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Auteur [lemonde.fr] Quand l’empire du Milieu se moque du monde   ( Réponses 1 | Lectures 1071 )
Haut de page 11/03/2016 @ 07:29 Bas de page
[lemonde.fr] Quand l’empire du Milieu se moque du monde Reply With Quote
Déconnecté(e) robin des bois
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- sur ce lien du monde.fr ,
http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/03/03/q...re-du-milieu-se-moque-du-monde_4875740_3232.html

- ce très long reportage d'investigation, dans la série Idées

Quand l’empire du Milieu se moque du monde .
LE MONDE | 03.03.2016

Editorial du « Monde ».

Du temps de la splendeur des empereurs chinois, que ce soit sous la dynastie des Tang (618-907), considérée comme l’âge d’or de la civilisation chinoise, ou, plus récemment dans l’histoire, sous celle des Ming (1368-1644), la Chine se voyait et se vivait comme le centre du monde.
Les voisins les plus proches étaient traités comme des "vassaux", les pays les plus lointains considérés comme des "barbares" .
Dans un rapport de suzeraineté, où chacun trouvait son compte, les premiers se soumettaient à la loi de l’empire, dont les frontières n’étaient pas encore fermement fixées.
Les seconds devaient être tenus à l’écart.
Malgré les révolutions et l’avènement des Etats-nations, il reste des traces de cet héritage dans la politique menée aujourd’hui à Pékin par le Parti communiste chinois, au pouvoir depuis 1949.
La Chine, plus forte et plus puissante, a, certes, retrouvé sa place dans le monde, ce qui est une bonne nouvelle pour le reste de la planète.
Mais elle renoue aussi – et cela est plus inquiétant – avec les prétentions hégémoniques de l’empire du Milieu.
Des prétentions qui ne sont pas sans alarmer des pays proches, comme le Vietnam ou les Philippines.
On le voit sur mer aussi bien que sur terre.
Sur mer, avec le renforcement de la présence chinoise dans des îles de la mer de Chine méridionale, là où transite chaque année un tiers du commerce mondial.
L’archipel des Paracels en est un bon exemple, où Pékin aurait, d’après les Etats-Unis, déployé une batterie de missiles sol-air, alors que l’endroit est revendiqué aussi par Taïwan et le Vietnam.
Réagissant à ce constat, mardi 1er mars, le secrétaire à la défense américain, Ashton Carter, a mis en garde Pékin contre toute « militarisation » de cette zone et a affirmé que Washington ne resterait pas les bras croisés.

Une attitude désolante et choquante

Sur terre, la Chine n’hésite plus à faire fi des frontières nationales pour imposer sa loi.
Les organisations de défense des droits de l’homme ne cessent de dénoncer les cas de dissidents ou de ressortissants chinois ayant fui leur pays, «récupérés» dans des pays «amis» de l’Asie du Sud-Est, comme le Cambodge, le Laos ou la Thaïlande.
Ces derniers sont arrêtés par les policiers chinois au mépris du droit international.
Le cas le plus récent est celui du journaliste Li Xin, ancien rédacteur du Nanfang Dushibao, un quotidien cantonais connu pour sa relative liberté de ton, qui avait quitté la Chine en octobre 2015.
Il ne supportait plus de devoir informer la police politique sur ses collègues, ses sources et les militants d’ONG "libéraux".
Personne n’a plus de nouvelles de lui depuis le 11 janvier, alors qu’il voyageait en train de la Thaïlande vers le Laos.
A Hongkong, ancienne colonie britannique redevenue territoire chinois mais censée bénéficier d’un statut spécial jusqu’en 2047, où les droits sont généralement plus respectés que dans le reste du pays, les "disparitions" de cinq éditeurs d’une maison d’édition spécialisée dans les ouvrages sur les coulisses du pouvoir communiste, puis leur réapparition en Chine, ont suscité malaise et colère.
Deux d’entre eux disposaient même de passeports de pays européens.
Cela ne les a pas protégés.

Une telle attitude est désolante – et choquante.
La Chine ne saurait l'ignorer ; elle sera d’autant plus puissante et respectée qu’elle se comportera en acteur responsable de la communauté internationale, à laquelle elle appartient pleinement

La traque sans frontière des dissidents chinois

Dans ses caricatures, l’humoriste chinois Jiang Yefei est incisif, souvent choquant.
Une de ses cibles favorites n’est autre que le président chinois, Xi Jinping, qu’il grime en chef de gang tatoué et bravache, en Mao ou même en Führer inspectant ses troupes.
A l’automne 2015, M. Jiang, qui vivait en Thaïlande, a rejoint la cohorte de dissidents récemment interceptés par la Chine hors de ses frontières, mystérieusement ramenés au pays et placés en détention.
Le turbulent caricaturiste était arrivé en Thaïlande en 2008 après avoir tenté d’organiser un relais de la flamme olympique alternatif. Sa « torche des droits de l’homme » lui avait valu d’être détenu et, expliqua-t-il, torturé.
Dans l’antichambre de l’asile politique en Occident qu’est le royaume du Siam, il avait rejoint une communauté en croissance de déracinés politiques chinois.
On y trouve des pasteurs chrétiens, des blogueurs et autres militants à la petite semaine.
Certains manifestent parfois bruyamment devant l’ambassade de Chine à Bangkok.

