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Auteur HOlY LOLA   ( Réponses 28 | Lectures 7881 )
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HOlY LOLA Reply With Quote
Déconnecté(e) Eric
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Le nouveau film de Bertrand Tavernier arrive, Sortie le 24 Novembre 2004.

Le roman HOLY LOLA, auteurs Tiffany Tavernier & Dominique Sampiero ( editions Grasset) sort le 20 Octobre 2004.

Site : www.holylola.com

Eric
#5205 View Eric's ProfileView All Posts by EricU2U Member
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RE : HOlY LOLA Reply With Quote
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Je rejouterais, si je peux me permettre, que notre Eric a conseiller Bertrand Tavernier pour le scénario. :up:

En résumé, c'est un film sur un couple voulant adopter au Cambodge ... Eric et sa femme ont du être un très bon conseiller ! :-)

Tomb Raider, Les 2 Freres, l'autre film avec Depardieu, Holy Lola, un prochain Jacky Chan, une série télévisé américaine (en préparation, tout ce qu'on sait c'est que cela sera très corrosif !) sur l'ONU et son rôle (dont une partie de la 1ère saison se passera au Cambodge), etc ...

Cambodge va denir un 2ème Hollywood :angkorbeer:

[Edité le 15/10/2004 à 14:28 par Rotha]
#5208 View Rotha's ProfileView All Posts by RothaU2U Member
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RE : HOlY LOLA Reply With Quote
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Salut Rotha,

T' inquietes pas , il n' a pas besoin de mes conseils.........:lol:


:angkorbeer:

Eric
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RE : HOLY LOLA Reply With Quote
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Mis en ligne le Vendredi, 22 octobre 2004
Beaune

Bertrand Tavernier au Ciné'Marey aujourd'hui

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Bertrand Tavernier est aujourd'hui au Ciné'Marey où, à l'issue de la projection en avant-première de son film, Holy Lola, il débattra avec le public.

Holy Lola, avec Isabelle Carré, Jacques Gamblin et Bruno Putzulu, dont la sortie officielle aura lieu le 24 novembre, est le récit d'un désir d'enfant qui entraîne un jeune couple, Pierre et Géraldine, au cœur d'un voyage initiatique au bout du monde, dans un pays martyrisé par l'histoire : le Cambodge. Pour eux, commence une aventure éprouvante et formidable : ronde des orphelinats, confrontation avec les autorités françaises et cambodgiennes, menaces de trafics. Sans oublier la méfiance et la jalousie mais aussi l'entraide de la petite communauté des adoptants réunie par le hasard.

A travers cette quête, le couple fait face à ses peurs, ses égoïsmes. Il se déchire, se rapproche et en sort à jamais transformé.

Bertrand Tavernier, son réalisateur sera là à l'issue de la projection pour débattre avec le public. Un rendez-vous à ne pas manquer.

Ce vendredi au Ciné'Marey à 18 h 15, sur invitation à retirer - dans la limite des places disponibles - à la chapelle Saint-Etienne.


© Copyright Le Bien Public

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Adoption internationale: Le parcours du combattant

En France, quatre adoptés sur cinq viennent de l'étranger. Trois fois plus qu'il y a vingt ans. Le nouveau film de Bertrand Tavernier, « Holy Lola », met en scène la quête douloureuse d'un couple français en recherche d'enfant

François-Guillaume Lorrain

Avotre arrivée, le chauffeur de taxi vous tend sa carte : spécialiste en adoption. Un intermédiaire. Pas forcément véreux. Aucune aide n'est à négliger. A la guest-house, d'autres adoptants vous saluent. Des amitiés se nouent, des clans se forment. Première étape : aller à l'ambassade qui a reçu votre dossier de la MAI, Mission de l'adoption internationale, point de passage obligé des adoptants. Visite formelle. Pour l'instant, celle-ci ne garantit que le visa de sortie pour votre enfant adopté. Il vaut mieux être poli. Etape suivante : le bureau des adoptions du pays concerné, qui a lui aussi votre dossier transmis par la MAI. On vous indique un orphelinat. Mais aucun enfant n'est disponible. Des Nord-Américains, qui paient jusqu'à dix fois plus, les ont réservés. On vous dirige sur un autre orphelinat. Mais il faut attendre le transfert de votre dossier. Vous retenterez votre chance. Entre-temps, on vous parle d'autres enfants. Des intermédiaires louches. Les prix montent, 4 000 dollars. « Avant de partir, il faut se préparer à dire non », explique le docteur de Monléon, spécialiste de l'adoption (lire interview). Malgré l'impatience, vous résistez à ces petits bras tendus. Et dans le second orphelinat, vous trouvez enfin. Echange de regards, croisée des destins.

Mais il manque la lettre d'invitation du pays de l'enfant. Indispensable pour obtenir le visa de sortie délivré par votre ambassade. Plusieurs signatures sont nécessaires, certaines au conseil des ministres, d'autres au bureau des Affaires sociales, souvent fermé. Les « dons », ou bakchichs, sont bienvenus. « Par ailleurs, les procédures changent parfois tous les six mois », précise Tiffany Tavernier, coscénariste du film de Bertrand Tavernier « Holy Lola », qui raconte le parcours du combattant d'un couple parti adopter une enfant au Cambodge. Bienvenue chez Kafka. Souvent l'état-civil est absent. Dans certains pays, l'immense majorité des enfants n'est pas enregistrée.

En France, 23 000 dossiers sont en attente

L'adoption n'est peut-être pas encore un drame national, mais c'est une affaire qui préoccupe de plus en plus de Français. Principal souci : l'adoption internationale, qui fournit 4 000 enfants, soit 4 enfants sur 5 adoptés chez nous. Dans ce domaine, la France, en 2002, était vice-championne du monde, juste derrière la Suède. Mais, chaque année, 4 000 demandes d'agrément - soit une demande sur deux - ne peuvent être satisfaites. Résultat : en 2004, 23 000 familles ont un dossier en attente. Lenteurs administratives. Pays du tiers-monde difficiles à contrôler. Les obstacles s'accumulent pour des adoptants qui, le coeur vacant, vivent d'espoir et de crainte, à la recherche d'un enfant.

Affaire sensible, donc. Affaire politique, aussi. « L'adoption est un sujet national important et qui ne marche pas bien. » Cette déclaration de Jean-Pierre Raffarin, datée de janvier 2004, est à l'origine d'une réforme que la ministre de la Famille, Marie-Josée Roig, annonce pour 2005. Objectif déclaré : d'ici à 2006, le nombre d'adoptions internationales doit doubler. La réforme prévoit la création d'une Agence nationale de l'adoption, qui reprendrait certaines compétences de la MAI. En 2004,15 fonctionnaires ont pour mission de traiter des dizaines de milliers de cas. La paperasse s'entasse. Interrogé sur le budget de la MAI, le Quai d'Orsay est dans l'incapacité de fournir une réponse. A l'évidence, il est dérisoire.

Signe des temps : le film de Bertrand Tavernier, « Holy Lola », qui doit sortir dans les salles le 23 novembre. Pour rédiger cette fiction très documentée, Tiffany Tavernier et Dominique Sampiero ont interviewé des centaines d'adoptants. Le choix du Cambodge, pays à problèmes, n'est pas anodin : le développement de pratiques frauduleuses, les dérives financières de l'administration cambodgienne, certains trafics d'enfants, l'absence aussi d'état civil ont conduit la France à suspendre toute adoption au Cambodge en 2000. Suspension levée en mars 2001 puis rétablie en juillet 2003. Mais deux cas sont en instance de jugement en France : l'un concerne un jugement d'adoption où le tribunal a constaté que le consentement de la mère biologique était douteux. L'autre, un couple qui a accueilli huit petits Cambodgiens sans demande d'adoption.

Par ailleurs, au Cambodge, un des principaux orphelinats, Kieng Klang, qui vit des sommes versées par les adoptants, a dû mettre la clé sous la porte. Dans d'autres pays majeurs, le Guatemala, la Roumanie, la Birmanie, l'adoption a été également suspendue. Pour les autres pays, la France, selon des sources diplomatiques, déclare avoir « la conviction que tout se déroule selon le respect des lois ». Mais une conviction n'est pas une certitude. A Haïti, premier pays en nombre d'enfants adoptés en France - 542 en 2003 -, la responsable des adoptions, accusée de malversations, a pris la fuite. Quant au Vietnam, une timide réouverture s'est amorcée en 2003. Mais 400 dossiers sont en souffrance et les délais peuvent atteindre trois ans. Tout le monde n'a pas, comme Johnny Hallyday, une Bernadette Chirac qui attire l'attention du ministre de la Justice vietnamien sur votre cas. De fait, les conditions difficiles encouragent les passe-droits, mal vécus par des parents en mal d'enfant. Les adoptants, explique la journaliste Elisabeth Quin, qui, dans « Tu n'es pas la fille de ta mère », a raconté sa propre quête, sont des clients complexes, prêts à aller au bout de leur désir. « Nous ne savons pas ce que nous sommes, mais nous savons ce que nous voulons. » Pouvoir dire « ma fille », « mon fils », ces mots vides de sens qu'on remplira au retour en France. Mais avant, la fatigue d'un parcours du combattant.

Les pouponnières de l'Occident

Car il existe une particularité française : deux tiers des adoptants ne passent pas par un OAA (organisme agréé pour l'adoption), mais choisissent une démarche individuelle. La société française, trop atomisée, n'arrive pas à se structurer pour adopter à l'étranger. Les OAA français - Médecins du monde, Rayon de soleil sont les deux principaux - souffrent d'un déficit de moyens, d'un manque de reconnaissance. Leur comportement, parfois, porte préjudice. Conséquence : les Français subissent la concurrence agressive des Nord-Américains, mieux organisés et plus riches.

Les Français préfèrent donc se rendre sur place. Faire l'expérience d'une géopolitique qui a transformé ces contrées en pouponnières de l'Occident. Dès lors, toutes les histoires sont possibles, les plus belles, les plus catastrophiques aussi. A cet égard, « Holy Lola » parcourt toute la gamme des émotions. Tout commence par la stérilité. Echec physique, social aussi. La procréation médicale assistée (PMA) est un processus lourd, hasardeux. L'adoption apparaît comme la solution miracle. On se tourne vers son conseil général et l'aide sociale à l'enfance, qui délivre les agréments. Il faut attester de sa moralité, de sa stabilité, de ses revenus. Deux conseillers, l'un psychologique, l'autre social, mènent l'enquête durant neuf mois. Délai symbolique qui permet aussi de faire le deuil de l'enfant biologique. L'agrément obtenu, on s'adresse à la MAI, qui distille les informations sur chaque pays. On a décidé d'une destination. On a décidé aussi d'y aller seul, sans OAA. La MAI ouvre un dossier, le transmet au pays concerné et vous inscrit sur une liste d'attente. « Holy Lola » a la dent dure contre la MAI, accusée de mettre des bâtons dans les roues des adoptants.

Persuadés que le pays va fermer, qu'il y a des passe-droits, certains partent sans le feu vert de la MAI. Les autres attendent. Un jour, la MAI leur dit : « Vous pouvez partir. » Commence une trajectoire héroïque. « Parce qu'il y a une douleur, un manque, des couples sont projetés à l'autre bout du monde », résume Sampiero.

Mais des problèmes demeurent. En annonçant une réforme de l'adoption internationale pour 2005, le gouvernement a exprimé son intérêt. Cependant, un Etat ne saurait tout contrôler. Ni se substituer au citoyen, là où il s'agit d'une démarche très personnelle. Par ailleurs, peut-on reprocher à un Etat d'être trop vigilant sur la provenance d'enfants ? Les années 90 ont marqué un boom de l'adoption internationale. Mais, depuis 2000, l'Etat français a constaté certaines dérives. Sans doute l'avenir réside-t-il dans une collaboration avec des Etats pratiquant la transparence


« Holy Lola » : la réalité cambodgienne

Bertrand Tavernier n'aime rien tant que se renouveler. Après « Laissez-passer », son grand film consacré au cinéma français durant la période trouble de l'Occupation, il signe aujourd'hui « Holy Lola », une fiction strictement contemporaine, mise en scène au plus près d'une poignée de protagonistes aux prises avec la réalité de l'adoption au Cambodge. Comme d'ordinaire dans ses oeuvres réalistes (« L'appât », « L. 627 »), le cinéaste s'est imprégné du contexte environnant pour bâtir son film. Les acteurs l'ont accompagné de longs mois à Phnom Penh et dans ses environs pour donner à voir avec le plus de précision possible les mystères et les pièges de la vie quotidienne dans les centres d'adoption.

