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Author CPE ?   ( Replies 56 | Views 2291 )
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Re : CPE ? Reply With Quote
Offline Sereypheap
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Ce n'est pas seulement le CPE, je serai pour tous les contrats, pourvu que ce soit le contrat pour le travail !:lol: Par contre, je serai contre tous les contrats pour le chomage !:sygus: Ces gens qui font la grêve, ils veulent peut-être le CPC (contrat pour le chomage) ou le CPR (le contrat pour RMI):sygus: ou le CPG (le contrat pour glander plus longtemps après l'université):smiley18:.

Je plaisante évidemment, ne me sautez pas dessus, et surtout ne m'insultez pas, car cette fois je le ferai à la première occasion !:lol: Mais par contre, je vous invite à exprimer vos opinions démocratiquement comme des êtres normalement constitués, des gentlemen quoi...:lol:

Edité le 01/04/2006 @ 20:45 par Sereypheap

cordialement.gif
#20314 View Sereypheap's ProfileView All Posts by SereypheapU2U Member
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Re : Re : CPE ? Reply With Quote
Offline Vicheya
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Sereypheap a écrit

Je plaisante évidemment, ne me sautez pas dessus, et surtout ne m'insultez pas, car cette fois je le ferai à la première occasion !:lol:



Des menaces ? !!!

Même pas peur ! :sygus:
#20331 View Vicheya's ProfileView All Posts by VicheyaU2U Member
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Re : CPE ? Reply With Quote
Offline Rotha
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Pourquoi être Contre :
- 2ans de période d'essai ! Vous vous rendez compte ? Pendant 2 ans, il faut toujours être "au garde à vous", impossible d'avoir des projets (immobilier ou voiture) et il faut moins de 2 ans pour qu'un patron sache si un salarié fait l'affaire.
- Licenciement sans se justifier ! Le salarié à le droit de savoir pourquoi on mets fin à sa période d'essai après 1 an et 11 mois de bon et loyaux service ! Non ? C'est la porte ouverte à tous ! Licenciement car je blaire plus ta tête, licenciement, car bon j'ai besoin de financer ma prochaine Mercedes ML, etc ... (Mais chut, il faut pas le dire ...) Vaut mieux laisser le salarié dans le doute et laisser l'ANPE lui retrouver un emploi.
Pendant 2 ans le salarié n'est plus qu'une marchandise, de la viande ...
- C'est un contrat que même le Medef n'a pas demander ! Et pourquoi l'avoir inventer .... :xtrem:


Pourquoi être Pour :
- Le futur de l'emploi, je le vois comme ça : un contrat unique avec une période d'essai à vie. Il faudra s'y faire, autant le faire maintenant.
- Pour faire plaisir au patron
- Pour mettre fin au grêve qui nous empeche d'aller travailler :lol:

Edité le 02/04/2006 @ 09:34 par Rotha

#20332 View Rotha's ProfileView All Posts by RothaU2U Member
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Re : CPE ? Reply With Quote
Offline Swann
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Edité le 02/04/2006 @ 09:48 par Swann

#20333 View Swann's ProfileView All Posts by SwannU2U Member
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Re : CPE ? Reply With Quote
Offline yayawarman
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Je ne suis ni pour, ni contre !

Je vais paraître égoïste aux yeux de certains mais je ne me sens pas concerné...

Ce que je trouve déplorable, c'est le fait que tous ces manifestants qui sont contre le CPE empêchent une minorité d'étudiants d'accéder aux cours ou bloquent la circulation etc...

Ces gens là, parlent de liberté, de démocratie mais en connaissent-ils le sens ?

Les jeunes de -26 ans peuvent accepter ce contrat ou non, ils sont libre ! Des gens refusent bien des CDD...

Et puis tant que l'on n'a pas essayé, comment peut-on dire que ce CPE n'est pas bon ?

L'impossible nous ne l'atteignons pas, il nous sert de lanterne !
#20335 View yayawarman's ProfileView All Posts by yayawarmanU2U Member
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Re : CPE ? Reply With Quote
Offline Rotha
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Oui, en gros, tu es Pour :lol:


Je vais paraître égoïste aux yeux de certains mais je ne me sens pas concerné...

Et tu comptes avoir des gosses ?


Et puis tant que l'on n'a pas essayé, comment peut-on dire que ce CPE n'est pas bon ?

Mais c'est sur papier ...
Tu sais, pourquoi c'est aux salariés de prendre le plus de risques ? pourquoi pas couper la poire en deux ?

#20336 View Rotha's ProfileView All Posts by RothaU2U Member
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Re : CPE ? Reply With Quote
Offline yayawarman
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Je ne suis pas "pour" !

Je suis contre cette manière de manifester...

Le CPE n'est pas pire qu'un CDD au niveau de la précarité ! Le gouvernement a mis en place ce contrat pour inciter les entreprises à embaucher malgrès la conjoncture économique actuelle.

Je peux comprendre la réaction de ces manifestants ! Mais doit-on se battre pour une idéologie en supprimant la liberté d'autrui.

L'impossible nous ne l'atteignons pas, il nous sert de lanterne !
#20343 View yayawarman's ProfileView All Posts by yayawarmanU2U Member
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Re : CPE ? Reply With Quote
Offline Rotha
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Oui, je suis aussi contre le blocage des facs, je déteste le fait d'entrainer tout le monde avec soi sans leur accord.

#20345 View Rotha's ProfileView All Posts by RothaU2U Member
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Re : CPE ? Reply With Quote
Offline Swann
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L'école est l'affaire de tous : lycéens, étudiants, professeurs, parents d'élèves et contribuables. Nous réunirons donc toutes les personnes pénalisées par la situation actuelle pour dire :

• NON au blocage des facs ! Chaque étudiant doit pouvoir suivre ses cours normalement, et travailler pour ses examens et sa réussite professionnelle future.

