MErci pour ce récit....c'est passionnant pour moi car je pars demain ......
Le récit que je vous transmets ici est ma vision de ce que j'ai ressenti durant mes quelques jours au Cambodge. Il n'y a pas de jugement dans ce récit, il y'a juste des sensations que je tente de vous transcrire. Ce n'est en aucun cas l'avis d'un spécialiste, juste d'un européen qui a vu tout cela avec ses yeux d'occidental. Merci de votre attention... Une histoire de Cambodge Le 707 arrête sa course sur le tarmac pour s'accrocher au satellite. Après plus de 15h de voyage. Depuis Paris, je voyage en atmosphère climatisée, aéroport CDG (comme ils disent), Boeing 747, aéroport de Banckok, juste le changement d'avion m'a fait mettre le nez dehors, sur le tarmac de Banckok entre le bus et la passerelle, il était tôt le matin et il faisait bon, sans plus. Phnom Phen, je sors de l'aéroport, fin de l'atmosphère calfeutrée, c'est du plomb qui tombe à 34°, pas un souffle d'air, le parking est surchauffé. Je suis John qui est venu me chercher jusqu'à la petite Suzuki 4x4 et charge mes bagages. Je suis naze, un peu à l'ouest, je m'installe devant, John démarre. Nous franchissons la barrière de péage du parking et là… Bienvenue sur une autre planète… La route qui mène à Phnom Phen fourmille de véhicule, des deux roues partout, des camions hors d'âge, des voitures plus ou moins immatriculées semblent lancés dans une course à la Mad Max… Il semble improbable de conduire quoique se soit selon nos repères d'occidentaux formatés. John sait, il a appris, tout le monde fait attention à tout le monde puisque tout le monde peut déboucher de n'importe où. Les équipages sont surprenants, une moto avec non pas un "bi-cul" mais un "multi-cul", osons le néologisme portant jusqu'à 7 personnes, avec dans l'ordre en partant du guidon :Benjamin (coincé entre le guidon et le début du multi-cul), Papa (qui pilote), Junior, Juniorette, Maman avec Bébé dans les bras et Benjamin. Tous ce beau monde à 70 - 80 km/h dans la circulation, évidemment sans casque et sans équipement, relativise l'excès contraire de surprotection Sarkosiesque. John m'explique que l'acquisition d'un deux roues pour une famille, c'est le rêve, une réelle autonomie de déplacement. Sans cette autonomie, c'est essayer de choper un moto bus, un camion plein à craquer enfin, un plan à 1000 Riels pour se déplacer… Le Riel, la monnaie locale qui s'emploie en dessous de 1 $ ou entre autochtone. 4 000 Riels, c'est 1 $, 1 500 Riels, c'est une soupe à côté du marché russe. Certains vivent comme cela, au jour le jour, en comptant les riels mendiés par ci - par là. Tu as 1 500 Riels, tu peux avoir une soupe et de soupe en soupe, la vie se passe, c'est un karma. Je m'aperçois qu'en me racontant, une foule d'éléments apparaissent qui mérite un développement, une mise en perspective avec la culture du pays, son histoire. Le marché Russe, dénommé ainsi parce qu'érigé à l'époque de la guerre froide avec l'aide de l'URSS qui était "partenaire" du pays. Depuis, ce marché est occupé par une foule de petits marchands, il doit rester 60 cm pour circuler entre les échoppes, c'est le royaume du produit pas cher, de la bouffe au kit-chaîne pour moto. Au milieu de cette faune, les estropiés qui ont sauté sur ces putains de mine laissées par les Ricains se traînent et rampent parce qu'ils ont repéré un "nez pointu" qui veut dire Dollard. Et l'histoire te saute à la gueule comme dans un raccourci saisissant, c'est dans le marché Russe, que des estropiés de l'intervention Américaine traînent leur survie. Je n'ai pas fini de raconter mon Cambodge. Il est 12 h et des broutilles, je mange un morceau chez John et Annie et je vais essayer de faire un brin de sieste. J'ai appelé Agnès vers les 13 h, il est 7 h du matin là bas à Nîmes, ça fait rien, je la réveille, elle est contente, l'avion ne m'a pas laissé en route ou n'a pas eu l'idée saugrenue de s'écraser quelque