Cambodge: le tribunal pour juger les Khmers rouges enfin opérationnel PHNOM PENH (AFP) - Les magistrats cambodgiens et internationaux du tribunal qui doit se pencher sur le génocide imputé aux Khmers rouges ont finalement adopté mercredi le règlement intérieur de la cour après de longs mois de tractations marquées parfois par des tensions. L'approbation à l'unanimité de ces règles de fonctionnement (une centaine au total) rend enfin opérationnel le tribunal, parrainé par l'ONU, qui a pris du retard en vue de juger des responsables des crimes les plus graves commis sous le régime ultra-maoïste de Pol Pot (près de deux millions de morts entre 1975 et 1979). "Ces règles garantiront des procès justes et transparents", a déclaré à la presse le Canadien Robert Petit, co-procureur du tribunal, ajoutant: "Nous pouvons désormais avancer". Les discussions entre magistrats cambodgiens et étrangers (quatre sessions depuis novembre) ont été marquées par des tensions, notamment en février-mars, qui ont alimenté de nouveaux doutes quant à la volonté des autorités de Phnom Penh de voir des procès équitables se tenir rapidement, alors que les personnes susceptibles d'être jugées sont de plus en plus âgées. Les multiples frictions entre magistrats cambodgiens et internationaux ont porté sur des questions complexes de procédure, alors qu'il fallait marier le fragile système judiciaire cambodgien aux normes internationales. Au début du printemps, des juges étrangers avaient évoqué un possible retrait lorsque le barreau cambodgien avait cherché à imposer des frais élevés d'enregistrement pour les avocats étrangers désireux de participer au processus. Un accord avait été annoncé fin avril. Parmi les derniers litiges réglés figurent tous les mécanismes liés aux droits des suspects. Richard Rogers, du bureau de la défense, a estimé que le règlement intérieur "comprend tous les droits fondamentaux dont les accusés ont besoin pour se défendre dans le cadre d'un procès équitable". Le gouvernement de Phnom Penh, qui compte d'anciens commandants Khmers rouges, a salué l'accord de mercredi. "Une autre fondation importante a été établie", a déclaré le vice-Premier ministre Sok An. "Notre plus grand objectif est d'apporter la justice aux victimes, à l'ensemble du peuple cambodgien", a-t-il ajouté en espérant que la communauté internationale continuera à financer le tribunal. Le premier procès devait normalement s'ouvrir cette année mais il est peu probable qu'il puisse se tenir avant début 2008, ont précisé des responsables du tribunal. L'adoption du règlement intérieur permet toutefois aux procureurs de transmettre leurs premiers documents aux juges d'instruction. M. Petit a refusé de divulguer le nombre de dossiers en préparation et l'identité des éventuels suspects. Les juges cambodgiens et étrangers du tribunal avaient prêté serment en juillet 2006 après huit ans de négociations entre Phnom Penh et les Nations unies. Au total, le tribunal, qui dispose d'un budget de 56 millions de dollars, compte 29 magistrats. "Nous sommes déterminés à mener à bien ces procédures dans les meilleurs délais, tout en respectant les exigences de la justice", ont indiqué mercredi les juges dans un communiqué. Près de deux millions de personnes ont trouvé la mort sous le régime des Khmers rouges qui, au nom d'une idéologie mêlant communisme et nationalisme, a fait régner la terreur au Cambodge, vidant les villes au profit des campagnes, imposant le travail forcé et éliminant systématiquement tout opposant. Pol Pot est décédé en 1998 et, à ce jour, seul un ancien responsable Khmer rouge, surnommé "Duch", est emprisonné. Un redoutable commandant militaire, Ta Mok, est mort en prison en 2006 à l'âge de 80 ans. D'autres anciens cadres du régime vivent librement au Cambodge. Par Seth MEIXNER