Autour de Géraldine (Isabelle Carré) et Pierre (Jacques Gamblin), couple en quête éperdue d'un enfant, le cinéaste filme l'espoir, la désespérance, la misère d'un pays et la corruption généralisée qui martyrise les plus beaux espoirs...

Même si le cinéaste s'attarde parfois avec trop d'insistance sur ses personnages secondaires, « Holy Lola », évitant à chaque instant la sensiblerie, rend compte avec une émouvante acuité du parcours vital de ses deux héros. Bertrand Tavernier aime agrémenter ses fictions de richesses documentaires. Une fois encore, la réussite est au rendez-vous -

Olivier De Bruyn


« Bientôt un enfant adopté sur deux viendra de Chine »

Le Point : Pourquoi adopte- t-on de plus en plus en France ?

Jean-Vital de Monléon : On constate une stérilité croissante des couples, surtout chez les hommes. En outre, les couples sans enfants sont moins bien acceptés qu'auparavant. Enfin, l'adoption est un phénomène contagieux. Avant, on n'y songeait pas, mais la multiplication des exemples autour de soi incite les couples à se tourner vers cette solution.

Depuis quand adopte-t-on ?

Le premier à légiférer a été Napoléon. N'ayant pas d'enfant avec Joséphine, il souhaitait pouvoir adopter Eugène de Beauharnais. Il s'agit alors d'une adoption entre adultes consentants. Après la saignée de la Première Guerre mondiale, une loi de 1923 permet enfin l'adoption d'enfants. Mais ce n'est qu'en 1966 que la filiation adoptive est mise sur le même plan que la filiation naturelle. Le texte, rédigé par Simone Veil, alors juriste, fut proposé par Georges Pompidou, Premier ministre, qui avait un enfant adoptif.

Sur les 5 000 enfants adoptés chaque année, seulement 1 000 viennent de France. Pour quelles raisons ?

Il y a très peu d'enfants adoptables en France. La loi sur l'IVG a eu une influence considérable. Seulement 700 mères accouchent sous X chaque année. En outre, les foyers de l'Aide sociale à l'enfance, ex-DASS, accueillent beaucoup d'enfants qui ne sont pas adoptables. Leur âge est trop avancé, ils souffrent d'un handicap trop lourd ou font partie d'une fratrie qu'on ne peut séparer. Il se peut aussi que les parents continuent à exercer leurs droits. La France est encore marquée par le droit du sang : même si le désintérêt des parents est flagrant, peu de juges prononcent la déchéance des droits. Pendant ce temps, les parents touchent les allocations. Enfin, les délais pour adopter sont décourageants. Il faut souvent plus de cinq ans.

En 1980, la France enregistrait 1 000 adoptions internationales. Aujourd'hui, le chiffre est passé à 4 000. Pourquoi un tel boom ?

Ce type d'adoption a débuté pour des raisons humanitaires. C'est la guerre du Biafra en 1970, puis le drame des boat people qui ont lancé l'adoption internationale. En vingt ans, l'étranger est devenu moins étrange. Entre l'Internet et les vols aériens, la planète s'est rétrécie. Or deux tiers des Français se lancent seuls dans l'aventure, sans passer par un OAA (organisme agréé pour l'adoption). 80 % des adoptants sont issus des catégories sociales supérieures. Une adoption coûte entre 4 000 et 10 000 euros. Parfois même plus cher.

Quelles sont les autres spécificités françaises de l'adoption internationale ?

Les Français s'adressent à de nombreux pays. Aujourd'hui, on en est à 71. Il y en avait 30 en 1990. La France est ainsi la seule nation à adopter en Afrique. Un quart des enfants adoptés viennent de ce continent. Dans les années 80, la Corée du Sud représentait jusqu'à 75 % des adoptions en France. Puis ce pays hôte des JO en 1988, devenu un dragon économique, n'a plus voulu donner l'image d'un pays qui abandonnait ses enfants. Le Brésil, puis le Vietnam ont pris le relais. Mais des histoires de trafic d'enfants ont causé énormément de tort. Pour 100 adoptions qui se passent bien, une adoption sale va tout gâcher. En décembre 2001, le gouvernement français a demandé à son homologue vietnamien de faire le ménage.

Quels sont pour le proche avenir les pays qui se distinguent ?

La Russie et l'Ukraine sont des terrains favorables pour l'adoption individuelle, elles acceptent les célibataires et les couples âgés de plus de 40 ans, mal vus par les OAA. La Chine a depuis 1998 mis en place une politique d'adoption. Si 80 % des enfants adoptés sont des filles, ce pourcentage atteint 99 % pour la Chine. Là-bas, l'abandon d'enfants est toléré, et les orphelinats sont très bien organisés. La Chine fait confiance à l'Etat français et à certains de nos OAA (Médecins du monde, Rayon de soleil). Les délais sont rapides. En travaillant avec la Chine, on augmentera encore le nombre d'adoptions, ce qui est l'objectif du gouvernement d'ici à 2006. Je ne serais pas étonné qu'avant deux ans une adoption sur deux se fasse en Chine -

Propos recueillis par François-Guillaume Lorrain


© le point 18/11/04 - N°1679 - Page 62 - 2329 mots

[Edité le 19/11/2004 à 01:11 par Vorasith]

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Avec "Holy Lola", Bertrand Tavernier s'invite dans le débat sur l'adoption

PARIS, 19 nov 2004 (AFP) - 19/11/2004 08h29 - Avec "Holy Lola", qui sort mercredi 24 novembre, Bertrand Tavernier s'invite dans le débat passionnel sur l'adoption internationale (4.000 des quelque 5.000 adoptions annuelles en France), et souligne l'urgence d'une réforme prévue en 2005.

Pierre est médecin-généraliste dans le Cantal, et sa femme Géraldine ne peut pas avoir d'enfant : "Holy Lola" raconte les espoirs et les déboires de ce jeune couple (Isabelle Carré et Jacques Gamblin) qui part chercher l'enfant de ses rêves au Cambodge, et se retrouve livré à lui-même face à la dure réalité des rues de Phnom Penh.

Géraldine et Pierre repartiront en Auvergne avec une petite Lola, non sans affronter les autorités consulaires françaises, l'administration cambodgienne, les orphelinats, la corruption omniprésente, voire la tentation -écartée- du trafic d'enfant.

Enfance et familles d'adoption (EFA) a trouvé le film "émouvant" mais regrette que "seul le désir des parents potentiels soit mis en scène".

Dans "Holy Lola", les parents "n'hésitent pas à aller d'orphelinat en orphelinat pour chercher un enfant, sans prendre en compte la souffrance que représente pour les enfants ce défilés d'adultes. Finalement, les parents sont amenés à +choisir+ un enfant", déplore l'EFA.

"Un certain nombre de familles s'émeuvent et s'interrogent sur la manière dont leurs enfants vont percevoir ce film", ajoute l'EFA, "la plus importante association de familles adoptives".

"démarche inquisitoriale"

"L'adoption n'est pas la quête de parents potentiels qui souhaitent un enfant mais la recherche de parents pour un enfant. Et ce n'est pas une affaire d'argent", insiste l'EFA.

Le film a aussi irrité la Mission de l'adoption internationale (MAI, qui dépend du quai d'Orsay), chargée de délivrer les visas aux enfants étrangers et de suivre "aussi étroitement que possible" les dossiers de parents qui adoptent à l'étranger.

La MAI a rappelé à la presse que la France avait suspendu le 31 juillet 2003 l'adoption d'enfants cambodgiens, pour prévenir les dérives évoquées dans le film : absence d'Etat civil de nombreux enfants, exposés de ce fait à tous les trafics.

"A Perpignan et Montpellier, deux familles françaises sont poursuivies devant des juridictions sur commission rogatoire par des familles cambodgiennes pour enlèvement d'enfant", affirme-t-on à la MAI.

De son côté, la ministre de la Famille Marie-Josée Roig rappelle qu'"il nous faut aider ceux qui vont adopter" dans des pays difficiles et que ce sera la mission d'une agence nationale de l'adoption, attendue pour 2005.

Des "monsieur -ou madame- adoption" seront nommés dans les consulats ou ambassades de France, pour aider les couples qui adoptent par leurs propres moyens : les deux-tiers du total, les autres passant par des Organismes autorisés pour l'adoption (OAA).

Dans son rapport annuel, remis vendredi au chef de l'Etat, la Défenseure des enfants évoque également l'adoption, et notamment la toute première démarche que les futurs parents doivent accomplir : une demande d'agrément au conseil général de leur département, qui mène une enquête.

"Il n'est pas rare" que les entretiens soient "menés de manière inquisitoriale", ajoute la Défenseure, qui demande "d'harmoniser" au niveau national les procédures de demande d'agrément. La ministre de la Famille a indiqué qu'elle planchait sur un "formulaire-type".


© 2003 AFP

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Adoption
Les bébés de la discorde

par Marie Huret

Le dernier film de Bertrand Tavernier, qui relate le périple d'un couple en mal d'enfant, fait naître une polémique

Holy Lola, c'est le prénom du bébé adopté au Cambodge par un jeune couple de Français, Pierre (Jacques Gamblin) et Géraldine (Isabelle Carré), dans le nouveau film de Bertrand Tavernier, qui suscite des remous dans le milieu de l'adoption avant même sa sortie, le 24 novembre. A travers la démarche poignante de ce couple soudé par son désir d'enfant, qui part pour l'Asie, le scénario bouleversant de Tiffany Tavernier et Dominique Sampiero épingle en rafale les travers de l'adoption internationale: le trafic, la ronde des orphelinats, les bakchichs, la jungle administrative.

© Prod.
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Trafic, bakchichs, jungle administrative... Holy Lola épingle les travers de l'adoption internationale.


Du coup, la plus importante association de familles adoptives et d'adoptés en France, Enfance et familles d'adoption (EFA), craint, dit-elle, la mauvaise interprétation qui risque d'être faite de ce parcours du combattant. «Seul le désir des parents potentiels est mis en scène, déplore Janice Peyré, présidente d'EFA. On les voit défiler d'orphelinat en orphelinat, bercer les bébés, les reposer, les choisir. Dans la réalité, les parents ne rencontrent pas l'enfant avant d'avoir accepté de l'adopter.»

Près des deux tiers des couples qui vont à l'étranger se débrouillent entièrement seuls - 5 000 familles françaises adoptent chaque année, dont 4 000 hors des frontières. Passage obligé: la Mission de l'adoption internationale (MAI), qui assure le suivi des dossiers et délivre aux enfants les visas nécessaires à leur entrée en France. «Je hais la MAI!» hurle l'héroïne du film de Tavernier. Elle relaie le cri de rage de bon nombre de candidats à l'adoption aux prises avec la rugosité de l'administration française. Sous le feu des critiques, le Quai d'Orsay rappelle que si les procédures sont longues, «c'est au nom du respect du droit de l'enfant, et non du droit à l'enfant».

Mais les problèmes avec l'étranger ne sont pas les seuls. Dans son dernier rapport, remis le 19 novembre à Jacques Chirac, la Défenseure des enfants, Claire Brisset, dénonce les inégalités entre les départements qui délivrent les agréments autorisant les couples à adopter: des taux de refus allant de 2 à 34%, selon les conseils généraux. «Il n'est pas rare que de tels entretiens soient menés de manière quasi inquisitoriale, relève Claire Brisset, s'accompagnant de questions véritablement intrusives.» Pas pour tout le monde: la Défenseure a été saisie d'un cas dans lequel l'agrément, pour un tout petit enfant, a été accordé à un jeune homme de... 76 ans.


