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Auteur [lemonde.fr] Angkor, entre sacré et prospérité   ( Réponses 0 | Lectures 1781 )
Haut de page 14/08/2015 @ 16:59 Bas de page
[lemonde.fr] Angkor, entre sacré et prospérité Reply With Quote
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Angkor, entre sacré et prospérité

Le Monde.fr | 14.08.2015 à 06h37 • Mis à jour le 14.08.2015 à 07h15
| Par Bruno Philip (envoyé spécial à Angkor)

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Des touristes au temple Bayon sur le site d'Angkor au Cambodge, en 2009.

En cette humide matinée de la fin juin, un groupe de touristes chinois grimpe péniblement les raides escaliers du Bayon, l’un des plus célèbres temples du parc ­archéologique d’Angkor, surtout connu pour ses énigmatiques visages sculptés dominant l’édifice de leurs sourires à peine esquissés.
Mais pour ces visiteurs, le but de l’escalade n’a pas pour objet de profiter dans la sérénité des splendeurs de ce monument vieux de huit siècles, construit sous la férule du grand roi khmer Jayavarman VII.

Manifestant bruyamment sa joie d’avoir investi le temple, jouissant du délice de pouvoir hurler ensemble, le groupe de touristes se lance à l’assaut, bras tendu prolongé par son arme de poing favorite : une perche avec un téléphone portable accroché au bout, condition nécessaire pour assouvir cette soif passionnée de l’autoportrait – un désir nommé « selfie ».

Les temples hindous et bouddhistes d’Ang­kor, quelque 700 monuments éparpillés dans une zone immense du nord du Cambodge et classés au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1992, ont vu leur fréquentation exploser en une quinzaine d’années :
une soixantaine de milliers de visiteurs en 1999,
un peu plus de deux millions en 2014,
déjà presque un million pour les cinq premiers mois de cette année…
Outre le temple le plus connu, Angkor Vat, cinq ou six autres monuments, dont le Bayon, ­concentrent le maximum de visiteurs, de plus en plus souvent venus de Chine ou de Corée du Sud : 146 696 touristes ont visité le Bayon au mois de mai, dont 44 681 ressortissants de la République populaire.

La rançon du succès étant tout à la fois la mort de la poésie des lieux et le début des problèmes – archéologiques, esthétiques, sécuritaires –, les autorités cambodgiennes sont en train de prendre des mesures pour faire face à cette déferlante.
Car responsables et spécialistes, tant étrangers que ­khmers, ont beau répéter depuis des années que le tourisme doit être respectueux du ­patrimoine, la spectaculaire augmentation du nombre de visiteurs dans des monuments à caractère religieux qui n’ont pas été bâtis pour résister à pareille affluence représente une réelle menace à leur préservation.

« 10 % du PNB dépend du tourisme »

« La forme de tourisme souhaitée qui a été mise en avant par beaucoup ne correspond pas à la réalité du tourisme de masse »,
constate Christophe Pottier, architecte, archéologue et actuel directeur, à Bangkok, de la prestigieuse Ecole française d’Extrême-Orient (EFEO) pour le compte de laquelle il a passé dix-huit ans au Cambodge.
Garantir que le succès touristique du parc d’Angkor puisse éviter la détérioration des temples constitue donc une rude tâche pour l’Autorité pour la protection du site et de l’aménagement de la région d’Angkor (Apsara), l’institution gouvernementale cambodgienne.

« Il faut bien comprendre que ce genre de tourisme est un phénomène relativement nouveau pour Angkor », plaide Chau Sun Kerya, porte-parole d’Apsara.
Formée en France, elle y a soutenu une thèse de troisième cycle dont l’intitulé résume bien le défi à relever : « Angkor, le poids du mythe et les aléas du développement ».
« Il s’agit de concilier les exigences d’un tourisme qui est une source de revenus importants pour le pays, se défend-elle encore, et la préservation des sites archéologiques dans le contexte d’un site vivant où résident une centaine de milliers de Cambodgiens, dont le respect absolu pour le caractère sacré des temples se combine avec le désir de plus de prospérité. »

Dans la périphérie des zones protégées en priorité, toute une population aux activités liées au tourisme est en effet venue gonfler celle des 112 villages du parc.
De l’aveu même des autorités, il n’est pas toujours facile de faire respecter les règles d’interdiction de construire dans ces « zones tampons ».
« Il y a une façon très simple d’éviter tout impact du tourisme sur les temples : supprimer le tourisme ! », plaisante Sok Sangvar, directeur du Plan de management du tourisme pour Apsara.
Ce jeune homme formé en France, en Suisse et en Australie ­affiche une impressionnante détermination.
Optimiste, il veut croire que « l’augmentation exponentielle du tourisme n’est pas un problème en soi : ce qu’il faut, c’est parvenir à bien gérer l’afflux et le transformer en opportunité pour mon pays, dont 10 % du PNB dépend du tourisme ».