Cinq Khmers rouges inculpés trente ans après Les rares dirigeants encore vivants du régime génocidaire de Phnom Penh sont poursuivis devant le tribunal financé par les Nations unies. IL AURA fallu trente ans pour porter le génocide khmer rouge devant la justice. Pour se replonger dans les journées de ténèbres et d'épouvante entre 1975 et 1979, durant lesquelles un quart de la population du Cambodge a péri. Les procureurs chargés du procès des dirigeants khmers rouges ont demandé l'inculpation de cinq personnes. « L'étape judiciaire la plus concrète » jusqu'à présent, selon les termes du coprocureur canadien Robert Petit : elle permet aux juges de démarrer l'instruction judiciaire. « Voilà le moment que toutes les victimes attendaient », estime Youk Chhang, directeur du centre de documentation du Cambodge, qui attend du procès « un éclairage salutaire sur le passé, sur les mécanismes ayant abouti au déclenchement du génocide ». Cinq dirigeants khmers rouges sont accusés de « crimes contre l'humanité, génocide, atteintes graves aux conventions de Genève, homicides, tortures et persécutions religieuses », écrivent les procureurs dans un rapport aux juges d'instruction. Les procureurs n'ont pas nommé les cinq suspects. Mais en toute logique, sont aujourd'hui à portée de procès : Nuon Chea, « frère numéro deux », l'ancien ministre des Affaires étrangères Ieng Sary, l'ancien président Khieu Samphan, Duch, directeur du centre de torture et d'exécution S-21. Le cinquième homme pourrait être Meas Muth, le gendre de l'ancien chef militaire Ta Mok, décédé l'an dernier. « Si je suis convoqué, je répondrai à la convocation », a déclaré hier Khieu Samphan à la radio France Culture. Nun Chea a également assuré, dans un entretien à l'agence Associated Press, qu'il était prêt à répondre de son rôle dans le génocide cambodgien, même s'il assure n'avoir rien à se reprocher. Revendication de souveraineté Cinq personnes poursuivies, c'est bien peu au regard de deux millions de victimes. La mise en place d'un tribunal a tant tardé que plusieurs bourreaux sont morts sans avoir été inquiétés. Le décès en avril 1998 de Pol Pot, le chef historique, a vidé le procès d'une bonne partie de sa substance. Il faudra aussi faire sans les témoignages de Son Sen, l'homme qui supervisait l'armée, l'aviation, la marine et la police politique. Ni ceux de Ta Mok, le « boucher du Cambodge » qui s'était illustré dans les purges. Ni de Thiounn Thioeunn, demeuré jusqu'au bout aux côtés de Pol Pot. Après trois à six mois d'instruction, « le premier procès devrait se tenir d'ici au début de 2008 », estime le juge d'instruction Marcel Lemonde. Les travaux du tribunal, financés à hauteur de 53 millions de dollars par les Nations unies, ont été retardés par d'épineuses tractations et des années de controverses alimentées par des revendications de souveraineté du Cambodge. Selon une source proche du dossier, on peut s'attendre à des détentions préventives. Le tribunal a d'ailleurs annoncé une autre avancée : l'inauguration d'une petite prison au toit rouge. FLORENCE COMPAIN.
et : http://www.lefigaro.fr/international/20070721.FI...inq_khmers_rouges_inculpes_trente_ans_apres.html merci vichy de l'avoir pas mis - nan, jdéconne ...
sothy a écritet : http://www.lefigaro.fr/international/20070721.FI...inq_khmers_rouges_inculpes_trente_ans_apres.html merci vichy de l'avoir pas mis - nan, jdéconne ... J'ai plus de tete !
t'aurais pas le tête ailleurs ?