© Groupe Express-Expansion

[Edité le 22/11/2004 à 09:41 par Vorasith]

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« Holy Lola ». --Sur une idée de sa fille, Bertrand Tavernier filme un couple parti au Cambodge à la recherche d'un bébé à adopter. Rencontre avec un cinéaste engagé quoi qu'il tourne

Une aventure humaine
SOPHIE AVON

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Le désir de parentalité incarné par Jacques Gamblin et Isabelle Carré, le couple vedette de « Holy Lola » PHOTO R.

Plus que tout autre cinéaste, Bertrand Tavernier est passionné par le monde. Il en aime la diversité, l'inattendu, l'exotique, ce qui fait histoire, en somme, le mot étant à prendre dans sa double acception de fiction et d'événement. Il y puise la matière de ses films depuis plus de trente ans, aussi prompt à saisir ce qu'il observe devant sa porte que ce qui l'appelle à des milliers de kilomètres de chez lui. Il y a du reporter chez ce cinéaste curieux, insatiable et généreux. Et tant pis, voire tant mieux, si le reporter s'est depuis longtemps fait voler la vedette par l'homme de cinéma. « J'aime inventer des personnages, dit Bertrand Tavernier, brasser les destins, en être le maître. Un grand reporter, lui, ne peut que constater... »

L'univers des « adoptants ». En tournant « Holy Lola » il a plus que jamais fait face au réel, même si le film demeure une fiction. Mais réaliser une oeuvre de fiction sur un phénomène de société aussi délicat que l'adoption, enrichir l'histoire en y introduisant celle d'un pays, le Cambodge, et retrouver, sous la narration factice, la vérité des « adoptants », voilà qui n'était pas simple. « Il y a des sujets qu'on ne peut pas traiter à la légère, dit le réalisateur. Pour celui-là, on a mis un temps fou à écrire le scénario et à comprendre de quoi il retournait. Ma fille Tiffany a commencé à récolter des témoignages, puis on a fait un premier voyage au Cambodge où on a rencontré beaucoup d'adoptants. Il y a eu douze versions du scénario ! Peu à peu, je me suis laissé envahir par ce pays où j'ai rencontré des gens magnifiques. Je voulais que mon film soit une déclaration d'amour... »

Huit semaines de tournage, « avec beaucoup de fêtes, beaucoup de prières et de rites pour chaque nouveau décor; la seul fois où ça s'est mal passé, c'est quand on a oublié de prier Bouddha... », s'amuse Bertrand Tavernier , des péripéties locales, des comédiens cambodgiens, mais aussi, bien sûr, des comédiens français qui incarnent la communauté de ces hommes et femmes ordinaires dont le désir de parentalité est lui extraordinaire, Jacques Gamblin et Isabelle Carré enfin, en couple vedette, ont achevé de faire de ce tournage une vaste aventure humaine. Une aventure renouant avec la grande histoire, forcément : « J'aimais bien l'idée de tourner dans un pays qui avait été français, comme si quelque chose, ici, m'attachait indéfectiblement, raconte Tavernier. J'ai hésité au départ avec le Mali où le processus d'adoption est très bien fait, mais pour le Mali, en fait, toutes les démarches se passent en France. Ca me faisait un film qui se passait entièrement en Auvergne (le couple formé par Isabelle Carré et Jacques Gamblin est d'Auvergne, NDLR) alors que, pour moi, le film commence quand le couple arrive au Cambodge. »

« L'histoire de ce pays est inouïe, poursuit le cinéaste. Qui sait qu'il a été condamné à un embargo de dix ans à cause de certaines puissances internationales dont la France ? Qui sait que les Khmers rouges ont siégé à l'ONU jusqu'en 1989 ? Qui sait que le Cambodge a subi davantage de bombes que l'Allemagne nazie ? » Engagé quoi qu'il tourne, Bertrand Tavernier mêle sa passion du cinéma, ses indignations politiques et son appétit d'apprendre. Si « Holy Lola » du nom de l'enfant adopté n'est pas, à nos yeux, le meilleur film de sa carrière, il n'en reste pas moins le témoignage précieux d'un cinéaste toujours en alerte.


« Holy Lola »,
de Bertrand Tavernier. Avec Isabelle Carré, Jacques Gamblin, Bruno Putzulu. Durée : 2 h 08. En salle mercredi.

« Je voulais que mon film soit une déclaration d'amour... »


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"Holy Lola" : au Cambodge, le parcours douloureux d'un couple candidat à l'adoption

LE MONDE | 23.11.04 | 13h12

Dans ce film où le réalisateur Bertrand Tavernier filme avec pudeur l'aventure éprouvante de l'adoptant, Isabelle Carré et Jacques Gamblin offrent un moment de pure émotion.
Film français de Bertrand Tavernier avec Isabelle Carré, Jacques Gamblin. (2 h 08.)

Les enfants grouillent dans les films de Bertrand Tavernier. Une fillette, sur la lande bretonne, qu'un pédophile tente de séduire avec une poupée (Que la fête commence).

Des bergers violés et assassinés par Bouvier le Terrible (Le Juge et l'Assassin). Des gamins noirs frigorifiés par une éclipse de soleil (Coup de torchon). Les élèves d'une école maternelle en région sous-développée (Ça commence aujourd'hui). Tant d'autres, enfants gâtés, autistes, gamins parqués dans les squares de la rénovation urbaine, enfants du divorce, déguenillés du Moyen Age, nourrissons abandonnés dans un dortoir sous le bombardement. Il semblait écrit qu'il s'attaque un jour au problème de l'adoption.

REGARD COMPLICE

Et, pourtant, c'est sa fille Tiffany (coscénariste avec son compagnon Dominique Sampiero), auteur d'un roman sur le milieu humanitaire de Calcutta qu'il aurait voulu adapter, qui l'a branché sur cet autre sujet : le douloureux parcours du combattant des parents qui cherchent à adopter en enfant à l'étranger. En l'occurrence, ici, le Cambodge, ses ruelles inondées par la mousson, ses moustiques, le souvenir des Khmers rouges, les gamines qui se font violer par les touristes, le Musée du génocide.

Holy Lola (le film porte le nom de l'enfant arrachée aux poignants orphelinats) mêle trois sujets : la peinture d'un pays martyrisé par l'histoire, peuplé d'"anges et de fantômes cherchant Dieu au plafond", et miné par la corruption. Une comédie de mœurs à la saine misanthropie sur les Français qui se retrouvent là-bas au même hôtel, "Loft Story" pour pistonnés, radins, beaufs en survêt Adidas, favorisés à la compassion sadique, buveurs de Martini, mais aussi portraits de femmes en détresse, à l'image de cette émancipée qui claque la porte de cette collectivité factice et assume l'audace d'adopter un enfant atteint d'une hépatite B. Un regard complice sur un couple, enfin, dont l'harmonie est menacée par l'impossibilité de procréer ou d'adopter.

C'est évidemment ce troisième volet qui fait décoller le film. D'abord grâce au charisme de deux comédiens, Isabelle Carré et Jacques Gamblin, que l'on sent surinvestis par le propos, et qui nous offrent, au moment où ils prennent réellement possession de leur fille, un moment d'émotion inouïe. La force de leurs personnages vient plus de la foi avec laquelle ils semblent découvrir le marasme social cambodgien, en payant de leur personne, sans recourir à une composition, que des séquences plus discutables (à la lisière de la sensiblerie) où ils parlent à leur enfant futur dans un dictaphone. Tavernier donne l'impression de cueillir à vif leurs réactions face à une réalité bouleversante. Ils se plient avec sincérité à ce rôle de passeurs de regards.

UN NOUVEAU COUP DE GUEULE

On retrouve la pudeur du metteur en scène dans sa façon de transformer le douloureux calvaire de l'adoptant en une aventure courtelinesque. Ronde des orphelinats, ballets des bureaucrates à l'affût de bakchichs, intermédiaires véreux pratiquant le trafic d'enfants volés, ritournelle des responsables absents, des jours fériés et des bureaux fermés "en raison d'une panne de ventilateur", abus de pouvoir des petits chefs, mascarade des paperasses à fournir, acte de naissance, lettre d'abandon de la procréatrice, lettre de motivation, deuxième copie certifiée conforme de l'acte de naissance avec tampon adéquat, lettre de la mission d'adoption internationale, visa : cette enquête très documentée sur une guerre d'usure ("Tout est en règle, sauf...") s'avère aussi burlesque qu'angoissante.

En dépeignant, comme toujours, des personnages qui vont jusqu'au bout de leur "mission", Bertrand Tavernier ouvre un nouveau dossier sociopolitique, pousse un nouveau coup de gueule. Les scènes filmées caméra sur l'épaule transfusent ses sentiments. Elles sont au diapason de l'élan rythmique apporté par le compositeur Henri Texier, de la sincérité d'un cinéaste qui, d'un film à l'autre, se remet en question. Holy Lola est peut-être un film mineur dans la carrière de ce bouillant insurgé. Il y libère néanmoins, comme jamais, cette émotion qui est sa marque de fabrique.

Jean-Luc Douin

Tiffany Tavernier et Dominique Sampiero cosignent Holy Lola, un roman tiré du film, aux éditions Grasset.

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 24.11.04


© Le Monde 2004

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Bertrand Tavernier, Réalisateur de HOLY LOLA

En artisan du cinéma passionné et passionnant, Bertrand Tavernier nous livre, avec HOLY LOLA, un film émouvant sur l'adoption au Cambodge, avec Isabelle Carré et Jacques Gamblin. Une aventure qui laisse au réalisateur des souvenirs très forts et des liens étroits avec ce pays. Interview.

Quel regard portiez-vous sur le Cambodge avant ce film ?

Je connaissais le Vietnam et pensais trouver des ressemblances, ce qui fut le cas pour la circulation ou l'utilisation du moindre espace dans la rue pour faire une échoppe, un petit atelier. Le Cambodge m'a beaucoup surpris. On trouve une agressivité moins grande dans le travail, un comportement plus bouddhiste, ce qui incite des Vietnamiens et les Thaïlandais, bien plus volontaires, à s'emparer de certains commerces.

Le scénario a connu plusieurs versions. Dans quelle mesure êtes-vous intervenu ?

Dès le choix de la structure du sujet. Très tôt j'ai essayé de poser un principe sur le début de l'histoire. Mes scénaristes étaient dans le Nord, nous nous voyions pendant quelques jours à Paris, ils retournaient écrire, nous communiquions ensuite par mail... J'ai proposé des scènes qu'ils retenaient ou pas. Le scénario a été le fruit d'un dialogue continu. Mais la rédaction, c'était leur domaine. A mes yeux, il ne fallait pas remonter dans le temps. J'avais envie que l'on soit très vite dans les rues de Phnom Penh. Le choix des professions des adoptants a donné lieu à nombre de discussions. J'ai par exemple refusé un militaire borné pour le rôle de Fontaine, dont je trouvais la psychologie trop facile. Nous avons beaucoup cherché. J'aurais bien vu un notaire sympathique, comme celui que l'on trouve dans le très bon documentaire PARDEVANT NOTAIRE.

Une des scènes les plus fortes montre le dernier contact de la nounou de l'orphelinat et de Lola, qui part avec ses nouveaux parents. Parlez-nous de cette séquence.