part. Il y'a "Cambodge Soir" qui traîne sur une table dans le salon qui raconte pourquoi Grand Père et Grand Mère paysan au fin fond des rizières ne s'endetteront pas pour se soigner à l'hosto, bien que des voisins leur proposent d'avancer l'argent. Grand Mère dit que s'ils meurent endettés; ils seront réincarnés en esclave, leur karma est assez pourri comme ça, sans en rajouter... Je tente une sieste, trop chaud, trop excité, trop tendu, je n'arrive qu'à comater entre deux eaux. A 17 h John demande si l'on passe la soirée tranquille ou bien autre chose. J'ai envie de faire un tour, et c'est là que je me suis retrouvé plongé en plein marché Russe, 5 h à peine après avoir débarqué. C'est la fin de journée si près de l'équateur, les ombres s'allongent et la lumière devient rouge accrochant l'ocre de la terre en mettant en relief les coins sombres. Des tables éparpillées devant des cases où l'on vend à manger sont disposées à même la terre, la poussière ocre et apre rendant fantomatique cette vision. Deux ou trois estropiés claudiquent pour quémander quelques riels tandis que quatre ou cinq enfants fouillent dans un énorme tas d'imondice pour trier ce qu'ils peuvent vendre. La puanteur est là, mêlée aux odeurs du poissons séchés, de viande finissantes. Le soleil plonge, la température n'a pas baissé. Je suis John dans les dédales du marché, l'oppression est là, les rangées étroites, les marchands hèlent sans cesse, l'arrivée de "nez pointus" a fait le tour des nécéssiteux et d'aucun veut nous vendre une carte postale, un kroma ou simplement rien en nous montrant deux prothèses en bois en tapant dessus avec sa béquille. Ça fait toc ! toc ! John fait l'aumône, m'explique qu'il a dans sa poche toujours des riels pour les indigents. Pour les enfants, il se débrouille toujours pour leur donner à manger, le fric leur est piqué par les adultes, ou ils s'en servent pour se shooté à la colle. No money for children. John aide une ONG qui s'occupe des mômes, mais j'y reviendrais... Pour l'instant, je suis plongé dans une cour des miracles où, bien qu'un bordel ambiant semble régner, un système fonctionne, les marchands ont leurs places attribuées, les indigents n'interviennent pas dans une négociation de prix, les mômes se démerdent tout seul avec leur tas d'ordure. Nous rentrons, premier soir, j'ai entendu John parler Khmer, ça à l'air de ravir les interlocuteurs, je vais essayer de m'y mettre... Première nuit, les moustiques, petits mais têtus et soudain un bruit derrière le rideau à côté du lit comme un frottement saccadé suivi d'un claquement comme un claquement de langue. Une forme sort du rideau, se faufile le long du mur... J'allume... Un gecko, non deux geckos puis trois... Ah, c'est çà les margouillats, bon, ça bouffe les moustiques, alors les ennemis de mes ennemis sont mes amis... Bonne nuit... Le lendemain, départ pour Siem Reap, par la route. On peut y aller par bateau en remontant le Tonle Sap. Le Tonle Sap rejoint le Mekong à Phnom Penh qui en se séparant en deux donne naissance au Bassac. Phnom Penh se retrouve donc au confluent de 4 cours d'eau faisant ressembler cet entremêlement à un carrefour aquatique. Sur le Tonle Sap, juste devant le Palais Royal se déroulent les courses de barques à chaques fêtes des eaux. La fêtes des eaux, c'est la fête nationale, le gros truc... Le pays célèbre ainsi le retour aux "basses eaux". Durant la saison humide, le Tonle Sap, le Mékong, le Bassac sont sortis de leur lit et ont transformé les rizières en grandes étendues d'eau. L'habitat s'est adapté, les maisons sont sur des pilotis assez haut, on vit d'ailleurs sous la maison en saison sèche. Devant cette maison, un bassin est creusé pour recevoir les pousses de lotus, les canards et les cochons. Si y'a besoin, y'a juste à se servir, c'est devant la baraque. Ah ! Les courses de barques... Ces barques représentent des villages et donc la course devient un affrontement