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Auteur Rattanak kiri vu par lepetitjournal.   ( Réponses 6 | Lectures 2646 )
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Rattanak kiri vu par lepetitjournal. Reply With Quote
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SIGNAL D'ALARME - Forêts, temples et bulldozers … le meurtre prémédité de l’écotourisme à Ratanakiri

Parmi toutes les beautés que recèle la province de Ratanakiri dans le Nord-Est du Cambodge, il en est une à part qui n’est pas un lac, une cascade ou des rapides glissant sous l’ombre des arbres, cette beauté ci est née il y a longtemps de la main de l’homme mais la nature est devenue son écrin.

Eloigné, difficile d’accès, oublié depuis des centaines d’années, Prasat Ta Nang semble différent de tous les temples que l’on peut admirer ailleurs au Cambodge, les villageois Jaraï qui habitent à proximité racontent qu’il aurait été construit par les Chams, leurs cousins, passés là il y a fort longtemps à l’occasion de l’une de leurs expéditions guerrières contre la cité d’Angkor.

Construit en briques si finement jointées qu’on les dirait collées les unes aux autres, le petit temple rouge se dresse sur les berges d’une belle rivière qui servit autrefois à flotter moyens et matériaux jusqu’à lui à travers l’immense forêt longeant la frontière du Vietnam. Le temps semble s’y être arrêté, la forêt khmère vibre, vivante sous la chaleur de ce début de saison des pluies, des calaos volent au dessus de la futaie, nous avons dû nager pour traverser la rivière dont les eaux rouges sont grossies par les récents orages, on se croirait plongés dans un roman de Rudyard Kipling.

Ce moment sublime, comme le Cambodge m’en a si souvent fait connaitre depuis plus de vingt ans que j’ai la chance d’y vivre : découvrant des totems Jaraï de deux mètres de haut au beau milieu de la forêt, arrivant pour la première fois au temple de Préah Vihear après plusieurs jours de moto et une ascension de la montagne sous des trombes d’eau ou encore déposé en hélicoptère russe devant Angkor en 1992… ce moment sublime est cependant un moment triste.

Car tout change vite dans le Cambodge contemporain, beaucoup trop vite ! Vous avez à peine le temps d’en apprécier les beautés qu’elles sont déjà condamnées par l’avidité des hommes !

Les animaux, qui l’année passée animaient la forêt ont maintenant disparu, plus de chevreuils, plus de cerfs, plus rien à vrai dire car le monde moderne se prépare à avaler cette partie de nature. Les bulldozers vietnamiens, destructeurs de la beauté cambodgienne, ne sont plus qu’à quelques kilomètres, car la forêt a été vendue, vendue pour son bois et sa terre. Le bois part au Vietnam par une noria de camions et la terre sert à nourrir des étrangers sud-américains, les sinistres Hevea brasiliensis, qui sont en passe de recouvrir l’essentiel de ce qui fut la forêt cambodgienne. Importé en Indochine par mes propres ancêtres après que ses graines eurent été dérobées au Brésil par l’Anglais Henri Wickam en 1867 pour en recouvrir la Malaisie, les armées infernales du caoutchouc poussent partout au Cambodge : tristes, mornes, oppressantes, elles sont devenues le dada du Premier Ministre qui trouve qu’il n’y en a jamais assez. Il se reprend de temps en temps et déclare que ça suffit de couper la forêt cambodgienne pour faire des plantations, mais il faut croire que sans cesse ses conseillers lui poussent de nouveaux dossiers sous les yeux, alors il signe et il signe encore et à chaque goutte d’encre, des millions d’arbres et d’animaux meurent broyés par l’acier des Caterpillars. Rien n’y échappe, les réserves naturelles sont déclassées et qualifiées de « forêts dégradées » par un ministre qui n’y est jamais allé et se félicite de l’opération en disant qu’on va ainsi ériger un « no man’s land » protecteur pour ce qui reste du parc national, et le Premier Ministre signe…

Ça s’appelle la mondialisation, les Chinois ont besoin de caoutchouc pour faire des pneus et par ricochet le gaur, le banteng et l’éléphant cambodgien doivent mourir. Plus besoin de conquêtes coloniales hasardeuses comme dans le passé, un simple transfert d’argent et des ouvriers vietnamiens travaillent pour des capitaux allemands à chausser de pneus neufs les voitures des Chinois. Ah oui, vous pensiez les Allemands écolos et amateurs de forêts, ach so ? Chez eux peut-être… Au Cambodge la Deutsche Bank et des fonds d’investissements privés comme International Finance Corporation (IFC) payent les bulldozers qui dévastent la forêt, les ouvriers sont Vietnamiens mais une partie des Euros sont allemands.