La nounou n'est pas actrice, elle travaille réellement dans cet orphelinat. Je lui ai demandé comment cette séparation se passerait dans la réalité. Elle a fait les gestes, nous avons fait une rapide mise en place avec les comédiens et j'ai demandé discrètement à Alain Choquart, mon chef opérateur, de tourner la répétition. Je vois que petit à petit cette femme fond en larme. Isabelle Carré est étonnée, veut manifester sa sympathie mais elle a Lola dans les bras. Elle monte dans la voiture après avoir eu un regard fort vers elle. Jacques Gamblin, témoin de ces larmes qui le surprennent, veut aussi faire part de sa tendresse mais il sait que la pudeur cambodgienne refuse le baiser sur la joue. Il amorce un geste, lui met la main sur l'épaule pour tenter d'atténuer son chagrin puis il monte dans le taxi. Enfin, la nounou a ce geste de toucher Lola une dernière fois. C'est cette prise que vous voyez dans le film. Je ne lui ai jamais demandé de pleurer, cela nous a tous pris de cours. Nous étions tous très émus. Tout était miraculeux dans cette prise. Cela fait partie de ces moments formidables où subitement tout le monde vous étonne dans le plan. Vous sentez toute l'équipe et tous les comédiens sur la même longueur d'onde, plus rien ne passe par la parole. J'ai éprouvé ce sentiment une quinzaine de fois durant le tournage.

Dans votre film, le rythme a un rôle important. Comment travaillez-vous sur cet élément ?

Le rythme intervient au tournage. Beaucoup de longs plans composent le film, de nombreuses scènes de groupe sont tournées en un seul plan avec beaucoup de mouvement. Je me force également à éviter la phrase qui fait fin de scène, je préfère quelquefois laisser 7 ou 8 secondes après la dernière réplique. Travailler sur le rythme coupe court au sentimentalisme, au nombrilisme, à une manière de se regarder en train de mettre en scène. Il s'agit d'être proche de l'énergie des personnages, en n'étant surtout pas un examinateur clinique. La lenteur ne m'effraie pas pour autant, mais tout le monde n'est pas Becket ou Duras. Des gens que j'admire énormément, de Billy Wilder à John Ford, de John Huston à Kurosawa ou Michael Powell ou même Godard, tous prêtent une grand attention au rythme des films, à la rapidité de la narration. Même Ford, qui n'est pas un cinéaste rapide : quand il accélère le tempo, c'est incroyable. Voyez le flash-back de L'HOMME TRANQUILLE.

Comme pour beaucoup de vos films, la musique tient une large place dans HOLY LOLA. Comment avez-vous travaillé avec le jazzman Henri Texier ?

J'ai découvert quelqu'un qui connaît et aime le cinéma. Le Cambodge est vu à travers des yeux européens. Je ne voulais pas de musique « à la manière de », pas plus que du jazz binaire. Inspiré par les rushes, il a commencé à composer très tôt. Dès le début du montage j'ai travaillé avec des maquettes. Henri m'a proposé de la musique dans deux endroits auxquels je n'avais pas pensé : l'arrivée en taxi et la déchetterie. Dans ce dernier cas, les sons qu'il a faits, un peu « free jazz », sont inspirés des sons réels montés par Elisabeth Paquotte : des bennes, des grincements de véhicules se mêlant à des notes tenues donnent du poids au regard d'Isabelle Carré, la séquence n'est plus seulement documentaire. La musique a influé sur le montage. Des bouts de plan, voire des séquences entières, ont été déplacés car la musique les appelait. Sur place, la musique nous a toujours accompagnés : une petite cérémonie pour chaque nouveau décor. En huit semaines de tournage, nous n'avons pas eu le moindre incident alors que nous tournions dans des conditions difficiles. On peut penser que Bouddha a protégé le film !

(monsieurcinema.com / Propos recueillis par Rémy Batteault)


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Le Cambodge, terre d'adoption
Holy Lola, c'est le récit d'un désir d'enfant qui entraîne un jeune couple, Pierre et Géraldine, au coeur d'un voyage initiatique au bout du monde, dans un pays martyrisé par l'Histoire : le Cambodge. Bertrand Tavernier revient avec un film émouvant avec comme un thème sensible l'adoption.



Bertrand Tavernier le militant, le cinéaste engagé n'a pas voulu faire un film de combat, un manifeste. Holy Lola est avant tout l'histoire d'un couple qu'il raconte. C'est une histoire de désir, de douleur, de larmes et de grand bonheur… celle de Géraldine et Pierre qui, à peine le pied posé au Cambodge, pour adopter un enfant prennent en pleine figure un pays, sa mousson, son administration corrompue. On les suit à pas dans leur tournée des orphelinats. On partage leurs doutes, leurs espoirs. On découvre aussi la petite communauté des adoptants, tous réunis dans le même hôtel, leur solidarité, leurs petites mesquineries.

La grande force du film, c'est de sonner juste, tout le temps, d'être en permanence sur le fil de l'émotion. Il fallait pour cela deux grands comédiens, Isabelle Carré et Jacques Gamblin, qui avec une rare justesse donnent de l'épaisseur à ces personnages, les rendent profondément attachants.

Il y a aussi la Cambodge, que Tavernier filme avec pudeur, sans misérabilisme, sans concessions. Holly Lola va bien au delà d'un simple état des lieux de l'adoption à l'étranger. C'est un grand film de cinéma débordant de vie et d'humanité.

Denis Girolami
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Les combattants de l'adoption

[24 novembre 2004]

Lola, c'est un visage et un espoir. Celui d'une petite Cambodgienne en attente d'adoption et le bout du voyage accidenté d'un jeune couple qui veut à tout prix revenir avec l'enfant qu'ils n'ont pu avoir. C'est cette quête semée d'embûches, de tracas administratifs, de jalousies et de trafiquants douteux que conte par le menu Bertrand Tavernier. Une odyssée sentimentale et risquée qu'il partage comme un reporter pour nous la faire vivre comme une aventure.

Dès leur arrivée au Cambodge, Pierre et Géraldine nous entraînent à leur suite. De l'hôtel refuge où se retrouvent et se disputent d'autres couples en attente, au médecin qui s'informe en passant par les administrateurs qui se font acheter, les filières clandestines qui vendent les enfants comme des marchandises lucratives, les hôpitaux, les villages lépreux... Rien ne nous est épargné dans ce parcours des combattants de l'adoption. Et surtout pas l'émotion enveloppée dans un suspense vériste qui ne cesse de rebondir jusqu'au départ.

Avec le style docu-fiction qu'il avait déjà adopté pour L 627 ou L'Appât, Tavernier reconstitue la réalité avec une part de vérité et des fragments de scènes intimistes, celles-ci expliquant et justifiant celle-là. On y croit au point d'accompagner le tandem Jacques Gamblin et Isabelle Carré, le mari médecin mué en aventurier et la fausse femme-enfant frustrée et passionnée, partagés entre l'espoir enfantin et la cruelle déception. Lorsque l'enfant paraît enfin, on partage presque leur joie et leur émotion de tenir Lola dans leurs bras, ultime trésor de leur course éperdue.

On hésite entre saluer la performance de ce faux reportage vécu ou vaguement déplorer la modestie narrative et les quelques longueurs de l'expédition. Mais la réalité de l'aventure et le naturel des interprètes l'emportent. Holy Lola est une belle et cruelle histoire vraie racontée comme un roman et perçue comme un récit.


© lefigaro.fr 2003.

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Isabelle Carré : "Holy Lola, une expérience de vie"

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Isabelle Carré tient, avec Jacques Gamblin, le rôle principal du nouveau film de Bertrand Tavernier : Holy Lola. L'actrice revient pour tf1.fr sur la découverte du Cambodge lors du tournage et nous livre son sentiment sur le propos du film : l'adoption.

Mis en ligne le 24 novembre 2004

tf1.fr : Comment avez-vous vécu votre rôle dans Holy Lola de Bertrand Tavernier : comme un nouveau film ou comme une expérience ?

Isabelle Carré : C'est une expérience de vie avant d'être un film oui, c'est sûr. J'espère ne jamais l'oublier, la garder comme une petite fenêtre dans ma tête. Quand Bertrand Tavernier m'a fait lire le scénario, j'étais bouleversée par cette histoire. Il était impossible de ne pas accepter le rôle. C'est évident que ce n'est pas un film comme les autres. C'était partir découvrir un pays, le Cambodge, à travers le sujet de l'enfance et du désir d'enfant.

tf1.fr : Le Cambodge, pays où ce couple part adopter un enfant, n'est pas un endroit comme les autres...

Isabelle Carré : Non, ça a été une vraie découverte, une rencontre. Le film parle du Cambodge de manière très sensuelle. Au début du film, le couple que nous interprétons avec Jacques Gamblin sort de l'aéroport, c'est la saison des pluies, ils se prennent des trombes d'eau sur la tête... C'est comme une nouvelle naissance pour eux. C'est d'abord une rencontre physique avec le Cambodge, la pluie, la chaleur, les odeurs, leurs peaux blanches au milieu de ces peaux dorées. Et puis la rencontre de ce couple qui ne peut pas avoir d'enfant avec une autre souffrance, celle d'un pays meurtri par un génocide.

tf1.fr : On a l'impression dans ce film que "vous ne jouez pas", que les émotions sont les vôtres, pas celles d'une actrice qui interprète un rôle.

Isabelle Carré : Il y a deux aspects : l'histoire est très réelle car les auteurs se sont inspirée d'histoires vraies, de témoignages et d'expériences de couples qui vivaient ou avaient vécu ce type d'adoption. Par ailleurs, ces chocs, dans la rue, dans les orphelinats, étaient les nôtres. Bertrand Tavernier nous avait dit que le scénario était écrit, mais que ce qu'il voulait surtout, c'étaient nos propres réactions, notre regard. Il y a des moments où j'ai craqué, des moments où on n'a plus envie d'être acteur dans ce contexte-là comme lors de la visite du musée du génocide khmer. Jouer aurait été indécent.

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Premiers instants avec leur fille adoptive, Lola-

tf1.fr : Dans sa quête d'enfant, le couple que vous formez avec Jacques Gamblin vit des choses terribles, très humiliantes, très violentes. Est-ce le prix à payer pour devenir parents ?

Isabelle Carré : Non, ce n'est pas nécessaire. On peut s'épargner des souffrances. Mais même si l'on se prépare au voyage, que l'on se documente sur le pays, que l'on commence à apprendre la langue, comme mon personnage, le choc est quand même inévitable. Ce couple s'immerge dans ce pays, il adopte un enfant mais aussi un pays.

tf1.fr : Comment à votre avis un couple peut-il traverser une telle épreuve ?

Isabelle Carré : J'ai l'impression que Jacques et moi avions une très grande complicité. C'était très important de faire croire à ce couple, à son intimité. Ce n'est pas l'histoire d'un couple d'occidentaux gâtés qui vont se chercher un enfant ou qui veulent adopter pour essayer de sauver leur relation. Ce sont deux personnes qui ont mesuré l'envie d'avoir un enfant, deux personnes admirables dans leur courage et qui arrivent à se rattraper l'un l'autre quand l'un flanche. C'est à la fois un film sur l'adoption, sur un couple, sur le désir d'enfant et sur le Cambodge.


Sophie LUTRAND

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Holy Lola

Mis en ligne le Mercredi, 24 novembre 2004

Comédie dramatique de Bertrand Tavernier avec Isabelle Carré, Jacques Gamblin, Bruno Putzulu, Lara Guirao (France, 2h08).

Holy Lola, c’est le récit d’un désir d’enfant qui entraîne un jeune couple, Pierre et Géraldine, au cœur d’un voyage initiatique au bout du monde, dans un pays martyrisé par l’Histoire : le Cambodge. Pour eux commence une aventure éprouvante et formidable, entre ronde des orphelinats, confrontation avec les autorités françaises et cambodgiennes, menaces de trafics. Sans oublier la méfiance et la jalousie, mais aussi l’entraide de la petite communauté des adoptants réunie par le hasard. À travers cette quête, le couple fait face à ses peurs, ses égoïsmes. Il se déchire, se rapproche et en sort à jamais transformé.

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Holy Lola, le douloureux désir d'enfant

Holy Lola, c'est l'histoire d'un couple, Isabelle Carré et Jacques Gamblin, qui arrive au Cambodge pour adopter un enfant. L'histoire d'un couple face au désir d'enfant et face à un pays déroutant.

