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Interview de Soreasmey KE BIN (Secrétaire général de la CCFC) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
10-07-2005
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Vous devez sûrement connaître Soreasmey KE BIN ? non toujours pas ? Et bien voilà un petit interview que l'on a fait où il se présente, présente également son rôle au sein de la CCFC (Chambre de Commerce Franco-Cambodgienne) et répond à quelques-unes de nos questions.

Peux-tu tout d'abord te présenter ?
J’ai 28 ans, mon père est Khmer et ma mère est française. Je suis né et ai grandi à Lyon. Je suis allé, je ne peux pas dire « retourné », au Cambodge pour la première fois en 1994. Au fil de différents séjours j’ai appris à mieux connaître le pays et ma décision s’est peu à peu formée et je m’y suis donc installé en 2002 après avoir terminé mes études (maîtrise de management international et DEA de Sécurité internationale et Défense).

Hormis ton rôle dans la CCFC, que  fais-tu d'autre dans la vie ?
Je travaille depuis peu comme Manager Communication d’une grosse société franco-cambodgienne (* la Société Comin Khmere)… j’ai en outre créé il y a maintenant plus de deux ans la première SSII du Cambodge (*la Société KhmerDev) , même si je n’y exerce plus de fonctions actives, j’en reste un des deux actionnaires et continue à en suivre de près le développement.
J’exerce aussi des fonctions de Conseil auprès d’un homme politique cambodgien, cette interview étant relatif à la CCFC je ne souhaite toutefois pas indiquer ici mes attaches politiques, merci de le comprendre.
D’autre part je suis impliqué avec un groupe d’amis dans la création d’un club de Football, notre équipe première est engagée cette année en division d’honneur, pour la première édition depuis des années. Et nous avons pour ambition, à terme, de monter une véritable structure professionnelle, cela risque de prendre du temps, mais comme nous sommes tous des passionnés, pourquoi pas ?

Présente-nous brièvement le rôle de la CCFC  ?
La CCFC a pour but premier d’animer la Communauté d’affaires francophone au Cambodge, c’était le rôle initial du Club d’affaires à sa création. Son succès et sa transformation en Chambre de Commerce ont élargi le domaine de compétence de la CCFC.
La CCFC a donc les missions suivantes : Défendre les intérêts du secteur privé en participant activement aux groupes de travail sectoriels mis en place par le Gouvernement Royal, Promouvoir les échanges commerciaux et les investissements entre la France et le Cambodge, Favoriser les relations entre les communautés d’affaires française et cambodgienne, Favoriser les relations entre les différentes associations d’affaires présentes au Cambodge…
Ces objectifs peuvent paraître abstraits, mais la CCFC, notamment récemment par l’organisation du premier Forum des Carrières, joue un rôle, modeste mais véritable, en faveur du développement socio-économique du Cambodge.

Quels bénéfices peut tirer une entreprise en adhérant à la CCFC ?
Le bénéfice le plus évident est un accès immédiat au réseau CCFC qui comprend plus de 70 entreprises des secteurs les plus variés. Cet accès se manifeste par une participation aux activités du Club d’Affaires avec notamment les Conférences-Débats organisés par la CCFC au cours de ses déjeuners ou petit-déjeuners. Ces réunions, le plus souvent en lien direct avec l’actualité économique ou politique du Royaume bénéficient de la participation de décideurs locaux ou étrangers de premier plan. Des visites sur site sont organisées régulièrement, récemment les champs de tabac de British American Tobacco nous ont reçu, ainsi que les Coutelleries de la société Citadel.
Toute une gamme de services est en outre désormais à la disposition de nos membres, qu’il s’agisse d’aide à l’implantation, ou au recrutement de personnel qualifié. Le développement de ses services est un des dossiers prioritaires de l’actuelle direction.
La CCFC est jeune et a encore des lacunes dans son organisation et dans ses actions. Le principal intérêt de sa création réside dans le principe « l’union fait la force ». Je suis convaincu que la plupart des sociétés n’adhérente pas en vue d’intérêts immédiats mais plutôt dans l’idée de participer à une entreprise collective qui bénéficie au Cambodge.

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Soreasmey KE BIN avec la vice-presidente de la CCFC
lors d'une visite des champs de tabac

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Sortie avec la CCFC, en compagnie du Directeur de l'AUF
(Agence Universitaire de la Francophonie) Cambodge.

