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LÉGENDE DU TEMPLE D'ATTHAROEUS Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
15-07-2005
Dans tout le Cambodge, les bouddhistes khmers ont l'habitude, selon une coutume fermement conservée depuis l'ancien temps, de construire des temples qui donnent à l'est. Mais nous trouvons également un temple qui donne au nord. C'est le temple d'Attharoeus (en pali, attharasa : dix-huit) situé sur la colline de Préah-Réach-Troap, « Fortune-Royale », dans le canton de Ponhéa-Lü, province de Kandal. Et cela est si étrange que nous avons fort envie d'en savoir la raison.
Voici l'histoire de ce temple :
Au XIIIe siècle de l'ère chrétienne, à la fin de l'époque angkorienne, l'empereur de Chine dépêcha plusieurs groupes d'envoyés afin de faire des recherches, des enquêtes dans divers pays pour savoir quelles civilisations ils avaient. Si un pays avait une culture florissante, il fallait le signaler à la Chine qui prendrait alors ce pays comme ami. Si un pays avait une civilisation terne, la Chine l'aiderait ou le prendrait comme vassal.
Alors les envoyés chinois pénétrèrent dans tout le pays khmer pour y effectuer des recherches et des enquêtes et revinrent pour informer leur roi par ces mots :
— Le Cambodge est prospère et florissant, mais il est un peu plus terne qu'auparavant. Les habitants marchent pieds nus, mangent avec leurs doigts, ils ont la tête nue et n'utilisent pas de techniques commodes. Mais cela ne durera pas longtemps, le Cambodge sera de nouveau plus prospère et florissant qu'avant.
Ces envoyés le savaient parce qu'ils avaient vu tout d'abord un endroit dont le traité des astrologues chinois prédisait qu'il donnerait de bons résultats divers pour le pays. Et cet endroit était la colline de Préah-Réach-Troap dans le canton de Ponhéa-Lü, province actuelle de Kandal. Les envoyés chinois avaient vu que cette colline avait la forme d'un mokâr (en sanscrit makara : grand animal marin : crocodile ?) , animal sur le corps duquel est maintenant le monument funéraire Trai Troeung (C'est le paradis où il y a 33 dieux dont Indra est le souverain suprême), sur sa tête et ses moustaches le monument Tontim, et sur sa queue la statue du Bouddha mourant. De plus, sur cette colline, se trouvait une grotte dont la profondeur allait jusqu'en bas. Les Chinois virent que dans peu de temps le mokâr sortirait de cette grotte. Puis le traité des astrologues chinois prédisait que si un pays ou un endroit voyait surgir un mokâr, ce pays aurait une puissance large et florissante. Les autres pays ne pourraient plus le battre. A cause de cela, pour la sécurité de la Chine dans l'avenir, tous les mandarins chinois firent une pro-position à leur empereur en ces termes :
— Il faut lever une armée pour aller combattre et prendre le Cambodge en le transformant définitivement en pays vassal. L'empereur de Chine réfléchit et dit :
— Si nous agissons de cette façon, c'est comme si nous violions tout à fait ce pays. D'autre part le Cambodge est encore puissant et florissant. Nous ne pouvons pas le battre facilement. Si la Chine bat le Cambodge à la guerre, elle aura des difficultés en raison de la perte de nombreux soldats et de la détresse qui gagnera la population.
C'est pourquoi, pour empêcher le mokâr de surgir dans cet endroit, les Chinois voulaient obstruer fermement la grotte de cette colline d'une façon ou d'une autre. Alors ils pensèrent :
— Si nous prenons des pierres pour obstruer cette grotte, nous craignons qu'un jour les Khmers ne comprennent notre idée et ne les soulèvent. Pour cela, il faut quelque chose d'honoré par les Khmers.
Alors les Chinois virent que le Cambodge était très attaché à la religion bouddhique. Partout où il y avait une
statue du Bouddha, il y avait un temple. Les Khmers n'osaient pas démolir un tel endroit. C'est pourquoi l'empereur de Chine ordonna aux mandarins de venir demander à ceux-là la per-mission de construire un temple sur le sommet de la colline Préah-Réach-Troap. Après avoir obtenu leur autorisation, les Chinois bâtirent d'abord une statue de Bouddha selon le style khmer. Puis ils construisirent un temple abritant la statue du Bouddha selon la tradition khmère mais aussi selon le traité d'astrologie chinoise. C'est à cause de cela que ce temple donne vers le nord, c'est-à-dire qu'il est orienté vers la Chine. Quant au nom de ce temple, on ne sait pas comment les Chinois l'appelèrent. Mais les Khmers qui virent dans ce temple une très grande statue de Bouddha,' Vainqueur-des-démons, d'une hauteur de dix-huit coudées, nommèrent le temple d'Attharoeus, ce qui signifie « Temple-(du Bouddha)-de-dix-huit-coudées ».