Mis en ligne le 24 novembre 2004

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Loins de leur village d'Auvergne, Pierre, médecin de campagne, et Géraldine (Jacques Gamblin et Isabelle Carré) débarquent au Cambodge pour, enfin, adopter un bébé. Ils croient arriver au terme de leur parcours du combattant. Ils n'en sont qu'au début. La quête d'enfant dans ce pays chaotique, beau mais traumatisé, est à l'image du désir d'enfant : immense, fiévreuse, douloureuse et magnifique. "Je ne crois pas que Bertrand ait fait un autre film où il ait poussé à ce point la limite infinitésimale entre réalité et fiction et orienté ainsi ses acteurs vers cet endroit improbable où ils ne savent plus eux-mêmes s'ils jouent ou s'ils ne jouent plus", explique Jacques Gamblin.

Géraldine et Pierre écument les orphelinats, les administrations, découvrent les filières "parallèles et véreuses", les baqchiches que l'on appelle pudiquement des "dons". Ils s'enflamment, s'impatientent, espèrent, chutent, craquent, "arrivent à se rattraper quand l'un flanche", analyse Isabelle Carré. Mais pour Jacques Gamblin, "le sujet du film n'est pas (...) uniquement l'adoption et les démarches longues et labyrinthiques mais le couple, elle et lui, ensemble, et la force de ce qui les relie malgré les espoirs et les déceptions successifs".

L'intime dévoilé

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Bertrand Tavernier s'est inspiré
de témoignages de couples d'adoptants-


Bertrand Tavernier filme au plus juste les espoirs, les faiblesses, la tendresse et l'érotisme de ce couple. Sans forcer le trait, sans caricaturer. Isabelle Carré y est lumineuse, bouleversante, entièrement tendue vers ce but, ce désir boulimique. Jacques Gamblin, plus en retenue, n'en est pas moins touchant… et sensuel.

Quoi de plus intime que le désir d'enfant ? Quoi de plus déplacé qu'un fonctionnaire français qui demande lequel des deux est stérile ? Ce désir, ils vont devoir l'exposer, le revendiquer, le confronter à celui des autres Français qui, comme eux, sont venus chercher un enfant. Et comme eux, ont trouvé refuge dans une pension de Pnomh-Penh. Promiscuité, mesquinerie, compétition mais aussi solidarité. Et dérision lorsqu'ils confrontent leurs "petits mensonges" pour obtenir l'agrément de l'assistante sociale : se prendre en photo dans un appartement plus grand que le leur, laisser traîner Télérama sur la table basse pour impressionner, pour être déclaré "apte". Ce qui ne tue pas renforce … Holy Lola est "à la fois un film sur l'adoption, le couple, le désir d'enfant et sur le Cambodge" estime Isabelle Carré. Un film juste et bouleversant en tout cas.


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Entretien
Les films peuvent être des armes de construction massive. Bertrand Tavernier

Son dernier film est sur les écrans aujourd’hui. Cela n’empêche pas Bertrand Tavernier d’être attentif au sort de l’Humanité. « J’ai abonné au moins une personne et offert des abonnements », nous dit-il goulûment. Cerise sur le gâteau. Il n’en fallait pas tant pour nous donner envie de rencontrer l’auteur de Holy Lola, qui accompagne au Cambodge Jacques Gamblin et Isabelle Carré. Les personnages qu’ils incarnent sont partis là-bas dans l’espoir d’en revenir avec un enfant adopté.

Peut-on commencer en vous demandant si Holy Lola (1) a été un film facile à - monter ?

Bertrand Tavernier. Il a fallu trouver le financement. Cela correspond un peu aux antiennes qu’on entend : ce n’est pas une comédie. Enfin, c’est compliqué. Disons qu’il y avait des silences chez certains décideurs, on attendait qu’ils avalisent, il n’y avait jamais de réponses. Et puis il y avait une incompréhension sur le désir, la manière dont on voulait préparer le film. On nous répétait qu’on ne pouvait pas démarrer la préparation car il n’y avait pas de « green lighting » [littéralement : feu vert - NDLR]. Ils parlent anglais un peu comme certains personnages de Mondovino, quand le mec dit qu’il est « wine maker ». C’est quoi ? C’est un directeur technique, en gros. (Rires.) Le « green lighting », ça veut dire l’accord, mais on te dit « green light ». Il faut « green lighter » à l’étage supérieur. (Rires.) D’où une incompréhension sur le fait qu’on voulait commencer la préparation très tôt, avec des voyages de deux personnes. Finalement, c’est Little Bear [la société de production de Bertrand Tavernier - NDLR] qui a avancé tout ça. À un autre moment, Isabelle Carré n’était soi-disant pas « prime time », comme si elle n’était actrice qu’à partir de 23 h 15 ! Je suppose qu’avant elle fait un autre métier, qu’elle est émondeuse chez Auchan ou « consultant managing » et qu’elle devient actrice en fin de soirée. Qu’elle est votre profession ? Actrice de fin de soirée ! Cela étant dit, à la fin, on gagne et, quand le film est terminé, tout paraît évident, les réticences tombent et il n’y a que cela qui compte.

Cette question en cachait une autre. Si ce n’est pas évident pour Bertrand Tavernier, qu’est-ce que cela doit être pour un réalisateur à ses débuts ?

Bertrand Tavernier. Il n’y a pas de règle mais c’est vrai que cela s’est considérablement durci. Je suis tombé hier sur Jacques Doillon qui me disait que les projets qu’il avait soumis n’étaient retenus par aucune chaîne. L’auteur du Petit Criminel, de la Drôlesse, de Ponette ! La frilosité gagne du terrain. Et aussi cette obsession qu’il faut faire des comédies et ce, malgré les plantages de beaucoup de films qui étaient des comédies destinées à faire un maximum de pognon. Donc, c’est vrai que ça se durcit. Pour donner un exemple, Histoires de vies brisées n’a toujours été diffusé par aucune chaîne publique alors que c’est un film qui a contribué à faire abroger une loi [celle sur la double peine - NDLR]. On devrait le proposer en kit avec une présentation par Sarkozy. Dès qu’il sentira qu’il y a une caméra de télé, il viendra et peut-être qu’à ce moment-là les chaînes s’y intéresseront. (Rires.) Il y a une peur face à ce qui sort des normes, une absence de vrais contacts artistiques.

Pour revenir à Doillon, il me disait qu’il n’arrive pas à obtenir une vraie discussion sur le scénario. On lui dit, par exemple, qu’il y a trop de scènes de chambres dans son film. Avant, on pouvait discuter du contenu, écouter des réserves, en tirer peut-être parti. Il y a des gens très bien partout, mais c’est le climat. Cela va même jusqu’à TF1 qui passe à côté des Choristes ou à de gros succès commerciaux qui ont eu du mal à se faire. Je parlais au réalisateur d’Une hirondelle a fait le printemps [Christian Carion ; 2,3 millions d’entrées en 2001 - NDLR] à qui on disait que la chaîne ne pouvait pas s’intéresser à une histoire de paysan esseulé qui ne concernerait en gros que les paysans esseulés. Notre public n’est pas fait de campagnards veufs. (Rires.) Toutes les chaînes peuvent refuser l’Esquive. Et, au milieu de ça, n’importe laquelle peut aussi soudain coproduire un film vachement bien, mais il y a des pressions plus fortes, une volonté plus évidente qu’il y a quelques années de se réfugier derrière un casting. À Little Bear, on a monté, par exemple, deux films de Nicloux et on a eu du mal. Pourtant, il suffit de regarder les programmes pour voir le nombre considérable de films proposés simplement sur quelques semaines. Cela va de Adieu à Quand la mer monte, de l’Équipier à Par-devant notaire qui est un film de la 2, il est vrai de 1999, et qui est formidable, de Mondovino à Mike Leigh et Wong Kar-Waï. Il y a aussi une peur face à l’énorme amas de films qui sortent. Là aussi est le vrai danger. On sort beaucoup trop de films.

Mais si on ne sort pas ces films-là, on dira qu’ils n’ont pas eu leur chance.

Bertrand Tavernier. Il y a un certain nombre de films américains sur des masses d’écrans qui ne seraient jamais sortis il y a quelques années et ne sont là que pour occuper le terrain. Je ne parle pas d’Eternal Sunshine mais de comédies bâclées. Le métier à la fois de critique et de spectateur est très difficile quand tout d’un coup vous avez quinze films qui vous tombent dessus puis la semaine suivante douze, et cela encourage une sorte de zapping, des films qui - disparaissent en un temps record. Cela crée un très mauvais état d’esprit. On a l’impression qu’il y a un public qui se désintéresse d’un film quand il a deux ou trois semaines, que c’est déjà un vieux film. Avant, il y avait des circuits très précis. Si on allait au Balzac-Helder-Scala-Vivienne, on voyait des films français d’un certain type, si on allait au Triomphe-Lynx-Eldorado, c’était des films américains d’action, westerns ou policiers, si on allait au Colisée et dans les salles jointes, on avait des films français de cinéastes considérés comme importants, Guitry, Renoir, Truffaut. Les salles, les circuits avaient une identité. Maintenant, on a l’impression que toutes les salles veulent le même film en même temps et veulent le débarquer en même temps. Quand, tout d’un coup, la rumeur court qu’un film pris par UGC est intéressant, en province, l’autre circuit le voudra et ce film va sortir sur trois ou quatre salles dans une ville où il en faudrait à peine deux. À Paris, j’ai vu Podium proposé sur les grands boulevards dans trois salles sur moins de cinquante mètres. Ça crée des frais de sortie très importants et une course pour les rembourser qui oblige en retour à viser les genres en principe rentables. Heureusement, il y a des outsiders. Soudain, les Sentiments fait une meilleure carrière commerciale que Michel Vaillant ou San Antonio. Heureusement aussi, il y a des salles indépendantes qui vont sortir un film sur deux ou trois copies, sans oublier qu’on ne peut pas dire gros circuit multiplexe égale horreur car certains ont une vraie politique d’art et essai. À Paris, je n’arrête pas de voir des films formidables à l’UGC Cité Ciné.

Diriez-vous que le cinéma français n’est pas au mieux de sa forme actuellement ?

Bertrand Tavernier. Je ne suis pas - complètement d’accord. Je trouve qu’il y a un nombre de films intéressants tout à fait - important, réussis ou pas mais drôlement - personnels. « Aaltra, Brodeuses, l’Équipier, Quand la mer monte, Par-devant notaire, Clean, le Chabrol sont des films qui appartiennent à leurs auteurs. Le film de Jeunet ou Dogora appartiennent à Jeunet et à Leconte, ce ne sont pas des produits. Sans oublier le grand nombre de films étrangers qui doivent leur existence au cinéma français.

N’empêche qu’autrefois on ne parlait pas de produit dans le cinéma...

Bertrand Tavernier. On n’en parle pas chez les gens qui le font. Mondovino [de Jonathan Nossiter - NDLR] est un film admirable qui traite d’une réalité dans le monde du vin, qui est une réalité dans le monde de l’art aussi. Et il montre qu’il existe des vignerons qui tiennent le coup. Cette année aussi, il y a eu nombre de documentaires formidables. Les Sucriers de Colleville, c’est formidable, Notes sur l’OMC, c’est vachement bien, - -Par-devant notaire, j’y - reviens, c’est très bien. Il y a quand même un - espace de liberté au cinéma qui reste.

Qu’en est-il des luttes auxquels participent les cinéastes ?

Bertrand Tavernier. Le mouvement continue. Je suis sorti des rencontres de Beaune en ayant entendu des interventions remarquables, toute une suite de propositions et de pistes lancées, en particulier par rapport au pillage des oeuvres par la copie - n’utilisons pas le mot piraterie qui est trop sympathique - aussi intéressantes que par rapport à la - vidéo et au DVD l’année d’avant, qui ont abouti à un rapport qui prouvait qu’on avait raison de poser des questions sur l’opacité du monde des DVD. Il y a eu des exposés sur les différents droits d’auteur américains et français qui étaient passionnants. Le communiqué - final est très beau, avec des demandes sur des sujets précis et simples, comme l’obligation du sous-titrage des DVD français en français pour les sourds et les malentendants. Pierre Jolivet s’est aperçu qu’il y avait 1,5 million de sourds et malentendants qui ne voyaient que des films étrangers à cause de cela.

