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14-08-2013
Biographie de Kram Ngoy

par Khing Hoc Dy et Jacqueline Khing
Ngoy est né en 1865 au Khum de Kambaul, Srok de Phnom Penh (actuellement Srok Ang Snuol), dans le Khet de Kandal. Son nom véritable est Ouk Ou, Ngoy étant son surnom. Son père portait le titre de Cau banā dharmmādhārā ou chef de commune.
Sa mère, cousine de deuxième degré de ce dernier, était la fille du Cau banā Muk, chef de la commune de Spéan Thmâ de la même province.
Quand il était enfant, Ngoy fit ses études dans la pagode Ang Béng Châk de son village natal, dont le chef était son maître. Il était un très bon élève. Dès qu’il sut lire et écrire, celui-ci lui fit apprendre le Dharm pour l’admettre dans l’ordre religieux comme sāmaner ou novice.
A l’Age de vingt et un ans, le novice Ouk Ou dit Ngoy devint bhikkhu (moine). Après ses études dans l’ordre conformément à la tradition, il quitta l’habit jaune pour rentrer dans la vie séculière. Il se maria dans le Khum de Bèk chan Srok de Phnom-Penh, et eut six enfants dont un nommé Ācāry Chong. Alors même qu’il vivait dans cette commune comme simple paysan, Ngoy gagna la réputation d’être un orateur de grande habileté. Grâce à ses connaissances approfondies de la Loi bouddhique, les paysans le considéraient comme l’érudit de la région.
Il se montrait surtout ingénieux et intelligent dans la composition des vers, qu’il faisait avec une grande rapidité, ainsi que dans l’invention musicale. C’est en reconnaissance de son talent pour s’accompagner de sa cithare monocorde (sātïev) que les paysans le nommaient Bhiramy Ngoy. Plus tard, on lui donna le titre de Kram, qui distingue une personnalité choisie dans la commune pour faciliter les rapports entre les villageois et  l’administration. Kram Ngoy chantait ses poèmes en s’accompagnant de sa sātïev de village en village. La nouvelle de son succès auprès des paysans vint jusqu’à la capitale, où il chanta devant le samtec cakrī ou ministre de la guerre. Puis, notre poètechanteur “ fut présenté au roi Sisowath, qui charmé par ses chansons au sadiev, le récompensa par de l’argent. Le roi l’appela Préah Phirum Pheasa ”.
Jusqu’en 1975, on considère Kram comme un poète révolutionnaire qui a lancé des idées et des réflexions nouvelles et réalistes. Kéng Vannsak, qui était à même de juger son art, a rendu raison de son importance :
“ C’est justement cette tradition de réaliste critique et constructeur qui a permis l’éclosion d’un grand poète national khmer au siècle de la répression coloniale. C’est notre Kram Ngoy, véritable poète populaire et patriote. Les vers coulaient naturellement de sa bouche sous forme de chants qu’il accompagnait lui-même de sa guitare (sic) monocorde. Cette guitare, il la promenait partout avec lui, rythmant ses poèmes qui jaillissaient de son coeur compatissant et de sa conscience douloureuse... Il chantait la misère, la pauvreté et surtout le poids des impôts... Et cela sans aucune haine, mais avec un cri vibrant de douteur devant l’inertie, la paresse, l’ignorance et le manque de solidarité de ses propres compatriotes. Il ne pouvait croire que les Khmers vivant sur leur sol se laissaient dominer et exploiter par les riches commerçants chinois, lesquels “ arrivaient de Chine juste avec un pantalon sur les genoux”. Tout cela “ par la faute des Khmers eux-mêmes qui, par passivité, se contentaient de tout acheter sans rien produire ”. Il pleurait devant l’abrutissement de ses compatriotes à cause des superstitions et des croyances absurdes entretenues par des personnes intéressées. Il souffrait de voir les religieux eux-mêmes se disputer au nom du nouveau ou de l’ancien Dharma et cela pour la même doctrine de Buddha... Alors il exhortait ses compatriotes à la concorde, au travail, à l’étude, à la prise de conscience, et surtout à l’union nationale afin de mieux
résister aux difficultés de la vie et à la rapacité des étrangers.
L’écho du talent de Kram Ngoy arriva à G.Coedès, membre de l’Ecole Française d’Extrême-orient (EFEO) et grand khmérisant.
En 1930 ce dernier le présenta à Suzanne Karpélès, alors directrice de l’Institut Bouddhique de Phnom Penh. Elle fit noter les poèmes par un scribe au moment où Kram Ngoy chantait pendant plusieurs jours devant elle, en compagnie d’autres érudits khmers. Elle accepta de faire publier ces poèmes, et en
récompense elle donna une piastre à notre poète-chanteur.
“ C’était peu, mais énorme par la signification d’un tel geste presque historique qui montrait que les Français n’étaient pas tous des colonialistes, mais qu’il existait bien parmi eux de savants défenseurs de la culture nationale khmère ‘’.
Kram Ngoy est décédé en 1936 à l’âge de soixante et onze ans. Les recueils de ses poèmes publiés par l’Institut Bouddhique de Phnom Penh sont :
- Sec ktī ramlik tās’ tioeùn ou Exhortations et recommandations.
- Cpāp’ kerti kāl thmī ou Nouveau Cpāp’ Kertī kāl.
- Cpāp’ lpoek thmī ou préceptes nouveaux pour l’édification.
- Bāky Kāpy pratau jan prus srī ou Poèmes pour l’instruction des hommes et des femmes.
