Procès des Khmers Rouges : une victime témoigne France Info - Hier, 10:18 Pour la première fois hier, une victime a pris la parole devant le numéro 2 du régime de Pol Pot, Nuon Chea. Un évènement considéré comme historique, au cours de l’audience publique du tribunal parrainé par les Nations unies au Cambodge. Née au Cambodge, mais disposant de la nationalité américaine, Theary Seng a survécu à la terreur alors qu’elle était enfant. Aujourd’hui avocate, elle a rappelé que l’ancien régime n’avait montré aucune pitié lorsqu’elle a été emprisonnée à l’âge de sept ans. Mais la participation des victimes au tribunal reste trop symbolique. Reportage à Phnom Penh, de Jérôme Boruszewski (2'3") Nuon Chea, considéré comme l’idéologue des Khmers rouges et l’architecte de purges sanglantes, est le plus haut responsable encore en vie depuis le décès en 1998 du numéro un, Pol Pot. Ses défenseurs, et notamment l’avocat néerlandais Victor Koppe, ont dénoncé la participation de victimes à l’audience de vendredi qui n’avait trait qu’au processus d’appel de la détention. Victor Koppe a "souligné l’importance de la présomption d’innocence" qui est pour lui "la question la plus fondamentale de ce tribunal". Quelque deux millions de personnes ont trouvé la mort sous les Khmers rouges.
LE MONDE | 09.02.08 | 15h10 BANGKOK CORRESPONDANT Nuon Chea, plus haut responsable, encore en vie, de la mort de près de 2 millions de Cambodgiens voici trente ans, a écouté sans broncher, vendredi 8 février à Phnom Penh, une survivante des "champs de tuerie" ("killing fields") l'accuser d'avoir fait assassiner une grande partie de sa famille alors qu'elle était enfant. C'était la première fois qu'un des artisans du génocide cambodgien, en l'occurrence l'ex-bras droit de Pol Pot, se trouvait face à une représentante des rescapés du drame. Un "lever de rideau" pour le procès historique des Khmers rouges, au pouvoir de mi-1975 jusqu'aux premiers jours de 1979 au Cambodge. Theary Seng, 38 ans, Cambodgienne de nationalité américaine, juriste, a raconté avoir été emprisonnée "dans des conditions inhumaines" à l'âge de 7 ans en compagnie de son jeune frère. "Nuon Chea prétend qu'il n'est pas responsable. Qui l'est, alors ? (...) Il était le second de Pol Pot dans la hiérarchie de ce régime d'enfer." Mme Seng est l'auteur d'une autobiographie parue en 2005, Fille des champs de tuerie, l'histoire d'Asrei. Nuon Chea, idéologue du mouvement khmer rouge, âgé de 81 ans, est un des cinq ex-responsables poursuivis pour "crimes contre l'humanité". Il veut plaider non coupable et se plaint de n'être pas traité "selon les normes de la justice internationale". 500 PLAINTES DE RESCAPÉS Les avocats de trois autres rescapés présents ont formulé des accusations similaires. La défense a contesté la comparution de témoins à charge. En l'autorisant, le Tribunal spécial khmers rouges (TKR), majoritairement financé et organisé par les Nations unies, mais encore en rodage, a donc instauré un précédent. Ses règles prévoient sans précision "la participation des victimes" à ce procès qui se veut, avant tout, à fonction pédagogique. Un climat de crainte accompagne les premiers pas du TKR. Celui-ci justifie la mise en détention de Nuon Chea par la double volonté de protéger sa sécurité personnelle et de l'empêcher d'instiguer des tentatives d'intimidation sur des témoins à charge. Seulement 500 plaintes de rescapés du régime des Khmers rouges ont été enregistrées, un reflet de l'ambivalence du public quant au réveil du traumatisme provoqué par les massacres. Le défenseur néerlandais de Nuon Chea, Victor Koppe, a souligné "l'importance de la présomption d'innocence" pour le tribunal. La notion fonde le droit international mais n'en est pas moins délicate à manier dans le cas d'accusés mis en cause par un nombre élevé de travaux d'historiens publiés depuis trente ans dans le monde. L'audience de vendredi est tombée à un moment crucial pour le TKR, en place depuis 2006 mais lent à se mettre au travail. Le budget initial de 56 millions de dollars (près de 37 millions d'euros) pour trois ans s'épuise. Jeudi, le TKR a présenté aux pays donateurs, via l'ONU, une demande de "rallonge" substantielle : 114 millions de dollars pour fonctionner jusqu'en 2011. C'est peu par rapport à d'autres procès internationaux, mais cela revient à tripler la mise de fonds initiale. Les Etats-Unis ont récemment indiqué qu'ils envisageaient de revenir sur leur refus de participer à ce financement. Francis Deron Article paru dans l'édition du 10.02.08.