• NON à la manipulation par les syndicats ! Les assemblées générales telles qu'elles se pratiquent sont de véritables fumisteries : à de rares exceptions près, seuls les étudiants favorables aux blocages sont autorisés à s'exprimer. Le vote à main levée ne permet pas une saine expression des volontés de chacun.

• OUI à la liberté de manifester, mais dans le respect de la liberté d'autrui ! Si l’on doit certes pouvoir manifester librement, on doit accepter que d’autres souhaitent étudier. De tels blocages sont la marque d' une profonde intolérance.

#20349 View Swann's ProfileView All Posts by SwannU2U Member
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Re : CPE ? Reply With Quote
Offline virsna_fr
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Je suis contre le CPE. Cependant j'ai un avis personnel sur ce contrat.
Pourquoi rester deux ans dans une entreprise si vous jugez que l'evolution de votre carriere serait sans issue ? Et si vous quitteriez votre employeur sans justification durant la periode d'essai ? :lol:


Virsna
#20358 View virsna_fr's ProfileView All Posts by virsna_frU2U Member
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Re : CPE ? Reply With Quote
Offline misteroud
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Je suis POUR le CPE !

Depuis qu'il est passé à 1 ans, je pense que les entreprise hésiteront moins à embaucher des jeunes sans diplômes.

Si j'étais un patron, je ralera avec toute les protections socials, la rigidité des législations sur els licenciement...
Les jeuens qui me semblerai un peu flèmard en apparences, je en les embaucheraient pas en toute honnêté par pour d'avoir des difficultés à les licencier par la suite...
Grâce au CPE, les chef d'entreprise peuvent prendre ce risque et embaucher des jeunes et leur donner leur chance !!!

La france à un taux de chômage élevé il faut le faire chuter à tout prix, il faut aider els jeunes sans emploie car ils se sentent exclu de la société... :sarcastic:
En plus, le CPE ça apporte une première expérience pour ceux qui n'ont jamais travailler.... Trouver un emploi sans expérience c'est dure, personne peux le nier !!!

Je suis contre le blocage des lycées et fac !
Je suis contre les pressionq des étudiants contre le CPE qui empêche ceux qui sont pour de parler !
Je suis contre le Partie Communiste qui manipulent les jeunes et les engraines...
Je suis aussi contre les jeuens qui vont manifester jsute pour s'amuser et voir si le gouvernement cède ou pas...pour certain c'est un jeux, une rebeion contre le gouvernement, une sorte de crise d'ado contre l'autorité !!!


P-S: comme tu peux le voir Rotha, j'ai arrêté de bouder le forum... :12:

Parfois un bon coup de bambou remet les idées en place !
Il y a certains principes qui surpasse notre propre existance, notre bonheur...
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Re : CPE ? Reply With Quote
Offline PAGNACHON
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Personnellement, je crois que le CPE est tout simplement anti-code du travail, et c’est peut être, le gouvernement voulait désengorger le Conseil de Prud’hommes, vu le nombre de litiges entre les patrons et les salariés qui reste en instance du jugement, et cela peut durer de 1 à 5 ans d’attente.

Et je pense qu’il faudrait vraiment changer le comportement et la mentalité des patrons, et non pas en créant le CPE que l’on puisse baisser le taux de chômage des jeunes de moins de 26 ans.


Par contre le gouvernement devrait vraiment baisser les charges patronales, c’est peut-être, une solution, pour que les patrons puissent permettre de récupérer sur la masse salariale qui pèse très lourde dans leur budget global et ce qui permet aux patrons de revoir leur politique d’embauche des jeunes sans qualification.


Pagnachon

La Liberté, la Paix, et la Justice
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Re : CPE ? Reply With Quote
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Re : CPE ? Reply With Quote
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Re : CPE ? Reply With Quote
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Bruno Julliard, Président de l'UNEF, est sans aucun doute un jeune homme brillant, qui connaît aujourd'hui son heure de gloire. Il en a fait la démonstration : il est éloquent, excellent communiquant...Tout ce qu'il veut... Mais, c'est un jeune homme complètement déconnecté de la vie réelle, à des années-lumières des préoccupations ordinaires des jeunes visés originellement par le CPE. Bruno, 25 ans, reconnaît d'ailleurs n'avoir jamais travaillé à ce jour. Il n'a donc aucune pratique du monde du travail. Il n'a semble-t-il pas encore besoin de travailler, à la différence de tous ces jeunes qu'il dit représenter. Il ne côtoie pas non plus régulièrement des jeunes sans diplômes et sans qualification, ni de chefs d'entreprises, de directions des ressources humaines...

Aussi, maintenant que le jeune Bruno est arrivé à ses fins, et fort de ses résultats médiatiques qui lui permettront (et ce serait mérité) de faire une longue carrière syndicale ou politique, il serait sympathique de sa part qu'il cesse maintenant "d'aider" ceux qui ne lui ont jamais rien demandé et qui n'ont jamais vu chez lui autre chose qu'un petit enfant gâté qui commence à devenir de plus en plus fatiguant.

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Re : CPE ? Reply With Quote
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Re : CPE ? Reply With Quote
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Re : CPE ? Reply With Quote
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Pour ceux qui aimeraient se faire une opinion sur les CPE & CNE et qui comme moi ne prennent pas pour argent comptant "ce que disent les journaux":

Après, chacun est libre de penser ce qu'il veux ...

Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent agir et refusent d'intervenir. A. EINSTEIN
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Re : CPE ? Reply With Quote
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Le CPE à durée... limitée

C’est tout de même arrivé. L’histoire législative française se souviendra donc bien du CPE. Elle s’en souviendra comme d’une des grandes lois qui auront le moins servi.