Même les bonnes intentions se terminent souvent en cauchemar écologique. Pensant bien faire, le gouvernement Japonais a financé la construction du pont d’Andong Meas sur la rivière Sé San. Louable élan de solidarité, ce don sert en fait à déforester toute la rive Nord de cette rivière abandonnée à la voracité des bulldozers qui dévastent le territoire des Jaraï et des Katchas, endroit sublime qui fut longtemps un des hauts-lieux de l’éco-tourisme à Ratanakiri. Toute cette zone a ainsi échappé à ses habitants dont le futur se borne maintenant à travailler comme manœuvres sur les plantations ou bien à partir de la terre de leurs ancêtres, mais pour aller où ?

Les responsables de cette déforestation industrielle sont toujours des gens proches du pouvoir. Immensément riches, ils ont l’intelligence de savoir « partager », pas par grandeur d’âme rassurez-vous, ils savent que s’ils empêchaient les petits d’en profiter ceux-ci se retourneraient contre eux, alors ils laissent faire, tant que leurs propres intérêts ne sont pas menacés. C’est ainsi que quasiment toute la population de Ratanakiri est partie à l’assaut des forêts de la province. Où que l’on aille on verra des motos transportant du bois précieux, des voitures, des bus, des tracteurs, des camions… partout, le bruit des tronçonneuses a remplacé celui des oiseaux.

Beaucoup de gens sont devenus riches maintenant à Ratanakiri, les voitures de luxe s’alignent comme à la parade devant les restaurants de Banlung à l’heure de la soupe du matin. On pourrait s’en féliciter si l’on n’en connaissait les raisons et si l’on ne savait que la déforestation ne s’arrêtera, in fine, qu’avec le dernier arbre.

Car c’est l’assaut final maintenant, il n’y a plus de frein, plus de honte. Il ne reste que quelques poches de forêt bientôt disparues entre Banlung et la rivière Sésan, mais cette frontière d’eau a elle aussi déjà été franchie par les exploitants forestiers les plus connectés en haut lieu. Le Parc National et sa zone tampon sont attaqués de toutes parts, le pont d’Andong Meas et la concession de la Queue du Dragon mangent le Parc à l’Est, mais il est maintenant pris en tenaille car le centre et l’ouest sont attaqués aussi.

Le secteur de l’écotourisme a beau être créatif, chercher sans cesse les derniers beaux endroits et proposer des circuits renouvelés aux voyageurs, nous sommes invariablement rattrapés par les tronçonneuses. D’autres concessions ont été attribuées illégalement, à côté du village de Koh Peak dans la zone tampon du parc, là où la forêt est si belle et parsemée de chutes d’eau. La nouvelle base de repli des activités écotouristes à Ratanakiri n’aura pas duré longtemps ! Trois équipes de 30 bûcherons chacune sont à l’œuvre toute la journée dans la forêt du peuple Katcha et des camions font la noria pour transporter le bois qui sera stocké non loin de la rivière avant d’être transporté de nuit vers les dépôts de bois légaux et ainsi “blanchi” de la même façon que l’argent sale… Les bûcherons sont tous des Khmers de Kompong Cham, Takéo, Pursat… les minorités n’ont même pas le droit de profiter de l’éventration de leur forêt, on ne fait appel à eux que pour repérer les derniers arbres chers comme les rarissimes Thnongs (Pterocarpus Macrocarpus, prix 3000$ le m3 au Vietnam). Nous y ferons peut-être une saison encore, en contournant autant que possible les avaleurs de forêt et puis ce sera terminé pour cette zone. Même le Parc National est gravement touché, les clients que nous y envoyons en reviennent tous avec la même remarque, c’est un endroit superbe mais massacré par la déforestation !