Le procès de l'idéologue des Khmers rouges ajourné Nuon Chea, ancien idéologue des Khmers rouges et bras droit de Pol Pot. AP Le procès de Nuon Chea, ancien idéologue des Khmers rouges et bras droit de Pol Pot, poursuivi pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, a été ajourné dès la première comparution de l'accusé devant le tribunal spécial pour le Cambodge. Nuon Chea, 81 ans, en détention provisoire depuis le 19 septembre dernier, a réclamé l'application à son endroit de «normes internationales» de droit, en ouverture de son procès devant ce tribunal parrainé par l'ONU, chargé de juger les crimes commis sous le régime khmer rouge, responsable de la mort de quelque 1,7 million de personnes entre 1975 et 1979. Le tribunal a donné droit à la demande de l'avocat de Nuon Chea, Son Arun, qui souhaite faire appel de la détention provisoire de son client et, pour cela, réclame un délai supplémentaire pour faire appel aux services d'un avocat étranger. La défense conteste les motifs retenus par les juges d'instruction pour le placement de l'accusé en détention provisoire. Vêtu d'une chemise grise à manches longues, l'octogénaire s'est levé pour s'adresser à ses juges. Il a exigé que des «normes internationales» soient appliquées au traitement de son cas et a expliqué qu'il serait injuste que son procès se poursuive sans la participation de ses deux avocats, un Cambodgien et un Néerlandais. «J'ai besoin d'avoir deux avocats conformément aux règles de ce tribunal», a déclaré Nuon Chea, la voix ferme et l'air posé. Le président du tribunal spécial, Prak Kimsan, a ajourné l'audience et a donné à la défense jusqu'à mercredi pour dire de combien de temps supplémentaire elle avait exactement besoin. Il a expliqué que les cinq juges, en acceptant l'ajournement, avaient pris en compte les «droits fondamentaux» de Nuon Chea, notamment celui d'avoir un avocat cambodgien et un étranger. Puis, il a ordonné aux gardes de raccompagner l'accusé dans sa cellule. L'un des procureurs, Robert Petit, a jugé «regrettable» cet ajournement, mais a constaté que ce délai ne changeait rien au placement en détention de l'accusé. Le tribunal parrainé par l'ONU avait expliqué que sa détention provisoire visait à l'empêcher de faire pression sur les témoins et de détruire des preuves. Il avait aussi avancé que Nuon Chea risquait pour sa sécurité s'il demeurait en liberté. L'avocat néerlandais de Nuon Chea, Michiel Pestman, était absent à l'ouverture du procès mais était représenté par un autre avocat, Victor Koppe, néerlandais comme lui. Ce dernier a assisté à la première audience mais n'a pas eu le droit de prendre la parole en raison du refus du barreau cambodgien de l'assermenter. Nuon Chea, idéologue des Khmers Rouges et homme le plus puissant après Pol Pot, est l'un des cinq derniers dirigeants khmers rouges en attente de procès. Inculpé de «meurtre, torture, emprisonnement, persécution, extermination, déportation, transfert forcé, asservissement et autres actes inhumains», il est poursuivi pour son rôle présumé dans les atrocités commises sous le régime des Khmers rouges. Associated Press (AP) Par Ker Munthit 04/02/2008 08h30
Le budget au centre des préoccupations du tribunal 21-02-2008 Une commission devrait être mise sur pieds pour statuer sur la demande d’augmentation du budget pour le fonctionnement du tribunal chargé de juger les anciens responsables Khmers rouges. Vendredi 15 février, Phay Siphan, porte-parole du conseil des ministres a déclaré, lors d’une conférence de presse, que le gouvernement cambodgien et les Nations unies se sont mis d’accord pour mettre en place un groupe mixte chargé de mener une étude sur les demandes d’extension du budget pour le fonctionnement des Chambres extraordinaires. Ces experts seraient également chargés d’établir un calendrier du tribunal. Une information aussitôt démentie par les Nations unies. En fait, il s’agirait d’une « erreur de traduction ». La mise en place de la commission aurait déjà été décidée unilatéralement par le comité chargé de superviser la gestion des fonds. « Il s’agit d’un petit malentendu sur cette question », a répondu Helen Jarvis, par courriel