entre village qui s'est transformé en compétition retransmise par la TV nationale. D'après ce que j'en ai compris, il y'a deux types de barques. Certaines ont une vingtaine de rameurs mais les plus impressionnantes sont celles qui en contiennent 64, le barreur (si, si, y'a un barreur) harangue ses troupes mais se livre aussi à un véritable ballet et le regarder évoluer, perché sur la pointe de la barque comme une figure de proue est un spectacle en soi... Je n'en ai pas vu deux qui avaient la même gestuelle. Cette chorégraphie donne le tempo aux rameurs et donne l'impression que ceux-ci sont mus par le ballet solitaire de l'homme de proue. J'étais parti pour vous raconter le voyage de Phnom Penh à Siem Reap et voilà que je diverge... Comptez pas sur moi pour un récit chronologique, à mesure que je vous parle, il y'a une multitude de détails qui me renvoient à des histoires... Alors, je continue comme ça... Ça dérange ? Nous n'avons pas pris le bateau, nous nous engageons avec le 4x4 sur la route au nord est de Phnom Penh. Les équipages sont un spectale, les équilibres inventés sur les motos font douter des lois de la physique ou peut être qu'après tout, ces lois sont occidentales et qu'elles ne s'appliquent pas en orient. La moto est le moyen de transport. Outre les personnes, elles servent de transport de marchandises avec ou sans remorques. La technique de transport de poulets consiste à équiper le porte bagage arrière d'une barre perpendiculaire et à y accrocher par les pattes une dizaine de volatiles de chaque côté (pour l'équilibre, y'a quand même un minimum de lois physiques, demandez à Newton). Ainsi, la tête en bas, ces gallinacés ne bougent plus, il suffit que le conducteur pense à s'arrêter de temps en temps pour arroser les bestioles s'il veut garantir un minimum de fraîcheur à l'arrivée sur place. Alors, nous assistons au spectacle insolite de motos arrêtées sur le bord de la route avec des conducteurs qui arrosent les bêtes avant de faire le plein de leur bécane. Les autres animaux transportés ainsi sont les cochons. La technique est d'une simplicité à laquelle, peuples encombrés de procédures et de lois gravitationnelles à la con (comme je vous l'expliquais plus haut), nous n'aurions même pas pensé. Un berceau est fixé perpendiculairement au porte bagage arrière et le ou les (si, si, jusqu'à 3 dans le berceau) cochons sont couchés sur le dos, les pattes avant et arrière attachées. Je ne sais pas si c'est la position sur le dos, coincé dans le berceau qui produit cet effet, mais les bestiaux sont calmes. Là aussi, il faut penser à s'arrêter pour arroser la bête, pour ne pas quelle devienne viande séchée avant terme. Nous nous arrêtons, le ciel est bleu aussi bleu que les rizières sont vertes. A mes pieds, un étang est parsemé de nénuphars en fleur et de lotus, une nasse a été jeté entre la rizière et l'étang. Dans la rizière un peu plus loin, deux hommes travaillent, au second plan, on aperçoit le village ou le hameau (le découpage administratif est fait de districts rassemblant des communes, mais il y'a des maisons partout). Des haut parleurs diffusent des chants Khmers de façon à ce que la musique arrive jusqu'aux oreilles des travailleurs dans les champs. Cette gigantesque plaine est découpée sur son horizon par des palmiers très hauts d'où est extrait le jus de palme. Tout est calme, sur la route, le vrombissement des véhicules déchirent ce silence. Je mange des graines de fleur de lotus. Nous nous sommes arrêtés juste avant, une paysanne vendait des cœurs de la fleur. Il suffit de creuser là-dedans, d'attraper une des graines, de la décortiquer, ça à un peu le goût de noisette fraîche. En tout cas, ce n'est pas plus compliqué que manger des graines de tournesol, des pépites comme on dit par chez moi. En fait c'est un aliment de base au-delà d'une friandise, les mômes partent avec çà à l'école (s'ils y vont - je vous