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Author Soa Nico, une reine d’un soir les pieds sur terre   ( Replies 0 | Views 494 )
Go top 15/02/2005 @ 07:39 Go bottom
Soa Nico, une reine d’un soir les pieds sur terre Reply With Quote
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Registered 01/01/1970
Féminin et Singulier - Soa Nico, une reine d’un soir les pieds sur terre

lle est la troisième enfant d’une fratrie de quatre. Dans sa jupe bleu
marine d’écolière et son chemisier blanc, elle passe pour une simple
étudiante, tout juste un peu plus grande que les autres, un peu plus
lumineuse, mais si discrète. Queue de cheval rangée sur le côté, les coudes
sur les genoux, le dos impeccablement droit, elle croise nerveusement ses
longs doigts fins. Elle affiche une timidité inattendue car à la voir
défiler sur un podium, du pas sûr de celle qui sait où elle va, le regard
confiant, on s’attendrait à plus de volubilité. Nico a 16 ans et des rêves
d’adolescente plein la tête, canalisés par des impératifs sociaux stricts.
Choisie par Kéo et Sylvain Lim pour ouvrir leur défilé de mode dans le
jardin du Centre culturel français de Phnom Penh, elle y a aussi porté
majestueusement la robe de mariée traditionnelle khmère. Elle fut une
apparition. Blanche, verte, dorée, brillante, éphémère. La belle aime la
chaleur des projecteurs, être de passage comme une étoile filante. Mais son
but est de devenir hôtesse de l’air. Parce que la tenue est élégante, parce
que sa sœur lui dit qu’elle est belle et que c’est un atout, parce qu’elle
voudrait voyager. Pour se donner les moyens d’y arriver, elle vient de
commencer des cours du soir en anglais et se lancera dans l’apprentissage du
français à la rentrée prochaine. “Pour être hôtesse de l’air, il faut un
niveau élevé de connaissances, il faut beaucoup apprendre”, l’encouragent
ses parents, commerçants modestes à Phnom Penh. En attendant, elle travaille
les danses traditionnelles khmères chaque matin entre 7h et 11h puis suit
son cursus scolaire entre 13h30 et 17h30. Encadrée par sa famille, docile,
elle s’astreint à cette discipline avec rigueur : “Je ne veux pas perdre
trop de temps à faire des défilés de mode, je préfère le consacrer à mes
études”. Quelques jours plus tôt, elle renonçait effectivement à un autre
défilé pour aller suivre ses cours.
Mais c’est la tête qui parle car rien n’enlèvera au cœur de cette
adolescente fragile les sensations extraordinaires d’un défilé. “J’aimais
déjà la mode mais vivre cet instant procure une joie profonde et très
personnelle. Je me sens fière”, glisse Nico. Et cette transformation d’un
soir par le maquillage, la coiffure, le costume, elle se l’est appropriée :
“J’étais très surprise au début par le maquillage. J’avais soudain l’air
d’une adulte! Mais je n’étais pas choquée par cette transformation car un
jour je serai cette adulte.” Elle connaît les étapes de cette
transformation, semblables à celles d’une chrysalide devenant papillon. Elle
sait l’harmonie finale. Sur scène, rien ne transparaît du trac qui
l’étreint, de la douleur que ses pieds ont supporté pendant les heures de
répétition, de la concentration nécessaire pour guider le moindre geste, des
épingles de la robe qui piquent parfois la chair. Ses amis, ses profs la
félicitent, émerveillés. Son aînée aussi : “Dans la presse, j’ai vu des
photos, je n’ai pas reconnu ma sœur!” La plupart admire son nez pointu,
critère de beauté s’il en est. Elle juge son visage trop fin, son front trop
étroit, ses hanches trop larges mais quelle femme ne se trouve pas de
défauts.
Elle cache dans son sillage la mémoire d’une arrière grand-mère actrice de
théâtre. Elle n’en connaît pas l’histoire avec précision mais son père lui a
confié fièrement cet héritage. Elle voudrait prendre le relais en incarnant
une femme moderne. “Femme moderne ou femme au foyer, les deux me plaisent
mais je ne sais pas si au Cambodge on peut être les deux à la fois”
murmure-t-elle résignée. Heureusement, ses parents considèrent que les
activités artistiques de leur fille n’ont rien de dégradant. Ils s’en
réjouissent plutôt. Le regard négatif que d’autres peuvent porter importe
peu à Nico. Elle se sait différente des clichés en vogue, elle se sait
soutenue par sa famille, elle se sait protégée par Keo et Sylvain Lim.
Comme toutes les ados, elle n’échappe pas à un côté midinette romantique :
“J’écoute les musiques sentimentales de Preap Sovat ou Sampou Mi Dara, et
j’aime aller au cinéma voir des films qui me terrorisent, et quand j’ai
l’autorisation de mes parents, je vais m’acheter des fringues avec ma sœur
aînée”. Ah! Sa sœur aînée. Un modèle de femme forte. “Elle a un travail,
elle gagne de l’argent, et elle le donne à la famille”, confie Nico
admirative. Elle tente de suivre son exemple. “Quand je fais des efforts, je
progresse. Parfois j’apprends vite. Et quand mes professeurs de danse me
font des reproches, je cherche à comprendre pourquoi afin de me corriger.”
Des envies simples, le goût de l’effort... Il y a des jours où l’on espère
que la volonté suffira à surmonter les obstacles.

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