à Cambodge Soir Hebdo. La responsable des affaires publiques auprès du tribunal a expliqué que « cette commission spéciale sera bientôt mise en place ». Elle devrait, en plus de se pencher sur le budget et le calendrier du tribunal, « revoir la gestion des ressources humaines ». « De nombreux pays attendent le résultat de cette commission spéciale avant de se décider sur le montant de leur participation financière aux besoins des Chambres », a-t-elle encore déclaré. En effet, les Chambres extraordinaires font face à un grave déficit budgétaire. Il manque déjà huit millions sur les 56,3 millions de dollars prévus pour couvrir le mandat originel de trois ans qui était censé prendre fin en 2009. Mais le tribunal aurait besoin, au total, de 170 millions de dollars afin de pouvoir fonctionner jusqu’en 2011. La proposition avait été transmise fin janvier à New York, au siège des Nations unies, afin de solliciter la contribution de la communauté internationale. Pour Helen Jarvis, « les pays donateurs ne se décideront pas tant que la commission n’aura remis son rapport ». Le tribunal, un montage juridique hybride entre cour internationale et locale, a été mis en place en 2006. Le procès proprement dit devrait s’ouvrir cette année, une fois la phase d’instruction terminée. Sur le banc des accusés figurent Khieu Samphan, Nuon Chea, Ieng Sary et son épouse Ieng Thirith ainsi que Kaing Guek Eav, alias Duch. Ils ont tous été arrêtés à la fin de l’année passée (sauf Duch, en prison depuis plusieurs années) et sont actuellement incarcérés au centre de détention des Chambres extraordinaires. Les accusés sont âgés et en mauvaise santé. D’autres anciens dirigeants Khmers rouges pourraient-ils être inculpés ? La question reste posée... La semaine dernière, l’agence Associated Press (AP), se basant sur un document officiel des Nations unies, a révélé que le nombre de prévenus pourrait s’élever à huit. « L’augmentation de budget est basée sur une analyse plus réaliste du travail des chambres, comprenant un maximum de huit inculpés », est-il écrit dans le document rendu public par l’agence de presse. L’ONU a immédiatement réagi, en expliquant, dans un communiqué, qu’il « s’agit d’une figure de planification de budget. Ce chiffre ne représente pas la ligne de conduite de la cour ». Kong Sothanarith
Tribunal Khmers Rouges : une reconstitution prévue les 26 et 27 février 22-02-2008 Dans un communiqué daté du 22 février, le service de presse des Chambres Extraordinaires au sein des Tribunaux Cambodgiens annonce une reconstitution sur deux jours, la semaine prochaine. Lors de cet événement, le site sera strictement interdit d'accès à toute personne étrangère à l'enquête. Le communiqué, publié ce vendredi en début d'après-midi, est laconique. « Dans le cadre des investigations en cours au bureau des co-juges d'instruction, une reconstitution sera organisée le mardi 26 février à Choeung Ek et le mercredi 27 février à Tuol Sleng. Ces actes d'instruction sont classiques et font partie de l'enquête judiciaire, laquelle est confidentielle. Ces jours-là, les lieux, ainsi que leur voisinage, seront fermés au public y compris à la presse et un important dispositif de sécurité sera mis en place. » Cette opération intervient alors qu'actuellement cinq anciens hauts responsables du régime Khmers Rouges sont incarcérés et en attente de jugement pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Parmi eux figure justement Duch, l'ancien directeur du centre pénitencier S21 de Tuol Sleng. Contacté par Cambodge Soir Hebdo, Reach Sambath, chef du service de presse des CETC, a confirmé que cette reconstitution était organisée dans le cadre du futur procès de Duch. Lequel devrait débuter en juillet prochain. L'événement de la semaine prochaine survient également dans un contexte difficile pour le tribunal. Sujet à de multiples critiques quant à son fonctionnement interne, la juridiction doit aussi faire face à un grave déficit budgétaire. J.M et P.B
Comment rendre justice aux victimes des Khmers Rouges ? Super dossier à lire ici : http://www.cambodgevision.com/textes/courrier2520acat2520nov252020072dcambodge5b15d.pdf A ne pas manquer !
