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Auteur [Télérama] "Cambodge, l’art au secours de la mémoire", un reportage de Christine CHAUMEAU   ( Réponses 1 | Lectures 1507 )
Haut de page 11/09/2015 @ 21:12 Bas de page
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- sur ce lien de Télérama :

- un reportage de Christine CHAUMEAU
( elle est, avec RITHY Panh, la co- rédactrice du bouquin "La machine Khmer rouge- Montésok S-21"))

Cambodge, l’art au secours de la mémoire

Christine Chaumeau
Publié le 29/03/2015.

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Les collages de l'artiste Leang Seckon lors de son exposition "Hell on Earth" à la galerie Asia House.


Quarante ans après la tragédie khmère rouge, une nouvelle génération d’artistes cambodgiens émerge et offre sa lecture du passé.
Elle est actuellement exposée à Paris.

En circulant dans les rues de Phnom Penh aujourd’hui, on peine à imaginer que la ville a été un jour vidée de ses habitants durant trois ans par les Khmers rouges.
En 1975, deux millions de personnes ont été poussées vers les campagnes par les communistes cambodgiens, persuadés de pouvoir créer ainsi l’homme nouveau.
Quarante ans plus tard, embouteillages, constructions anarchiques, supermarchés débordants, omniprésence des jeunes, la capitale du Cambodge est au diapason des cités de la région.
Les traces physiques des décennies de guerre civile ont disparu.

Les cicatrices de l’histoire et les violences d’un développement économique inégalitaire se trouvent sur les photos, les peintures, dans les installations d’une génération d’artistes, nés après la guerre.
Leurs noms commencent à circuler hors des frontières de leur pays.
Certains sont ou seront exposés cette année en France. A Art Paris Art Fair (du 26 au 29 mars), au Palais de Tokyo et au Jeu de Paume (jusqu'au 17 mai).

Les rebelles de l'art

Deux hommes incarnent ce secteur artistique en ébullition, longtemps préoccupé par la sauvegarde d’un patrimoine amputé par la guerre.
Le premier, Leang Seckon, 45 ans, fait figure d’ancien dans un pays où 60 % de la population ont moins de 30 ans. Il vend ses toiles à l’étranger.
Le second, Kong Vollak, 32 ans à peine, ancien membre fondateur du collectif Steiv Selepak, les « rebelles de l’art », partage son temps entre enseignement et création.

Dans son appartement atelier d’une artère calme, située entre le Mékong et le palais royal de Phnom Penh, cabotin, Leang Seckon aime se mettre en scène.
Il raconte chacune de ses toiles comme il lirait les pages d’un récit, celui de l’histoire de son pays.


“J’aime les collages, pour la liberté et les idées qu’ils me donnent.”

Eparpillées au sol, ses vingt nouvelles œuvres attendent d’être emballées.
Elles partent dans quelques jours à Hongkong pour la Art Basel, un rendez-vous majeur de l’art contemporain.
« Cette série est faite à partir de cartes de jeu que j’ai trouvées sur le sol.
Elles y avaient été laissées par les conducteurs de cyclo qui attendent les clients en jouant devant le palais royal.
Elles prennent aujourd’hui une autre forme dans mes tableaux. Je suis comme un dieu qui leur redonne vie. J’aime cette idée du cycle de la vie
. »

Les quatre as se retrouvent collés dans le tableau Devant le palais royal.
On y sent l’ambiance paisible de l’esplanade où les citadins aiment à se promener le soir.
La photo d’une vendeuse, celle de fidèles priant dans un pagodon avec quelques bâtons d’encens et un portrait de l’ancien roi Norodom Sihanouk complètent le tableau.
« J’aime les collages, pour la liberté et les idées qu’ils me donnent. »

En 2002, Leang Seckon a bousculé la scène picturale cambodgienne en représentant une apsara, divinité céleste des bas-reliefs angkoriens, avec le visage ridé.
Un geste iconoclaste tant l’image de cette danseuse représente la pureté.
Une autre apsara portait le costume d’une « lanceuse de bière », ces jeunes femmes qui font la promotion des marques d’alcool dans les bars de Phnom Penh.
L’artiste questionnait ainsi la sacralisation de la pureté féminine alors que ses voisines devaient se vendre pour quelques dollars.

Le style de Leang Seckon associe richesse des couleurs, collages, coutures.
Les images bouddhiques côtoient des personnages du Reamker, la version khmère de l’épopée indienne du Ramayana.
Dans sa série « Hell on Earth » qui date de 2014, il a composé des scènes allégoriques où il tente d’exorciser les démons du passé.
L’Elephant dans une mare de sang, inspirée d’une légende, montre un bouddha squelettique mourant.
Deux hommes, l’un avec un visage de tigre et l’autre de chien, chevauchent l’éléphant.
« Ils représentent ceux qui ont détruit le peuple cambodgien », dit Leang Seckon.
Sous les pieds du pachyderme, la religion piétinée et détruite par les Khmers rouges.

