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Les malices de Sophéa-Le-Lièvre Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
04-07-2005
De tout temps les bêtes ont parlé. Elles se comprennent, non seulement entre individus de même espèce, mais même entre animaux complètement différents. Tout intervient dans la conversation, le gosier, la queue, les oreilles, les attitudes et jusqu'à ces frémissements de la peau qui ont l'air
de risées couchant les poils ou les plumes.
Mais il fut un temps où l'homme comprenait les bêtes et se faisait entendre d'elles. C'est un temps très reculé dans les âges : un temps qui peut se placer bien avant qu'un brahmane vînt de l'Inde fonder le royaume du Founan, à l'ouest du fleuve Mékong, prenant le nom de Jayavarman Ier — ce qui signifie le Bouclier Puissant; un temps plus reculé encore, avant qu'un Malais arrivât de Java pour régner,
premier souverain — qu'on appelait Kaundynia — de la dynastie des Fan.
C'est au temps où un merveilleux prince, Kambu, arriva de Birmanie, protégé par une déesse, l'Apsara Mera. Beau comme le soleil, il sut conquérir la fille du Naga, roi des Eaux. La princesse, Nagi Soma, était la filleule bien-aimée de la Lune dont elle portait le nom. Le Soleil. et la Lune, le prince et la princesse se virent et s'unirent, eurent beaucoup d'enfants qui, comme leur mère, avaient neuf têtes de serpents et, comme leur père, une beauté irréelle. Mais de cela nous parlerons un autre jour...
Quelque temps avant que Kambu ne débarquât, les hommes ne connaissaient pas encore le langage articulé. Par contre, ils avaient l'avantage inappréciable de pouvoir s'entretenir avec les animaux. Lorsque Kambu et Soma leur apprirent à parler et à écrire, lorsque Kaundynia leur apporta l'usage des vêtements, lorsque le puissant Jayavarman leur enseigna à s'abriter dans des maisons de pierre, ils oublièrent le langage de la forêt. Mais ils surent se souvenir des histoires que leur avaient racontées les animaux et c'est d'eux qu'on tient les contes de Sophéa, le lièvre dont sa malicieuse sagesse a fait le juge des bêtes.
On peut naître futé, mais on ne devient avisé que par l'expérience. Ce furent les escargots
d'eau qui donnèrent à Sophéa sa première leçon.
Le lièvre — qui n'était encore qu'un levraut, le nez tout barbouillé du lait de dame Hase, sa mère — le lièvre s'en allait près d'un étang en chantonnant : « Il n'y a pas un animal qui coure aussi vite que moi. A côté de mes pattes, on dirait de vieux bouts de bois qu'ont les autres bêtes pour se déplacer. »
Alors un vieil escargot d'eau qui paressait sous une feuille de lotus lui cria : « En es-tu bien sûr, ô Lièvre ? »
— Si j'en suis sûr ? Par le Naga, Père des Eaux, le martin-pêcheur lui-même est moins rapide que moi!
IIum!... Eh bien, puisque tu cours si vite, faisons un pari et courons ensemble.
D'une longue détente de ses pattes,''le lièvre fit un saut vertical. A la fois furieux et moqueur, il cria :
— Yeû-eu!... L'escargot qui me méprise, moi!... Et c'est toi qui oses courir avec moi ?
— As-tu peur ? Essayons donc autour de l'étang.
Pendant que le lièvre calculait s'il valait mieux partir de la patte gauche ou de la patte droite, le vieil escargot avait réuni ses frères :
— Répartissez-vous autour de l'étang, un toutes les trois foulées d'éléphant. Quand le lièvre appellera, celui qui sera devant lui devra lui répondre.
Tout occupé à brouter des herbes odorantes, le lièvre n'avait rien entendu. Quand vint le soir et que la chaleur fut tombée, une perruche bleue donna le signal du départ.
— Ah! Courons vite, cria le vieil escargot, l'air déjà essouflé avant que d'être parti.