AKP/04 Sok An : Le Tribunal des Khmers rouges obtient cinq réalisations remarquables AKP Phnom Penh, 27 février 2008 -- Les chambres extraordinaires dans la Cour du Cambodge ont obtenu beaucoup de réalisations. C’est ce qu’a dit le vice-Premier ministre Sok An, ... lors de son entretien lundi avec Emese Loigon, chargé d’affaires de l’ambassade canadienne au Cambodge, et Mme Joanna Harrington, experte juridique auprès du ministère des Affaires étrangères du Canada. Les chambres extraordinaires pour juger les anciens dirigeants Khmers rouges ont, a-t-il précisé, obtenu cinq réalisations. Premièrement, le règlement intérieur de la Cour a été adopté pendant moins d’un an, deuxièmement ce tribunal dépense moins (environ 20 millions de dollars par an) par rapport aux autres tribunaux comme celui de Rwanda qui a dépensé 135 millions de dollars par an. Troisièmement, a-t-il continué, c’est l’arrestation des suspects. Pendant seulement quatre mois, cinq suspects ont été arrêtés. Quatrièmement, la Cour attire la participation et l’attention de la part du public et de la presse et dernièrement, c’est le 2ème tribunal qui permet aux victimes de se rassembler pour former la « partie civile » pour participer au déroulement de ce tribunal. Mme Joanna Harrington a hautement apprécié les réalisations obtenues ces deux dernières années par les chambres extraordinaires dans sa mission de rendre justice au peuple cambodgien, a fait savoir Sean Visoth, assistant du vice-Premier ministre Sok An. --AKP
CAMBODGE ANNÉE ZÉRO • Sur les pas des Khmers rouges Alors que le Cambodge commence à juger les anciens dirigeants khmers rouges, les touristes sont de plus en plus nombreux à se rendre sur les lieux où le régime a commis ses crimes. Voir galerie d'images ici : http://www.courrierinternational.com/photos_article.asp?obj_id=82999 La matinée renferme déjà une promesse. Cette fois, elle vient d’un conducteur de tuktuk. Il essaie d’appâter les touristes. La plupart d’entre eux, craignant de se faire escroquer, poursuivent leur chemin en regardant droit devant eux, comme il se doit. Certains conducteurs de tuktuk, déjà résignés, disent en anglais aux passants : “Maybe later” [Plus tard, peut-être]. Mais pas celui-ci. Inspectant ses clients potentiels, il entonne une formule magique mélodieuse : “Killing Fields ?” Il ajoute parfois : “Stands de tir ? Massages ?” Si cela ne suffit pas à attirer les clients sur son vélomoteur-taxi, on se demande bien ce qu’il leur faut ! Le tourisme s’adapte aux touristes. Phnom Penh n’a rien à voir avec Bali ou Torremolinos, et ce n’est pas non plus Bangkok. Les Killing Fields sont une affaire des plus sérieuse, qui attire des visiteurs sérieux, eux aussi. Les touristes dans la capitale cambodgienne achètent des livres ; les enfants, qui dans d’autres régions du monde vendraient des colliers et des bracelets, traînent ici derrière eux des bacs remplis de livres le long des terrasses donnant sur le Mékong. Les livres sont, tout comme les DVD, des contrefaçons expertes et se vendent 1 ou 2 dollars. Les titres trahissent le public auquel ils s’adressent. Ici, pas de Robert Ludlum ou de Danielle Steel mais, entre autres, L’Alchimiste et, bien entendu, tout le répertoire sur le génocide, depuis A Cambodian Prison Portrait jusqu’à The Killing Fields [La Déchirure], le livre à partir duquel le film éponyme a été adapté en 1984 par Roland Joffé, en passant par Stay Alive, My Son et The Lost Executioner. Et, bien entendu, les guides de Lonely Planet. Un touriste en sandales a entrepris en tuktuk le trajet de 15 kilomètres qui mène vers les Killing Fields. Il a presque terminé son tour des charniers. Il est à présent au bout de son parcours, au pied du monument