Eduquer gardiens et touristes


M. Sok, fils du puissant vice-premier ­ministre Sok An, n’a pas été nommé là par hasard : Angkor est depuis le temps des ­colons français un symbole national.
Sa ­silhouette figurait même sur le drapeau des Khmers rouges, et il continue d’être l’emblème du Cambodge.
Le parc constitue en quelque sorte une priorité d’Etat.

« Angkor n’est pas qu’un site touristique, c’est l’esprit même du Cambodge ; préserver le site n’a pas que des buts économiques, c’est aussi préserver notre histoire », assure Sok Sangvar.
Et si le directeur du tourisme peut compter sur le pouvoir de son père pour imposer ses vues, il a manifestement décidé de prendre son nouveau job très au sérieux.
Pour cela, il utilise des méthodes modernes de gestion : les murs de son ­bureau sont recouverts des plans des principaux temples sur lesquels sont mentionnés les noms de tous gardiens et l’emplacement que chacun d’eux est censé occuper dans le monument.
« Puisque les choses ont changé, il faut éduquer les gardiens, être strict dans la gestion, remettre au travail les employés.
J’ai même créé un corps d’inspecteur des temples
», détaille Sok Sangvar qui se targue d’avoir passé du temps avec tous ses subordonnés afin d’expliquer les raisons de cette nouvelle politique, censée combiner rigueur, discipline et motivation.

Mais ce sont avant tout les touristes qui doivent être éduqués : un « code de conduite » est en train d’être mis en application, affiches à l’appui, devant les temples les plus fréquentés.
Entre autres, le « code » demande aux visiteurs d’être correctement vêtus en signe de respect du caractère sacré des lieux.
La photo d’une jeune fille assise dans un temple, jupe retroussée haut sur les cuisses, a été apposée devant l’entrée de certains monuments, une croix rouge barrant l’image…

Figure également au menu du « code », la mise en application rigoureuse de l’interdiction pour les estivants de pénétrer dans certaines parties fragiles des monuments – ne serait-ce que pour leur propre sécurité au vu de la dangerosité de l’escalade dans cet environnement de murailles et d’escaliers aux pierres disjointes.

D’autres mesures ont été prises – ou le ­seront – pour éviter l’usure prématurée de bas-reliefs souvent objet de caresses inopportunes par des millions de mains avides.
Au temple Banteay Srei, rendu célèbre par le vol de « dévatas » (déesses) par un certain André Malraux en 1923, la porte du Dieu hindou Indra a été fermée pour éviter que les sacs à dos des visiteurs frottent sur les pierres.
Au Ta Prohm, monument connu pour ses énormes banians qui étreignent le temple dans leurs racines, des passerelles de bois ont été installées pour canaliser la circulation.
Un sens obligatoire de la visite a désormais été imposé.
Sok Sangvar prévoit également l’instauration d’un ticket à puce qui permettrait de savoir combien de visiteurs sont déjà dans le temple et d’interrompre la visite en cas d’engorgement…

Stabilité des temples

Mais une autre menace pèse sur Angkor : le pompage abusif de la nappe phréatique.
Les hôtels toujours plus nombreux qui se sont construits dans la ville voisine de Siem Reap pourraient en effet compromettre l’assise même des temples, bâtis sur des dépôts d’alluvions constitués de couches de sables argileux et limoneux.
« Quand le niveau de la nappe phréatique descend trop vite, les monuments sont menacés », explique Hang Peou, un hydrologue de l’Apsara.
Pour lui, la solution consiste en un remplissage des « baraï » (réservoirs) afin de rééquilibrer les oscillations du niveau de la nappe phréatique.

Le pari n’est pas gagné : selon une étude japonaise, au-delà du pompage de 12 000 mètres cubes d’eau par jour pour les hôtels, la situation devient problématique.
Or il s’en pomperait désormais 30 000 mètres cubes au quotidien.
« Si on ne trouve pas d’autres solutions, il ne sera pas possible de garantir la stabilité des temples », redoute Hang Peou.

Le tourisme n’est cependant pas qu’une plaie, observe Dominique Soutif, directeur de l’EFEO à Siem Reap :
« Le tourisme a des effets pervers. Cependant, le succès d’Angkor assure aussi le financement de la conservation de ces temples magnifiques », rappelle-t-il.
Entre flux touristique et préservation, l’avenir dira si le point d’équilibre a été trouvé…


Bruno Philip
(envoyé spécial à Angkor)
Journaliste au Monde Suivre


Edité le 14/08/2015 @ 18:07 par robin des bois

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