En promulguant la loi instaurant le CPE, le président de la République lui a donné toute son effectivité. Après une logique consultation du Conseil constitutionnel, après un jugement sur les termes de la loi (légalité de la procédure, conformité à la constitution des grands principes du droit et à la jurisprudence) et pas en opportunité (fallait-il prendre cette loi à ce moment précis, au regard de la situation nationale), la parution au Journal officiel permet aujourd’hui à tout chef d’entreprise de signer un CPE. Reste le problème du support, puisqu’aucun contrat type officiel n’a été publié par l’administration.

Or, en droit, le formalisme n’est quasiment jamais obligatoire. En gros, on peut signer un contrat sur n’importe quoi, un napperon de restaurant, un bloc note... En fait, il n’y a même pas besoin d’un contrat écrit noir sur blanc. Il suffit qu’il y ait accord de volontés, c’est-à-dire que les deux contractants mettent en oeuvre volontairement, en commun, des moyens pour produire des effets de droit (une vente, une dette, un travail rémunéré...). Je dis bien accord de volontés, et là, s’il est peu probable que de nombreux patrons tentent l’aventure, il est encore plus douteux qu’il y ait des volontaires du côté des demandeurs d’emploi. Avis aux amateurs et aux aventuriers du marché du travail.

Notez que, dans ces cas, celui qui tentera le coup signera bel et bien un contrat à durée... indéterminée.

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Re : CPE ? Reply With Quote
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Re : CPE ? Reply With Quote
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Portait de la France du CPE à travers quelques évocations historiques

«Chez nous, les gens jouissent abondamment et frénétiquement de toutes les libertés sans même daigner s’apercevoir qu’ils ont là un privilège rare en Europe. Ce ne sont que discussions, meetings, conférences, objections, répliques, ratiocinations sur des pointes d’aiguilles, luttes sociales, grèves réitérées, menaces, réclamations et protestations, fermentation en vase clos, discours contradictoires, polémiques de presse, tant et si bien que la volonté nationale, perdue en mille canaux divergents, ne parvient pas non seulement à s’exprimer, mais à prendre conscience d’elle-même. Nous dévoilons à chaque instant notre jeu aux étrangers avant même de nous en être formé, pour nous-mêmes, une idée claire.

En Allemagne, au contraire, le peuple est comme un grand réservoir aux eaux mornes et silencieuses dans lequel des dirigeants habiles versent à leur gré des teintes de diverses couleurs et sur lequel ils projettent quand il leur plaît certaines lumières fantasmagoriques. Point de journaux au sens réel de ce mot, point de parlement, point de parlotes, point de tiraillement de l’opinion, maintenue, de la manière la plus absolue, au pas de l’oie.

Chez nous c’est la pétaudière, mais cette pétaudière est amusante et il est malgré tout fort distrayant d’y vivre. En somme, nous système de démocratie un peu anarchique est un système de paix; il convient aux époques heureuses mais ne convient qu’à elles. La tranquillité du monde serait moins menacée si cette méthode de gouvernement prévalait partout. Mais les Allemands, eux, ne considèrent pas que l’époque actuelle soit heureuse (...) Ici c’est l’annihilation de toutes les velléités individualistes devant l’intérêt national. Cette compression maintient les citoyens dans une attitude perpétuelle de subordination à l’égard d’une doctrine conçue en secret et réalisée quand il le faut avec la rapidité d’un coup de surprise» (Naudeau, "Autour d’un discours", L’Illustration, 26 février 1938)

Ces lignes sont extraites d’un long article de Ludovic Naudeau, belle plume, grand reporter dans les années 1910-1940 et sur ce coup dépêché en Allemagne. J’ai choisi ce propos liminaire ayant valeur de contextualisation, avant que Naudeau n’entre dans le vif du sujet et ne narre en détails l’atmosphère toute spéciale pendant le discours de Hitler à la tribune du Reichstag le 20 février 1938. La comparaison entre la France et l’Allemagne est saisissante, et si cette dernière a considérablement changé après la guerre, notre pays semble avoir conservé quelques traits de cette époque, si bien décrits. Le début des lignes citées pourrait très bien s’appliquer à l’agitation politique récente, celle du TCE, et présente, celle du CPE. On doit y voir un trait spécifique de la culture française, cette propension à vouloir discuter sans compter, au risque de privilégier l’incohérence, au détriment de l’efficacité dans l’action. Mick Jagger l’avait également constaté, alors qu’un groupe gauchisant avait sollicité le droit d’utiliser le micro quelques minutes avant le concert des Stones. C’était en 1970. Pour revenir à la situation actuelle, on notera cette évocation de la pétaudière idéologique comme expression d’une gaieté française, appropriée en temps de paix mais problématique quand le conflit se prépare. En 2006, l’ère des conflits est achevée en Europe. De guerre il ne reste que l’économique. Adoptant un constat à la Naudeau, les réformistes et autres pragmatiques dénoncent cette division alors que la France devrait se serrer les coudes pour affronter la mondialisation en adoptant les mesures nécessaires pour suivre le cours économique du monde. Alors que l’Allemagne est gouvernée par une alliance CDU et SPD et que son peuple semble accepter comme inéluctable la "flexibilité précarisante", une France, éprise de son histoire, a décidé de dire non, et d’assumer le symbole de Michelet autant que l’héritage de la Révolution, de Mai 68, du catholicisme social. Qui ne voit pas dans ces symboles le ressort culturel de ces événements ne comprend rien à l’histoire, qui ne saisit pas dans le CPE un symbole pris comme cible par les classes populaires ne voit rien du présent.