de Choeung Ek, le tristement célèbre camp d’extermination où, de 1974 à 1979, 17 000 prisonniers des Khmers rouges ont été tués à coups de matraque. Dans le bâtiment sont entassés derrière une vitre les crânes de centaines de victimes, que tout le monde peut venir voir. Une image connue. Les touristes ne se sentent pas totalement à l’aise face à tant de morts qui les regardent fixement. Bien entendu, ils prennent des photos, mais là encore ils se sentent tout de même gênés. “On a le sentiment que, d’une certaine manière, ce n’est pas correct”, explique une femme. A plusieurs endroits, la vitre a été découpée pour qu’on puisse mieux observer les crânes. “No touch”, dit l’inscription en mauvais anglais accrochée à côté. Avec les touristes on ne sait jamais. Les crânes du dessous sont soigneusement disposés les uns contre les autres. Sur une pancarte est inscrit : “Jeune femme cambodgienne. Entre 15 et 20 ans”. C’est une description presque clinique, mais ça donne tout de même la chair de poule. J’ai vu ces jeunes filles quand elles étaient encore en vie – sur les photos exposées à Phnom Penh, dans le centre de détention S-21, aussi appelé Tuol Sleng, le lieu où la plupart des touristes commencent leur journée. A Tuol Sleng, les Khmers rouges amenaient les gens pour les interroger et les torturer. Tous les prisonniers étaient photographiés à leur arrivée à la prison. Quand il n’y avait plus rien à en tirer, ils les chargeaient dans un camion à destination de Choeung Ek. Ici les crânes n’ont pas de nom, mais là-bas ils ont un visage. Il s’agit de jeunes filles, de jeunes hommes, d’enfants, même très jeunes, dont le seul crime était d’être nés de parents qui portaient des lunettes, parlaient français ou étaient plus riches que d’autres. Les Khmers rouges pouvaient vous supprimer pour moins que ça. Seuls 14 prisonniers sont sortis vivants de Tuol Sleng. Toutes les autres personnes présentes sur les photos sont mortes. Ce sont leurs crânes et leurs os qu’on retrouve à Choeung Ek. Quand les Khmers rouges ont été chassés du pouvoir, 129 charniers ont été découverts ici. Près de 80 d’entre eux ont été par la suite ouverts et vidés. Chacun contenait plusieurs dizaines, parfois même des centaines de corps – soit 8 985 personnes au total. Les autres personnes sont encore enterrées alentour. Il arrive qu’on en trouve les restes, même trente ans plus tard. Mon pied rencontre une racine d’arbre. Je jette un coup d’œil, puis je regarde plus attentivement, je me penche. Je tapote du bout de l’ongle. C’est plus dur que du bois. C’est un os qui est remonté à la surface, usé par d’innombrables pieds qui ont négligemment marché dessus. Un os ! On se réjouirait presque de voir ce morceau de squelette à l’état sauvage, qui n’a pas encore été enfermé dans une vitrine. Nous ne sommes pas dans un musée, nous sommes au cœur des Killing Fields, me dis-je. Mais je sens aussitôt qu’une telle pensée n’est pas convenable. Le chemin foulé par les passants longe des fosses où des écriteaux indiquent qu’étaient enterrées là “450 victimes”, ou “166 victimes décapitées”, ou “des femmes et des enfants, tous nus”. On peut même voir l’arbre contre lequel les enfants étaient tués à coups de matraque. Sur un autre arbre, on avait suspendu un haut-parleur dont le son devait couvrir les cris des victimes “afin de ne pas déranger les gens dans les environs”. Un panneau explique que des produits chimiques étaient répandus sur les cadavres, contre la puanteur, mais aussi pour achever ceux qui n’étaient pas encore morts. Ici et là, des os sont réunis en grappe ou disposés en petits tas et des vêtements à moitié décomposés sont empilés au pied des arbres. “Je suis venu pour ça”, explique le touriste aux