expliquerais) et ça les cale, le cœur de la fleur garde les graines fraîches et voilà... Pourquoi s'emmerder avec des glacières ? Je vous le demande. La route défile au grès des dépassements accompagnés de coups de klaxon. Tiens un attroupement, merde, une moto parterre. Ça a l'air d'aller, une voiture est arrêtée. Truc classique, me dit John, la voiture double, le type en moto bifurque à gauche, c'est pour çà que je klaxonne à chaque fois que je dépasse. Puis il m'explique que ça va durer un moment, le temps qu'ils s'arrangent pour qui paie quoi. Pas d'assurance, c'est l'arrangement à l'amiable sur toutes la ligne et l'amiable est d'une flexibilité extraordinaire. Avoir tort ou raison est accessoire, avoir du pouvoir importe plus, si tu as un accrochage avec l'armée ou la police (omniprésente), tu as tort. Si tu es dans un village et que tu renverse quelqu'un du village et si tu n'es pas du village, cherche même pas à discuter, démerdes toi pour avoir à payer le moins possible et casses toi. Plus loin, c'est carrément un camion qui a renversé sa cargaison de grosse bonbonne d'eau traitée à l'ozone (y'a que celle là qui est potable), le camion est couché en travers de la route, le chauffeur est sur son téléphone portable, mon avis qu'il doit se faire engueuler... Les téléphones portables, des pubs de partout, le premier achat pour beaucoup de jeunes même s'ils n'ont pas de thune (en ce sens, on retrouve les comportements occidentaux - la mondialisation passe par l'acquisition du téléphone portable). La pub, c'est un très bon moyen de sentir les préoccupations des envies ou besoins des gens. A la télé, ce sont des pubs pour des chanteurs (kitsh les chanteurs), des téléphones portables, des écoles et universités privés, des messages d'info pour des médicaments de l'UNICEF contre la dyssenterie des bébés (Taux de mortalité infantile : 73 décés pour 1000 - 4,4 pour 1000 en France), des messages d'info pour porter le casque et monter à moins de 4 sur une moto... Bon, j'en étais où ? Ah oui, la route de Siem Reap. Autre arrêt un peu plus loin dans la traversé d'un village, la route est bordée de statue de bouddha en cours de création, un atelier de sculpture comme çà, au bord de la route, ils sont une demi douzaine à bosser sur des énormes blocs, le visage et la tête protégés par un kroma. Le kroma, genre de morceau de tissu de soie bariolé multi-usage, il fait foulard autour du cou et sert à te protéger la gorge dans les courants d'air, t'essuyer la sueur sur le front. Si tu le met autour des hanches, il te fait comme une superbe mini-jupe (pour les garçons - les filles si elles sont en jupe, c'est jusqu'au mollet et pour aller à l'école). En fait le kroma se porte ceint autour des hanches quand tu es chez toi, tu as trop chaud tu vires ton calbute et le toutim, et tu entoures ça histoire de prendre l'air par le bas tout en étant un minimum décent. Et le kroma se porte aussi entouré au niveau du haut du visage pour se protéger du soleil. Les Cambodgiens (surtout les Cambodgiennes) ne sont absolument pas content de leur teint halé, le "canon" asiatique étant d'avoir la peau blancheur de lait, les demoiselles (surtout les citadines) s'évertuent à se protéger du soleil genre pantalon long, foulard sur la tête et le visage (il n'y a que les yeux qui dépassent) et si elles sont en tee shirt, des espèces de gant de soie qui montent au dessus des coudes. J'ai failli en acheter pour lancer la mode en France. Tiens un contrôle de police en face, le flic est là debout au milieu de la route, il arrête les véhicules qui arrivent en face. Il est justement en train de parler au chauffeur d'un minibus sans âge par-dessus le type qui est assis à gauche du conducteur, ah oui, faut que je vous explique. Au Cambodge, on conduit à droite comme ici donc, le volant est à gauche. A gauche du conducteur, il n'y a en principe personne, mais quand on veut remplir un minibus à toc pour