Le magnifique projet de rencontre avec une famille de Gibbons acclimatée à l’homme à l’Ouest de la province dans la zone dite “Voeune Sai Siempang Protected Conservation Area” est ainsi totalement compromis par la déforestation. Les bûcherons œuvrent tout autour de la station environnementale, parfois à moins de 100 mètres d’elle, les scientifiques étrangers qui y vivent ne peuvent plus étudier les animaux. Ceux-ci se cachent maintenant et leur habitat a parfois déjà été détruit. Un langur argenté a même été tué ces derniers jours par les bûcherons qui n’hésitent jamais à se muer en braconniers. De mon côté, les deux premiers groupes que j’ai emmenés dans la VSSPCA en ce début de saison touristique n’ont pu voir que des carcasses d’arbres abattus un peu partout et aucun gibbon. Quelle belle découverte ! Ils vont certainement inciter leurs amis à aller au Cambodge profiter du beau concerto des tronçonneuses…

Au delà de la faune et de la flore c’est donc tout un secteur économique, celui du tourisme, qui est sacrifié. Beaucoup d’hôtels, de tours opérateurs, de guides, de chauffeurs et des centaines d’autres gens profitent des retombées de l’écotourisme. Tous ont cru à divers degrés aux promesses gouvernementales de développer l’écotourisme, de protéger la nature et les cultures indigènes. Que reste t’il de ces promesses aujourd’hui ? Un immense gâchis !

Imaginez un hôtelier ou un agent de voyage de Siem Reap apprenant chaque jour et ce, depuis des années, qu’un nouveau temple vient d’être rasé au bulldozer… C’est ce qui nous est infligé à nous, amoureux et promoteurs de cette belle région cambodgienne.

Et parce qu’au Cambodge tout peut toujours aller plus mal… cette image de temples rasés risque bien de devenir une réalité tragique, le temple de Ta Nang est depuis quelques jours fermé aux touristes. Des gardes de la compagnie vietnamienne en interdisent l’accès affirmant que toute la zone fait désormais partie de leur concession de 10 000 hectares, seuls quelques Cambodgiens peuvent passer, à condition de laisser leur carte d’identité en dépôt et sans emmener d’appareil photo ! Tout laisse à croire que le petit temple rouge est devenu gênant. Rien ne doit plus empêcher que la forêt soit abattue et transformée en plantation, surtout pas ce temple inconnu. Un petit coup de bulldozer serait fort commode, on blâmerait le conducteur… C’est ce que semblent craindre les visiteurs refoulés ! Ce ne serait pas la première fois qu’un patrimoine est rasé pour faire place à un développement économique.

Seulement le Cambodge est en train de changer…

Depuis les dernières élections, le peuple a commencé à demander des comptes, la déforestation massive est devenue très impopulaire, sans parler de la destruction programmée d’un temple angkorien si la chose venait à se savoir ! Si l’actuel gouvernement veut rester au pouvoir, il va lui falloir se réformer…

Le pays a maintenant un nouveau Ministre de l’Agriculture, je souhaite qu’il définisse une politique différente de celle de son prédécesseur et se rende compte qu’il existe d’autres ministères dans son pays, comme ceux du Tourisme ou de l’Environnement par exemple et qu’il serait bien venu de travailler avec eux à la construction ordonnée du Cambodge de demain...

Et parce que je suis un indécrottable optimiste, j’espère de tout cœur que le gouvernement comprendra qu’au-delà des compagnies chinoises, vietnamiennes, coréennes… les petits acteurs économiques du pays peuvent eux-aussi faire l’objet d’égards et qu’on ne peut plus, d’une signature, vendre et détruire tout le patrimoine d’un pays.

Inspirons-nous de ce qui fonctionne, l’ONG Wildlife Alliance a démontré avec brio dans la région de Koh Kong que protection de l’environnement et développement du tourisme peuvent être un succès ainsi qu’une vitrine pour le pays.

Il faudrait simplement que le gouvernement le veuille et que le Premier Ministre use son stylo non plus pour rayer les forêts de la carte, mais pour les protéger... Ne déclare t’il pas rechercher des solutions contre le réchauffement climatique ?