sandales, puis il s’empresse d’ajouter : “Pas pour les crânes, bien sûr…” Lui aussi a le sentiment de devoir s’excuser. On ne vient pas ici regarder des squelettes pour son plaisir, mais “cela fait tout de même partie de l’histoire du pays…” La boutique de souvenirs jouxtant le portail de Choeung Ek vend des livres sur les Killing Fields. “Des livres d’histoire”, comme on les présente de façon neutre. Ils sont proposés au milieu des foulards en soie, des tee-shirts imprimés de dessins représentant des crânes aussi bien que les ruines mondialement célèbres d’Angkor, les vitrines pleines d’objets d’artisanat cambodgien en argent et des bouddhas sculptés à la main. C’est un commerce et, maintenant que le nombre de touristes augmente, c’est devenu un bon commerce. Sur le parking, des mendiants estropiés se traînent dans la poussière. Les enfants vous accompagnent en tirant sur votre tee-shirt et en geignant pour vous soutirer un dollar. La plupart du temps, c’est agaçant, mais, après la visite de Choeung Ek, on se sentirait presque libéré. Je suis de nouveau dehors, je peux de nouveau respirer, quitter ma mine sombre et ma cravate, l’enterrement est fini. Il est temps d’aller déjeuner ! Le conducteur de tuktuk sait ce dont j’ai besoin. “Stands de tir ?” Nous parcourons un kilomètre sur la nouvelle route recouverte d’asphalte, tournons à gauche, traversons un pont, puis descendons à droite en prenant une petite route de campagne. Nous passons devant une base militaire. Nous franchissons un portail, arrivons dans une cour intérieure, et nous nous arrêtons devant une terrasse abritée où sont disposées des chaises et des tables. Sur une des chaises est assis un gros monsieur en short. Il donne des ordres à quelques hommes d’un abord revêche qui s’avèrent être des militaires en civil. Sur le terrain circulent d’autres touristes au visage sombre qui viennent de visiter les Killing Fields. Les conducteurs de tuktuk savent dans quel ordre proposer leur “programme”. Quelques touristes norvégiens sortent d’une baraque à l’extrémité de la terrasse, puis montent dans leur tuktuk. Ils ont tiré ! Vraiment tiré ! L’adrénaline est encore palpable autour d’eux. “Ça, c’était vraiment une expérience macho…”, dit l’un. “Oui, vraiment macho, dit l’autre. On ne peut pas faire une chose pareille en Norvège, pas vrai ?” J’en ai toujours eu envie. Les armes sont suspendues au mur et, sur une table, le menu du Happy Club Shooting Range indique qu’on peut commander du Coca-Cola et du Fanta, mais aussi des kalachnikovs, des M-16 et des Colt 45 ; 15 dollars [10 euros] pour une séance de revolver, 30 dollars pour tout un chargeur de kalachnikov. Le menu est vite dissimulé sous une nappe quand l’homme derrière la table n’a pas entièrement confiance en vous. “Pas de photos”, lance-t-il. Ni dehors ni à l’intérieur. Pas de magnétophones non plus. Rien. Le gouvernement a interdit les stands de tir et, depuis, tout se passe ici clandestinement. “Récemment, il y a eu un article dans un magazine et on a eu beaucoup de problèmes”, explique l’homme. Il ne faut pas longtemps pour vider toute une kalachnikov. Surtout quand le militaire, au bout de trois coups, pousse le bouton pour passer du coup par coup au tir en rafales. Takatakatakata… voilà mon argent parti en fumée. Les cartouches vides qui m’ont coûté 30 dollars continuent de cliqueter par terre quand un homme m’apporte mon carton. J’ai atteint ma cible ! L’homme en papier a un trou dans l’estomac. Il est mort ! Mais la plupart des autres balles ont disparu sans gloire dans les pneus de voiture au bout du champ de tir. Quelle déception ! Sans me sentir vraiment macho, je monte dans le tuktuk et je me fais ramener à Phnom Penh. Je ne vais pas au massage. Et, quand le soir tombe, j’essaie d’ignorer les conducteurs de tuktuk. “… Un truc à fumer ? Des belles filles, 10 dollars seulement ? Vraiment ?…” Je redresse le dos et je marmonne : “Maybe later.” Et je poursuis mon chemin. Michel Maas De Volkskrant page 2/2 « précédente
