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Author Commérages dans les cours d’école ( Société cambodgienne)   ( Replies 0 | Views 538 )
Go top 31/10/2004 @ 17:36 Go bottom
Commérages dans les cours d’école ( Société cambodgienne) Reply With Quote
Offline swann
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ommérages dans les cours d’école



“T’as entendu la prononciation du prof d’anglais? Son accent est bizarre, vous ne trouvez pas?”, lance cette élève du collège Baktuk à quatre de ses camarades de classe. Tous acquiescent. Le seul garçon du groupe entreprend de parodier l’enseignant en s’exprimant la bouche pleine. Quelques mots articulés de façon ridicule suffisent à provoquer l’hilarité de ses pairs. Une adolescente aux cheveux colorés en rouge les rejoint, prompte également à s’adonner aux commérages sur le corps enseignant. “Mon prof d’histoire, dès le premier cours, nous a lancé : ‘Faites attention aux garçons les filles, ce sont des chenapans!’ On n’en revenait pas!”



Autour de la table de la cantine, ils n’en finissent pas de passer en revue les anecdotes de ces premières journées de rentrée. Elèves et professeurs s’observent, se scrutent et ne se pardonnent rien. En reprenant le chemin des classes, ils se jaugent et se taillent mutuellement des costards. Aux élèves bien disciplinés d’hier ont succédé des jeunes davantage émancipés et réticents à l’ordre, prêts parfois à toutes les effronteries devant des enseignants en manque de crédibilité.





Sur un banc public, cinq lycéens se reposent, la langue bien aiguisée. “Cette année, nos nouveaux professeurs sont doux... comme des tigres!”, ironise l’un. “Ce n’est pas bien de parler dans le dos des profs”, rétorque un autre. “Ecoute, tout le monde sait qu’on leur donne des surnoms. Même les derniers arrivés, les plus audacieux ont vite fait de leur coller un sobriquet, surtout s’ils sont sévères! Nous, après tout, on ne fait que répéter!”



Certains s’amusent sans vergogne de la garde-robe de leurs enseignants. “Il y en a qui semblent plus intéressés par la mode que par leurs élèves. C’est à se demander s’ils viennent à l’école pour donner des cours ou pour faire des défilés!” Un sarcasme le plus souvent destiné aux plus jeunes éléments du corps enseignants, ceux qu’il est plus facile de taquiner, estime Navy, une étudiante, “car ils sont plus proches de nous”. Une faible différence d’âge que ceux-ci paient parfois cher s’ils n’ont pas l’autorité naturelle.



“Les jeunes se montrent de plus en plus insolents envers leurs profs qu’ils regardent comme de vulgaires animateurs, voire comme des jouets mis à leur disposition pour passer le temps! L’autre jour, un jeune collègue me rapportait qu’une de ses élèves, alors qu’il venait de lui demander de se taire, lui a rétorqué à haute voix : “Et si je ne me tais pas, je vous viole?”, soupire une enseignante de 50 ans du lycée Baktuk, qui se dit complètement dépassée par l’insolence des jeunes générations. Pour elle, le maigre salaire que l’Etat leur verse et qui les oblige à vendre leurs cours polycopiés les discréditent aux yeux des élèves.



Derrière le bureau de l’administration du même établissement, quatre jeunes profs de langue étrangère s’entretiennent du comportement de leurs nouvelles classes. “Ce matin, je rencontrais mes élèves pour la première fois. Derechef, ils m’ont réclamé les copies de mes cours. Alors je leur ai dit qu’il leur en coûterait 1 500 riels la leçon. Eh bien certains ont eu le toupet de vouloir marchander en me proposant seulement 800 riels! Je ne me suis pas laissé faire et leur ai répliqué qu’à cette condition je fixais le prix à 3 000 riels! Cela leur a coupé le sifflet”, raconte en s’esclaffant un jeune professeur, visiblement content de son coup. L’homme, d’une mise impeccable, assure à ses collègues féminins que c’est de cette manière, “en faisant preuve de poigne et en ne montrant aucune faiblesse”, qu’il faut agir avec les provocateurs. Une seule règle : avoir le dernier mot. “Ce sont les plus grands qui nous cherchent généralement et manquent aux règles élémentaires de politesse envers nous”, estime l’une de ses consœurs. Un prof d’anglais fulmine : “Les enfants de policiers et de militaires sont les plus terribles, pour ne pas dire infects. Ils se permettent sans scrupules des grossièretés avec les enseignants. Je les redoute. Heureusement, cette année, je n’en ai pas dans mes classes!”



Dans la cour du lycée, un groupe de six jeunes filles en uniforme scolaire entourent un enseignant atteint d’un fort strabisme, assis sur sa Honda Dream vert sapin. Une élève se précipite sur le véhicule et vole la clé de contact. “Si vous voulez revoir votre clé, suivez-moi!”, dit-elle au professeur, un rien aguicheuse, en s’éloignant.



Constatant avec une amère déception que sa combine ne fait ni chaud ni froid à l’enseignant, elle jette avec désinvolture la clé en l’air qui manque de frôler la tête du professeur. Sans se départir de son sourire, celui-ci se met à entonner une chanson que l’on entend à l’occasion des jeux du Nouvel an, où garçons et filles, en rangs séparés, se lancent, non pas une clé, mais un krama. Autour de lui, les jeunes éclatent de rire. Un peu plus loin, une enseignante avec son casque de moto déjà vissée sur la tête sourit à la plaisanterie.



Déboule ensuite une lycéenne enrobée au débit rapide. Tirant la manche de chemise de son professeur, toujours paisiblement installé sur sa moto, elle réclame : “Monsieur, donnez-moi de l’argent pour m’acheter quelque chose!” Il lui répond qu’il n’en a pas. Moqueuse, elle rit de sa situation : “Vous avez une belle moto mais pas d’argent dans les poches!” Le prof ne se départ pas de son sourire, peu gêné par ces piques que d’autres prendraient pour des marques d’insolence, comme s’il était familier de ce type de conduite.



Dans une salle du rez-de-chaussée du lycée Preah Sisowath, une grappe d’élèves de 7e discute de leur professeur de littérature khmère, aujourd’hui absente. La première fois qu’elle s’est présentée à eux, ils ont cru qu’elle s’était trompée de classe. Sa photo épinglée au bureau d’administration la présente avec les cheveux frisés et des lunettes solidement chaussées sur son nez. Ce qui a perturbé les élèves quand elle a ouvert la porte, sans binocles ni bouclettes mais des cheveux raides comme des baguettes de tambour. “On s’est tous mis à commenter, en chuchotant, son nouveau look. Peut-être a-t-elle voulu se métamorphoser pour ressembler davantage aux étudiantes!” La jeune fille qui rapporte la scène ajoute que leur prof a dû sûrement les entendre car “son visage s’est empourpré”.



Au lycée Anoukwatt, situé dans l’enceinte de la faculté de pédagogie, les élèves semblent moins dissipés. Au centre de leurs conversations, ils placent davantage les leçons du jour que ceux qui les professent. Une ambiance sereine dont le corps professoral ne se plaint pas. “Cette année, la classe de 10e se tient tranquille. Les élèves n’osent pas me répondre”, affirme avec soulagement un prof d’une trentaine d’années, qui attribue cette amélioration du climat à un renforcement de la sévérité des enseignants. Mais il se garde de toute joie prématurée, l’année scolaire ne fait que commencer...



Ung Chansophea
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