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Le Cambodge trait pour trait Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
14-08-2013
Tian poursuit ici l’œuvre d’une longue lignée d’auteurs cambodgiens qui ont fait de la bande dessinée l’un des principaux vecteurs de la transmission de l’histoire de leur pays en France.





Depuis quelques années, le récit graphique est en plein renouvellement s’emparant de sujets souvent uniquement rédigés sous la forme de livre, le dessin permettant de faire évoluer les modalités de transmission. À ce titre, l’exemple de l’Histoire contemporaine du Cambodge est particulièrement parlant. Le 17 avril 1975, les Khmers rouges prennent le pouvoir après cinq ans de guerre civile et entrent dans la capitale. À peine quatre ans plus tard , ils en sont chassés par les troupes vietnamiennes, se repliant alors dans l’arrière pays qu’ils contrôlent encore jusqu’au début des années 1990.



Les bandes dessinées de Tian s’inscrivent dans plusieurs lignées. D’abord celle des dessinateurs d’origine cambodgienne qui tente de comprendre et de transmettre la mémoire du communisme et des crimes contre l’humanité commis entre 1975 et 1979 pendant la dictature communiste. Séra a initié ce courant avec Impasse et rouge (Albin Michel, 2003) L’eau et la terre (Delcourt 2005), Lendemains de cendres (Delcourt, 2007). Il fut suivi par Aki Ra et son manga L’enfant soldat (Delcourt 2009, édition japonaise 2006), puis par Loo Hui Phang avec son diptyque Cent mille journée de prières (dessiné par Michaël Sterckeman, Futuropolis 2011 et 2012) et Les enfants pâles (dessiné par Philippe Dupuis, Futuropolis, 2012) sans oublier Freddy Nadolny Poustochkine auteur de la Colline empoisonnée (Futuropolis, 2011), qui, même s’il n’est pas cambodgien, a été fortement marquée par son séjour au Cambodge. En deuxième lieu, Tian, s’inscrit dans la sphère des dessinateurs proches de Joann Sfar qui dirige la collection dans laquelle est publié L’année du lièvre et dont le style n’est pas exempt de ressemblance. Enfin, l’esprit de Séra est présent dans ces récits et, particulièrement,dans L’année du lièvre puisque ce dernier est, à l’image de l’œuvre phare de Séra, composé en trois parties (le troisième volume est annoncé pour l’année 2014). Notons que comme Séra, le premier volume a été préfacé par le cinéaste Rithy Panh.
Chez Tian, comme chez la plupart des autres dessinateurs cités ci-dessus, les formes et les représentations sont plus douces et arrondies que celles ciselées dans le vif de la douleur par Séra. Le trait pour en être plus doux n’en est pas moins efficace, la restitution de la violence est la même, comme en témoigne par exemple la conclusion du premier chapitre du deuxième volume sur l’assassinat à la pioche d’une mère et de ses deux enfants au motif qu’ils parlent le français.


Le découpage choisi propose une restitution historique à travers la vie des familles Khim et Lina. Cet angle narratif permet à l’auteur de croiser les regards sur les victimes et leurs bourreaux. Le premier volume rappelle la prise de Phnom Penh le 17 avril 1975 pendant les fêtes du nouvel an. Les khmers rouges font évacuer la ville au prétexte annoncé que les Américains doivent la bombarder. Par de fines allusions Tian montre qu’il s’agit d’un projet, puis de la réalisation, d’un plan de déportation des populations urbaines vers les campagnes. Les habitants des villes sont appelés « peuple nouveau » considéré comme corrompu par les normes occidentales alors que les paysans sous contrôle des khmers rouges représentent « le peuple ancien ».





Comme souvent, les solidarités humaines parviennent à faire des miracles. Ce que ce roman graphique montre parfaitement, un peu à la manière de Roland Joffé dans son film La déchirure (1984) il y a trente ans. Ainsi un ancien ouvrier redevenu paysan tient tête aux khmers rouges et permet aux familles d’échapper à l’embarquement dans un bateau servant de centre d’exécution. Plus le récit avance, plus le mensonge et le silence deviennent des moyens de survie pour les populations. Il ne faut pas faire apparaître ses origines sociales, culturelles et ses capacités intellectuelles.


L’auteur utilise des procédés habilles pour contextualiser et faire comprendre les interdits et les modes de fonctionnement des khmers rouges comme la hiérarchie dans un village, la journée de travail ou encore la liste des objets à ne pas avoir sur soit pour éviter les ennuis (carte d’identité, photo, montre, lunettes, briquet Zippo, livres,…). Après trois mois d’errance, les familles se retrouvent dans le village de Roneam au centre du Cambodge. Dès lors, elles observent et sont victimes de la toute puissance des khmers rouges avec les séances d’autocritiques, l’espionnage individuel, les pièges tendus pour que les personnes cultivées se révèlent, les exécutions nocturnes, les mariages forcés et les journées interminables de travail. Tian réussit en peu de pages à faire comprendre la nature et le fonctionnement du Kampuchéa démocratique.
Laissons le dernier mot au cinéaste Rithy Panh qui rappelle que ce livre-témoignage « est indispensable […] pour traverser ces longues nuits peuplées de chagrin… Un impossible deuil »

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