Les larmes d'un ex-Khmer rouge sur les lieux de ses crimes Exit les touristes venus au Cambodge visiter Tuol Sleng, le musée du crime génocidaire de Phnom Penh aussi connu sous le nom de S21. Hier matin, cet ex-« centre de détention » était placé sous très haute surveillance. Et pour cause, « Duch », l'ancien directeur et chef des tortures était attendu pour une « visite guidée » des lieux en présence des victimes, témoins et magistrats. Une confrontation très attendue dans le cadre des procès de Khmers rouges (1975-1979), qui devraient débuter en juillet. « Victimes et responsables ont confronté leurs témoignages, explique une source proche du procès, présente à Tuol Sleng. Nous allons pouvoir recouper les faits, comprendre ce qui s'est vraiment passé. C'est la première fois que ça se passe ici. Les photos et films tirés de cette visite seront visionnés pendant les procès et serviront à clarifier les témoignages. » Premier responsable khmer rouge arrêté en 1999, accusé de tortures et de crimes contre l'humanité, « Duch » est le seul, parmi les cinq accusés, à reconnaître les faits. Mardi, lors de la visite à Choeung Ek, aussi appelé « Killing Fields », où 20 000 prisonniers auraient été exécutés, le tortionnaire présumé aurait exprimé ses regrets. « Cela joue sur l'émotion, réplique Silke Studzinsky, avocate internationale des parties civiles. Mais ses regrets ne vont en aucune façon influer sur le procès. Mon sentiment est celui d'un grand soulagement pour les victimes qui, pour la première fois, ont pu s'exprimer librement, sans crainte de représailles. » Aujourd'hui et demain, les participants à la reconstitution se retrouveront devant un magistrat pour consigner leurs témoignages. L'émotion laissera alors place à l'implacabilité des faits. Au total, quelque deux millions de personnes ont trouvé la mort en quatre ans de régime khmer rouge. A Phnom Penh, Corinne Callebaut - ©2008 20 minute
Funding crisis threatens Khmer Rouge trials Mercredi 12 mars 2008 L'effort historique pour traduire en justice les dirigeants du régime khmer rouge responsable de la mort de 1,7 millions de Cambodgiens est sous la menace d'un sérieux manque de financement. Un haut responsable du tribunal de l'ONU pour les "crimes contre l'humanité" a averti hier son personnel juridique cambodgien que plus de 200 d'entre eux risquent d'être licenciés si aucun financement n'est trouvé d'ici les six prochaines semaines. Alors qu'on espérait que les nations unies et le gouvernement cambodgien pourraient renflouer la barque au moins à court terme, cette nouvelle est la dernière d'une longue série de désordres qui ont mise à mal le processus. HELEN JARVIS, en charge des affaires publiques au sein du tribunal, qui participait à une réunion a confirmé que SEAN VISOTH, Directeur administratif du CETC avait demandé au personnel cambodgien de "retenir sa respiration". "Il a expliqué aux gens qu'ils seraient payés en mars et, nous espérons en avril, mais sauf si quelque chose arrive d'ici là, nous ne pouvons rien garantir après cela," a confié Madame Jarvis. "C'est une course contre le temps et nous sommes au bord du gouffre. Ce n'est pas normal, mais nous sommes en phase avec notre mission. Nous avions averti de nos besoins. La situation est maintenant effective et visible de tous." Les procès - qui comprennent les poursuites contre KAING GUEK EAV, "l'interrogateur" de la prison de TUOL SLENG plus connu sous le nom