Une chose est certaine, on ne se comprend jamais mieux que par le reflet des autres. Naudeau, en grand reporter, savait capter les subtilités des peuples, fortement accentuées au début du XXe siècle, avant que le moment individualiste ne vienne aplanir les différences, dans les années 1960-70. Il a fallu le fameux livre de Paxton pour que la France comprenne la période de Vichy, alors que récemment, un livre d’une universitaire américaine a livré quelques impensés de Mai 68, sans oublier Théodore Zeldin, fin connaisseur des subtilités de la culture française avec ses raffinements et autres codes d’alcôves. Moins connu que Paxton mais plus profond à mon sens, le fin connaisseurs des littérature européennes, Curtius, publia en 1930 un Essai sur la France (réédition chez L’aube) dont certaines lignes sont d’actualité pour comprendre le passé récent et notre présent. Voici un premier extrait du livre de Curtius tiré du chapitre sur le génie français. Chacun appréciera à la lumière de l’histoire récente de la France, autour de quelques événements.

«Un autre trait qui découle du caractère de la maturité de la civilisation française, c’est sa prédilection pour l’âge adulte. La France n’a pas, comme la Grèce ou l’Allemagne, une image idéale du jeune homme. Elle est adulte, dans le sens où l’était la Rome antique. "La France méprise la jeunesse", écrit Jean Cocteau, "sauf quand elle s’immole pour sauvegarder la vieillesse. Mourir est un acte de vieux. Aussi, chez nous, la mort seule donne du poids aux jeunes. Un jeune qui rentre de la guerre a vite perdu de son prestige. Il redevient suspect." Dans les domaines de la littérature et de l’art, les jeunessont appréciés, et même commercialement exploités, mais cette tendance nouvelle date à peine de la fin du XIXe siècle [...] Les qualités que la civilisation française prise le plus, sont celles que l’on n’acquiert qu’à un âge avancé» (Curtius, p. 313-314).

Ces lignes écrites en 1930 sont-elles d’actualité? Y a-t-il dans notre pays non pas un mépris, mais une sorte de malentendu avec la jeunesse, une certaine jeunesse, pas celle qui entre à Polytechnique ou à l’ENA, se met au garde-à-vous et déjà, raisonne comme la vieillesse, et se prépare à servir sous les ordres d’un Etat gouverné par les anciens? L’Assemblée nationale est certes une représentation nationale, mais pas une représentation sociale. Deux composantes font défaut, les femmes et les jeunes. Les phrases de Cocteau raisonnent puissamment, évoquant à travers l’immolation de la jeunesse à propos de la guerre ce qui paraît être un trait culturel français. Dans les campagnes, celui qui, parmi les fils, travaillait à la ferme était mieux considéré, parce qu’il assurerait non seulement la pérennité de l’exploitation mais aussi les services à ses géniteurs. Le 30 mars, sur les ondes de France Inter, la démagogue Ségolène Royal a cru bon de flatter cette jeunesse qui, selon ses sources, serait prête à aider les personnes âgées. Un coup les jeunes sont loués, un autre ils sont déconsidérés, et même considérés comme source de dangerosité, «excepté les élèves des Grandes Ecoles». Et Mai 68, qu’en a-t-il été de cette révolte de la jeunesse? Là aussi, une sorte de mépris larvé de la part des anciens, et le refus d’entrer dans la société avec le fardeau d’un sérieux et d’une froide perfection propres à l’adulte. La France ne sait pas apprécier sa jeunesse, voilà ce qui semble être un motif perdurant, et comme la société s’est transformée économiquement en exigeant de la "casse sociale", elle a fait payer à la jeunesse un lourd tribut. Les solutions inventées n’y ont rien fait. Le pédagogisme et le collège unique se sont retournés contre la jeunesse (une partie) selon le très connu principe des effets pervers. Toujours est-il que le CPE soulève à nouveau la réaction de la jeunesse. N’aurions-nous rien appris du passé?

Certains s’imaginent rendre compte de la situation en une formule du genre: "En 68, les jeunes voulaient changer la société, maintenant ils cherchent à y entrer." On se la passe d’analyse en analyse, et pourtant, cette formule n’explique rien. Non, il n’y a pas d’opposition si grande entre les deux périodes. Différence de motif, oui, mais le ressort, c’est l’émancipation de la jeunesse, par la voie activiste et politique il y a trente ans, par l’activité professionnelle et l’accès aux moyens de consommation actuellement. Et ce CPE est reçu en travers de la gueule comme le symbole d’une émancipation sélective. Et le 28 mars 2006, dans les défilés, n’étions-nous pas tous «jeunes» un peu, comme après le 11 septembre, nous étions Américains?

Parmi les traits culturels spécifiquement français signalés par Curtius, il y en a un qui résonne avec cette actualité du CPE, c’est, dans un cadre de passions des Français pour leur histoire et leur passé, l’opposition entre deux tendances très puissantes et se renforçant l’une et l’autre, le traditionnalisme et le radicalisme (à interpréter comme progressisme et, dans le cas présent, comme son avatar adouci qu’est le réformisme): «Plus la tradition et le culte du passé sont forts, et plus doit être puissante la tendance adverse qui s’efforce d’en briser le joug» (p. 326). Ce schéma de Curtius s’applique parfaitement aux événements actuels et en premier lieu, aux renforcements des tendances opposées conduisant à l’épreuve de force terminale dont le verdict dépend de la décision de Chirac le 31 mars et de la semaine de mobilisation qui s’ensuivra. Qui sont justement ces deux camps?