A toute allure, le lièvre se mit à galoper au bord de l'étang. Mais il s'arrêtait souvent : il y a de si
bonnes choses à manger près de l'eau! Chaque fois, il criait :
— Frère Escargot ? Ey!...
- Ey!... répondait l'escargot qui était devant lui.
« Diable, pensait le lièvre, je n'aurais jamais cru
qu'un escargot allât si vite! » Et il forçait l'allure.
Ey! criait-il, le souffle coupé. Et, à un saut de
grenouille devant lui, une voix d'escargot lui répondait toujours « Ey!... » Et quand il eut accompli le
tour des berges, il vit le vieil escargot qui mirait ses cornes dans l'étang.
— Vois-tu, Lièvre, on trouve toujours son maître dans la vie lorsqu'on est présomptueux. Tu as perdu
ton pari : nous te condamnons à ne venir, d'un an, boire de l'eau dans cet étang.
C'est de cette époque que le lièvre devint avisé.
Il était avisé et cela ne l'empêchait pas d'être
moqueur. Sa victime était le crocodile : il est vrai que la lourdeur et la bêtise de ce saurien se prêtaient aux plaisanteries. Et il faut dire aussi que le lièvre avait quelque rancune contre le crocodile. Il n'y avait pas de semaine qu'un meurtre ne fût commis : quelque buffle, une chèvre et même le plus désarmé de tous les animaux, l'homme. Et on n'avait qu'à regarder le lendemain les crocs sanglants du crocodile pour connaître l'assassin.
Un jour qu'il avait fortement plu et que le courant de la rivière avait emporté les branches mortes qui flottent toujours au long des berges, le lièvre fut bien embarrassé pour traverser. Mais il aperçut le crocodile dont la longue tête émergeait seule.
— 0 mon grand frère Crocodile,'' il n'y a plus d'herbe sur cette rive. Mais je connais de l'autre côté du stung une prairie où l'on trouve de l'herbe sucrée et de l'eau sucrée. Nous nous régalerons de coma
pagnie.
— Si mon frère Sophéa veut bien me montrer où sont l'eau et l'herbe sucrées, j'en serai fort aise. Et je n'oublierai jamais ce bienfait. Monte sur mon dos et tiens-toi bien.
Sans que le crocodile le vît, le lièvre fit la grimace devant l'aspect fangeux du dos de sa monture. Coupant prestement des feuilles de bananier, il composa une confortable litière sur les protubérances de messire Crocodile.
— Eh! Me prends-tu pour un nid de fourmis rouges, de me couvrir ainsi le dos de feuilles ? cria ce dernier.
— O grand frère, j'ai les pattes si boueuses que vraiment je craindrais de te salir...
Tout flatté de tant de considération, le crocodile se mit à nager. En cinq coups de patte, il traversa le stung. Arrivé sur le sable de la rive opposée, il s'affala, embarrassé de son poids comme tout saurien qui sort de l'eau.
— Alors, l'herbe sucrée P...
— De l'herbe sucrée pour un mangeur de viande pourrie comme toi ? cria le lièvre. Mange donc les feuilles que j'avais mises sur ton dos pour ne pas me salir les pattes!...
Et il s'en fut en gambadant.
Bien qu'ils aient une cervelle guère plus grosse qu'une noix d'arec, les crocodiles en ont assez pour y loger une rancune tenace. Le lièvre le savait bien, qui n'osait plus s'approcher des stungs pour y brou-ter les liserons d'eau nouvellement poussés. Il restait dans la plaine, mâchonnant de l'herbe sèche sans saveur. Un matin, n'y pouvant plus tenir, pensant au reste que le crocodile avait oublié sa, vengeance, il s'approcha de la rivière — un peu méfiant tout de même.
Le crocodile était là qui faisait mine de dormir, paraissant absolument sans colère. Rassuré, le lièvre se mit à brouter des liserons d'eau. Puis, enhardi,
il s'amusa à chatouiller les naseaux du saurien avec sa queue qu'il a courte et fort touffue. Ce ne fut pas long : le lièvre se sentit happé et entraîné vers la rivière, bien saisi par le milieu du corps.