Khieu Samphan choisit Vergès comme avocat Khieu Samphan, l'un des anciens dirigeants Khmers rouges, a choisi ce vendredi l'avocat français Jacques Vergès pour assurer sa défense. L'ancien président du « Kampuchea démocratique », dirigé par Pol Pot entre 1975 et 1979, pourrait devoir comparaître dès l'année prochaine dans le procès des Khmers rouges. Cinq personnes, dont on ignore l'identité, ont été récemment accusées de crimes de guerre, de crime contre l'humanité et de génocide par le procureur du tribunal des Khmers rouges. Khieu Samphan pense être l'un des présumés coupables. Mais alors que près de deux millions de personnes ont été tuées sous le régime de Pol Pot, il affirme toujours, trente ans après, « ne rien regretter » et « ne rien avoir à se rapprocher ». Pour lui, ce sont les communistes vietnamiens et la puissance impérialiste américaine qui sont responsables de la crise qui a mené, dit-il, aux arrestations massives et à « ces choses là », faisant référence, sans jamais le dire, aux massacres. Interview exclusive de Khieu Samphan joint dans son fief de Pailin, par Nicolas Vescovacci. RFI : Est-il vrai que vous avez choisi Jacques Vergès pour assurer votre défense ? K.S : En effet, c'est mon avocat. On s'est connus pendant que je faisais mes études en France. Nous avons participé à plusieurs manifestations contre la guerre d'Algérie et contre la guerre du Vietnam. Je crois qu'il va s'efforcer de faire triompher le droit. RFI : Vous pensez faire partie des cinq présumés inculpés par le procureur du tribunal ? K.S : J'ai mon nom dans presque tous les journaux. Alors, je crois que c'est possible que je sois parmi les cinq. RFI : Vous irez donc au procès si vous êtes inculpé ? K.S : Oui. RFI : Pour dire quoi ? K.S : Ca dépend de l'inculpation qui me sera attribuée. RFI : Les chefs d'inculpation que le procureur aurait retenus seraient « crime de guerre, crime contre l'humanité et génocide ». Que répondez-vous ? K.S : Nous, les communistes khmers, nous avons lutté pour la libération nationale. RFI : Vous n'avez rien à vous reprocher ? K.S : Je n'ai rien à me reprocher. Je crois que j'ai fait mon devoir envers ma patrie. Je ne pouvais pas rester les bras croisés alors que mon pays était envahi, à la fois par les forces du Vietnam du Sud, sous la direction des Américains, et par les communistes vietnamiens, qui tentaient d'imposer leur hégémonie sur le Kampuchea. Je crois qu'il était de mon devoir d'apporter ma contribution. RFI : Est-ce que vous contestez les massacres de Cambodgiens, qui auraient eu lieu entre 1975 et 1979 ? K.S : A propos des massacres, le Vietnam a refusé de reconnaître la ligne Brévié, alors qu'elle était déjà reconnue comme frontière séparant la mer entre les deux pays. Mais au mois de mai 1976, ils ont refusé de la reconnaître et exigé de tracer une nouvelle ligne. RFI : Quel rapport avec les massacres ? K.S : Le Vietnam a imposé un ultimatum au Parti communiste cambodgien. Face à cet ultimatum, le Parti communiste était devant une situation impossible. S'il acceptait, c'était la fin du Parti communiste cambodgien. Alors, le Cambodge aurait à faire face à des affrontements militaires. C'est ça le problème central, qui explique toutes les arrestations. Les choses là. RFI : Mais ce sont des Cambodgiens qui ont été massacrés par des Cambodgiens ? K.S : Mais, je vous l'ai dit, c'est l'ultimatum vietnamien. Cela veut dire que les Vietnamiens essayaient de provoquer le trouble à l'intérieur du pays. RFI : Et vous avez répondu par des massacres ? K.S : Mais, s'il vous plaît. C'est très compliqué de répondre à cette question. RFI : Est-ce que vous regrettez les agissements du régime, les agissements des dirigeants khmers rouges à l'époque, 30 ans après ? K.S : Longtemps après.... Je n'étais que leur compagnon de route. RFI : Vous étiez président de la République... K.S : Premièrement, je ne faisais pas partie de la direction Khmer rouge. Deuxièmement, ils ont lutté à la fois contre la superpuissance américaine et contre les tentatives d'hégémonie vietnamienne. Je crois qu'ils ont quand même fait leur devoir pour le Cambodge. Sans leur lutte, je crois que le Cambodge serait entre les mains des communistes vietnamiens depuis 1970. S'il vous plaît, pensez à ça. Moi je suis Cambodgien, je pense comme ça. RFI : Est-ce que vous pensez aux victimes ? K.S : En effet, je pense aux victimes. Je m'incline devant la mémoire des victimes innocentes. Mais il faut prendre en compte toutes les circonstances sur les faits que l'on reproche à l'accusé. Ces gens là ont lutté contre les ingérences étrangères, contre les agressions étrangères. Ils ont fait leur devoir envers leur pays. Sources : http://www.rfi.fr/actufr/articles/091/article_54545.asp