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Kong Vollack et les étudiants de l'école royale des beaux arts s'essayent à de nombreuses techniques de création.

Dans la cour de l’Université royale des beaux-arts (Urba), coincée entre le palais royal et le musée national, Kong Vollak termine la construction d’un mur avec ses élèves.
On le croise un peu par hasard.
Puis, on revient le voir, intrigué par ce personnage effacé, au phrasé précis et concis. Il est autant sur la réserve que Leang Seckon est volubile.
Sur son téléphone portable, Kong Vollak affiche les photos de sa prochaine création, qui devrait lui prendre trois ans : une installation qui comptera deux millions de pièces de plomb. Deux millions, comme le nombre de victimes des Khmers rouges.
Il n’a connu de ce régime que ce que ses parents lui ont raconté, « à l’occasion d’un bon repas, ou d’une émission à la télévision ».
Mais, il tient à en parler dans ses œuvres.
« Nous devons nous souvenir pour répondre aux questions des prochaines générations. »
Son travail artistique, Kong Vollak y consacre ses week-ends.
Le reste de la semaine, il enseigne.
« Je veux ouvrir les yeux des professeurs de l’enseignement primaire et secondaire sur l’histoire de l’art. Ils la partageront avec leurs élèves. »
Faire comprendre les choix des impressionnistes, découvrir les classiques, autant de choses nouvelles jamais abordées, jusque-là, dans les cursus scolaires et universitaires.

Leang Seckon connaît les mérites de l’enseignement très académique qu’il a suivi à l’Université royale des beaux-arts.
Il maîtrise les kbach, ces formes décoratives élégantes qui ornent notamment les toits des pagodes et la sculpture des statues angkoriennes.
« En sortant de l’école, j’étais comme un poisson rouge dans un sac.
Je voyais la liberté à l’extérieur, et je voulais transpercer le plastique. Je sentais le besoin d’apprendre pour m’exprimer autrement
. »
Encouragé par l’artiste américain Chris Lawson, il explore des formats composites, très éloignés de ce qu’il a appris à l’Urba.

L'art contemporain est perçu comme un acte d’opposant.”

Et puis, il voulait raconter, parler de son histoire, créer.
Comme un besoin cathartique.
Les bombardements américains de son enfance, dans la province de Prey Veng, là où les B 52 ont déversé des tonnes de bombes dans une vaine tentative de couper la piste Hô Chi Minh, l’« absence de couleur » de ces années rouges, puis les dérapages d’une modernité brutale qui détruit l’environnement.
Son travail d’artiste revient, dit-il, à transformer « la tristesse en beauté, la mort en la vie, comme les vieilles cartes jetées sur le chemin qui renaissent dans un collage.
Nous ne pouvons être dans le désastre pour toujours, nous avons besoin de la beauté
».

A ses yeux, « l’artiste est à la fois un guetteur et un diseur de bonne aventure ».
Pour autant, ses œuvres, comme celles des autres plasticiens de sa génération, touchent plus les collectionneurs étrangers à la recherche de nouveaux talents que ses compatriotes.
Sans doute parce que, comme l’écrit le directeur de l'ONG Cambodian Living arts, Phloeun Prim, dans 100 Questions sur le Cambodge, « l’art contemporain est perçu comme un acte d’opposant » dans un pays où la liberté d’expression demeure sous contrôle, et la peur dicte les choix.
Lorsque Leang Seckon souhaite construire un naga (« serpent ») de 9 mètres en plastique pour dénoncer la pollution qui enlaidit Siem Reap, la ville qui borde les temples d’Angkor, il se heurte à de nombreuses résistances.
Les tours éphémères que Kong Vollak dessine au charbon de bois sur les murs ?
« Une manière de faire réfléchir à l’urbanisation, dit-il. Je voudrais que l’homme soit au cœur de la ville, pas les supermarchés. »
Ce message éminemment politique séduit les institutions et les ONG, mais laisse indifférent la nouvelle bourgeoisie satisfaite de pouvoir accéder à la société de consommation.
Peu importe dit Leang Seckon : « La route est ouverte maintenant.
Les gens vont apprendre à lire notre langage, sa complexité et sa profondeur
. »



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Cambodge, l’art au secours de la mémoire.


Ça, c'est une réponse à ma question pas encore développée... merci kékéké


C'est pour rire, ok.


Ce ne serait pas le contraire?

Biologiquement, ou scientifiquement c'est la mémoire qui développe l'art. Non? Bofff si elle l'a dit...


C'est comme l'œuf et la poule. Y a des gens qui disent c'est l'œuf qui fait la poule qui elle va fait d'autres oeux.... kékéké




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