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FILM - La Fille de 25 ans Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
21-08-2013

La Fille de 25 ans, comédie khmère à succès projetée à Phnom Penh, ne fait pas rire. Ce film montre surtout la triste réalité des rapports sociaux.


 

La production cinématographique cambodgienne est aujourd’hui au point mort ou presque. Mais quand un nouveau film touche la corde sensible, il n’a pas besoin d’être particulièrement intelligent ni habilement réalisé pour attirer les foules. La Fille de 25 ans remplit ainsi ces jours-ci le vieux cinéma Lux et le théâtre Chenla [à Phnom Penh], ce qui m’a permis de vivre une chose inhabituelle : regarder un film cambodgien (sous-titré en anglais) dans une salle bondée. “La comédie la plus romantique de 2012”, pour reprendre l’accroche du distributeur, ne se distingue ni par sa drôlerie ni par son intrigue, qui pêche par de gigantesques lacunes. Le public, essentiellement adolescent, s’esclaffe néanmoins devant un film qui contient presque malgré lui quelques observations étonnamment pertinentes sur le Cambodge contemporain. Dalis (la célèbre chanteuse Ny Molika) se fait renverser par une voiture alors qu’elle s’apprête à rencontrer son petit ami devant le Wat Phnom [dans la capitale]. Quand elle finit par émerger du coma, elle se comporte comme une gamine de 7 ans. S’ensuit un enchaînement de situations plus ou moins drôles jusqu’à ce qu’elle revienne à son état normal. L’action se déroule dans un Cambodge imaginaire où tout le monde vit dans des villas et des appartements étincelants de propreté et truffés de téléviseurs à écran plat et de mobilier flambant neuf. Personne n’a la peau foncée. Les rues ne sont jonchées d’aucune ordure et tout le monde conduit une grosse voiture.







Engraissés à la “junk food”


Alors, quel est l’intérêt de ce film ? Premièrement, il jette une lumière crue sur la relation singulière que les Cambodgiens entretiennent avec leur histoire. Voyons un peu : si l’héroïne a 25 ans en 2012, elle doit être née en 1987, d’accord ? Donc, elle avait 7 ans en 1994. A cette époque, il n’y avait pas de KFC [Kentucky Friend Chicken, une chaîne de fast-foods], pas de hamburger, pas de pizza dans ce pays ravagé par la guerre qui venait à peine de sortir du mandat de l’Apronuc [Autorité provioire des Nations unies au Cambodge, mission de maintien de la paix]. Alors comment se fait-il que notre héroïne ne cesse de réclamer en geignant pizzas, hot-dogs et burgers ? Ces cochonneries ne commencent à engraisser les enfants des classes supérieures et moyennes que depuis deux ou trois ans, et ce n’est aussi que depuis peu que des enseignes de restauration rapide comme Pizza Company, Sveesons, Lucky Burger ou KFC ouvrent de nouveaux points de vente chaque semaine semble-t-il à Phnom Penh. Manifestement, cette fille de 25 ans n’est pas une enfant du vrai passé. C’est une gamine du présent. Aujourd’hui, certains enfants – très peu – sont effectivement transportés en 4 x 4 par leurs parents nouveaux riches jusqu’à des enseignes de restauration rapide pour bourrer leur petite bouche de portions généreuses en sucre, en graisses et en mauvais féculents, une pratique qui est en train de produire la première génération d’enfants en surpoids depuis les Khmers rouges, sinon la première de toute l’histoire du Cambodge.


 Ces gamins ressemblent en effet souvent à la petite peste exaspérante que Ny Molika campe de façon plutôt inepte. La majorité des enfants cambodgiens sont toujours élevés selon un mode traditionnel : on les voit mais on ne les entend pas, et ils font en gros ce que leur disent leurs parents sans trop râler. Le film présente donc, probablement inconsciemment, une nouvelle espèce sociale à l’écran. Cela vaut aussi pour le petit ami de Dali, un sale gosse gâté pourri terriblement désagréable aux cheveux hérissés de gel et au corps dodu – trop de nuits alcoolisées dans les bars karaoké –, boudiné dans des vêtements de marque de mauvais goût.

La loi de la jungle


D’autres éléments de l’histoire reflètent en outre la façon carrément moyenâgeuse qu’ont parfois les riches Cambodgiens de traiter les plus pauvres et les plus faibles – même si les réalisateurs n’en sont peut-être pas entièrement conscients. A un moment, le petit ami repousse la version âgée de 7 ans de Dali alors qu’il boit avec sa nouvelle chérie, une prostituée ; on a là une bonne description du traitement que la classe supérieure du Cambodge réserve aux démunis.


 Une fois Dali revenue à son état normal, le petit ami essaie de l’acheter pour qu’elle lui revienne, avant tout pour faire plaisir à ses parents qui étaient sur le point de conclure son mariage : c’est là un commentaire intéressant sur les relations sociales entre Cambodgiens. Dans un pays où une jeune femme ne peut pas marcher seule dans la rue plus de cinq minutes sans qu’un groupe de “gangsters” n’essaie de la violer (comme une scène du film le fait clairement comprendre), où la bonne laisse entrer les voleurs dès que vous avez le dos tourné, la loi de la jungle est la seule chose sur laquelle on peut vraiment compter. Ce n’est peut-être pas le message que les créateurs de cette comédie voulaient faire passer mais c’est ainsi que le Cambodge apparaît dans ce film, qui est en fin de compte bien plus déprimant que drôle



Voir la bande annonce : http://www.youtube.com/watch?v=ctTQUJiIgOw

 

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