PHNOM PENH (Reuters) - Duch, ancien directeur d'un centre d'interrogatoires khmer rouge, a été inculpé mardi de crimes contre l'humanité, devenant ainsi le premier homme de main de Pol Pot formellement mis en accusation pour les atrocités commises sous son régime de terreur. Après avoir comparu devant un tribunal composé de juges cambodgiens et internationaux, cet instituteur de 65 ans tardivement converti au christianisme a été incarcéré sous la garde de la cour, selon un communiqué qui ne donne pas de précisions. Le tribunal constitué par le Cambodge et les Nations unies sur les crimes commis de 1975 à 1979 dispose de son propre centre de détention à la périphérie de Phnom Penh. Duch, alias Kang Kek Ieu, a avoué avoir perpétré de multiples crimes lorsqu'il dirigeait dans la capitale le centre d'interrogatoires Tuol Sleng (ou S-21) de sinistre mémoire. Il était incarcéré dans une prison militaire depuis 1999 et sera sans doute un témoin clé aux procès d'autres dirigeants khmers rouges. En quatre ans, on estime que les Khmer rouges, renversés en 1979 par l'armée vietnamienne, ont fait 1,7 million de morts. Pol Pot, autoproclamé "Frère numéro un", est mort en 1998 dans la jungle cambodgienne et aucun de ses camarades n'a été jugé. Au moins 14.000 personnes qualifiées d'adversaires de la révolution de "l'An Zéro" avaient franchi les portes de Tuol Sleng. Moins de dix passent pour y avoir survécu. La plupart des victimes furent torturées et forcées d'avouer des crimes de toutes sortes - surtout d'espionner pour la CIA - avant d'être matraquées à mort dans un champ situé aux abords de la ville. Femmes, enfants et bébés étaient au nombre des personnes massacrées. Le 18 juillet, les procureurs ont demandé la mise en accusation de cinq dirigeants khmers rouges sans les nommer. Outre Duch, il s'agirait de Nuon Chea, "Frère numéro deux", de l'ancien ministre des Affaires étrangères Ieng Sary, de l'ex-président Khieu Samphan et de Meas Muth, gendre du chef militaire Ta Mok, décédé l'an dernier. Ek Madra 31 juillet 2007 Sources : http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-31900782@7-37,0.html
Trente ans après, un début de justice Duch, le directeur de la principale prison des Khmers rouges, a été accusé de crimes contre l'humanité. Une première étape sur la route qui mettra peut-être un terme à l'impunité qui perdure pour les massacres commis entre 1975 et 1979 par le régime communiste. Kang Kek Ieu, alias Duch AFP Professeur de mathématiques devenu tortionnaire, cet homme dont les anciens élèves soulignent l'intelligence a supervisé interrogatoires et mauvais traitements infligés par le régime des Khmers Rouges à des milliers d'innocents. Depuis la chute du régime en 1979, on a pu croire que Kang Kek Ieu allait échapper à la justice. Mais cet homme de 64 ans, plus connu sous le nom de "camarade Duch", a finalement été inculpé hier, le mardi 31 juillet 2007, au Cambodge, de crimes contre l'humanité par un tribunal parrainé par les Nations unies. Il lui est reproché son rôle dans la célèbre prison S21 de la capitale, Phnom Penh. C'est le premier responsable des massacres perpétrés par les Khmers rouges à être traduit en justice. L'inculpation de Duch est une étape essentielle dans les efforts pour traduire, devant la justice, les responsables khmers rouges survivants. Un quart de la population cambodgienne a disparu entre 1975 et 1979 sous le régime national-communiste dirigé par Pol Pot. Chum Mey, aussi connu sous le nom de Tuol Sleng, 77 ans, qui est l'une des sept personnes à avoir survécu sur les 16 000 incarcérées à S21, déclare : "Je veux demander directement à Duch qui a donné l'ordre de tuer le peuple cambodgien." M. Mey est ravi que le processus judiciaire semble finalement fonctionner, mais il craint que Duch ne tente