rentabiliser le carburant, on trouve toujours le moyen de glisser quelqu'un de pas trop épais entre la portière et le conducteur. Ça donne au conducteur une attitude étrange, genre pas très en face de son volant. Donc, ce chauffeur là, est en train de répondre un truc au flic et il lui tend le bras. Le flic avance le sien et ziop, ni vu, ni connu, un bifton change de main. Hop, le flic s'écarte, vous pouvez passer ! bonne route ! (en Khmer évidemment, je traduis là). T'as vu le billet ? me dis John, ben oui, je l'ai vu. Ça à l'air d'être dans les manières de faire locales. Plus tard pendant mon séjour, nous serons nous aussi dans une file contrôlée. Arrivé à notre tour, le flic s'écarte, ils n'arrêtent pas les nez pointus, ni les voitures trop officielles, ça ne sert à rien et c'est trop risqué de demander du fric. "Cambodge Soir" : Hier soir, en centre ville, près du pont japonnais (un pont qui enjambe le Tonle Sap en direction de Siem Reap), deux personnes sur une moto ont tenté de dérober un collier au cou d'une motocycliste, leur larcin effectué, le conducteur a accéléré mais est tombé avec son passager. Les passants et autres motocyclistes ayant assisté à la scène se sont rués sur les voleurs tombé à terre et les ont frappé à mort. Quand la police est arrivé, il était trop tard, les deux individus étaient décédés sous les coups de la foule. Ces deux personnes étaient connues des services de police pour de multiples vol à l'arrachée - Fin de l'article. Ça fait froid dans le dos, surtout que les flics n'étaient pas loin, manqueraient plus qu'ils prennent un mauvais coup. Ils ont peut être pas de place dans les prisons ? Nous arrivons à Siem Reap. Direction Chenla, un Ghest House que John connait. On s'installe dans les chambres, demain, nous irons sur le site d'Angkor et les temples de la civilisation Khmer. En attendant, une petite sieste est la bienvenue. En fin de soirée, nous cherchons en ville un resto, ce sera Dragon Soup. Tout est dans le nom, on prend une soupe avec son accompagnement, légume, champignons, soja, nouilles, sauces en tout genre qui arrachent. C'est le principe de la fondue. Un réchaud est posé au centre de la table, la soupe est maintenue chaude et une serveuse vient rajouter de la soupe à mesure que le niveau baisse jusqu'à ce qu'il n'y ai plus d'ingrédients. Bref, c'est un régal. Me demandez pas ou est le Dragon Soup, je sais que c'est dans Siem Reap, si vous y aller, vous demandez les gens du cru connaissent. Nous rentrons au Ghest House, nous laissons nos chaussures à l'entrée. Tu ne rentres pas avec les chaussures, dès que tu arrives chez des personnes, la première des choses que tu fais, t'enlèves les schoes. Tradition ? Praticité ? Y'a tellement de poussière dehors que tu n'en finirait pas de nettoyer. Puis c'est tellement bon, le carrelage sur la plante des pieds quand il tape un 34 - 35 ° dehors. Les temples, majestueux et grandiose et ce ne sont pas des superlatifs... Ils étaient barges à l'époque, les temples de la région d'Angkor s'étendent sur des km2 et personne ne sait s'il y'en a encore à découvrir. La végétation a tout recouvert et il faut se faire des passages à la machette pour se frayer un chemin dans cette jungle. J'imagine les re-découverte au début du 20e siècles. Les aventuriers devaient trouver un mur enchevêtré dans des monceaux de ronces et de lianes, la plupart du temps recouvert par les racines des fromagers (qui n'est pas un marchand de fromage mais u arbre, tu m'as compris, tu m'as)... La civilisation Khmer, splendeur et décadence d'une civilisation, jusqu'au 14e siècle, cette région devait être Versailles puissance 10 avec des bassins arrivant aux portes des temples et pas des bassins à poissons rouges, des trucs où tu navigues dessus, histoire de te déplacer en bateau d'un temple à l'autre. Quand on arrives sur un temple, il est difficile de s'imaginer ce faste là, tant la nature s'est ruée