D’après les analystes se réclamant du réformisme (les libéraux mais aussi Kouchner et Rocard), la gauche socialiste, communiste, syndicaliste, les étudiants anti-CPE, la LCR, sont catalogués dans le camp des traditionalistes car ils revendiquent le maintien de l’emploi surprotégé sur fond de modèle social et d’Etat-providence, plaçant alors la France dans une situation singulière, notamment vis-à-vis des nations anglo-saxonnes qui ont largué les amarres, reléguant le New Deal de Roosevelt au rang d’antiquité. Face à ces prétendustraditionalistes épris de luttes sociales et d’avantages acquis, Sarkozy et Villepin incarnent la rupture, l’avenir, le réformisme, chacun à sa manière et tentant de l’afficher en agissant conformément aux leviers et prérogatives de son positionnement dans l’appareil d’Etat, l’un à l’Intérieur et président de l’UMP, l’autre à Matignon. Pourtant, nos deux compères du réformisme présentent eux-aussi quelques archaïsmes. Villepin ressemble aux dirigeants autoritaires du passé, avec cette fameuse formule d’une France qui veut se faire prendre et son côté très romain. Sarkozy, accusé de néoconservatisme par la gauche bien-pensante. Et pour revenir au camp anti-CPE, on notera cette volonté de la société civile de ne pas se laisser imposer des mesures contraires à un certain esprit du travail, et peut-être de s’impliquer dans une vie politique marquée par une défiance des gouvernés vis-à-vis des élites. C’est à se demander s’il n’y aurait pas deux ruptures conservatrices face à face. Et si tel était le cas, alors il faudrait que la société civile puisse inventer sa rupture, prendre conscience de son pouvoir et de sa capacité à innover que certains lui dénient, et se doter d’un mouvement ou d’un parti, peu importe, mais suivre l’exemple de 1995 qui a vu l’émergence de nouveaux syndicats, dont SUD.

Toujours est-il que le CPE est devenu un symbole, celui du réformisme pour les uns et celui de la lutte contre la précarité et le déséquilibre des situations pour les autres. Les partisans du CPE n’ont-il pas déclaré que si ce texte ne passe pas, la France sera définitivement incapable de la moindre réforme, alors que les opposants pensent que si le CPE passe, il entraînera une réforme de plus grande ampleur du Code du travail, faisant jouer à ce contrat le rôle d’un cheval de Troie?

Pour finir, un peu d’histoire-fiction. «L’âme française semble avoir enregistré l’expérience selon des schémas qui appartiennent à la maturité de la vie. Ses origines sont marquées par l’absorption de la culture romaine de basse époque (...) L’expérience spirituelle collective ( ...) n’est pas due à une confrontation élémentaire des forces de la vie mais à une adhésion aux forces éducatrices de Rome (...) Les Gaulois romanisés ont repris à leur compte une culture toute formée et déjà nettement définie (...), la civilisation romaine est elle-même une culture secondaire, née de l’adoption du monde intellectuel de la Grèce et de son adaptation au monde italique. La civilisation française est donc secondaire (...) La France peut revivre en elle-même Rome et l’Antiquité (Curtius, p. 298, 299).

Cette fronde anti-CPE n’est-elle pas une énième tentative pour le peuple français d’affronter cet héritage de Rome, après 1789, 1830, 1848, 1971, 1936, 1968, pour autant que tous ces événements puissent relever de ce schème interprétatif? Enième crise, oui, c’est certain, et même crise de grande ampleur, différente de Mai 68, ou plutôt qui la dépasse. Crise de civilisation, dit-on. Sur ce point, la comparaison avec la fin de l’Ancien Régime, du Second Empire ou de la Troisième République semble s’imposer. Ce procédé est facile et reste flou sans une analyse précise des situations historiques et présente. D’autant plus que l’ère de la technique, l’importance des médias, l’achèvement de l’individualisme démocratique limitent les jeux de miroir trop faciles. N’empêche que l’idée d’un archétype français hérité de Rome se prête à une méditation pouvant aboutir vers de l’histoire-fiction quant à la compréhension de ce que signifie affronter Rome et le cas échéant en sortir. Belle allégorie que ce peuple français destiné à se libérer de l’Etat impérial, à l’image du peuple d’Israël sortant d’Egypte. Cet exercice allégorique n’est pas sans risque. On sait ce qu’il en est du messianisme occidental et du prophétisme. Ou bien on en meurt, s’il s’accomplit dans les totalitarismes, ou alors on en meurt, mais de rire, tant ce type de discours peut virer au comique. En fin de compte, le peuple français n’a pas vraiment le désir de se libérer de l’emprise de l’Etat. Qu’en est-il de cette libération?

L’ère des grands récits est achevée, selon la formule devenue classique de Lyotard. L’histoire a déjà donné. De plus, défaire Rome symbolise plutôt une régression vers les anciennes formes de société avec leur organisation religieuse, tribale, traditionnelle, où chacun porte le fardeau du lien social. C’est d’ailleurs le constat de Marcel Gauchet. Notre liberté dans l’Etat moderne démocratique nous affranchit en nous dispensant de nous interroger sur les institutions qui garantissent cette liberté à exister sans ce fardeau du lien, mais cet état de fait présente un risque, celui de délaisser la vie civile, d’oublier les autres, et de laisser se déliter l’Etat.

En fin de compte, cette révolte de 2006 contre le CPE ne peut que laisser un goût amer par son caractère ambigu. Les motifs des uns et des autres ne sont pas très glorieux, mais la légitimité fait basculer le camp de l’opinion publique du côté des anti-CPE, avec une bonne partie des intellectuels. Donc aucune histoire-fiction, aucun royaume ou nouvelle Jérusalem à venir, mais plutôt un sentiment plus ou moins légitime d’injustice sociale à travers un contrat instituant une ségrégation sociale sur fond de ressentiment généralisé à l’égard d’un monde où les profits exagérés s’affichent dans les médias. La conjoncture est plutôt de type marxienne, mais dans la variante Liebknecht, c’est-à-dire conflit au niveau de la distribution, autant des revenus que des droits. Profit faramineux d’un côté, de l’autre précarité, insécurité et pauvreté. Dans une société où chacun veut accéder à un niveau matériel, construire un projet, s’émanciper, il faut équilibrer les droits, les accès au travail, les revenus. Sur ce point, il y a eu fracture et les Etats ne savent plus trop comment réformer en soignant les uns, les autres, en se souciant de la croissance, car plus il y a à partager, mieux cela se passe, enfin, c’est ce qui est admis par la majorité des politiques. Mais la croissance, d’une part, elle ne résout pas tout dans une société, et d’autre part, rien ne dit qu’elle puisse être à la mesure de ce que souhaiteraient les économistes pour satisfaire les individus.