« Ils ont prétendu être des Nations unies »

Le 28 octobre 2015, Jiang Yefei voit débarquer chez lui la police thaïlandaise, qui l’arrête avec un ami dissident tout juste arrivé clandestinement de Chine.
Celui-ci était harcelé par la police politique chinoise pour son obstination à commémorer les événements de Tiananmen.
Jiang s’était engagé à l’aider.
Les deux hommes sont placés en détention par la sécurité thaïlandaise pour situation irrégulière.
Ils soulignent le risque d’être persécutés en Chine.
A Bangkok, le bureau du Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies (UNHCR), alerté par leur entourage, leur accorde un statut de protection temporaire et convainc le Canada de les accueillir.
Qu’à cela ne tienne, les deux hommes sont rapatriés en Chine.
« Il y a eu une intervention en haut lieu en dépit des démarches très explicites de l’UNHCR auprès de toutes les institutions thaïlandaises concernées », confie à Bangkok un représentant d’une ONG qui a suivi le dossier.
La Thaïlande, soupçonnée d’avoir accueilli des prisons secrètes de la CIA dans le cadre de la lutte antiterroriste, joue la carte chinoise sous l’actuelle junte militaire.
Chu Ling, l’épouse de M. Jiang qui vivait avec lui en Thaïlande, affirme que son mari a été trompé le 12 novembre par des officiels thaïs et chinois qui lui ont fait signer des papiers.
« Ils ont prétendu être des Nations unies. Les documents étaient en thaïlandais, il n’a pas compris », raconte-t-elle depuis le Canada. Le 14 novembre, les deux hommes sont transférés de la Thaïlande vers la Chine.

« Dites à votre frère de baisser d’un ton en Thaïlande »

Dix jours plus tard, ils réapparaissent dans un reportage du journal télévisé chinois, qui les décrit comme « deux malfaiteurs déportés par la Thaïlande ».
A l’image, ils sont vêtus de la veste des suspects et font face aux interrogateurs.
M. Jiang semble avoir une contusion sous l’œil gauche.
L’air contrit, il reconnaît face caméra avoir aidé son complice à fuir la Chine et s’en repent.
Avec du recul, sa femme réalise que le rapatriement de son mari en Chine ne doit rien au hasard :
« On recevait souvent des appels bizarres qui demandaient à Jiang où il était. »
Puis, le 8 octobre, la sœur de Jiang Yefei prévient le couple depuis la Chine que la police de Chengdu lui a dit avoir localisé le caricaturiste.
« Dites à votre frère de baisser d’un ton en Thaïlande, car on va aller le chercher », avertissent les policiers.
Jiang Yefei et son comparse dissident sont les cibles d’une nouvelle offensive des services de sécurité chinois pour récupérer les opposants à l’Etat-Parti qui ont fui à l’étranger.
Des cas isolés ont certes déjà défrayé la chronique par le passé – notamment de membres du Falun Gong, un mouvement religieux banni.
Et Pékin rapatrie à tour de bras, depuis deux ans, des « corrompus » ou « escrocs » ayant fui à l’étranger.
Toutefois, jamais autant d’opposants ou lanceurs d’alerte n’avaient été ciblés pour délit de critique.
Cette tendance inquiète les ONG.
« La Chine agit dans un contexte de répression accrue de sa propre société civile, comme bon lui semble, avec impunité et, non sans ironie, au mépris de la souveraineté des autres pays »,
juge Sophie Richardson, de Human Rights Watch.

« Les policiers ont l’habitude de kidnapper »

Une telle évolution est cohérente avec l’aggiornamento sécuritaire mené par le président Xi Jinping depuis son arrivée au pouvoir en 2013 :
M. Xi a fait adopter un arsenal de nouveaux textes dont, en juillet 2015, une loi sur la sécurité nationale très explicite.
« La police en Chine a toujours eu une double mission.
L’une classique de maintien de l’ordre, et l’autre, longtemps tacite, de protection du rôle dirigeant du Parti.
Désormais, cette dernière est inscrite dans la loi comme objectif, la police politique a donc pour mandat de protéger la dictature du Parti »,
explique Nicholas Bequelin, directeur pour l’Asie de l’Est d’Amnesty International.
Et d’ajouter : « Les policiers en Chine ont déjà l’habitude de kidnapper des activistes, de faire pression sur la famille, bref, d’utiliser tout un arsenal de mesures extrajudiciaires.
On assiste à une extension de ces pratiques hors des frontières. »