de rejeter la responsabilité de ses crimes sur d'autres dignitaires khmers rouges aujourd'hui décédés. "Je veux entendre ce qu'il va répondre au tribunal, savoir s'il va simplement tout mettre sur le compte des fantômes de Pol Pot et Ta Mok", confie-t-il. Le système de l'horreur mis en place sous les Khmers rouges reposait sur une campagne de meurtre à grande échelle dont la prison de Tuol Sleng était l'élément central. Cette ancienne école située dans le centre de la capitale était contrôlée par le Santebal, l'organe de sécurité, et dirigée par Duch. Les dossiers de la prison étaient scrupuleusement tenus, et tout nouvel arrivant était photographié. Le lieu a été transformé en musée. Ces clichés en noir et blanc qui fixent aujourd'hui le visiteur rappellent les actes de barbarie qui se sont déroulés ici. Dans When the War Was Over: Cambodia and the Khmer Rouge, la journaliste américaine Elizabeth Becker écrit : "Duch supervisait une administration de la mort. Ses gardes photographiaient fidèlement les prisonniers à leur arrivée, puis à leur mort ou juste avant – les corps, certains avaient la gorge tranchée, étaient à ce point mutilés et amaigris par les tortures et la faim qu'ils étaient méconnaissables. Les photographies étaient incluses au dossier pour démontrer que l'ennemi de l'Etat avait été tué. Duch avait même fixé des jours particuliers pour l'exécution de divers types de prisonniers : tel jour c'était les femmes des ‘ennemis', tel autre les enfants, tel autre encore les ouvriers." Comme nombre de Khmers rouges, Duch fait des études universitaires. Brillant étudiant, il devient professeur de mathématiques. Ses positions de gauche et son opposition à la corruption qui régnait alors au Cambodge lui valent d'être emprisonné au cours des années 1960. En 1970, il s'enfuit dans la jungle et rejoint la guérilla khmère rouge dont il dirige l'un des camps de détention avant même qu'elle ait pris le pouvoir. A la chute des Khmers rouges, en janvier 1979, Duch disparaît de la vie publique comme la plupart des autres responsables. Il vit dans un bastion khmer rouge sous plusieurs noms d'emprunt jusqu'en 1999, date à laquelle le journaliste britannique Nic Dunlop le retrouve. Dans un entretien accordé cette année-là à Nic Dunlop et Nate Thayer, Duch reconnaît avoir participé aux activités qui se déroulaient à Tuol Sleng, il se dit profondément navré pour les meurtres et est prêt à comparaître devant un tribunal international. A un interrogateur du gouvernement, Duch déclare : "J'étais sous les ordres d'autres personnes et je serais mort si j'avais désobéi. Je faisais tout ça sans aucun plaisir." Duch est l'un des cinq anciens responsables khmers rouges cités dans le réquisitoire introductif des procureurs et transmis aux juges d'instruction à la mi-juillet. Les noms des quatre autres n'ont pas été rendus publics. Mais, de toute évidence, il pourrait s'agir notamment de Nuon Chea, l'un des principaux idéologues du mouvement, Ieng Sary, l'ancien ministre des Affaires étrangères, Khieu Samphan, l'ancien chef de l'Etat. Agés et en mauvaise santé, ils vivent en liberté au Cambodge. Andrew Buncombe The Independent Sources : http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=76470
Justice tardive pour l'enfer Khmer le 01 août 2007 Trente ans après, le monde est en droit de se demander pourquoi les responsables du génocide cambodgien attendent toujours d'être jugés. Pourquoi Pol Pot et ses séides, des criminels de la pire espèce, n'ont pas eu à répondre de leurs actes. Pour le Caligula de la jungle, il est trop tard. Il est décédé en 1998. Le chef militaire Ta Mok, dit « le Boucher », est mort lui aussi, en 2006. Mais d'autres dirigeants Khmers rouges restent en vie, et en liberté. Pendant trois ans, huit mois et vingt jours, ces maoïstes formés dans les universités parisiennes et soutenus par la Chine ont fait tomber sur le Cambodge une nuit d'épouvante. D'avril 1975 à janvier 1979, au nom d'une utopie raciste et agrarienne, ils ont transformé leurs compatriotes en esclaves et leur pays en un gigantesque charnier. Leur machine à broyer les hommes a tué au moins 1,7 million d'innocents, parmi lesquels la plupart des intellectuels, des ingénieurs et des enseignants du pays. Le quart de la population