Alors, optimiste malgré la frilosité ?

Bertrand Tavernier. Cette notion de frilosité a toujours existé. Depuis que le cinéma existe, il a été plus difficile de faire Le jour se lève que Ma cousine de Varsovie ou Ma tante de Honfleur. Simplement, cette pression s’est renforcée avec l’intrusion d’une télévision de plus en plus angoissée par l’Audimat et qui est amenée à coproduire des films qui vont sortir de nombreux mois après. Ils pourraient utiliser tout ce temps pour fabriquer un acteur ou imposer un sujet mais non, cela les paralyse encore plus. Alors que l’histoire du cinéma est truffée de surprises. Moi, j’ai passé mon temps à affronter des gens qui me disaient que mon film n’avait aucune chance de rencontrer un public, de l’Horloger de Saint-Paul à la Vie et rien d’autre et de Autour de minuit à L.627. J’entends encore récemment : « Holy Lola n’est pas une comédie. » Certes, encore qu’il y a des passages marrants. Bon, je suis plus blindé que d’autres parce que, durant toute la préparation de l’Horloger, on me faisait comprendre à Lira Films que bien sûr il y avait l’Horloger de Saint-Paul mais, qu’heureusement, il y avait Ursule et Grelu, qui allait rattraper ce caprice de Raymond Danon consistant à produire mon film. Pendant deux mois, j’ai eu droit tous les jours à Ursule et Grelu, qui était une comédie avec Bernard Fresson et Annie Girardot, mise en scène par Serge Korber, un réalisateur qui, à l’époque, avait le vent en poupe. Cela fait des années que je cherche un spectateur qui ait vu ce film. Je pose la question en salle de temps en temps. Je ne trouve pas. Comme ça, il y a plein de films tournés par des « one-man-showistes » qui ont eu presque autant de spectateurs que de mecs sur la scène. Rohmer a eu des films faisant plus d’entrées qu’eux. Depardon fait plus d’entrées que San Antonio. Tenez, une histoire. J’ai entendu dire qu’au départ Burt Lancaster et ses associés, Harold Hecht et Hill, avaient décidé de produire Marty parce qu’ils avaient gagné tellement d’argent en produisant le Corsaire rouge et la Flèche et le Flambeau qu’ils devaient en produire un qui ne soit pas un succès, au moins dans un - premier temps. Ils avaient choisi un sujet original, une histoire d’amour entre un boucher et une institutrice, écrit par un auteur qui avait été juste remarqué à la télé et tourné par un metteur en scène qui n’avait pas fait de films, une actrice plus ou moins sur la liste noire, rien qui pouvait rendre le truc populaire. Boum, palme d’or à Cannes, quatre oscars plus quatre nominations, triomphe. C’est une histoire sur laquelle je voudrais que les gens méditent un peu. Déjà, mon grand ami Michael Powell dont j’ai publié les mémoires m’écrivait : « Pourquoi avons-nous toujours des différends avec les gens qui doivent financer nos films ? C’est parce que nous savons ce que nous faisons et eux pas. »

Que faire ?

Bertrand Tavernier. Il faut être passionné, curieux, exigeant, ne pas céder. On doit continuer à se battre, comme on l’a fait pour les - intermittents et d’autres sujets importants, dans les diverses associations et aussi par nos films. Par le fait qu’ils existent. Sur son lit de mort, David Lean disait à John Boorman : « On fait un métier formidable, on a fait des films. » Boorman : « Ils ont essayé de nous en empêcher. » Lean : « Oui. Mais on les a eus. » Quelques jours après, il était mort. Il faut aussi garder en tête ce que dit Powell à la fin de ses mémoires quand il se demande ce qu’il mettra comme épigraphe sur sa tombe et - répond : « Nous étions des amateurs, nous ne faisions que ce que nous aimions. On - marquera, profession amateur, passe-temps cinéaste. »

En plus de simplement exister, certains films portent un discours sur le monde...

Bertrand Tavernier. Après, c’est chacun pour soi, mais tout film témoigne obligatoirement de quelque chose. Certains témoignent plus que d’autres. Mais même des films qui n’étaient pas a priori de ce côté-là y viennent avec le temps. Cela me frappait récemment en revoyant le Fleuve sauvage, d’Elia Kazan, qui est un chef-d’oeuvre. C’est un de ses films que j’avais montré à René Andrieu et qui l’avait décidé à lever l’anathème frappant Kazan dans l’Humanité pour ce qu’il avait fait, ce qui a entraîné qu’au moment de la sortie de l’Arrangement, François Morin s’était coltiné une longue interview de Kazan que j’avais traduite. Tout ça pour dire que c’est incroyable de revoir le Fleuve sauvage en pensant à l’élection américaine Bush-Kerry. D’un côté, il y a le monde dont on peut penser qu’il est l’électorat de Bush, ce monde du Sud, rural, attaché à des traditions dont certaines sont belles, comme l’héroïsme absurde de l’enracinement dans la terre de cette vieille femme qui défend sa maison, aussi des traditions détestables liées au racisme et à la ségrégation, au refus du progrès et, en face, un autre monde, celui de Montgomery Clift, qui veut mettre l’électricité et donner le même salaire aux Noirs et aux Blancs, qui veut que l’individualisme ne prime pas obligatoirement sur la collectivité. Le film est entièrement là-dessus. Si l’Humanité recrée un ciné-club, ce serait un des premiers films à passer. Même chose avec Mondovino ou Quand la mer monte. Quand j’ai reçu des mains de Martin Scorsese le prix John-Huston, il y a deux mois, j’ai dit que des films comme ça sont des armes de construction massive.

Ce qui nous ramène à Holy Lola...

Bertrand Tavernier. Quand on l’a tourné, on a eu l’impression d’imposer un sujet qui n’était ni évident ni à la mode. Or, depuis les premières projections, il y a comme une déflagration, de par les réactions de certains adoptants qui ont endossé le film. Soudain, il y a une double page dans le Figaro sur l’adoption, avec une mise en cause de certains orphelinats où j’ai tourné et des réponses. Je commence à avoir ce qui s’était passé sur Ça commence aujourd’hui avec les instits, ou avec L.627 avec les flics, qui n’a jamais été envisagé comme un film à thèse ni même sur la société. Je n’ai pas voulu faire un film sur l’adoption mais sur un couple qui adopte. Je voulais découvrir ce qui arrive dans un couple, puis une petite communauté avec ses blessures, qui se trouvent dans un pays qu’ils ne connaissaient pas et qu’ils vont pour certains aussi adopter. C’est un film sur le désir, qui peut conduire jusqu’à l’hystérie ou à des choix violents. On n’a pas écrit deux mots de scénario avant d’aller vivre quinze jours dans la petite guest house où j’ai filmé les adoptants et, auparavant, on m’avait déjà amené cinq cents pages de recherches. Il y avait une matière grouillante de vie dont il fallait éliminer l’exceptionnel. Sur le tournage, le rapport avec le pays s’est démultiplié. Si j’ai une fierté dans la vie, c’est que les gens les premiers concernés par le sujet ont toujours soutenu mes films, les appelés de la guerre d’Algérie avec la Guerre sans nom, les policiers de terrain avec L.627, Pierre Truche qui me disait que le Juge et l’Assassin devait être montré dans les colloques sur l’instruction, des historiens sur la Vie et rien d’autre, Jacques Le Goff sur la Passion Béatrice, Claude Manceron sur Que la fête commence, tout ça à moi qui n’ai pas fait mon service militaire et ne connaissais rien au monde des flics ou à l’adoption. Est-ce parce que j’ai un désir de - comprendre un milieu, des personnages, une époque quand je commence un film ? Là, j’ai voulu transmettre tout ce que j’ai pu ressentir au Cambodge.

Entretien réalisé par Jean Roy

(1) Lire la critique du film page 18.

Article paru dans l'édition du 24 novembre 2004.

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Dans son nouveau film, Bertrand Tavernier marie, avec tendresse et réalisme, deux sujets graves : l’adoption et le Cambodge d’après le génocide.
Cinéma. Adopter le Cambodge par Luc Chatel

Comment filmer l’amour d’une mère pour un enfant qu’elle n’a pas porté ? Comment filmer un pays qui voit fleurir un commerce de vies après avoir subi une idéologie de mort ? Holy Lola, le nouveau film de Bertrand Tavernier, est une œuvre funambule. Un faux pas, et c’est la catastrophe (voir le documentaire de Patrice Leconte sur le Cambodge, Dogora, un long clip superficiel et grandiloquent qui nous laisse aux portes du pays, de ses habitants, de leur âme, dont on ne parvient pas à deviner les cicatrices derrière les sourires). Il fallait du cœur et du métier pour aborder, en parallèle, des sujets aussi délicats que le Cambodge et l’adoption. Les cinéastes doués de tels arguments ne sont pas légion. Bertrand Tavernier est de ceux-là. Il souhaiterait, au passage, un peu plus de soutien médiatique dans la défense de son œuvre, l’une des plus humanistes du cinéma français contemporain : « Quand mon dernier film, Laissez-passer, est sorti, quasiment toute la presse l’a trouvé “ magnifique ”. Mais aucun journaliste ne l’a écrit. Ils n’ont publié que des entretiens avec moi. Les metteurs en scène sont devenus les VRP de leurs films. En revanche, j’ai eu deux critiques assassines dans les Inrockuptibles et Libération. Résultat : tout le monde a retenu ces deux articles. Et le film n’a pas bien marché. Puisque vous me dites que Holy Lola est un film magnifique, s’il vous plaît, écrivez-le ! »
À l’origine, Bertrand Tavernier avait une intention : filmer la confrontation violente entre une femme et un pays. Il avait la matière : un livre écrit par sa fille, Tiffany, Dans la nuit aussi le ciel (Seuil). « Une fille de 17 ans découvrait le choc des bidonvilles en Inde et le travail qu’y fait Mère Térésa, raconte le réalisateur. Mais le tournage aurait été impossible, et le contexte n’est plus vraiment le même. » Sa fille lui suggère alors de suivre le parcours d’un couple d’adoptants. « OK, répond le père, mais tu me donnes le maximum de documentation sur le sujet, avant d’écrire la première ligne du scénario. » Tiffany Tavernier et Dominique Sampierro, les deux scénaristes, lui apportent six cents pages de témoignages, entretiens, journaux intimes. « Nous avons découvert que les adoptants écrivaient beaucoup, poursuit-il. Ils vivent une expérience tellement forte qu’ils ressentent le besoin de l’exprimer au jour le jour. » Dans le film, Pierre (Jacques Gamblin) et Géraldine (Isabelle Carré), les personnages principaux, utilisent un petit magnétophone pour enregistrer leurs commentaires et sensations. Orphelinats débordés par les demandes – dont celles d’Américains prêts à aligner des milliers de dollars pour passer en priorité –, attentes de formulaires, de certificats médicaux, intermédiaires prêts à vendre des enfants volés... Deuxième étape indispensable avant d’écrire la fiction : passer trois semaines au Cambodge. « Je connaissais un peu ce pays, mais ce n’était rien à côté de ce que j’ai découvert. Il a souffert le martyre sans que personne ne s’élève. Les Khmers rouges ont siégé à l’Onu jusqu’à la fin des années 1980. Ni Mitterrand ni Chirac n’ont jamais protesté. C’est un peu comme si Goebbels avait siégé à l’Onu. Le contraste est surprenant avec la vitalité et la jeunesse des Cambodgiens aujourd’hui. Ce pays regorge de vie ! » Sur place, l’équipe de tournage comptait vingt-cinq Français pour soixante-quinze Cambodgiens. « La plupart n’avaient jamais travaillé dans le cinéma, s’enthousiasme le cinéaste. Leur désir de nous aider était bouleversant. » Et l’adoption fut réciproque.

