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Author Les Cambodgiens ont vu avec émotion "S21, la machine de mort khmère rouge"   ( Replies 0 | Views 436 )
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Les Cambodgiens ont vu avec émotion "S21, la machine de mort khmère rouge"

LE MONDE | 01.07.03 | 14h35 • MIS A JOUR LE 01.07.03 | 17h10


Le film de Rithy Panh sur les prisons de Pol Pot a été projeté en avant-première à Phnom Penh.

Phnom Penh correspondance

"Pour les gens de mon âge, ce film est comme un miroir de notre vie. Même si je n'ai pas vécu dans la prison S21, j'ai-retrouvé les gestes et les insultes que nous subissions ou entendions pendant la période des Khmers rouges." Panny repense aux images du film S21, la machine de mort khmère rouge, le documentaire de Rithy Panh projeté pour la première fois au Cambodge samedi 28, dimanche 29 et lundi 30 juin. Présenté à Cannes (Le Monde du 19 mai), où il a reçu le prix François-Chalais, le film était diffusé pendant trois jours en avant-première au centre culturel français de Phnom Penh.

Panny voulait absolument voir la nouvelle production du cinéaste cambodgien. "Mon frère est mort dans une prison dans la province de Kâmpong Cham, dans l'est du pays. En écoutant les bourreaux parler de la torture, je pensais à lui." Sa voix s'étrangle légèrement, elle avale une gorgée de café avant de poursuivre. "Je me disais, c'est peut-être cela qu'il a subi."

Le film explore le quotidien de la prison S21, où près de 16 000 personnes ont été tuées entre 1975 et 1979. Les anciens employés parlent des tâches routinières qu'ils effectuaient pour extirper les confessions aux détenus, ils relisent les ordres donnés à l'époque. Leur corps a gardé la mémoire des gestes qu'ils utilisaient pour briser et humilier ceux qu'ils considéraient comme des ennemis du fait même de leur présence dans les cellules.

Face à eux, Vann Nath et Chum Mey, anciens prisonniers, survivants de cette antichambre de la mort, cherchent à comprendre les mécanismes qui ont permis à ces jeunes soldats de devenir des gardiens ou des interrogateurs zélés, prêts à tout pour suivre les ordres de l'Angkar, "l'organisation", nom sous lequel le Parti communiste du Kampuchéa a dirigé le Cambodge. Se présentant en victimes au début du film, les anciens employés de la prison prennent peu à peu conscience de leur responsabilité. "En entendant le témoignage des bourreaux dans le film, je comprends qu'ils faisaient leur travail du fond du cœur pour plaire à leurs chefs. Ils n'avaient plus de sentiment, plus rien d'humain", s'étonne Panny.

Les projections de samedi et de dimanche ont fait salle comble. La plupart des spectateurs étaient de jeunes étudiants nés après le génocide ou des trentenaires qui ne gardent que de vagues souvenirs des années noires du régime de Pol Pot. A chaque projection, à la fin du film, un silence a accueilli le retour de la lumière.

Il a fallu attendre plusieurs longues minutes avant que les spectateurs, troublés et émus, posent leurs questions au cinéaste Rithy Panh. Un jeune homme a demandé si ce documentaire servira de preuve pour l'éventuel procès des Khmers rouges. Le cinéaste a-souligné qu'il apporte son regard personnel sur le mécanisme de destruction mis en place par le régime de Pol Pot. "Si on veut juger, on n'a pas besoin de ce film, a-t-il précisé. J'ai conçu ce travail comme un instrument éducatif, pour ouvrir un espace de parole entre les générations."

Quelques heures après la projection, un étudiant en droit, Sahakvuthy, contient difficilement son excitation : "Ce n'est pas un film normal. C'est un travail de criminologie où on explique comment le bourreau devient tueur (...). C'est un travail essentiel pour la nation, pour que les Cambodgiens apprennent leur histoire. A l'école, nous n'apprenons rien. Pendant les cours, on ne peut pas poser de questions, on n'ose pas (...). Ce que je sais sur les Khmers rouges, je l'ai appris par moi-même en lisant des livres." Un étudiant en économie ajoute : "C'est la première fois que j'entends les voix des bourreaux. Je n'ai toujours entendu que les voix des victimes."

Panny s'explique l'enthousiasme des jeunes devant le film : "C'est un document important pour eux. Nous qui avons vécu le génocide, nous avons des souvenirs, certes-douloureux, mais, néanmoins, nous conservons la mémoire de ce qui s'est passé. La jeune génération ne nous croit pas toujours, mais avec ces images, ils peuvent imaginer et comprendre ce que nous disons. Et, une fois que nous aurons disparu, il faudra que des traces demeurent."

Chum Mey, l'un des survivants de la prison, qui a travaillé avec Rithy Panh, confie : "Ma souffrance et ma colère accumulées toutes ces années disparaissent un peu en voyant le film. J'espère qu'il sera projeté largement. Si on tire un trait sur ce génocide, je crains que l'histoire ne se répète." Une diffusion plus large du film est prévue après les élections législatives de juillet.

Christine Chaumeau

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.07.03*


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