Ly Theam Teng, cité ci-dessus, a aussi publié un recueil des poèmes de Kram Ngoy (Pantām kram Ngoy).
Et puis l’éditeur Kim Séng a sorti un petit livre sans date comportant deux parties : l’une du même nom que le recueil de Ly Thea Téng, l’autre intitulé Cpāp’ tās’ tioen kūn cau ou Préceptes pour l’instruction des enfants. C’est cette édition du Pantām kram Ngoy qui fait l’objet de la présente étude.
Or ce Pantām a été chanté par Kram Ngoy et recueilli en 1935.
Il comporte 91 strophes en mètre brahmagīti, ce qui fait en tout 364 vers. Ce qui ne sera pas peut-être entièrement clair au lecteur Khmer, c’est que ce texte, dont le titre manque de toute indication explicite, appartient au genre des cpāp’ ou codes de conduite, à cause de sa structure ainsi que des thèmes dont il traite. Il s’aligne d’ailleurs avec les Cpāp’ thmī ou nouveaux en considération de sa date de composition, son ton contemporain et l’auditoire qu’il envisage.
Sous ces rapports il diffère des cpāp’ cās’ (ou purān), les codes de conduite anciens tels que le Cpāp’ kerti kāl, le Cpāp’ kūn cau, le Cpāp’ rājaneti, le Cpāp’ kram et le Cpāp’ hai mahājan.
Cette littérature a exercé un puissant attrait sur le peuple khmer jusqu’au XXème siècle.
Il faut remarquer qu’entre les cpāp’ anciens, qui peuvent être d’une sophistication formidable, et les textes de composition récente existe une distinction plus ou moins nette. Ly Theam Téng a noté dans la préface de sa
biographie que les cpāp’ thmī sont très simples parce que l’auteur parle de la vie courante des paysans de la pratique de l’agriculture, de la récolte du jus de palme, des procès relatifs à l’héritage, de la dispute entre les partisans du nouveau Dharm et de l’ancien Dharm, et ainsi de suite.
Ces cpāp’ nouveaux, dit-il, sont beaucoup plus faciles à retenir que les anciens, qui contiennent des idées profondes tirées des textes bouddhiques et des réflexions philosophiques.
Recueilli, comme nous l’avons vu, une année avant la mort du poète, le Pantām de Kram Ngoy est censé constituer les dernières recommandations qu’il a adressées au menu peuple khmer. La pertinence du recueil au Cambodge indépendant a été estimée si grande que l’ouvrage est entré dans le programme de l’enseignement secondaire du premier cycle en 1953.
La langue de ce cpāp’ est rigoureusement moderne, le style de l’auteur étant simple, direct et à la portée du grand public. L’ouvrage fait voir un double aspect :didactique et musical.
La versification est riche en allitération et assonances. Parfois on trouve des redondances d’une espèce ou d’une autre, telle que kamnoeut koet jā manuss (strophe 3) “naissance + naître + être humain” ; būj khlau min sūv prājā (strophe7) “ceux de lignée sotte ne sont pas assez intelligents” ; prāp’ samlāň’ buok māk mitt gū kan (strophe 50) “ dire aux amis + alliés + amis” ; et cūl rūň bhnam rūň guhā (strophe 76) “entrer dans les creux de montagne et dans les creux de caverne ”.
Le poète a recouru à ces figures rhétoriques à la fois parce qu’il était maître du style khmer et pour que l’auditeur puisse retenir sans peine les idées qu’il voulait avancer. En même temps, il accentue certains points spéciaux en mettant en oeuvre son art musical, notamment en joignant la technique vocale avec la technique instrumentale.
C’est le style de la littérature orale et populaire : le son et le sens sont associés. Originaire du peuple, Kram Ngoy a créé des oeuvres littéraires et artistiques pour le peuple.
Quant au contenu du texte, le poète ouvre son discours en recommandant aux jeunes gens d’apprendre à être vigilants, à calculer, à lire, à retenir le Dharm et à réfléchir (stophe 1-3). Il aime nous montrer des oppositions dualistes de divers types : entre les ignorants, les sots (prājň’, khlau) et les savants, les érudits (prājň, anak ceh); entre les honnêtes (trań’) et les menteurs (bhūt) ; entre les braves parents (ūbuk mtāy slūt trań’ ) et leurs enfants sots (kūn khlau) (strophe 4-8).
Il affirme que l’ignorance vient de la paresse (strophe13) en faisant la comparaison entre les religieux du temps du Buddha et les religieux de nos jours (strophe14-15). De la strophe 16 jusqu’à la strophe 68, il fait le portrait du paysan khmer et de ses relations avec les Chinois et Viêtnamiens. Ensuite il nous recommande de réfléchir dans la vie et de travailler sans arrêt (strophe 68). Même pendant le repos il faut réciter le Dharm conformément aux textes pâli (strophe 69). Puis vient un discours (strophe70- 81) sur les deux sortes de cas’ (aînés, anciens), d’où il conclut qu’il convient d’écouter et de suivre les anciens ou les parents qui ont des vertus religieuses (sīladān). Il faut également respecter les commandements moraux (sīl prām “les cinq préceptes”) (strophe82).
Par la pratique de cette morale bouddhique, nous pourrons éviter la souffrance et la détresse, même après l’expiration du monde actuel, parce qu’il y aura alors le cinquième Buddha, Brah Sī Āry, qui viendra nous sauver (strophe 81-90).