à l'assaut de ces œuvres. Mais la particularité, c'est que tout est à visiter, les bas reliefs, les statues ne sont pas protégées et chacun y va de de son toucher... A certains endroit, l'usure touristique a fait son œuvre autrement plus rapide que l'usure du temps. Il y'a une vie à l'intérieur, la moindre niche où se loge un bouddha, une divinité (voilà une civilisation qu'elle est bien, y'a des dieux filles et il y'a autant de bonzes que de bonzesses - oui, bon, ça s'appelle comme çà, j'y peux rien), la moindre niche donc est propice à la présence d'une bonzesse qui veille aux offrandes d'encens. face au bassin et à l'embarcadère, je rentre à l'intérieur de la deuxième séries de salle, j'ai enlevé mon chapeau, au milieu d'une croisée de galerie, semblant surgit de nulle part, un boudha trône ceint d'une toge orange. A ses pieds, des batonnets d'encens se consumment. Il n'y a plus de temps, dans un angle un gardien veille, il est là pour demander s'il on a le passe pour visiter. Pour l'heure, il ne me demande rien. Sur le côté du Boudha, une bonzesse assise les jambes repliées d'un côté, joint ses mains devant son visage "Tchom rirb sour", "tchom rirb sour". C'est un bonjour, pas le bonjour de bazard, ça signifie quelquechose comme "honoré de créé un lien avec toi", le bonjour à la va vite se dit "susaday" (d'une voix chantante), quand je partirai, elle joindra à nouveau ses mains et me dira 'tchom rirb lir" qui défait le lien créé précédemment. Dans la vie de tous les jours, dire "tchom rirb sour" est envisageable envers une personne à qui l'on veut montrer un profond respect la première fois que tu la vois. Pour les relations communes, tu dis "sasuday", ça va bien comme çà. Quand tu quittes quelqu'un, tu dis "Hi Haï" (c'est de la phonétique, l'écriture Khmer c'est un truc de dingue - 33 consomnes et plus de 40 voyelles qui s'accrochent aux consomnes comme des chapeaux ou des pieds - moitié sanscrit - moitié hindou). Si tu dis 'tchom rirb lir" quand tu quittes quelqu'un, bon, ça les fait rire parce que c'est vachement aristo pour le commun des mortels... Mais bon, pour un bonze ou une bonzesse, c'est envisageable d'autant plus que lui ou elle te quittera sur ce lien défait. j'en étais où ? Ah oui, la bonzesse... Je prend un batonnet d'encens, fais mon offrande dans une soucoupe qu'elle garde à ses pieds. Derrière nous, surgit une petite fille, elle ne dit rien, elle a des yeux si grand et elle les plonge au cœur des miens. John à des bananes (no money for children), il lui en donne. "Orkhoune" elle dit, c'est merci, vous aurez compris "Orkhoune tcheun", c'est merci beaucoup. Puis elle s'assied, à côté de la bonzesse en dévorant sa banane. C'est un instant magique, rien alors ne semble plus important que cette prière et cette môme qui mange. Nous avons laissé suzy 4x4 sur les parking devant un des multiple temple. Dès que tu te gares, surgissant de partout, des marchands accourent, ce n'est plus de la proposition, c'est de la sollicitation active. Des cartes postales, des objets artisanaux, des livres (la plupart du temps photocopiés de la version originale), accompagné d'un (s'ils reconnaissent ta nationalité) "bonzou meusieur madême, acheté ma zigogne, two dollards". Ah oui, c'est une cigogne en bois, qui se balance sur son perchoir... "Té, Okhoune" (non merci). Et là ils sont tout sourire, "mezieur parle cabodzien, muy dollard la zigogne". Ça fait un dollard, tt à l'heure elle m'a dit two dollards. Evidemment, tout se discute et marchander devient vite une habitude. Puis il y'a ce jeune d'une vingtaine d'année qui vend des cartes postales devant un des temples. John parle avec lui en Khmer, il est là à vendre des cartes postales où d'autres trucs, il a arrêté ses études, s'il a assez de thunes l'année prochaine, il recommencera. Il était rentré dans une université, n'en avait pas les moyens et en avait trouvé un pour se ramasser du blé. Ce