Quelles sont les prochaines actions à venir de la CCFC ?
La Chambre est actuellement en pause estivale (*la permanence administrative est maintenue ainsi que les Open Bars) ce qui explique en partie ma présence sur le sol français…
L’objectif du Bureau actuel lors de son élection était double, il s’agissait tout d’abord d’augmenter la visibilité médiatique de la Chambre, et aussi de réussir l’organisation du premier Forum des Carrières, projet lancé depuis deux ans mais dont la réalisation tardait, le tout sous des contraintes financières strictes, puisqu’il faut le rappeler hormis une subvention de l’UCCIFE (* Union des Chambres de Commerce et d’Industrie Françaises de l’Etranger, dont la CCFC est membre depuis 2000) en 2002, la CCFC ne vit depuis que sur les cotisations de ses membres et les revenus de ses activités.
Dans l’ensemble, les objectifs de début de mandat ont été atteints. Nous souhaitons donc ---, en attendant qu’une nouvelle équipe soit élue, poursuivre les activités du Club d’Affaires qui incarnent mieux que tout le dynamisme de notre Chambre, et développer les services proposés aux entreprises. Fort du succès de sa première édition nous entendons aussi préparer au mieux, plus en amont et nous donnant plus de temps, le deuxième Forum des Carrières qui se déroulera début 2006. L’axe « formation / emploi » est désormais notre priorité et d’autres actions sont en phase de réflexion, la création du Département de l’Emploi francophone est une première étape.

Beaucoup de français aimeraient travailler au Cambodge, qu'est ce que  t'en
pense ? Il y a t-il de la place et quel serait le rôle de la CCFC ?
Je pense qu’ils auraient tort de ne pas essayer du moment qu’ils sont bien conscients des conditions particulières du monde du travail au Cambodge. Des entreprises recherchent régulièrement des profils « français », mais pour des personnes jeunes, avec ou sans réelle expérience, il ne faut pas s’attendre à des conditions salariales exceptionnelles, alors que d’une façon générale, il est  demandé beaucoup aux employés. Le Cambodge n’est pas encore aux 35 heures, loin de là… en résumé il y a du travail, mais attention, ce ne sont pas des vacances.
En ce qui concerne les jeunes issus de la diaspora ,il me semble que, les entreprises  sont souvent demandeuses , mais il faut bien remarquer que, le plus souvent, nous ne bénéficions pas d’une réputation des plus positives auprès d’elles.
J’ai personnellement favorisé le retour de jeunes de la diaspora,  et, je continue , ne serait-ce que dans le cadre de stages, ensuite à eux de décider si oui ou non ils veulent faire le grand saut. J’ai actuellement dans mon entourage immédiat 6 jeunes qui participent à des stages, certains sont plus ou moins contents, mais je suis sûr qu’ils bénéficieront tous de cette expérience, au moins connaîtront-ils mieux le Cambodge et sa situation au delà des clichés véhiculés à Vincennes ou ailleurs.
Qu’il s’agisse des stages ou de réelles recherches d’emploi, la CCFC a un rôle à jouer, rôle qu’elle assume déjà partiellement via son site Internet, mais il est vrai que des progrès sont à faire dans l’organisation et la réactivité de notre équipe.

Que veut tu dire par « nous ne bénéficions pas d’une réputation des plus positives auprès d’elles » ?
Disons que peu de jeunes khmers de France sont arrivés à s’imposer professionnellement, et qu’il reste comme un reste de préjugés… A nous de les faire démentir, je le répète même si la vie y est sûrement plus facile, travailler au Cambodge ce n’est pas être en vacances, d’autant plus que l’on occupe des postes à responsabilité.

La CCFC travaille-t-elle avec d'autres CC ?
Au niveau local, la CCFC est elle-même membre de la CAMFEBA (*Cambodian Federation of Business Association), nous entendons lors des  prochaines échéances accroître notre participation aux débats qui s’y déroulent, tant cette association doit représenter le secteur privé auprès du Gouvernement et des donateurs.
Nous avons des liens avec les autres associations d’affaires, premièrement par l’intermédiaire de nos membres qui sont aussi adhérents d’autres organisations, mais aussi directement en tant que CCFC. De tels rapprochements sont souhaitables, mais nous savons aussi d’expérience que tout n’est pas possible et qu’il est parfois préférable que chacun travaille de son côté, même si, bien- sûr, les résultats doivent en être partagés.
Nous savons nos activités complémentaires car différentes de ce que proposent les autres chambres de commerce, en ce sens nous pensons qu’il est utile de nous rapprocher même si un réel travail commun est difficile, car il faut rappeler que l’ensemble des décideurs de ces associations d’affaires sont bénévoles, leur temps disponible n’est donc pas extensible à volonté.
D’autre part à travers le réseau UCCIFE la CCFC est en contact avec les autres chambres de commerce de l’étranger. Ce mois ci, notre directrice générale participe à plusieurs colloques à Paris au cours desquels le Cambodge et nos activités seront présentés. A terme nous entendons développer nos liens avec les chambres de commerce françaises des autres pays de la région asiatique, mais pour l’instant nous sommes limités par nos faibles ressources financières, nous y travaillons. Un partenariat avec des CCI de France est aussi possible, par le passé nous avons déjà été approchés, ce sont des démarches intéressantes mais pas dans l’immédiat.