Le journaliste Li Xin en a fait l’amère expérience.
Ses proches ont perdu sa trace en janvier, quelque part à la frontière entre la Thaïlande et le Laos.
Le 3 février, il appelle son épouse pour lui annoncer d’une voix neutre être détenu « pour enquête » par la police chinoise.
Il lui précise être rentré « volontairement » en Chine.
Tout prouve le contraire.
Cet ancien rédacteur du Nanfang Dushibao, un quotidien cantonais connu pour sa relative liberté de ton, avait quitté la Chine pour l’Inde en octobre 2015.
Il y révéla à la presse des listes d’instructions de la censure chinoise aux journalistes.
Surtout, il raconta comment la police politique chinoise le forçait depuis deux ans à l’informer sur ses collègues, ses sources et les militants d’ONG "libéraux".
« Il ne supportait plus cette vie » , explique la militante Sheng Xue, une amie de la famille installée au Canada.
A New Delhi, Li Xin réalise qu’il ne peut déposer une demande d’asile politique.
Il part tenter sa chance à Bangkok.
Mais doit pour cela quitter le territoire thaïlandais une première fois – d’où son voyage vers le Laos.
« Il a dit à son épouse qu’il était descendu du train et qu’il approchait de la frontière. Ensuite, elle n’a plus eu aucune nouvelle », explique Mme Sheng.
Pour elle, il ne fait nul doute qu’il a été enlevé.

Encore plus intrigante fut l’exfiltration de responsables d’une maison d’édition de Hongkong spécialisée dans les ouvrages sur les coulisses du pouvoir communiste, qui s’apprêtait à publier un livre sur les amours secrets du président Xi.
L’un d’eux, Lee Bo, ressortissant britannique, a disparu fin décembre 2015 près de l’entrepôt où sont entreposés leurs ouvrages dans l’ancienne colonie, pour refaire surface en détention en Chine continentale.
Le cas de Lee Bo cristallise les craintes à Hongkong, dont les habitants pensaient être protégés de l’autoritarisme chinois par le maintien d’un poste-frontière séparant cette ville au statut particulier du reste du continent. Après sa disparition, son entourage constata que son permis de passage n’avait pas changé.

« Je suis hanté par la peur »

Le ministre britannique des affaires étrangères, Philip Hammond, affirmait jeudi 11 février que M. Lee avait été « involontairement déplacé vers le continent sans procédure équitable », une violation de l’accord sur la rétrocession de l’ancienne colonie britannique à la Chine, censé garantir les spécificités de Hongkong jusqu’en 2047, notamment l’Etat de droit.
Lee est à son tour apparu sur la chaîne Phoenix TV, lundi 29 février, expliquant s’être « glissé » en Chine avec l’aide d’un ami et ne jugeant « pas pratique » d’en dire davantage. Tout en constatant qu’aucune preuve ne permet d’établir que Lee Bo a été kidnappé, le chef de la police de Hongkong, Lo Wai-chung, a déclaré au South China Morning Post: « Il y a quelque chose qu’il ne nous a pas révélé. »

Le patron de la maison d’édition, Gui Minhai, qui dispose d’un passeport suédois, s’est quant à lui évaporé depuis le sol thaïlandais en octobre 2015, avant de réapparaître en janvier à la télévision chinoise pour y confesser à son tour ses crimes.
Des proches se sont rendus en décembre à Pattaya, en Thaïlande, où M. Gui possédait une résidence, à la recherche d’indices.
Ils ont vu sur les caméras de surveillance de son immeuble un mystérieux individu lui rendre visite avant qu’ils partent ensemble.

L’ambiance est sombre dans le milieu des dissidents exilés : « Ça fait trois mois que je suis hanté par la peur, pour moi et mon fils », dit Yi Feng, un poète dissident chrétien arrivé en septembre 2015 à Bangkok.
Il se souvient : « Un jour, lors d’une rencontre religieuse, un suppôt du parti m’a lancé que ça ne prend que quelques minutes pour faire disparaître des gens comme moi. »


Harold Thibault Journaliste au Monde

Brice Pedroletti (Pékin, correspondant) Journaliste au Monde


ps de rdb : " les 2 rédacteurs du Monde ont mis le paquet" !!!



Edité le 11/03/2016 @ 08:03 par robin des bois

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Haut de page 12/03/2016 @ 02:46 Bas de page
Re : [lemonde.fr] Quand l’empire du Milieu se moque du monde Reply With Quote
Déconnecté(e) kaunklau
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Bientôt , on ne trouve plus l'endroit pour se cacher sur cette planète .Les dictateurs n'aiment pas qu'on les critique .
Et surtout , en complice des "AUTRES ETATS " ????

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