moyen, c'est les occidentaux qui sont demandeur. La prostitution, les réseaux de pédophilie... Faire le trottoir pour un ado, c'est le moyen d'avoir du fric... John travaille dans une ONG qui récupère les jeunes dans la rue, leur apprend un métier puis les réinsère dans la vie active dès qu'ils sont en autonomie. Ils ne font pas que çà, ils embauchent des Cambodgiens qui filent les pédophiles. Pour essayer de remonter les filières, ou simplement amasser des preuves, puis, ils portent plainte dans le pays d'origine du gros porc. Sur place, la pédophilie est reconnu comme un crime mais il suffit d'arroser les bonnes personnes pour avoir la paix. La solution passe par un dépot de plaintes dans le pays d'origine. Pour ceux qui habitent au Cambodge, c'est l'extradition qui est demandée. Et on croit rêver, les ambassades ne font pas de zèle dans ces cas là. Des cas avérés avec des dossiers commac de prostitution et de tortures pédophiles sont prouvés, si le type est un important entrepreneur occidental, rien ne bouge. C'est un truc de ouf qui font comme boulot et non sans danger... Mais revenons au vendeur de carte postale... Il raconte qu'il a eu le dégout de lui même et de sa vie... Qu'il a laissé tomber le trottoir mais que c'est hyper dur de se retrouver bien dans sa tête. Je suis allé avec John, dans le lieu que l'association gère à Phnom Phen. Une équipe d'une vingtaine d'adultes s'occupe des apprentissages, de monter des projets et d'organiser les filatures. la société Cambodgienne a besoin des jeunes pour qu'elle se reconstruise, une génération entière a été anéanti par les Khmers rouges. Cette catastrophe n'a fini plus d'avoir des hoquets... Nous saluons respectueusement le vendeur de carte postale "tchom rirb lir"... Le soleil a l'air moins brillant que tout à l'heure et les flots de touristes sont entâchés de soupçons. De retour à Phnom Penh... Nous avons laissé les temples et tout le mystère qui les entoure et aussi les histoires de leur redécouverte. Le pillage archéologique du milieu du siècle dernier avec notre André Malraux national qui découpait allégrement à coup de ciseaux à pierre les bas-reliefs pour sa collec perso, les débats sur le défrichement complet pour mettre à jour tous les temples (économie durable ou défrichement assassin pour tourisme exigeant ?), la difficulté de pénétrer les zones minées. A propos des zones minées, rien ne se perd, des tee-schirt sont proposés à la vente, avec, sur la face avant, une tête de mort qui proclame Cabogia Mine, il parait que ça le fait quand tu rentres en occident (l'aventurier qui a bravé le danger et tout et tout), la connerie n'a pas de limite, je conchie le type qui se ballade avec çà sur les marchés sous le regard du cul-de-jatte qui a sauté sur la fameuse mine, faut avoir de l'eau de chiotte dans la tronche pour porter çà... Mais bon, je m'énerve... Voilà, ça va mieux, j'ai pris mes gouttes... Nous sommes donc rentrés à Phnom Penh et il pleut... C'est le soir, la température baisse à peine, mais il pleut... fort. Dans la rue en face un môme est sorti, il s'est mis torse nu et se lave, et il rit comme le bonheur qu'il a à être sous la flotte juste à cet instant. Pas grand chose à dire de ce moment, juste une rue, une pluie de cordes et un môme qui rie... Je pars avec John qui doit passer s'occuper de l'ONG dans laquelle il s'investit. John s'est mis en disponibilité de son boulot, il a accompagné Annie qui travaille au Centre Culturel Français à Phnom Penh, Annie c'est ma tante, la plus jeune sœur de mon père, John c'est son mari, vous l'avez compris. Il donne de son temps pour "our home", une ONG qui travaille pour que les enfants arrive à trouver un boulot par le biais d'une scolarisation. Récupérer ceux qui sont sur le trottoir et qui vivent de prostitution en essayant d'oublier à la colle. Ils embauchent aussi des Cambodgiens pour filer les pédophiles (je vous en ai parlé plus haut). Nous