Pierre-Yves Clais (Propriétaire du Lodge des Terres Rouges à Ratanakiri) jeudi 14 novembre.



#101245 View kaunklau's ProfileVisit kaunklau's HomepageView All Posts by kaunklauU2U Member
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Re : Rattanak kiri vu par lepetitjournal. Reply With Quote
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C'est un texte qui est très bien écrit . Au moins , il n'a pas peur de dire que H.Sen et son ministre avaient laissé faire , avaient laissé détruire Rattanak kiri .
Voilà ce n'est pas moi qui critique , c'est la vérité que décrivait un journaliste .

Bravo ,il existe des étrangers qui sont plus amoureux de notre pays plus que certains phnom-penhnois khmers , membre de ce gouvernement .

Dans leur tête , ces messieurs ,ces ministres , ces leaders : pognons , pognons ...quand il ne restera plus rien sur le territoire , pour les enfants khmers , ils ne seront plus là , pour voir qu'est-ce qu'il deviendra son pays .

#101248 View kaunklau's ProfileVisit kaunklau's HomepageView All Posts by kaunklauU2U Member
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Re : Rattanak kiri vu par lepetitjournal. Reply With Quote
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Pierre Yves est très connu dans la région, son petit hôtel ainsi que les ballades organisées pour les touristes correspondent à une autre forme de découverte du Cambodge, rien à voir avec PP by night, les karaokés et les salons de "massages", cet article n'est pas surprenant de sa part, effectivement il fait partie de ces "étrangers" plus khmer que beaucoup de khmers.
#101256 View gabriel's ProfileView All Posts by gabrielU2U Member
Haut de page 18/11/2013 @ 07:07 Bas de page
Re : Rattanak kiri vu par lepetitjournal. Reply With Quote
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http://earthenginepartners.appspot.com/google.com/science-2013-global-forest

SVP :- taper Rattanakiri dans le cartouche en haut à gauche

- zones en rouge







Edité le 18/11/2013 @ 07:19 par robin des bois
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Haut de page 15/12/2013 @ 08:55 Bas de page
Re : Rattanak kiri vu par lepetitjournal. Reply With Quote
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Je vais archiver cet article dans KN afin de le garder pour ne pas le perdre .La déforestation chez les khmers , ça continue :

http://the-dissident.eu/658/au-cambodge-la-deforestation-suit-son-cours-2/


Au Cambodge, la déforestation suit son cours

Déforestation au Cambodge

De Phnom Penh. L’Amazonie et l’île de Sumatra n’ont hélas pas le monopole de la déforestation. La jungle de Prey Lang, plus grande forêt primaire d’Asie du sud-est, est aujourd’hui victime des convoitises humaines et voit sa superficie réduite de jour en jour. La rengaine est toujours la même : exploitation illégale de bois précieux, concessions minières, plantations d’hévéa et infrastructures de transport.

Avec une superficie estimée à 3600 km², 27 espèces animales et une vingtaine de végétales en danger d’extinction, mais aussi près de 200 000 personnes dont la vie quotidienne dépend directement de ses richesses, la forêt de Prey Lang est devenue, à travers les âges, un écosystème considérable. Et comme partout, les ressources naturelles qu’abrite cette jungle immense excitent les convoitises. Ici, il n’est pas question de pétrole, mais d’hévéa, de bois de luxe et de concessions minières pour exploiter du fer et même de l’or. Une véritable aubaine pour un pays figurant parmi les plus pauvres d’Asie du sud-est, dont le gouvernement trentenaire cherche à diversifier tant bien que mal ses sources de revenus. Encore faut-il pouvoir gérer l’opportunité convenablement.
La forêt de Prey Lang est située à cheval sur les provinces de Preah Vihear, Kampong Thom et Stung Treng.