Par la suite, l'empereur de Chine envoya ses mandarins apporter trois énigmes à résoudre au roi du Cambodge. Si le roi khmer ne pouvait pas expliquer ces trois sortes d'énigmes, le Cambodge serait sous la domination de la Chine et devrait apporter chaque année des tributs à son empereur. Ces trois énigmes de l'empereur chinois, nous allons les relater.
D'abord un mandarin chinois, le rapporteur de l'empereur de Chine pour les énigmes à faire résoudre par le roi du Cambodge, se leva devant le souverain et tous les mandarins khmers, et fit les gestes suivants :
Première énigme : Le mandarin chinois courba le dos, tendit les deux bras comme quand on embrasse quelque chose de très grand.
Deuxième énigme : Le mandarin chinois serra un poing et le leva à la hauteur de son visage.
Troisième énigme : Le mandarin chinois tendit le bras vers l'avant et déploya raidement les cinq doigts.
Ensuite il fixa une date au roi du Cambodge et dit :
— Dans sept jours je reviendrai vous saluer pour vous demander de me donner les solutions.
Le roi du Cambodge eut du chagrin et ordonna à tous les mandarins de s'efforcer de réfléchir et de trouver ces énigmes. Parmi tous ces mandarins, personne ne put résoudre ces énigmes. Alors le souverain leur ordonna de battre du gong pour chercher un homme ayant assez d'intelligence pour les résoudre.
A ce moment-là, il y avait un bouvier qui voyait ces gens en réunion. Il s'en approcha, resta debout pour écouter et répondit :
— Ces trois énigmes sont très faciles à résoudre :
Première énigme : mettre les deux bras en rond se traduit par une nasse à poisson.
Deuxième énigme : serrer le poing et le lever se traduit par une pique.
Troisième énigme : déployer les doigts et les tendre en avant signifie qu'on a trouvé cinq poissons.
Ayant entendu, tous les gens réfléchirent et lui demandèrent :
— Tu plaisantes ou non ?
Cet homme lui répondit :
— Ces trois énigmes se traduisent vraiment ainsi.
Les habitants rapportèrent ses paroles pour en informer le mandarin qui frappait du gong. Il emmena le bouvier pour le présenter au grand souverain. Quand le roi demanda à cet homme la résolution des trois énigmes, celui-ci salua et lui dit discrètement :
— La première énigme veut dire qu'il y a un territoire qui est notre pays khmer.
— La deuxième énigme veut dire qu'il y a un souverain qui règne sur ce territoire.
— La troisième énigme veut dire qu'il y a cinq ministres qui travaillent et s'occupent des affaires du peuple en secondant leur souverain.
Le jour fixé étant arrivé, les mandarins chinois entrèrent saluer le roi khmer et lui demandèrent les solutions. Le souverain khmer prit la parole et appela le bouvier afin qu'il résolût les énigmes. Alors, après avoir rendu hommage à son roi, le bouvier résolut ces trois devinettes devant les mandarins chinois par ces mots :
— Première énigme : il reste un chakrâva (en pâli cakravala : litteralement "cercle ou sphere"; sorte de rang de montagnes superposées encerclant le monde) pour arriver au chakrâva où nous habitons actuellement.
— Deuxième énigme : dans ce chakrâva il y a un énorme mont Sumérus (C'est le mont Méru).
— Troisième énigme : dans ce chakrâva il y a cinq Bouddha.
Les mandarins chinois acceptèrent comme justes les solutions des trois énigmes. Ensuite ils se prosternèrent et prirent congé du roi du Cambodge pour aller informer leur souverain. L'empereur chinois demanda qu'on noue désormais une amitié avec le Cambodge sans jamais chercher de querelles.
Quant au bouvier, le roi du Cambodge lui donna une grosse fortune et lui attribua le titre de dignitaire de Thnenh-Chey-Bândit.
Fort longtemps après, le temple d'Attharoeus tomba en ruine ; il n'en resta que la pierre de bornage et la statue du Bouddha.
A l'époque de Lovèk, Chan Réachéa, le grand souverain comblé de mérites bouddhiques, donna l'ordre de construire un nouveau temple. Quant à la statue du Bouddha, elle resta intacte et inchangée et elle n'a été qu'à peine réparée.
Mais à cause du mauvais état de ce temple, Sa Majesté le roi Norodom, l'auguste personne, utilisa de l'argent venu du trésor royal et des quêtes chez les gens du royaume pour cette reconstruction dont le chef du clergé Tieng dirigea en personne les travaux. Ce nouveau temple fut terminé et on en fit le bornage rituel en 1911 durant le règne de Sa Majesté Sisowath.

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