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Soreasmey KE BIN au 1er forum des carrières (1er à gauche)

Peux-tu présenter un peu les nouveaux membres du  CCFC ?
Ils sont nombreux, il y a du renouvellement, quelques entreprises depuis longtemps implantées au Cambodge nous ont enfin rejointes (*deux agences de voyage notamment, une internationale Diethelm, l’autre locale Exotissimo), des grands hôtels de Siem Reap (*le Méridien, le Victoria, le Sofitel Angkor), des entreprises locales aussi, telles que la chaîne d’opticiens Eyecare ou la Mekong Bank… trait important : des entreprises qui viennent juste de s’implanter au Cambodge ont adhéré automatiquement (*OpenWINE, société de vente de vins, deux société d’informatique Servis, Conical Hat…), la CCFC devient un lieu de passage quasi-obligatoire… C’est une première réussite.
Autre réussite, d’autres entreprises sans aucun lien avec la Communauté francophone sont sur le point d’adhérer suite au Forum des Carrières, ceci afin de nous soutenir, il s’agit de la banque ANZ-Royal et du leader sur le marché internet : la Société Online. Il s’agit quand même de distinguer car si nous avons de plus en plus de membres, le nombre de personnes actives reste le même, c’est le problème commun à toute association.

Quel secteur au Cambodge, conseillerais-tu pour un jeune entrepreneur ?
Et vice versa, quel secteur tu lui déconseillerais ?
Je ne pense pas être à même de définir quel secteur est exploitable aujourd’hui, sinon je serai bien sûr le premier à en profiter. Je dirai que le principal est de connaître le domaine dans lequel on se lance, de bien maîtriser le contexte cambodgien… bien sûr tout cela passe par des études de marché et autres prospections, il n’y a pas de remède miracle.


Mais vous déconseillerez quand même une personne qui veut se lancer dans le textile ?
Je ne déconseillerai à personne d’investir dans tel ou tel domaine, cette personne doit toutefois avoir réalisé les études nécessaires, si l’affaire apparaît viable, une fois les risques mesurés, il n’y aucune raison de ne pas se lancer.

Beaucoup d'entreprises franco-khmeres ont fermé en 4 ans. Selon toi quelle
en est la raison ?
Je ne suis pas sûr que sur cette période il y ai eu plus de fermetures que de créations. Il y a eu des cas emblématiques comme Crédit Agricol-Indosuez ou le retrait partiel de Nestlé… on ne peut que regretter de tels départs, mais il s’agit ici de considérer la part de la politique de groupe dans ces décisions.
Le problème réside dans le manque actuel de grands groupes, c’est mon avis, quand ceux ci se retirent c’est vraiment une catastrophe car on sait combien il devient difficile de les faire revenir… il serait toutefois faux de laisser entendre que la présence économique française est à la baisse. Il s’agit pour l’essentiel de PME, mais n’oublions pas que c’est justement la création d’un tel tissu de PME qui est nécessaire au décollage économique du pays.
Le climat des affaires n’est pas négatif, loin de là… depuis la formation du Gouvernement d’union suite aux élections de 2003, c’est même plutôt l’inverse dans certains secteurs. Evidemment les problèmes de fonds restent : tels que la corruption, le manque de ressources humaines, l’état des infrastructures… dans ce dernier cas des progrès sont notables, pour le reste pas grand chose ne bouge, c’est ainsi pour l’instant.
Des affaires comme celles d’Indochine, ou moins grave de Pyramide, nous ont inquiété car nos membres se demandaient s’il s’agissait d’une loi des séries. Il semble que non mais nous restons attentifs et la Mission économique de l’Ambassade aussi.

La  fermeture de Indochine Insurance, n'a pas fait baisser le moral des entrepreneurs français ?
Je ne parlerai pas du fonds du dossier, qui est toujours en attente. Mais il est évident que la liquidation du leader du marché, et le retrait d’un des plus gros groupes français, ne peut que nous inquiéter. Mais il ne s’agit pas pour autant de baisser les bras, nos activités à tous et à toutes continuent.

