Not logged in [Login - Register]
Go bottom
Printable Version | Send to Friend | Subscribe | Add to Favorites New TopicNew PollPost Reply
    « Prev. thread | Next thread »  
Author La lente et tardive prise de conscience de la réalité du tourisme sexuel   ( Replies 0 | Views 433 )
Go top 26/06/2003 @ 15:28 Go bottom
La lente et tardive prise de conscience de la réalité du tourisme sexuel Reply With Quote
Offline Vorasith
Moderator
StaffStaffStaffStaffStaffStaff

Vorasith.jpg
 
Posts 1863
Registered 25/04/2003
Location Genève
La lente et tardive prise de conscience de la réalité du tourisme sexuel
LE MONDE | 25.06.03 | 12h50 • MIS A JOUR LE 25.06.03 | 19h20

La parution, vendredi 24 août 2001, du nouveau roman de Michel Houellebecq, "Plateforme", a relancé le débat sur le tourisme sexuel. Depuis le congrès mondial contre l'exploitation sexuelle des enfants, à Stockholm, en 1996, la France a adopté des lois facilitant les poursuites. Deux procès ont déjà eu lieu, l'un en 1997, l'autre en 2000. Tous deux ont donné lieu à des peines d'emprisonnement. En Thaïlande, l'industrie de la prostitution représente un marché de 7 milliards de francs. De plus en plus d'étudiants se prostituent pour payer leurs études.
Apologie du tourisme sexuel ou constat clinique de l'état de la sexualité en Occident ? Entre les déclarations assassines et les critiques élogieuses, le troisième roman de Michel Houellebecq, Plateforme, n'a pas attendu sa sortie en librairie, vendredi 24 août, pour susciter une nouvelle controverse, alimentée par la colère du fondateur et directeur du Guide du routard, Philippe Gloaguen.

Celui-ci a annoncé, vendredi, son intention de porter plainte dans les prochains jours contre l'auteur des Particules élémentaires, qu'il accuse de "faire l'apologie de la prostitution et de la pédophilie en se réfugiant derrière ses personnages".

M. Gloaguen n'a pas apprécié de voir le narrateur du roman traiter les auteurs du Guide sur la Thaïlande de "connards humanitaires protestants", dont "les sales gueules s'étalaient complaisamment en quatrième de couverture". Il n'a pas davantage accepté les critiques sur la "pudibonderie", "l'élitisme vulgaire" et "le masochisme agressif" brocardés par le narrateur de Plateforme en réponse à la dénonciation du tourisme sexuel par les Routards (Le Monde du 22 août). Le "scandale", aux yeux de M. Gloaguen, tient cependant moins à ces critiques, qui relèvent de "la liberté d'expression", qu'à la manière "inacceptable" dont le narrateur et l'auteur du roman s'accordent sur les charmes de la prostitution en Thaïlande.

Pour M. Gloaguen, qui finance depuis quatre ans un orphelinat au Cambodge, où "un tiers des 117 garçons et filles y résidant ont été violés entre huit et douze ans", ne pas distinguer la prostitution européenne de celle pratiquée en Asie du Sud-Est revient à encourager "la pédophilie et l'esclavage", en raison du nombre très élevé de prostituées séropositives qui incitent, en Thaïlande, "les clients à demander des filles très jeunes pour diminuer le risque d'attraper le sida". Celles-ci sont vendues par centaines, enfermées et maltraitées dès huit ans, rappelle-t-il à l'adresse de M. Houellebecq. Bref, "c'est un débat de société, pas une bataille d'éditeurs", assène M. Gloaguen, qui compte bien obtenir en justice des dommages et intérêts pour venir en aide aux orphelins de Phnom Penh.

Mobilisé aux îles Canaries pour le tournage d'un documentaire que lui consacre la BBC, Michel Houellebecq a fait part de son "étonnement" devant les accusations dont son roman fait l'objet. Son éditeur chez Flammarion, Raphaël Sorin, s'offusque des intentions prêtées à l'auteur, dont l'ouvrage "va bien au-delà de la question du tourisme sexuel" : si le roman de Houellbecq dérange, c'est bien parce qu'il "porte un regard sur le monde légèrement aggravé". Il présente "une vision drolatique et terrifiante du néocolonialisme pornographique pas agréable à regarder. Ça ne va pas dire qu'il aime ça", assure l'éditeur, très remonté contre les propos de Philippe Gloaguen, "qui se ridiculise en employant des méthodes de délation détestables". Avant même d'être mis en vente, Plateforme a déjà été réédité trois fois, précise-t-il, le tirage atteignant désormais 130 000 exemplaires.

