mais enseignent. Il y a maintenant de nouveau des chirurgiens cambodgiens, et certains ont appris les gestes par coeur, parce qu'ils ne pouvaient pas lire. Je connais un policier français engagé par l'Unicef pour lutter contre le trafic sexuel, qui a formé une vingtaine de policiers cambodgiens à l'enquête, aux droits de l'homme, à la rigueur professionnelle. Il y a une nouvelle école de magistrature. Pendant ce temps, le cinéaste Rithy Panh organise un centre d'images aussi bien pour constituer des archives que pour enseigner les métiers de l'audiovisuel. Donc, malgré le constat pessimiste, l'espoir ne manque pas.


Association Pour un sourire d'enfant, 49, rue Lamartine, 78000 Versailles. Tél. : 01.39.67.17.25, psefrance@wanadoo.fr


Tout est à reconstruire, mais il y a une soif immense de formation, à la mesure du vide actuel».

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