Le crocodile n'aime pas la viande fraîche : il va d'abord noyer sa proie au fond de l'eau puis il la cache dans un trou jusqu'à ce que la chair se détache toute seule des os. En emportant le lièvre, il voulait profiter des derniers instants que celui-ci avait encore à vivre pour l'effrayer et se 'venger en une seule fois de toutes les brimades qu'il avait subies.
— Hu, hu, soufflait-il entre ses dents.
Certes, le lièvre avait grand'peur, mais il ne le montrait pas. Il pensait : « Si seulement cet animal pouvait ouvrir la gueule, je pourrais m'échapper! " Aussi eut-il l'idée de dire :
— Grand imbécile! Si tu crois me faire peur avec tes « Hu, hu!... » Au moins, si tu faisais : « Ha ha! » je ne dis pas...
En entendant cela, le crocodile fit, comme tout le monde s'y attend d'un saurien aussi borné : « Ha ha!... » Mais on ne peut faire « Ha, ha!... » qu'en ouvrant largement la gueule.
D'un bond, le lièvre fut sur la berge, un peu meurtri mais bien vivant.
— O grand naïf ! Diras-tu encore : « Ha, ha!... quand tu auras une proie dans la gueule ?
Et il s'enfonça dans la forêt.
Comme il était encore ému, il alla se coucher à l'ombre d'un arbre que par la suite les hommes appelèrent jaquier. Puis il s'endormit. Au soir, la brise se leva comme elle le fait à chaque jour qui finit. Agité par le vent, un fruit se détacha de l'arbre. Les fruits du jaquier ne sont pas gros comme des cerises, des prunes ou des pommes, mais bien comme deux ou trois noix de coco. Celui qui tomba fit « tonc » en arrivant au sol, puis il éclata pour épandre ses graines.
Le lièvre s'éveilla brusquement et fit un saut de côté. Ne voyant rien autour de lui que des débris de pulpe et croyant que la terre s'effondrait, il s'enfuit à toutes jambes en faisant des crochets. Ce fut pour se cogner contre le tigre.
Ce n'est pas que le lièvre redoutât le tigre, mais il ressentait une certaine antipathie à l'égard du félin. Les tigres du pays de Naga ne mangent pas de rats, de grenouilles ni même de lièvres comme les tigres du delta du Mékong. Mais ils dévorent toutes les bêtes sans défense de la forêt, celles-là même auxquelles le lièvre s'était attaché car elles sont touchantes de faiblesse.
— Pourquoi cours-tu si vite, Lièvre ?
— Eh!... Parce que la terre s'est ébranlée... Sauve-toi, mon frère Tigre, le gouffre approche!
Le tigre emboîta le galop du lièvre, mais il était distancé à chaque foulée. Tous deux s'arrêtèrent haletants devant un Devata qu'ils avaient failli bousculer.
— Pourquoi cours-tu si vite ? dit le Génie aux longues dents en s'adressant au tigre hors d'haleine.
— Parce que... le lièvre m'a dit... que la terre tremblait... que le gouffre approchait!...
— 0 naïf! La terre ne s'effondrera jamais.
Le tigre rugit de fureur et il se mit, la. moustache frôlant la terre, à suivre à la trace le lièvre qui avait disparu. « Je ne le mangerai pas, pensait-il, car les lièvres sentent trop l'herbe. Mais je lui casserai les reins d'un coup de patte. »
Le lièvre dormait au creux des racines d'un énorme banian, mais il ne fut pas long à se réveiller quand il entendit le tigre rugir à ses côtés.
— Ah! te voilà!... cria le fauve. C'est de ta faute si j'ai les flancs haletants et les pattes saignantes. Mais c'est bien la dernière fois qu'une bestiole de ton espèce se moque de moi!
Dans la forêt, il y a, comme chacun sait, d'innombrables esprits. Mais ceux-ci sont si occupés de leurs propres soucis que les animaux ne doivent compter que sur eux-mêmes pour se tirer d'affaire. Acculé contre le tronc du banian, le lièvre s'aperçut qu'il ne pouvait s'échapper. C'était vraiment un moment grave pour lui.