Ainsi, se soucier de la croissance comme le fait Christian Blanc par exemple, c’est adopter une analyse matérialiste de la société, bref, sous des apparences réformistes, c’est d’un archaïsme redoutable, renvoyant aux analyses marxistes de la philosophie des années 1960, analyses dont la pensée politique a su se démarquer depuis quelques décennies. Comme l’a montré Marcel Gauchet, l’économique ne fait pas tout, et le politique, l’Etat, a aussi son rôle dans l’émancipation des individus, sans côté le spirituel et le religieux dont on peut dire qu’ils servent aussi à la réalisation des sociétés et des individus. Reste à inventer cette nouvelle société en nous appuyant sur l’édifice et l’héritage de Rome, mais aussi en puisant dans les ressources de la spiritualité. Le religieux est aussi source de lien social. Le religieux ne se réduit pas aux religions. C’est un mode d’existence, un partage, une vibration d’êtres sur des fréquences harmoniques... à la limite du mystique, oui, mystère d’être ensemble, un univers à inventer, si nos sociétés tiennent bon.

Justement, pour revenir à Rome, on sait que l’effondrement n’a pas eu lieu, plutôt une décadence orchestrée par une classe aristocratique de loisir asservissant le peuple, avec des institutions vieilles de plusieurs siècles et transmises en héritage, l’ensemble associé à un réveil spirituel mu par le christianisme alors que les barbares s’employaient à semer le chaos pour ensuite s’installer eux aussi dans les demeures aristocratiques. Cette évocation se superpose-t-elle avec l’actualité?

La France, entre déclin et dynamisme, décadence et réveil culturel? L’Etat et le politique restent inflexibles, avec leurs institutions et bâtiments, mais la politique ressemble à une mise en scène, un mauvais vaudeville, une pièce de théâtre mal écrite, et l’histoire, une épopée comique qui aurait inspiré l’ennui à un Cécil B. de Mille; rien que des figurants, quelques seconds rôles, scénario insipide, absence de stars et autres héros. Pour digérer la sortie de crise, DDV aurait dû offrir une place de cinéma ou un DVD à chaque Français, mais au fait, lequel des DDV? Matignon ou l’inculture?

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Sereypheap a écrit

Ce n'est pas seulement le CPE, je serai pour tous les contrats, pourvu que ce soit le contrat pour le travail !:lol: Par contre, je serai contre tous les contrats pour le chomage !:sygus: Ces gens qui font la grêve, ils veulent peut-être le CPC (contrat pour le chomage) ou le CPR (le contrat pour RMI):sygus: ou le CPG (le contrat pour glander plus longtemps après l'université):smiley18:.

Je plaisante évidemment, ne me sautez pas dessus, et surtout ne m'insultez pas, car cette fois je le ferai à la première occasion !:lol: Mais par contre, je vous invite à exprimer vos opinions démocratiquement comme des êtres normalement constitués, des gentlemen quoi...:lol:


Bien, dit, Sereypheap, je suis totalement d'accord avec toi, moi, aussi, je suis pour le CPE. Ces jeunes qui font grève, et ils ne savent même pas ce que signifie le mot "travail", ils croient que le travail, ça tombe du ciel, ils croient aussi, une fois qu'ils sortent de l'école qui peuvent avoir un boulot facilement et qui dure à l'éternité, moi, je leur dis, il faut qu'ils arrêtent de rêver. Le travail, ça mérite aux gens qui veulent travailler et qui luttent pour le conserver.
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Fin du CPE : les éditos de la presse française




Le Figaro (Nicolas Beytout)

"(...) +Tout ça pour ça+, pour en arriver d'abord à une suspension qui ne dit pas son nom, puis à une abrogation qui bien sûr tait le sien. Triste bilan ? Oui. Mais véritable expérience aussi, dont la majorité peut encore espérer tirer quelque profit. D'abord sur la méthode: on sait désormais avec certitude que les réformes (les vraies) ne se font pas en allant seul à la bataille. (...) Que rien ne sert de gagner du temps sur la concertation si c'est pour tout perdre dans la contestation. Ensuite sur les objectifs de la réforme: pour être acceptée, elle doit être vécue comme juste ou, au minimum, être comprise comme nécessaire (...) Il y a certes beaucoup à reconquérir, mais tout dans cette aventure n'aura pas été négatif: même touché par la crise, Jacques Chirac a retrouvé pleinement la fonction d'arbitre qui sied au président de la République. Quant à Nicolas Sarkozy, le président de l'UMP et probable futur candidat à l'élection présidentielle, il peut revendiquer d'avoir vu le premier l'impasse dans laquelle le gouvernement s'engouffrait, et d'avoir trouvé le chemin de la sortie de crise. (...)"

Libération (Antoine de Gaudemar)

"Abrogé, mort et enterré: les mots n'auront pas été officiellement prononcés, mais le CPE a rejoint hier sans fleurs ni couronnes le cimetière des lois mort-nées. Un adieu expéditif, mais que l'agonie aura été longue! Il aura fallu des semaines et des semaines de protestations, de manifestations et de grèves avant que Dominique de Villepin, dont l'entêtement incompréhensible aura été le facteur le plus aggravant de la crise, ne se résolve à reculer et à manger publiquement son chapeau. Une défaite politique en rase campagne et un échec personnel cuisant pour le Premier ministre, qui ont aussi provoqué une grave crise institutionnelle. (...) Jusqu'au bout, l'exécutif aura offert un triste spectacle de guerres intestines, de confusion des pouvoirs et d'indécision à tous les étages, dont il aura bien du mal à se relever, à un an d'élections décisives. (...)"