de l'époque fut englouti dans les « champs de la mort ». Le XXe siècle, qui n'en manqua pourtant pas, connut là une de ses plus horribles tragédies. Si la justice a tant tardé à se mettre en branle, c'est d'abord parce que les dirigeants actuels du pays n'ont pas intérêt à un grand déballage. Le premier ministre Hun Sen, pour ne citer que lui, est un ancien combattant Khmer rouge. Il a longtemps privilégié la mansuétude et la « réconciliation » avec les anciens tortionnaires. Il a tergiversé, par peur de déstabiliser le pays et de rallumer la guerre civile. « Nous devons attraper les poissons d'abord, avant de pouvoir dire lequel sera cuit au four et lequel sera bouilli », disait-il en 1998. Son gouvernement semble aujourd'hui prêt à un procès, à condition qu'un minimum de noms y soient cités. C'est pourquoi il a oeuvré à limiter le nombre d'inculpés. La communauté internationale porte sa part de responsabilité dans le retard : la Chine bien sûr, mais aussi les États-Unis qui, au nom de la guerre froide et de la lutte contre un Vietnam alors prosoviétique, apportèrent leur soutien aux Khmers rouges après leur chute. Et enfin la France et les autres pays européens, qui acceptèrent pendant des années, après la chute du régime sanguinaire, de voir ses ex-dirigeants continuer à représenter à l'ONU le soi-disant « Kampuchéa démocratique ». Il a fallu attendre 1997 pour que l'organisation internationale reconnaisse qu'un crime contre l'humanité avait été perpétré au Cambodge. Et qu'elle commence à se préoccuper d'en faire juger les auteurs. À Phnom Penh, la cicatrice est loin d'être fermée. Le bourreau peut y croiser sa victime dans la rue, puisque le crime est impuni. La mémoire de tout un peuple est paralysée par la peur. Or, le Cambodge a droit à son Nuremberg. Le temps presse, car les accusés sont fort avancés en âge. En France, les exemples de Maurice Papon et de Klaus Barbie ont montré que même un demi-siècle après les faits, un procès pouvait être salutaire, à condition qu'il soit bien mené. Il n'y a qu'une chose à souhaiter au Cambodge : que la justice, aussi tardive et parcellaire soit-elle, ne se transforme pas en parodie. Luc de Barochez. Sources : http://www.lefigaro.fr/debats/20070801.FIG000000013_justice_tardive_pour_l_enfer_khmer.html
Cambodge: l'inculpation de Duch, "nécessaire mais pas suffisante" Philip Short, ancien journaliste de la BBC et auteur de "Pol Pot: Anatomie d'un cauchemar" (ed. Denoël), une biographie de l'ancien dirigeant khmer rouge, commente pour Rue89 l'inculpation de L'ancien directeur du centre d'interrogation et de torture de Phnom Penh, S21, Kang Kek Ieu, connu sous son nom de guerre Duch. Ce dernier est le premier inculpé par le tribunal spécial chargé de juger les crimes des Khmers Rouges au Cambodge. Le régime de Pol Pot, au pouvoir de 1975 à 1979, avait entrepris la suppression de tout opposant au régime, provoquant ainsi la mort de près de deux millions de personnes. Le 18 juillet dernier les procureurs avaient demandé l'inculpation de quatre autres anciens khmers rouges sans préciser leur identité. Philip Short explique ce qui a poussé cet ancien instituteur à chapeauter le système carcéral et tortionnaire Khmer Rouge. Alors que Duch était retenu dans une prison militaire depuis 1999, son inculpation était, pour Philip Short, un premier pas nécessaire, mais sans surprise. Les quatre autres dirigeants dans la ligne de mire du Tribunal sont probablement Nuon Chea, secrétaire général du Parti et principal lieutenant de Pol Pot, Ieng Sary, l'ex-ministre des Affaires Etrangères, Khieu Samphan, l'ex-président, et Meas Muth, gendre du chef militaire Ta Mok, mort l'an dernier. Mais leur inculpation ne semble pas évidente, pour les mêmes raisons qui ont rendu difficile l'établissement du tribunal. Short affirme que l'inculpation de Duch ne constitue pas une menace pour les membres de l'actuel gouvernement qui ont pourtant joué un rôle dans le régime Khmer Rouge. Il s'agit d'une première étape qui fait avancer le travail du Tribunal mais ne pose pas les questions de mémoire nécessaires pour que le Cambodge dépasse cette étape de son histoire. Par Maria Mancilla Sources : http://www.rue89.com/2007/08/01/cambodge-linculpation-de-duch-necessaire-mais-pas-suffisante