Chronique d’une renaissance chaotique

Autrefois rayonnant sous le règne du Talleyrand local, feu le roi-père Sihanouk, décédé en octobre dernier, le Cambodge s’est littéralement écroulé lors de la prise de pouvoirs des khmers rouges de Saloth Sar, dit Pol Pot. Destruction de l’élite intellectuelle, de la monnaie, famines, lycées reconvertis en prisons et camps de torture, pour créer dans le cadre d’un véritable génocide des « hommes nouveaux » sous l’égide de l’Angkar entre 1975 et 1979. Le Vietnam intervient alors militairement et occupe le pays pendant une dizaine d’années. En 1985, le camarade Hun Sen, ancien khmer rouge repenti aux dents longues, devient le plus jeune Premier ministre du monde (il a alors 27 ans). S’en suit la reconstruction chaotique d’un pays totalement exsangue. Face à la corruption et la faiblesse de la gouvernance, l’économie informelle (contrebande et activités agricoles) s’est considérablement développée au point de représenter aujourd’hui 80% du PIB cambodgien. Les conséquences d’une telle instabilité économique ne se sont pas faites attendre : chute des investissements étrangers entre 1995 et 2003 du fait de la corruption endémique et des incertitudes politiques, déficits budgétaires dus à une faible perception des recettes face à l’ampleur de la contrebande. Malgré tout, le Cambodge est resté un abonné aux croissances à deux chiffres permettant au pays d’être l’un des plus dynamiques de la région, grâce notamment à des secteurs du bâtiment, du tourisme et du textile en pleine effervescence.
Prey Lang, victime des faiblesses de gouvernance

Dans ce contexte politico-économique caractérisé par un gâchis considérable, lui-même stimulé par l’omniprésence de la corruption, la gestion des richesses de la forêt de Prey Lang laisse craindre le pire. Vireak (ndlr : le prénom a été changé), coordinateur de projet pour le compte d’une ONG locale, est confronté quotidiennement aux injustices que subissent les villageois vivant proche des parcelles rasées.

« Le gouvernement donne des autorisations aux entreprises pour couper des arbres à Prey Lang, mais il ne précise pas combien d’arbres peuvent être coupés. Au bout du compte, les sociétés coupent sans arrêt jusqu’à arriver sur les terres des communautés et à détruire les moyens de subsistance que les villageois tirent de la forêt. Ces derniers ne reçoivent aucune compensation. »

La plupart des sociétés agro-industrielles, dont une partie appartient au Vietnam Rubber Group, recevant les autorisations d’exploitation coupent les arbres pour planter des hévéas et produire du caoutchouc. Les concessions minières ne sont pas en reste, puisque certaines d’entre elles profitent en toute illégalité de la déforestation pour récupérer et vendre les bois précieux et résineux, quand bien même ceux-ci appartiendraient aux communautés. Toutes ces sociétés font ainsi d’une pierre trois coups : elles coupent des arbres illégalement et revendent le bois, tandis que les parcelles déboisées seront soit distribuées à de riches propriétaires, soit aménagées pour accueillir des arbres à caoutchouc ou extraire des minerais.

Des voix se sont malgré tout élevées contre ces trafics. Chut Wuthy, fondateur et ex-directeur du Natural Resources Protection Group (Groupe de protection des ressources naturelles), fervent militant contre l’exploitation illégale des forêts, a été tué par balle en avril 2012 à Koh Kong (sud ouest du pays), alors qu’il prenait en photo des exploitations forestières présumées illégales en compagnie de deux journalistes du Cambodia Daily. Peu de temps après, Hang Serei Oudom, un journaliste cambodgien de 44 ans travaillant pour le site internet Vorakchun Khmer et connu pour avoir dénoncé les liens des autorités locales avec les trafiquants de bois, a été abattu à coup de hache en septembre 2012. Alors il faut apprendre à se défendre. Les communautés, pour la plupart des khmers ou des membres de la minorité ethnique des kuys, prennent de plus en plus conscience de la nécessité de se mobiliser pour sauver leurs terres. Il faut dire que c’est une question de vie ou de mort : les villageois sont très pauvres et tirent leurs maigres ressources de la forêt de Prey Lang. Les deux destins sont liés.

De nombreuses ONG locales et internationales les soutiennent, pas toujours de la meilleure des manières selon Vireak.