— Bien, bien, fit-il d'un air détaché. Mais comme les animaux m'ont élu roi, il faut que ce que tu comptes faire soit accompli devant ma Cour.
Il mentait effrontément, car jamais les animaux de la plaine et de la forêt n'ont pu se mettre d'accord pour se donner un roi.
- Ah!... dit le tigre, interloqué. Alors, allons à ta Cour.
— Il faut me laisser monter sur ton dos, ajouta encore le lièvre, car le Roi est fatigué.
Lorsque, l'un portant l'autre, ils arrivèrent à une clairière où tous les animaux se réunissent chaque nuit pour boire dans une mare, ce fut une belle débandade. Tout le monde n'est pas dévoré par le tigre, mais chacun redoute son caractère détestable.
— Vois-tu, Tigre, vois-tu cette fuite ? Ils tremblent devant moi parce que je suis leur roi.
— Vraiment, Sire, fit le tigre, penaud, je ne sais comment m'excuser envers vous... Où puis-je vous conduire ?
— Dans un champ de cannes à sucre sauvages. Et un peu vite, n'est-ce pas!...
— Qu'il soit fait selon le coeur de Votre Majesté, fit humblement le tigre.
Arrivé à destination, le lièvre sauta légèrement à terre, lissa ses moustaches avec ses pattes de devant et, d'un ton protecteur, il donna congé au tigre :
— Allons! Ce n'est rien... Cette fois, je te par-donne. Mais ne recommence plus, hein ?
Mais le tigre est incapable de s'amender. Toujours il promet, jamais il ne tient. Au fond de son coeur, il se mit à détester le lièvre. « Et puis, pensait-il, pourquoi est-ce lui et non pas moi que les animaux ont élu roi ? » Entre nous, il faut dire que le lièvre ne faisait rien pour se concilier l'aménité du félin. Ne l'engagea-t-il pas un jour à s'introduire au sein d'un massif de bambous épineux! Là, il l'invita à secouer vigoureusement les tiges « pour faire de la musique ». Il avait négligé de prévenir son compagnon qu'un essaim d'abeilles sauvages y avait élu domicile. Violemment secoués, les insectes sortirent en fureur et se précipitèrent sur le nez de l'importun qu'ils piquèrent rageusement. Le museau enflammé, le tigre ressemblait à tout ce qu'on voudra, excepté à un tigre. « C'est un tapir rayé! » criaient moqueusement les gibbons qui se lançaient d'un arbre à l'autre.
Le lièvre avait disparu mais n'était pas pour cela à l'abri de la rancune du seigneur Tigre.
Un jour, il rencontra l'éléphant. Le lièvre aimait particulièrement ce débonnaire pachyderme, qui n'a que le tort d'avoir un caractère fantasque et de trop aimer la plaisanterie — oubliant qu'il est d'une force prodigieuse.
- 0 mon grand frère Éléphant, vous me paraissez tout triste! Est-ce vrai ou n'est-ce pas vrai ?
— C'est vrai, mon frère le Lièvre. Ce matin, au détour d'un sentier, j'ai rencontré le tigre qui m'a craché au nez et qui m'a dit : « Je te mangerai tout vif, de la trompe à la queue! » N'y a-t-il pas là de quoi être triste ?
— N'ayez pas peur : je vais aviser.
— Oh! si mon frère le Juge me protège, je dormirai tranquille.
S'aidant d'une termitière, puis d'une touffe de bambous, le lièvre s'installa sur le cou de l'éléphant.
— Là! J'y suis... Maintenant, si je te gifle du côté gauche, tu tourneras la tête vers la gauche. Si je te gifle à droite, tourne la tête à droite. Et comme il fait bien chaud, ne néglige pas de m'éventer avec tes oreilles!...
Quand le tigre apparut au détour d'une piste, le lièvre fit semblant de ne pas le voir et gifla l'éléphant qui, sans arrêt, tournait la tête à droite puis à gauche, toujours du côté opposé à celui où était le tigre, qu'il ne voyait pas. Aussi le pachyderme restait-il joyeux et redressait-il la trompe.