La Croix (Dominique Quinio)

"(...) Si la crise du CPE, succédant aux autres crises, obligeait chaque futur candidat à approfondir ses propositions sur toutes les questions surgies au fil des débats: l'emploi, bien sûr, l'éducation, mais aussi l'avenir de l'Europe, et l'intégration des jeunes dans les quartiers sensibles. Les promesses, les principes généraux et les incantations ne suffiront pas; il faudra des idées concrètes, des chiffres et des arguments. Les "déboutés" d'aujourd'hui comme les "débouteurs" sont attendus au tournant. Ils pourraient être utiles, aussi, ces douze mois, si responsables politiques et électeurs réfléchissaient aux fondements d'une démocratie, au poids d'un vote, à la légitimité de ceux qui sont élus, aux règles de la contestation, au respect de la liberté de chacun. Si l'on s'entendait sur le sens d'un dialogue social, sur la possibilité d'expérimenter certaines solutions avant de les adopter ou de les rejeter. Si l'on renouait les fils cassés?"

L'Humanité (Pierre Laurent)

"Échec et mat. Les ultimes manoeuvres du trio Chirac-Villepin-Sarkozy n'auront pas suffi. Le CPE a vécu. La mobilisation populaire a eu le dernier mot. Et quelle mobilisation populaire! Plus de deux mois de débats, d'actions, de grèves, de manifestations, qui ont construit au fil des semaines une conviction solide dans l'opinion, une unité syndicale sans faille, un rapprochement durable entre jeunes et salariés, une riposte convergente de toute la gauche, autour d'un objectif prioritaire clair et net, le retrait du contrat première embauche. La droite, de son côté, aura tout essayé pour sauvegarder son dispositif anti-jeunes, tentant à chaque étape de passer en force. En vain. Dix jours après avoir promulgué la loi au terme d'une entourloupe encore jamais vue, la voilà contrainte d'annoncer le retrait de l'article 8 portant création du CPE. Face à l'acharnement de la droite, c' est une leçon à retenir. Tous les ingrédients de la mobilisation auront été nécessaires à la victoire. (...)"
La Tribune (Pascal Aubert)

"Cible depuis près de trois mois de l'opprobre populaire, le contrat première embauche a eu hier droit à un enterrement qu'on réservait jadis aux pestiférés: enseveli en catimini, sans fleurs ni couronnes. L'affaire serait de peu d'importance si le CPE et l'orgueil du Premier ministre étaient les seules victimes. Hélas, c'est l'espoir de réforme qui bascule avec eux dans la tombe. (...) La balle est désormais dans le camp des organisations syndicales en pointe dans le mouvement anti-CPE et qui doivent décider ce qu'elles entendent faire de leur victoire. Ou bien, elles se sentent légitimées à bloquer toute évolution et à défendre le statu quo social. Au risque de reléguer la France, à une échéance pas si éloignée, en deuxième division. Ou bien, elles apportent la démonstration, à ceux qui dans l'épisode du CPE n'en étaient pas convaincus, qu'il n'y a pas mieux que les vertus du dialogue pour moderniser les relations du travail au bénéfice des salariés et des entreprises. Dans ce cas, il faudra à certains un peu plus de réalisme et de largeur de vue."

Les Echos (Françoise Fressoz)

"Le CPE est mort, vive le traitement social du chômage! A croire qu'il y a en France une préférence collective pour les emplois aidés: pour ramener la paix sociale dans le pays après dix semaines de tension, Dominique de Villepin a dû se résoudre, hier, à annoncer le remplacement -pour ne pas dire l'enterrement- du contrat première embauche, qui était une tentative, maladroite, d'introduire davantage de flexibilité sur le marché du travail par de nouvelles aides publiques en faveur des jeunes les plus en difficulté. (...) Pas très glorieux pour un pays en lutte contre les déficits et l'endettement. Mais l'objectif est atteint: les réactions sont globalement positives, la sortie de crise paraît bien engagée (...) Mais passé ce cap du nécessaire retour au calme, tous les acteurs du drame qui vient de se jouer ont intérêt à se poser la question: le pays peut-il s'offrir le luxe de continuer comme ça alors que, depuis trente ans, le chômage borne son horizon et sape la confiance que le peuple a dans ses dirigeants? (...)"

Nice-Matin (Jean-Louis Gombeaud)

"(...) Si la semaine dernière il avait exclu de céder, on ne comprend rien à cette ultime décision. S'il avait envisagé cette hypothèse, pourquoi a-t-il manoeuvré de si piètre façon? Car celui qui, il y a une semaine encore, pouvait se targuer du titre de chef d'une majorité résistante, s'est mué hier en simple porte-parole de sa propre capitulation. Lui, l'exégète de Napoléon, aurait dû savoir tout de même que pour l'empereur, "le bon terrain de bataille est celui qui n'a pas de précipice sur ses arrières". Dominique de Villepin s'est battu contre un mur avec un précipice dans le dos! L'homme n'a pas les moyens de sa témérité: il s'est le plus battu et sort grand battu... De ce gâchis, on retiendra des actions positives. Les contrats jeunes en entreprise et les contrats de professionnalisation toucheront plus de monde et bénéficieront d'un coup de pouce supplémentaire. Un effort d'insertion plus important va être mis sur des secteurs qui peinent à recruter. Beaucoup de sueur et de larmes pour quelques gouttes d'encre."