arrivons au local que l'association loue, je rencontre le directrice bénévole qui gère l'équipe sur place, l'objet de la réunion avec John est de parler de choses et d'autres mais aussi du projet qu'ils ont d'essayer de monter une mutuelle pour les salariés de l'association. Ici, le docteur et les soins ne sont pas remboursés. Donc si t'as des ronds, tu te soignes mais de toutes façons, tu laisses traîner et la moindre bricole devient un truc que tu gères trop tard. Et du coup, ça te revient encore plus cher... L'idée était de partir sur la base d'une provisionnelle issue d'un pourcentage sur leur salaire. Le débat tourne sur la nécessité ou non d'augmenter les salaires pour ne pas qu'ils perdent trop. Mais l'argument inverse est de dire qu'il faut que l'effort soit ressenti par tous pour prendre conscience que les soins ne sont pas gratuits mais juste pris en charge par une communauté. Débat intéressant qui fait comme un écho étrange avec nos problème de sécu ici... "Je vais faire les courses, tu viens ?". John fait les courses dans les marchés locaux. Sauf pour le pain... On prend Suzy 4x4, on arrive dans le quartier du Centre Culturel Français pour aller à la boulangerie française. Décalage entre le dehors et le dedans, décorée à la manière épicerie fine, nous sommes entre occidentaux. John m'explique qu'il y'a moyen de vivre ici en parallèle, en ne fréquentant que des magasins "réservés". Pour qu'ils soient réservés, nul besoin de vigile ou d'interdiction quelconque. Le prix suffit. Payer 1 $ pour une baguette, c'est verser 1 journée et demi de salaire pour un truc qui ne fait qu'accompagner un repas. De toutes façons, il n'y en a pas ailleurs du pain. Pour le reste des courses, nous allons au marché central. Des étals géants de viandes de porcs, de zébu (pas de buffle, le buffle, c'est pour tirer les charges), de volailles ou la seule ventilation consiste aux vigoureux coups d'éventail de la vendeuse. La viande est brune en surface, il suffit de bien la faire cuire. Faire un tartare, t'oublie... Puis nous cherchons de crustacés, des crabes géants et des énormes crevettes attendent dans des bassines, c'est vivant, au moins, ça se conserve. Ça, c'est l'intérieur du marché, à l'extérieur, sur la périphérie, le moindre mètre carré est pris d'assaut pour installer une planche et y vendre des trucs. Tiens des friandises, des vers à soi grillés au caramel, des criquets poëlés (juste tourne et retourne), puis le truc qui parait qu'il faut goûter ben non, je l'ai pas fait... Des espèces d'araignée énormes et velues, cuites au grill telles quelles. Ah, tu reconnais bien la bestiole, il parait que ça se croque comme ça, en guise d'apéricube. Il fait chaud, il est 11h00, les odeurs sont fortes (tu m'étonnes), je ne pourrais, ici, retranscrire les odeurs, malgré mes photos et mes quelques écrits, je serais handicapé pour vous retransmettre cela... Les odeurs de viandes agonisantes au soleil, les odeurs du poisson séché. D'un seul coup, alors que tu t'habitues à une odeur, que tu commences à relâcher tes poumons, au détour d'un étal c'est un autre monde olfactif qui s'ouvre et qui te saute sauvagement dans le dedans de toi. La plupart du temps, ce sont des trucs qui se mangent... Mais bon, chez nous le Roquefort ou le Maroil doivent paraître immonde à plus d'un. Ça y'est, les courses sont finies, ne restent plus qu'à passer acheter du thé, du café, et poster des cartes postales. Nous rentrons dans un magasin, à l'intérieur de chaque côté, des grands bacs en bois avec une trappe en verre sont remplis soit de café, soit de thé du Laos et du Vietnam pour la plupart. cet endroit est beau, tu prends la quantité que tu veux, on te met çà dans un petit sachets et hop. J'aurais rapporté des kilos de thé si j'avais eu plus de place. J'en ai rapporté un peu, je n'ai pas tout à fait fini le thé du Laos au Jasmin. Je vais faire comment quand je l'aurais fini ? Chris