Salué ou décrié, le roman, qui n'évoque pas directement la prostitution des mineurs de moins de quinze ans, n'en constitue pas moins un témoignage sur le tourisme sexuel en Asie du Sud-Est ou à Cuba, une pratique sévèrement sanctionnée mais qui reste difficile à réprimer. Le 4 février 1994, la France s'est dotée pour la première fois d'une législation lui permettant de poursuivre devant ses tribunaux ses ressortissants auteurs d'abus sexuels commis à l'étranger contre des mineurs de moins de quinze ans, mais "à la condition que le délit soit également réprimé ou dénoncé par le pays en cause", précise une magistrate à la direction des affaires criminelles et des grâces du ministère de la justice.

Adoptée après le premier Congrès mondial sur l'exploitation sexuelle des enfants, qui s'est tenu à Stockholm en 1996, la loi du 17 juin 1998, plus ambitieuse, a étendu les poursuites à l'ensemble des crimes et délits sexuels commis contre des mineurs par des Français à l'étranger, même si les faits ne sont pas punis par la législation du pays où ils ont été commis. Elle a également allongé le délai de prescription de l'action publique à l'âge de la majorité de la victime, et prévu la responsabilité pénale des personnes morales, comme les agences de voyages ou les tour-opérateurs. Malgré la solidité de cet arsenal juridique, l'application de la loi souffre encore de deux handicaps, déplore la chancellerie : "la tolérance des pouvoirs publics de certains pays", où le tourisme sexuel constitue une source très importante de devises étrangères, et "la difficulté de rassembler et de produire des preuves".

Depuis la loi de février 1994, seules deux affaires ont ainsi fait l'objet de poursuites pénales en France. Le 29 octobre 1997, sept pédophiles étaient condamnés par le tribunal correctionnel de Draguignan (Var) à des peines allant de cinq à quinze années de prison, six d'entre eux ayant abusé de deux adolescents roumains. Les actes de ces "prédateurs sexuels, chasseurs d'enfants", tels que les avait qualifiés le procureur, avaient été photographiés et filmés, certaines cassettes vidéo avaient été retrouvées en possession des membres du réseau montrant des actes de barbarie ou de tortures sur enfants.

C'est encore une cassette vidéo qui a permis de poursuivre Amnon Chemouil, condamné en octobre 2000 par la cour d'assises de Paris à sept ans d'emprisonnement et 50 000 francs d'amende (Le Monde du 23 octobre 2000). L'employé a été reconnu coupable d'avoir payé une fellation pratiquée par une fillette de onze ans en Thaïlande en 1994. Lors de l'audience, l'accusé avait adressé quelques mots à sa victime, qui était présente au procès. Elle avait été retrouvée par la police thaïlandaise et prise en charge par l'Unicef. "Je suis le seul responsable, avait soupiré M. Chemouil. Je l'ai violée et j'espère lui rendre par ces mots le petit apaisement qui pourrait lui faire retrouver l'enfance que je lui ai volée." S'interrogeant sur l'utilité de la peine, son avocat avait estimé que le tourisme sexuel avait moins besoin de verdicts exemplaires que de campagnes de sensibilisation efficaces. La procureur n'avait pas manqué de stigmatiser "la carence et l'immobilisme d'un régime policier" en Thaïlande.

Une troisième affaire importante sera bientôt jugée par la cour d'assises de Melun (Seine-et-Marne). Elle concerne le démantèlement d'un réseau de treize personnes accusées d'avoir abusé de mineurs en France, au Maghreb et en Roumanie.

Alexandre Garcia

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 26.08.01

EK.gif AssoPUK.gif
#740 View Vorasith's ProfileVisit Vorasith's HomepageView All Posts by VorasithU2U Member
    « Prev. thread | Next thread »  
New TopicNew PollPost Reply
Go top