Simple et fascinant

Bertrand Tavernier avait déjà travaillé avec Jacques Gamblin (Pierre, le mari), jamais avec Isabelle Carré (Géraldine, sa femme). La confiance réciproque que le réalisateur et les deux comédiens se sont portés est sans doute l’une des raisons de leur éblouissante performance. Cette vie de couple en pays étranger – tantôt fascinant, tantôt hostile – en quête du bonheur ultime – un enfant – se dessine avec naturel dans leurs silences, leurs regards, leurs gestes, leurs absences. Les seconds rôles, excellents, et la musique d’Henri Texier, ajoutent une dimension supplémentaire à cette histoire simple et fascinante.

« Holy Lola », film français de Bertrand Tavernier, 2 h 08, en salle
Témoignage Chrétien 2003

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RE : HOLY LOLA Reply With Quote
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RENCONTRE AVEC BERTRAND TAVERNIER POUR LA SORTIE DE HOLY LOLA

Mis en ligne le Jeudi, 25 novembre 2004

Une TRIPLE histoire d’amour

PIERRE (Jacques Gamblin) et sa femme Géraldine (Isabelle Carré) ont tout pour être heureux. Tout ? Enfin presque…

Effectivement ils sont jeunes, beaux, et ils s’aiment. Mais le couple n’arrive pas avoir d’enfant puisque Géraldine est stérile. Les traitements médicaux ne fonctionnent pas, alors l’adoption semble être la seule solution. Mais pour accueillir un enfant, la procédure est longue, très longue… Les deux amoureux décident alors de partir au Cambodge, véritable eldorado de l’adoption, mais aussi de la corruption.

Adopter un enfant à l’étranger constitue un parcours plein obstacles. « Le film montre qu’une adoption est quelque chose de double. Il ne s’agit pas seulement de trouver un enfant, mais il faut adopter le pays du bébé. À partir du moment où vous le comprenez, déjà vous pouvez faire échec au trafic. Vous pouvez assimiler ce qu’il y a de fort dans le pays », nous confie Bertrand Tavernier.

Cette quête de l’enfant n’est pas sans douleur pour Pierre et Géraldine. Les nerfs sont à vifs, et les tensions dans le couple se multiplient : « un enfant, c’est quelque chose qui existe dans le couple, très fort, qui peut rapprocher, et qui peut aussi par moment déchirer. Nous avons décrit une violence parce qu’il y a dans le personnage d’Isabelle Carré une sorte d’exaspération du désir. Quand ce désir est frustré, ça risque de casser le couple. Le pétage de plomb dans le couple est entouré d’une énorme pudeur. On a du faire preuve d’imagination, car les personnes qu’on interrogeait nous en parlent peu. Mais une fois le film vu, ils nous disent que c’est très juste », explique le réalisateur.

Holy Lola est un film poignant, sur l’adoption bien sûr, mais aussi sur l’amour, avec un grand « A » dans un couple, d’un enfant, et d’un pays. Le film montre un Cambodge tellement vrai qu’on a parfois l’impression de regarder un documentaire, même si Bertrand Tavernier s’en défend « Un documentaire veut dire qu’il n’y a pas de personnage. Il ne pourrait pas y avoir dans un documentaire un couple qui se tape dessus au point de se séparer. Il ne peut pas y avoir non plus une institution qui amène une corruption avec des fonctionnaires qui le demande. On a trop tendance à qualifier de documentaire des films qui paraissent justes. »


Jérémie DEMAY


© Copyright Le Bien Public

[Edité le 25/11/2004 à 10:14 par Vorasith]

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A la sortie du film d'HOLY LOLA, il y a un vent fort de polémiques autour de l'adoption et des enfants "meurtris" dans les centres d'orphelinat.



Ayant moi même vécu cette période douloureuse du parcours du combattant, je comprends le désarroi des parents adoptants, victimes du destin de voir la fermeture de l'adoption au Cambodge au moment où ils voyaient le bout de l'enfer;

revenant meurtris et laissant derrière eux les enfants de l'espoir.



Le système de "prendre un intermédiaire", "d'arrondir les fins de mois des fonctionnaires" a profité à ceux qui n'avaient pas de scrupules de l'utiliser mais ceux qui ne voulaient pas recourir à ces méthodes sont devenus les victimes du système.



Tout le monde y a eu sa part de souffrance, de joie, de pleurs, d'angoisse, d'émotions...



Faut il pour autant dire que les orphelinats regorgent d'enfants malheureux?



Beaucoup d'ONG contribue à l'amélioration de l'environnement de ces enfants du bout du monde. Elles offrent à leurs manières un rayon de soleil dans leur vie.



En soutenant des programmes de développement à l'enfance telle que l'on nomme assez souvent l'association " POUR UN SOURIRE D'ENFANT (PSE)" ,

Peut on dire que les enfants du Cambodge ont des conditions de vie déplorables par rapport aux enfants d'Afrique, d'Inde...?



Lors des nombreuses missions, j'ai rendu visite aux enfants des centres de la SFODA à Chruoy Chanva, de l'ASPECA à Battambang.

Ils ne sont pas aussi malheureux que l'on puisse penser...



Lors de mes nombreuses conférences un peu partout en France, je sollicite de la part des auditeurs de ne pas avoir la vision du Cambodge d'un pays corrompu et voué à être englouti par l'un de ses voisins.



La couche sociale politique ne montre peut être pas une bonne image. A cela, je ne peux pas contrecarrer car la réalité est là.



"Comment un responsable provincial peut se vanter avoir déboursé la somme de tant de dollars A TITRE PERSONNEL sur sa région avec un salaire moyen de 160$??? et se voir récompensé d'être rétrogradé à ne plus avoir de poste?

Se plaindre et réprimander son parti? est ce une bonne méthode de se faire valoir?

Ne vaudrait il pas qu'il se tourne vers les villageois pour que ceux ci expriment leur déception de voir nommer une autre personnalité que leur bienfaiteur?



Peut être que dans ces conditions la reconnaissance de sa position pourra être revue en considération?"



Bref, je suis convaincue de plus en plus qu'il est très important pour que le Cambodge retrouve sa notariété de s'impliquer dans l'avenir de la jeunesse khmère, en particulier les JEUNES FILLES.



Le noyau fondamental de la famille et du devenir de l'enfant repose ESSENTIELLEMENT sur les frêles épaules de la JEUNE FILLE, future mère de famille.



De part l'expérience sur le terrain, le peuple aspire à vivre en paix. Il est conscient qu'il ne faut rien attendre des politiciens. L'avenir de leur progéniture est entre les mains. Ils s'en sortiront et relèveront avec dignité l'image d'un Cambodge prospère. Il leur faudra du temps. Ils y arriveront...J'en suis persuadée.



L'association ASSAR a offert une route pour les mutilés de guerre. C'est le commencement de la route de la sérénité, de la stabilité et de l'ouverture vers un monde hostile. Chacun de leur pas effacera les séquelles du passé.



Cette année, un élan de solidarité internationale s'est consolidé.

Continuons dans ce sens pour aider nos compatriotes au pays!

C'est la voie de la sagesse et de l'amour pour son prochain que nous devons poursuivre notre volonté de promouvoir l'image du Cambodge d'une façon positive.





Fait à Paris, le 25 novembre 2004



Sylvia Sisowath

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CINÉMA
Isabelle Carré : se souvenir du Cambodge

CLARA GÉLIOT
[27 novembre 2004]


Isabelle Carré et Jacques Gamblin dans «Holy Lola».
DR

Ce jour-là, sous les toits d'une ravissante pagode de la cité universitaire de Paris, l'équipe d'Holy Lola est presque au complet. Bertrand Tavernier, le réalisateur, reçoit côté jardin. Dans la cour, Jacques Gamblin se détend entre deux interviews. Et sur un canapé, Ninou, un westie blanc de 12 ans, veille à ne pas déranger sa maîtresse, Isabelle Carré. Comme ses partenaires, l'héroïne de ce film sur l'adoption, «à la frontière du documentaire et de la fiction», livre depuis ce matin ses souvenirs de tournage. A 19 heures, elle est aussi fraîche et spontanée qu'une jeune femme qui commence sa journée. Bien qu'encore un peu déboussolée : «Ce genre de film ne laisse pas indemne. Une petite partie de moi est restée là-bas.» Là-bas, c'est Phnom Penh, la capitale du Cambodge où elle a vécu deux mois dans la peau de Géraldine, l'épouse de Jacques Gamblin, venue au pays avec son mari pour adopter un bébé. Un rôle qu'elle ne peut associer à aucun autre.


«Je n'arrive pas à en parler comme d'un exercice de comédie. Je vois plutôt cette aventure comme une expérience humaine.»


Oubliant les méthodes apprises au cours Florent, se débarrassant totalement des techniques enseignées à la Rue Blanche, elle s'est laissé porter par une histoire qu'elle ressentait «viscéralement». Aujourd'hui encore, deux moments forts restent gravés dans sa mémoire : les scènes tournées au musée du Génocide et celles filmées dans l'immense déchetterie qui sert de terrain de jeu aux enfants. Deux scènes pour lesquelles il devenait impossible de «jouer». «Même si nos personnages, le couple que je forme avec Gamblin et la façon dont le scénario se déroule sont fictifs, tout ce que l'on a vu et ressenti dans ces endroits était bien réel.» Heureusement, Isabelle garde aussi de ce tournage des souvenirs heureux. Et quelques leçons. «J'ai découvert le courage qu'ont ces adoptants, leur persévérance et la force de l'amour qu'ils portent à leur futur enfant. Et puis la façon dont j'ai pu échanger avec un bébé de 8 mois m'a beaucoup appris sur moi.» De quoi donner des idées à cette jeune femme de 33 ans aux cheveux d'or et à la voix d'enfant. Mais pour se soulager de toutes les émotions qu'elle avait traversées, la douce Isabelle n'avait qu'une solution pour ne pas déprimer : enchaîner.


Rentrée du tournage un dimanche, elle a quitté son appartement du Marais le lundi à la première heure, direction le théâtre de l'Atelier. Sur scène, la comédienne a laissé libre cours à son talent comique aux répétitions de l'Hiver sous la table, la pièce énergique et cocasse de Roland Topor. Un virage réussi puisque quelques mois plus tard, elle remportait le molière de la meilleure comédienne. La récompense suivait de près le césar de la meilleure actrice qu'elle avait reçu pour son rôle de jeune femme atteinte de la maladie d'Alzheimer dans Se souvenir des belles choses.


Cet automne, après avoir quitté le tournage du prochain film de Cédric Kahn, elle a rejoint celui d'Anne Fontaine pour se glisser avec Benoît Poelvoorde dans une histoire de rencontre et de couple. Un sujet qu'elle ne se lasse pas d'explorer. Quitte à mettre entre parenthèses ses cours de danse africaine et ses passions - la littérature, les expositions et les concerts. A propos, ce côté intellectuel qu'on lui prête est-il une légende ou la réalité ? «Vous savez, on est toujours l'intello de quelqu'un et le con d'un autre.» Définitivement délicieuse.

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je viens de voir le film et il est super ! Et les petits bébés orphelins sont tous mimis ! Pourvu qu'ils soient bien traités puis c'était hyper émouvant quand même
Je vous conseille d'aller le voir impérativement!
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CULTURE

L'adoption pour se reconstruire

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Pierre et Géraldine, "un couple qui porte une souffrance et se retrouve parachuté au Cambodge". PATHE

Cinéma · Le dernier film de Bertrand Tavernier, «Holy Lola», raconte l'histoire d'un couple parti au Cambodge adopter un enfant. Un film scénarisé par sa fille Tiffany, qui voulait avant tout raconter un parcours de vie. Interview croisée.

propos recueillis par stéphane gobbo

Pierre et Géraldine ne peuvent pas avoir d'enfants. Au début de Holy Lola, dernier film de Bertrand Tavernier et scénarisé par sa fille Tiffany, on les voit arriver au Cambodge et poser leurs valises dans une pension. D'autres Français sont là. Des couples, des femmes seules. Ils se sont tous rendus en Asie pour adopter un orphelin. Mais les démarches administratives sont longues et pénibles dans ce pays miné par la corruption et où le trafic d'enfants est une réalité.

