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FILM - Duch, le Maître des forges de l'enfer Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
20-08-2013

Synopsis :


Sous le régime Khmer rouge, Kaing Guek Eav, dit Duch, a dirigé la prison M13 pendant 4 ans, avant d'être nommé à la tête du S21, la terrifiante machine à éliminer les opposants au pouvoir en place. Quelque 12280 Cambodgiens y trouvèrent la mort. En juillet 2010, Duch fut le premier dirigeant Khmer à comparaître devant une cour de justice pénale internationale, qui le condamna à 35 de prison. Il fit appel du jugement. Alors que Duch attend son nouveau procès, Rithy Panh l'a longuement interrogé et a recueilli sa parole





"Sanctuaire mondial du cinéma de fiction, le Festival de Cannes n'en présente pas moins, chaque année, quelques documentaires exceptionnels qui ne bénéficient pas toujours d'une réception médiatique digne de leur rang. C'est le cas aujourd'hui, avec le nouveau film du réalisateur cambodgien Rithy Panh. Duch, le maître des forges de l'enfer est un film d'une rare puissance, et un témoignage probablement unique dans les annales de l'Histoire, qui voit l'un des responsables d'un crime de masse accepter de s'exprimer, très longuement, sur sa responsabilité.

Cet homme se nomme Kaing Guek Eav, alias "Duch". Haut responsable du régime khmer rouge, qui assassina, entre 1975 et 1979, près de deux millions de Cambodgiens, soit un quart de la population, Duch est à titre personnel responsable de la mort des quelque 12 000 détenus recensés du camp d'extermination S-21 de Phnom Penh, placé sous son autorité.

En 2009, Duch fut le premier responsable khmer rouge qui eut à répondre de ses crimes devant un tribunal cambodgien, qui le condamna en 2010 à trente-cinq ans de réclusion. Après avoir plaidé la culpabilité, puis l'innocence, l'accusé fit appel. La décision définitive du procès aura lieu à la fin du mois de juin.

Parallèlement à cette procédure, Rithy Panh, dont l'oeuvre constitue le véritable mémorial du génocide cambodgien, obtint du tribunal l'opportunité extraordinaire de s'entretenir avec Duch et de le filmer. De ces 300 heures de rushes résulte aujourd'hui un film saisissant, qui est le digne pendant de son chef-d'oeuvre, S-21, la machine de mort khmère rouge (2001), consacré au processus d'extermination mis en oeuvre dans ce camp.

Voici d'abord un film dont le réalisateur semble en apparence s'absenter. Ce n'est évidemment pas le cas, dans la mesure où il aura fallu à Rithy Panh sa connaissance du dossier et sa ressource dialectique pour mener à bien cet entretien. Au final, le film n'en prend pas moins la forme d'un monologue de Duch, durant lequel le bourreau a eu la liberté de déployer toute sa science de la rhétorique.

Le génie du film est là. Dans cette retenue de la colère ou du jugement, dans le refus de désigner a priori le bourreau comme un monstre, dans l'attention portée à sa parole, dans la reconnaissance de son humanité, et dans la confiance en la puissance du cinéma pour établir, sinon la vérité absolue, du moins celle de l'assassin.

Le résultat est à la fois admirable, troublant et terrifiant. On y découvre un homme cultivé, d'une grande douceur, citant Alfred de Vigny dans le texte, qui nous décrit par le détail, avec l'insondable coquetterie de celui qui a commis le pire, le délire planifié du génocide, tout en instruisant en même temps le procès de l'idéologie qui l'a autorisé. Hésitant entre repentir et forfanterie, franchise et duplicité, Duch se révèle en véritable héraut du mal, dont le portrait est une énigme."

Par Jacques Mandelbaum


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