« Il y a peu de communication entre les ONG. Elles partent dans deux directions différentes : les internationales vont encourager les villageois à défendre leur cause auprès du gouvernement, tandis que les locales vont privilégier un soutien dans la vie quotidienne. Dans notre ONG par exemple, on se focalise sur la sensibilisation des communautés par rapport à leurs droits et au combat qu’ils doivent mener pour se défendre. On a plusieurs programmes pour encourager le leadership des femmes, le développement des villages, l’éducation, la santé, etc. Notre but est qu’à la fin de ces projets, les membres des communautés aient davantage confiance en eux pour défendre leur cause auprès des autorités et pour qu’ils aient moins peur des personnes influentes. Il faut qu’ils soient capables de faire leurs propres réunions, de s’organiser en réseau, de trouver des soutiens, etc. Ainsi ils comprendront l’importance de protéger leurs terres, leurs ressources et leurs droits fondamentaux. »

Déjà, un vaste rassemblement a eu lieu aux abords de Prey Lang. Plus de 2000 personnes se sont regroupées pour s’interposer entre les pelleteuses et les arbres. D’autres communautés du district de Sandan ont sollicité leur gouverneur pour qu’il se rende compte par lui-même de l’exploitation illégale des forêts. S’en est suivie une promesse de visite.. non signée. Les pétitions se multiplient, les manifestations à Prey Lang également. Etrangement, les coupes d’arbres cessent lorsque la situation devient tendue, puis reprennent dès que les tensions se calment.
Des rails et des mines

Dans cette quête de croissance effrénée, le gouvernement s’apprête également à célébrer le grand retour du train. Outre la restauration d’une première ligne de transit de marchandise entre le port de Sihanoukville et Phnom Penh et la réhabilitation imminente de l’ancien réseau ferré, il est prévu que la Cambodia Iron Steel Mining Industry Group (CISMIG), société chinoise de son état, assure la construction d’un chemin de fer traversant les provinces de Preah Vihear, Kampong Thom, Kampong Chhnang, Kampong Speu et Koh Kong. Le projet, évalué à 11 milliards de dollars (8,3 milliards d’euros), est le plus grand chantier jamais entrepris au sein du Cambodge moderne. S’il pouvait y avoir auparavant un espoir que la déforestation cesse une fois que les compagnies de plantation d’hévéa atteignent les limites de superficie allouées par le gouvernement, il semble désormais bien naïf de penser que les rails chinois slalomeront entre les réserves naturelles cambodgiennes. La conception de la préservation de l’environnement chez certains entrepreneurs chinois étant ce qu’elle est, les inquiétudes des communautés khmères et kuy vont crescendo.
Caricature. Le Premier ministre Hun Sen partage les ressources naturelles du Cambodge entre Vietnam et Chine. Crédits Graphicoke

Caricature. Le Premier ministre Hun Sen partage les ressources naturelles du Cambodge entre Vietnam et Chine. Crédit Graphicoke

Selon Vireak, personne n’est véritablement au courant de ce qu’il se trame, si ce n’est le gouvernement national :

« Les gens ne savent rien de ce projet, qui d’ailleurs n’a rien d’officiel pour l’instant. Ni les gouverneurs locaux, ni même le chef du département de l’industrie et des mines ne sont au courant. Seul le gouvernement national a les informations. Les communautés sont très inquiètes car les autorités ne reculent devant rien pour exproprier les gens. Le mois de juillet 2013 (ndlr : Hun Sen a été réélu) est également celui des élections législatives, et le gouvernement a interdit à toutes les organisations travaillant dans le pays de faire quoi que ce soit durant cette période. Impossible donc d’organiser des rassemblements pour protester, c’est interdit. On peut juste enquêter sur le sujet. »