« Qu'est cela ? pensa le tigre. Voilà l'éléphant qui n'a pas l'air de me craindre et voici le lièvre qui s'est emparé de cette énorme masse de viande et la gifle à tour de bras. Hugg!... Ce pays devient décidément impossible! J'aime mieux m'en aller aux
abords de la plaine. Il finira par m'arriver quelque malheur avec ce lièvre diabolique!... Et, à reculons, il se coula entre les buissons.
La sagesse du lièvre se répandit au point que les hommes entendirent les bêtes en parler. Un jour arriva qu'eux-mêmes firent appel à Sophéa. Voici comment.
Deux hommes suivaient un ruisseau, l'un d'eux portant une nasse. Arrivés au pied d'un banian qui se penchait au-dessus du stung, le pêcheur mit sa nasse dans l'eau et l'attacha aux racines. Levant les yeux vers le sommet de l'arbre, son compagnon s'exclama en riant :
— Tiens! Regarde ma nasse qui est là-haut dans les feuilles : elle est sûrement restée là depuis les dernières inondations, lorsque les eaux étaient si hautes qu'elles noyaient la forêt jusqu'aux plus hautes branches.
Pendant la nuit, le second pêcheur prit les poissons qui étaient entrés dans la nasse et, grimpant à l'arbre, il les introduisit dans 'son propre engin, là-haut dans les feuilles. Son camarade, lorsqu'il se réveilla, s'en aperçut, se fâcha et courut chez le maire du village.
En ce temps, les hommes croyaient encore à la justice et ils préféraient s'en remettre à l'avis du plus sage pour régler leurs différends plutôt que de se battre.
— Mé kum! cria le plaignant. Mon compagnon a sorti les poissons de ma nasse qui était dans le stung et il les a montés dans la sienne qui est perchée dans un arbre depuis six lunes. Je réclame!...
— Oh! pas de doute, prononça le maire; les pois-sons appartiennent au propriétaire de la nasse où ils sont. J'ai dit!
Mécontent de cet arrêt, le pêcheur pensa au lièvre, toujours si juste, et il l'alla trouver dans la forêt.
— J'ai perdu mon procès. Le maire m'a dit que j'ai eu tort de me plaindre.
— Homme, raconte-moi ton procès, demanda Sophéa.
Après un discours si embrouillé qu'il fallait vraiment être un lièvre pour y comprendre quelque chose, le pêcheur suivit Sophéa chez le maire.
— Salut, Mé kum! dit le lièvre. Je viens te faire part de quelque chose de curieux... Figure-toi que, tout à l'heure, j'ai vu un paon qui cueillait des pois-sons au sommet d'un tamarinier! Hein! Crois-tu ?...
— Voyons, Lièvre, tu te moques! Mes ancêtres ni moi n'avons jamais vu des poissons perchés dans un tamarinier...
— Tu as certainement raison, Mé kum! Mais, puisque tu n'as jamais vu de poissons dans les hautes branches d'un tamarinier, tu ne peux non
plus admettre que les poissons puissent monter tout seul dans une vieille nasse oubliée au sommet d'un banian.
Le maire réfléchit un moment, puis il dit :
— Tu es sage, mon frère Lièvre!... Les poissons appartiennent certainement à l'homme qui avait mis sa nasse dans l'eau. Ton compagnon, ô pêcheur, est un voleur doublé d'un affreux menteur. Tu me l'enverras que je lui fasse donner trente coups de rotin. J'ai dit!
Les hommes oublient tout au cours des âges, les bienfaits comme les méfaits. Pourtant, dans leur mémoire, il est resté quelque souvenir de la malicieuse sagesse du lièvre qui savait les protéger, lorsqu'ils étaient nus et sans défense. Aussi peut-on voir aujourd'hui, gravée dans le Sceau de Justice cambodgien, l'image de Sophéa, le lièvre que les animaux et les hommes prirent autrefois comme juge de leurs disputes.
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