Justement en parlant d’Indochine Insurance, Philippe Lenain (le Directeur) affirmait avoir fait une erreur politique qui lui a coûté la ruine de son entreprise, donc, est-on obligé d’avoir des amis haut placé pour investir et ainsi éviter les problèmes ? Payer des « pots-de-vins » dans tout les sens ? Pour M. Lenain, c’est pas un peu « l’hôpital qui se moque de la charité », non ?
Je n’ai pas connaissance d’une telle déclaration de M. Philippe Lenain. Je n’ai pas de commentaires à faire sur ce type de déclarations. La corruption existe, elle a tendance dans certains cas à remplacer le système de taxation légal, mais ces pratiques dans la plupart des cas ne constituent pas un frein à la création et au développement d’entreprises. Le faible niveau des ressources humaines, le manque d’infrastructures sont d’autant plus gênants.
Indochine reste un cas particulier, très regrettable mais particulier. Le marché des assurances est très important, les bénéfices sont à l’échelle. Comme je l’ai indiqué plus haut je ne souhaite pas m’exprimer sur le fonds de l’affaire. Tout n’est jamais blanc, tout n’est jamais noir, surtout au Cambodge.

Le mastodonte chinois fait peur à l'Europe, quand est-il du Cambodge ? Plus partenaire que concurrent ?
Le Cambodge ne peut évidemment être vu comme un concurrent de la Chine. Qu’il s’agisse de diplomatie, de stratégie ou de compétition économique, il est de notre intérêt de garder des liens forts avec la Chine, ne serait que pour le rôle de contrepoids que ce pays peut jouer vis à vis de nos voisins.
La Chine a aussi intérêt à ces liens, on l’a vu récemment lors des tensions avec les EU et l’UE sur le dossier du textile, la Chine a choisi d’utiliser le Cambodge pour éviter les quotas des marchés occidentaux, permettant ainsi à l’industrie cambodgienne de souffler et de reprendre des couleurs. De tels évènements sont annonciateurs d’autres bouleversements dont nous espérons que chinois et khmers seront mutuellement bénéficiaires.
Je pense aussi que dans ce type de dossiers, les autorités cambodgiennes connaissent leurs intérêts, car si un rapprochement avec la Chine est inévitable, l’ancrage ASEAN est, lui, définitif. 


Que penses-tu, quand Hun Sen déclare : « Il ne faut pas prendre des investisseurs étrangers pour des mendiants » ? Les investisseurs étrangers sont amenés à mendier auprès du gouvernement ? C’est le monde à l’envers au Cambodge !?
Je dois avouer ne pas tout à fait comprendre, et ce n’est pas la première fois, la déclaration du premier Ministre.
L’économie est désormais mondiale, le Cambodge est donc en concurrence avec les autres pays pour attirer les investissements. C’est un rapport de force logique, les investisseurs négocient leur implantation car ils savent que les pays d’accueil ont besoin d’eux. D’où l’idée de créer des Zones économiques spéciales au sein desquelles les entreprises implantées bénéficieront de nombreux avantages. Attention toutefois cela ne concerne que certaines activités qui peuvent être déplacées sans conséquence, qui n’ont pas de réelle attache au pays. Ce n’est pas le cas pour la très large majorité des entreprises représentées au sein de la CCFC.
Un des problèmes majeurs est que pour certains membres de l’administration les investisseurs sont des « vaches à lait », le terme me paraît plus approprié que « mendiant ». Mais on ne peut pas tirer indéfiniment sur la corde au risque qu’elle rompt. C’est le danger. Le Cambodge doit attirer plus d’investisseurs, c’est une nécessité. Pour se faire il est évident que certaines pratiques doivent changer.

 
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Rencontre entre Soreasmey KE BIN et le Roi Sihamoni, au palais royal.

Et pour finir, investir au Cambodge, c'est risqué ?
Investir est toujours risqué au Cambodge comme ailleurs. Le contexte cambodgien constitue un des facteurs qui doit emporter la décision d’investissement ou non… le risque, les gains en cas de succès. On peut dire que le climat est favorable dans un certain sens, car il y a beaucoup de choses à faire, beaucoup de secteurs inexplorés, le Cambodge n’est pas un pays fermé et dans les déclarations d’intention, les politiques cambodgiens sont tous favorables aux investissements étrangers.
La CCFC peut avoir un rôle de conseil, mais la décision et la prise de risque reste individuelle.

Merci d'avoir répondu aux questions et bonne continuation !


Contacter l'administration de la CCFC
Site internet: www.ccfcambodge.org

Pour contacter Soreasmey KE BIN :

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