Kram  Ngoy était un grand poète  populaire et  patriote  Cambodgien né à  la fin du 19e siècle et décédé en 1936.  



 C'est la tradition de réalisme critique et constructeur qui a permis l'éclosion d'un grand poète national khmer au siècle de la répression coloniale.  C'est notre Kram Ngoy véritable poète  populaire et patriote. Les   vers  coulaient naturellement de sa bouche sous forme de chants   qu'il   accompagnait lui-même de sa guitare à deux cordes appelée tcha pei  dang véng. Cette guitare, il la promenait  partout avec lui, rythmant ses poème qui jaillissaient de son coeur  compatissant et de sa conscience douloureuse En effet, il voyait les  méfaits  du    pouvoir colonial  contre   lequel  il ne  pouvait pas grand-chose.


 Alors, de village en village, de pagode en pagode, de maison en maison, il chantait la misère, la pauvreté et surtout le poids des impôts (même sur une poignée de riz) que les administrateurs coloniaux faisaient pleuvoir sur le dos des paysans khmers. Et cela sans aucune haine, mais avec un cri vibrant de douleur devant l'inertie, la paresse, l'ignorance et le manque de solidarité de ses propres compatriotes. Il ne pouvait croire que les Khmers vivant sur leur sol se laissaient dominer et exploiter par les riches commerçants chinois, lesquels " arrivaient de Chine juste avec un pantalon sur les genoux ". Tout cela " par la faute des Khmers eux-mêmes qui, par passivité, se contentaient de tout acheter sans rien produire ".


 Il pleurait devant l'abrutissement de ses compatriotes à cause des superstitions et des croyances absurdes entretenues par des personnes intéressées. Il souffrait de voir les religieux eux-mêmes se disputer au nom du nouveau ou de l'ancien Dharma et cela pour la même doctrine de Bouddha... Alors il exhortait ses compatriotes à la concorde, au travail, à l'étude, à la prise de conscience, et surtout à l'union nationale afin de mieux résister aux difficultés de la vie et à la rapacité des étrangers.


 Tous ses chants ont fait l'objet d'un recueil de poèmes. Ils ont trouvé écho chez Mlle Suzanne Karpelès, alors directrice de l'Institut bouddhique de Pnom-Penh. Elle a accepté de les faire publier et en récompense à notre poète, elle lui a donné une piastre.


 C'était peu, mais énorme par la signification d'un tel geste presque historique qui montrait que les Français n'étaient pas tous des colonialistes, mais qu'il existait bien parmi eux de savants défenseurs de la culture nationale khmère.


 Ainsi, un siècle de répression coloniale n'a pas réussi à étouffer complètement ce courant réaliste critique et constructeur qui a caractérisé la littérature khmère dès son début.

 Profondément imprégnée de ce courant, la poésie de Kram Ngoy frappe encore plus par son langage. Ayant su se servir du réalisme de la langue khmère pour exprimer le réalisme de sa poésie, ce grand poète a montré qu'on peut faire des poèmes sur les thèmes de tous les jours, dans un langage populaire émaillé de gros mots crevant d'images. Il a ainsi inauguré une nouvelle esthétique dans la poésie khmère. Ses poèmes chantent encore dans le coeur des Khmers, tellement ils sont touchants par la vérité, par la bonté et par la beauté d'un langage simple, éminemment khmer.


 Malheureusement, la poésie d'un seul poète n'a pas réussi à libérer la littérature khmère d'un siècle de domination coloniale. L'engouement pour la langue et la culture étrangères a eu pour conséquence l'abandon presque complet d'une étude approfondie de la langue et de la littérature nationales. Il s'en est suivi une déconsidération progressive de tout ce qui est khmer. Les valeurs du réalisme constructif et rationnel qui ont donné un sens et une personnalité à la littérature khmère restent méconnues, enfouies dans les textes en feuilles de latanier. Seul le côté merveilleux et irrationnel est retenu. D'où désappréciation des textes de valeur entraînant un préjugé défavorable vis-à-vis de la langue khmère en particulier, et vis-à-vis de la culture khmère en général.


 L'influence des littératures étrangères mal comprises a fait le reste. D'une foule " d'écrivains et de poètes ", assoiffés de réussite rapide, est sortie une " nouvelle littérature " composée de petits romans à l'eau de rose dont l'idéal consiste à exploiter au maximum les thèmes faciles de l'amour vulgaire, de l'érotisme et de la violence.


 Source : KENG VANSAK
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