Cette voie ferrée est la conséquence de l’autorisation de prospection accordée à la CISMIG en octobre 2008, qui a permis de découvrir de vastes gisements de fer de haute qualité, sur une zone de 1300 km² dans le district de Rovieng, province de Preah Vihear. Les proportions sont telles que le fer pourrait être extrait, selon le président de la CISMIG M. Zhang Chuan Li, pendant 55 ans à raison de 3 à 5 millions de tonnes par an, c’est-à-dire de quoi satisfaire les besoins du pays et même exporter dans le voisinage. Une enquête réalisée par les ONG Equitable Cambodia et Focus on the global south a mis en avant la proximité géographique du rail avec la forêt de Prey Lang, susceptible d’attirer de nouvelles sociétés pour s’implanter dans la région et donc d’accentuer la pression aux abords de la zone. Mais qu’importe, il a été décidé avec la bénédiction du gouvernement cambodgien de la construction d’une aciérie dans la région. Et du fameux chemin de fer pour la relier à la côte. Et d’un port à Koh Kong pour exporter la production. M. Zhang Chuan Li a également fait état de la découverte de quelques réserves de charbon. « De quoi alimenter en carburant la future aciérie ».
Cartes extraites du rapports d’Equitable Cambodia et Focus on the global south : en haut les provinces traversées par le projet de chemin de fer jusqu’au port de Koh Kong, en bas la surface d’exploration allouée par le gouvernement cambodgien à la société chinoise.

Malgré le fait qu’aucune étude d’impact environnemental n’ait été réalisée -comme le stipule pourtant la loi cambodgienne-, qu’aucun tracé précis de la voie ferrée n’ait été dévoilé, et qu’aucune consultation publique n’a eu lieu, la date des premiers chantiers est d’ores et déjà actée. C’est ainsi qu’il a été décidé de lancer la construction du chemin de fer dès juillet 2013. Voila qui commence à faire beaucoup de faveurs accordées à la même société. Mais il faut reconnaître que celle-ci les rend bien. Le quotidien sinophone Cambodia Sinchew Daily indiquait ainsi en janvier 2012 que la CISMIG a soutenu la construction d’un nouveau quartier général pour la section du Parti Populaire Cambodgien, actuellement au pouvoir, installée à Rovieng, suite à une donation de 286 000$ (218 000€). Un échange de bon procédé ?

Au final, ce triste scénario ne fait que démontrer une fois de plus la dualité du modèle économique qui prédomine dans le monde actuellement, érigeant la croissance économique comme graal absolu de tout Etat qui se respecte. Il est aujourd’hui important de se demander quelle est l’étendue du sacrifice auquel un gouvernement est prêt à consentir pour entrer dans le cercle très restreint des pays « développés », ou du moins « en voie de développement ». La construction d’un chemin de fer, d’un nouveau port et la découverte de gisements de fer importants constituent en soi d’excellentes nouvelles pour l’économie du Cambodge. Mais encore faut-il, en plus du coût financier, se soucier du coût humain et environnemental de tels projets. En l’occurrence, hypothéquer l’avenir d’une part toujours plus importante de la population d’un pays a toujours des conséquences. Cette problématique récurrente de l’insuffisante prise en compte de l’avis des populations civiles et de l’impact environnemental de projets pharaoniques n’est cependant pas spécifique au Cambodge : que ce soit en France avec l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, en Chine avec l’extension de la ville de Lanzhou, ou encore au Brésil avec le barrage de Belo Monte, les exemples ne manquent hélas pas.

Baptiste Duclos est journaliste et monteur vidéo. Réveiller le citoyen qui sommeille en chacun de nous, telle est la raison qui l’a convaincu de mettre ses compétences au service de The Dissident. Ses compétences englobent le cadrage et le montage vidéo, la réalisation de web documentaire, mais aussi et surtout la rédaction en tant que journaliste.


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kaunklau a écrit


Au Cambodge, la déforestation suit son cours



Il ne nous reste plus grande chose...
Voici une simulation sous forme de vidéo :

http://www.youtube.com/watch?annotation_id=annot...ure=iv&src_vid=7d6d1KKyW8E&v=2sknnxc7M3k

Circuler, il n'y a plus rien à voir !
SI KHTICH SI KHTI

"Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s'adaptent le mieux aux changements." (Charles Darwin / 1809-1882)
#102399 View NeakReach's ProfileView All Posts by NeakReachU2U Member
Haut de page 20/03/2014 @ 17:25 Bas de page
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http://kohsantepheapdaily.com.kh/article/92553.html

19770_rattanakiri.jpg

Ils ont peur de rien et la déforestation continue .
Les bois " béng et thnourng " trouvés à Mondul kiri .

" La déforestation au Cambodge , suit vraiment son cours "

Edité le 20/03/2014 @ 17:28 par kaunklau

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