La République du Centre (Jacques Camus)

"Comme on dirait en Italie, cette affaire du CPE, c'est une véritable "histoire de couillons". Douze semaines de crise, de manifestations, de grèves, de blocus, de psychodrame, pour en arriver à un retrait miteux! Alors, avant de nous gausser de l'imbroglio électoral transalpin, avant de tourner en dérision l'attirance équivoque et persistante des Italiens pour Berlusconi, sachons reconnaître que, par les temps qui courent, nous n'avons de leçons à donner à personne. La France "noniste" offre un désolant spectacle. Nous avons longtemps pensé que la qualité de notre classe politique nous mettait à l'abri de l'aventurisme et du populisme. Et cela malgré l'énorme avertissement de la présidentielle de 2002. Hélas, nos "élites" amnésiques reproduisent leurs erreurs passées avec une obstination suicidaire. Dans ces conditions, la France pourrait bien être capable de s'inventer, un jour prochain, un Berlusconi. En pire. (...)"

Midi Libre (Michel Noblecourt)

"(...) Deux mois et demi de crise ont eu raison de l'inflexibilité de ce flamboyant hussard de la République qui a rompu là où il disait qu'il ne plierait pas. Le Premier ministre a bel et bien été mis échec et mat. M. de Villepin a sauvé les apparences sémantiques. Il n'a été question ni de retrait ni d'abrogation mais de remplacement, une trouvaille de Nicolas Sarkozy qui rend encore plus amère sa défaite. L'homme de la dissolution de 1997 a choisi de rester à son poste mais rejoignant, avec une côte de 25%, les niveaux d'impopularité d'Alain Juppé et d'Edith Cresson, il risque d'être réduit à jouer, un an avant de l'élection présidentielle, le rôle de superintendant, comme Jean-Pierre Raffarin. En quatre minutes d'allocution, M. de Villepin a prononcé de fait l'éloge funèbre de ses ambitions présidentielles. On voit mal comment il pourra rebondir face à un Sarkozy qui, quitte à brouiller son image d'homme de rupture, a emporté la mise. Il reste toutefois à savoir comment l'électorat de droite jugera, dans un an, son unique rescapé de la crise."

Le Dauphiné Libéré (Jean-Pierre Souchon)

"Tout ça pour ça... Au lendemain de la mort annoncée et largement prévisible du CPE, que retiendra-t-on? Un grand défaut de communication, de dialogue et de consultation qui doit constituer un préalable à toute réforme quelle qu'elle soit. Un exécutif affaibli en fin de mandat. Un immense mouvement populaire qui, le temps d'un conflit, a réuni sous la même bannière anti-CPE des points de vue d'ordinaire si divergents. Une remise en selle d'une gauche divisée qui n'en demandait pas tant. Des scènes de violence et de dégradation inacceptables. La vieille rengaine du "oui" à la réforme, à la seule condition que ce ne soit pas pour soi mais pour son voisin. Une image écornée de chefs d'entreprises montrés comme de grands méchants qui veulent du mal à notre jeunesse. Une image déformée de certains jeunes qui veulent parfois tout avant même d'avoir un peu. Quel énorme gâchis! Il serait peut-être temps que chacun se montre responsable si l'on ne veut pas revivre une telle crise."

Les Dernières Nouvelles d'Alsace (Olivier Picard)

"Le CPE est mort mais la facture des obsèques sera exorbitante. Ainsi donc, il a fallu deux mois de crise pour aboutir à un nouveau dispositif qui aurait pu être imaginé -et qui l'a peut-être été, d'ailleurs- dès le départ. Les Français n'ont plus qu'à payer le prix de ces semaines perdues pour de très mauvaises raisons. Et même si des solutions sont trouvées, ils risquent de s'en souvenir longtemps...
(...) Cette crise, et la façon dont le pays l'a vécue constituent pourtant un avertissement extrêmement clair pour tous nos gouvernants présents et à venir. Dans une situation économique aussi complexe, il n'y a pas de solution miracle venue d'en haut, et imposée contre les scepticismes. Le monarco-jacobinisme qui inspire les chefs de gouvernement successifs de droite comme de gauche entretient les illusions et ne convient plus à la France de 2006, celle-là même qui ne peut accepter de réforme que négociée pied à pied. Un avertissement pour tous les preux chevaliers de la campagne de 2007."

L'Est Républicain (Pierre Taribo)

"Comment boire le calice jusqu'à la lie sans faire la grimace devant les caméras? L'exercice était difficile. Tendu comme une corde de guitare, mais reculant avec stoïcisme, Dominique de Villepin s'est tiré de cette épreuve avec un certain courage. Il l'a joué à la fois fils maudit de la réforme et pénitent reconnaissant ses fautes. Mais qui l'a cru lorsqu'il a affirmé sans sourciller que la majorité unie l'a soutenu dans la difficulté, qu'il travaille en parfaite harmonie avec Nicolas Sarkozy ou qu'il n'a aucune ambition présidentielle ? Personne. Disons plutôt que s'il jure ne pas avoir l'Elysée en tête, c'est plutôt parce que l'échec du CPE écrabouille ses ambitions et l'oblige à balayer le factice. Car après cette marche-arrière exécutée en catastrophe, Dominique de Villepin est devenu une sorte de figurant du pouvoir. (...) Du coup, c'est la droite qui craint de payer les pots cassés en 2007. Quant à la réforme, elle reste dans ce pays cyclothymique une impossible aventure. Surtout lorsqu'elle a été si maladroitement engagée."

Nord Eclair (Jules Clauwaert)

"(...) Il reste un mot tabou, mais que nous utiliserons volontiers, alors même que le fleuve de la protestation n'est pas encore tout entier rentré dans son lit: le soulagement, chez tous ceux qui ne se résignent pas à la fracture sociale. La France, comme ses partenaires européens, est soumise à une double et urgente nécessité: laisser à ses entreprises un minimum de souplesse pour qu'elles puissent relancer la croissance, seule véritable source de la création d'emploi; et d'autre part, sécuriser le parcours professionnel des travailleurs. Mais à quelque chose crise est bonne: élus politiques, de droite comme de gauche, et responsables d'organisations syndicales et professionnelles, savent qu'ils ne seront pas crédibles,