Si Holy Lola est une fiction, on sent bien qu'il y a derrière l'histoire de Pierre et Géraldine une dimension réaliste. Car le Cambodge, c'est également les Khmers rouges et un génocide qui décima le pays dans la deuxième moitié des années 70. Un contexte historique bien présent qui donne au film une profondeur supplémentaire. Comme l'interdiction récente d'adopter des enfants cambodgiens promulguée par la France. Rencontre avec Bertrand et Tiffany Tavernier.

«La Liberté»: - A l'origine du film, vous dites qu'il y a un roman de Tiffany se déroulant à Calcutta dans les milieux humanitaires. Comment s'est opéré le glissement vers le Cambodge et l'adoption?

Tiffany Tavernier: - Dans ce roman, qui s'appelle Dans la nuit aussi le ciel, le sujet était la trajectoire d'une héroïne, Justine, et de sa souffrance. Une douleur projetée dans un ailleurs. Ce n'est pas la même douleur que celle de Pierre et Géraldine, mais on retrouve la notion de bout du monde. C'est sur ce mode-là que s'est opéré le glissement. Trois ans après que Bertrand eut été intéressé par mon roman, je lui ai parlé du thème de l'adoption car je pensais en faire un livre. Mais ce n'était absolument pas l'histoire qui est devenue Holy Lola. Je voulais suivre le parcours d'une mère seule à Calcutta. Le point de départ du film n'est donc pas l'adoption. C'est un parcours de vie. Un couple qui porte une souffrance et se retrouve parachuté au Cambodge.

Bertrand Tavernier: - A ce moment-là, on ne savait d'ail-leurs rien du monde des adoptants et de la procédure. On est simplement parti avec l'idée de voir comment le parcours de vie de Pierre et Géraldine allait se modifier au contact du Cambodge. J'ai d'ailleurs souvent parlé de gens qui se retrouvent plongés dans un monde complètement différent. Comme Sabine Azema, dans La vie et rien d'autre, qui interprète une jeune femme d'un milieu aisé qui, à cause de la guerre de 14, va se trouver plongée dans le monde des hôpitaux et de l'administration militaire. D'autres fois, c'est moi en tant que cinéaste qui me plonge dans un autre monde, celui des flics dans L.627, des anciens d'Algérie dans La guerre sans nom ou des nettoyeurs de tranchées dans Capitaine Conan. J'utilise ensuite le regard d'un personnage pour qu'il m'aide à comprendre.

Vous hésitiez entre plusieurs pays avant de partir au Cambodge. Pourquoi ce choix?

T.T.: - J'ai envie de dire que c'est le Cambodge qui est venu à nous, qui nous a adoptés. C'est peut-être un raccourci, mais dans la création il y a des choses qui s'imposent. Même si les démarches y sont très compliquées et que le chaos a ralenti notre travail d'enquête, le Cambodge s'est imposé. Parce que c'est un pays qui porte une blessure, une déchirure, une beauté et une force de survie. C'est un mélange complexe et fragile sur lequel on a envie de poser sa caméra.

B.T.: - Même si les gens se préparent à y aller, grâce à internet ou au Guide du routard, c'est un pays qui vous explose à la figure, qui vous déroute complètement. D'où l'obligation de chercher des explications, de poser des questions. Certains disent que mon film est trop explicatif, mais je le récuse. Le questionnement fait partie du parcours de ces gens.

Lorsque vous êtes partis tourner, la France menaçait-elle déjà d'interrompre ses relations avec le Cambodge?

B.T.: - Ils ont fermé le pays au moment où on commençait le tournage. On a alors eu une discussion avec l'ambassadeur français qui nous a dit que le gouvernement rouvrirait les frontières lorsque les Cambodgiens auront signé la Convention de La Haye. Mais en se promenant dix jours dans les rues, on voit bien que même s'ils signent la convention, ils ne l'appliqueront pas. J'en ai eu la confirmation lorsque j'ai rencontré le roi Sihanouk. Il m'a dit qu'il signait toutes les conventions qu'on lui présentait et que, de toute manière, il ne les appliquait pas. Il me semble d'ailleurs que le Rwanda avait signé la Convention internationale de protection des enfants et que la Roumanie était un des premiers pays signataires. Et à l'époque de Capitaine Conan, j'ai vu l'état des orphelinats roumains.

»Au Cambodge, qui est plus pauvre que la Roumanie, il n'y a jamais un tel état de déliquescence et d'horreur. Il y a eu en plus d'énormes problèmes de trafics d'enfants en Roumanie. La Convention de La Haye ne change donc rien. Tiffany me rappelait d'ailleurs que la première règle de l'humanitaire, c'est de prendre en compte la corruption et de se dire qu'il faut qu'au moins 80% des dons arrivent sur place. La corruption zéro n'est qu'un voeu pieux que peut faire un bureaucrate.

T.T.: - Il faut avoir le but de l'atteindre mais savoir que cela va prendre vingt ans. En revanche, il est clair que partir du pays ne va pas arranger les choses. Le Cambodge est un bon exemple. Après le génocide, il y a eu un embargo de dix ans parce que la communauté internationale n'a pas aimé que les Cambodgiens aient été libérés par les Vietnamiens. Ce pays ravagé n'a donc reçu aucune aide internationale. Les choses ont depuis évolué et le budget du pays est aujourd'hui constitué à 70% de l'aide internationale. Mais c'est évident que cette aide va dans la poche de certains ministres.

»Si vous voulez que le pays se reconstruise, ce n'est pas un nouvel embargo qui va y contribuer. C'est un point de vue personnel. Et je pense que l'adoption est une des solutions possibles à la reconstruction. Il faut bien sûr faire en sorte que les cas de trafics d'enfants n'existent plus, mais il faut pour l'instant les assumer. C'est trop facile de tout interdire. Aujourd'hui, les orphelinats croulent sous les enfants qui n'ont rien à manger. Je ne vois pas où se trouve le bénéfice. On ne fait que se donner bonne conscience. Mais je ne lance qu'une interrogation. Le film, ce n'est pas ça.

L'adoption est un sujet émotionnellement très fort. Comment faire pour diriger ses acteurs en prenant le recul nécessaire?

B.T.: - On ne peut pas utiliser les ruses du métier en disant qu'un accessoire ne convient pas pour se dérober. Il faut oser affronter le coeur de chaque scène mais sans que l'émotion que vous éprouvez à titre personnel ne soit malvenue dans la peau du personnage et ne vienne phagocyter le propos du film. Mais c'est vrai que l'on était toujours tous sur une sorte de fil d'un rasoir. Ça a créé une tension incroyablement stimulante, même s'il y a eu des moments de doute. SGo

Holy Lola, en salles à Lausanne, Genève, Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds.


La frontière invisible

Holy Lola n'est certes pas le meilleur film de Bertrand Tavernier, mais c'est sans aucun doute l'un des plus émouvants. Quatre ans après Ça commence aujourd'hui, oeuvre intimiste se déroulant dans le monde de l'école enfantine, il renoue ainsi avec le thème de l'enfance. Même s'il affirme de concert avec Tiffany Tavernier, sa fille qui est à l'origine du scénario, que son vingtième film n'est pas un film sur l'adoption mais le récit d'une quête, d'un parcours de vie.

Holy Lola n'est bel et bien pas un documentaire comme certains l'ont affirmé, même si le cinéaste avoue avoir côtoyé de près la mince frontière séparant la fiction de la réalité. Une frontière bien présente tout au long du film et qui justement lui donne sa force. Que le cinéaste aille filmer dans les orphelinats de la capitale cambodgienne Phnom Penh ou qu'il montre en quel- ques plans d'une sobriété exemplaire le Musée du génocide, on sent bien qu'Holy Lola dépasse le statut de fiction. Jacques Gamblin affirme d'ailleurs que Tavernier ne s'est jamais tant rapproché de cette frontière séparant le monde du documentaire de celui de la fiction.

«S'il le ressent, c'est sans doute vrai», avoue le cinéaste. «Mais c'est aux autres de le dire. Je n'ai pas envie de m'analyser, car je ne sais pas où elle est, cette frontière. Si je le savais, je la franchirais tout le temps!» Tiffany Tavernier avoue également ne pas connaî- tre la distance qui la sépare de cette frontière lorsqu'elle écrit: «Mais au moment où on la traverse, on éprouve quelque chose de très fort. Car on l'a traversée à un moment donné dans le film, sans le savoir à l'avance. L'équipe était en partie constituée de Cambodgiens qui revenaient au pays, comme cette femme qui recherchait son fils disparu depuis 1977 et cette fille qui avait perdu toute sa famille et qui s'est soudainement mise à pleurer. La frontière, elle est là. C'est donc intéressant d'aller jusqu'à elle parce que ça change radicalement notre façon de voir les choses.» Et ça amène une belle émotion sans que le film tombe dans le pathos. SGo


Conseils de Rithy Panh

Le cinéaste Rithy Panh a été ce printemps couvert d'éloges lors de la sortie de son documentaire S21, la machine de mort Khmère rouge. Fer de lance du cinéma cambodgien depuis une quinzaine d'années, Rithy Panh a un petit rôle dans Holy Lola. «Il nous a également conseillé deux ou trois personnes de son équipe qui se sont révélées miraculeuses», raconte Bertrand Tavernier. «Et il nous a expliqué qu'il ne fallait pas aller voir tous les ministres en arrivant au Cambodge, mais plutôt les fonctionnaires de base, ceux qui s'occupent de tel ou tel quartier de Phnom Penh. Et il est intervenu sur un point du scénario: il nous a fait changer le récit que fait une personne sur les Khmers rouges.» «Le récit que nous avions était selon lui trop exceptionnel», poursuit Tiffany Tavernier. «Rithy nous a alors conseillé de le modifier pour être plus dans la moyenne, même si ce n'est pas le terme à employer. Il nous a dit de garder le début et de changer la fin. Et je me suis alors rendu compte qu'il nous racontait sa propre histoire.» Cette scène du témoignage est d'ailleurs l'une des plus fortes du film. «C'est une séquence très importante», approuve le réalisateur. «J'avais très peur de ne pas trouver le bon acteur, car j'ai fait plusieurs essais avec des gens qui racontaient l'histoire de manière trop grandiloquente. Et j'ai trouvé cet homme à qui j'ai demandé de lire le récit sans donner trop d'intonation. Et la manière dont il l'a dit était formidable. Lorsque je lui ai demandé s'il avait le moindre problème avec ce texte, il m'a dit: «Non, c'est exactement ce que j'ai vécu.» SGo


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Dossiers d'adoption bloqués au Cambodge: Raffarin promet une solution rapide
01/12
15:50 Jean-Pierre Raffarin s'est engagé mercredi à l'Assemblée nationale à débloquer "au plus vite" les 12 dossiers d'adoption d'enfants cambodgiens par des Français, qui sont actuellement en souffrance.

"Je reconnais qu'il est inacceptable pour ces familles d'être en situation de rupture de lien affectif avec un enfant. Pour ces 12 familles, j'ai décidé de faire en sorte qu'elles puissent le plus tôt adopter leurs enfants", a déclaré le Premier ministre en réponse au député Yves Nicolin (UMP - Loire), également président du conseil supérieur de l'adoption.

Paris a décidé en juillet 2003 la suspension des adoptions d'enfants cambodgiens par des Français afin de poursuivre les discussions avec les autorités de Phnom Penh "pour mieux assurer la régularité" de ces adoptions.

Des Français qui avaient entamé des démarches d'adoption au Cambodge avant ce moratoire et s'étaient déjà vu attribuer un enfant ont du même coup vu leur dossier bloqué, entraînant des situations parfois dramatiques.

Ainsi, un père de famille de Connaux (Gard), qui réclame avec sa femme l'autorisation d'adopter une fillette de 4 ans hébergée dans un orphelinat au Cambodge, observe une grève de la faim depuis une semaine pour protester contre le blocage de leur dossier.

© AFP.
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