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Interview de Philippe LENAIN (Directeur Général d'Indochine Insurance) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
16-08-2006
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Philippe LENAIN, directeur de l'ex-première compagnie d'assurance au Cambodge, nous a accordé un interview de sa vision du Cambodge.

- Pouvez-vous nous donner une brève description de vous ?
Je suis né en 1962 et j'ai grandi en France dans une famille issue de la colonisation en Indochine, du côté de mon père, et en Afrique du Nord, du côté de ma mère. En 1985 je décrochais  le diplôme de l'EDHEC, à Lille. En 1986 j'épousais ma femme cambodgienne et je fondais une entreprise d'informatique médicale, que je revendais en 1991 pour m'expatrier au Vietnam, au service d'un cabinet d'assurances français.

- Comment êtes-vous "tombé" au Cambodge ?
D'Ho Chi Minh Ville, la frontière cambodgienne n'était qu'à 70 km ! En juillet 1991 je la franchissais pour la première fois. Fin 1991, je rencontrais les autorités gouvernant l'assurance au sein du Ministère des Finances (la Caminco) et je signais avec eux un Accord de Coopération pour le compte de mon employeur. Dès lors je couvrais le Vietnam et le Cambodge.

- Quel est l'historique de votre société "Indochine Insurance" ?
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Bâtiment d'Indochine Insurance
Fin 1993, je quittais le cabinet d'assurance qui m'employait et je décidais de m'établir au Cambodge. Je fondais Indochine Insurance, société enregistrée à Hong Kong, dont j'établissais le bureau de représentation à Phnom-Penh. Je passais avec le Ministère des Finances un accord pour opérer : il n'y avait pas encore de Loi sur l'Assurance (elle n'entrera en vigueur qu'en 2002).
Développer Indochine Insurance m'a essentiellement demandé beaucoup d'efforts, de travail et de persévérance, mais le succès fut au rendez-vous. Petit à petit s'est développé un véritable marché de l'assurance, que nous dominions très largement en partenariat avec la Caminco.
J'ai fait un calcul : de 1993 à 2004, Indochine a payé plus de 600 000 US$ sous forme de taxes ou commissions de réassurance à l'État cambodgien.
À partir de 2001, il y a eu une réorganisation majeure au sein du Ministère des Finances, notamment l'arrivée d'Aun Porn Monirath, un “protégé de Hun Sen” formé à Moscou. Il a voulu éliminer Indochine, qu'il considérait comme un simple "agent de la Caminco", pour créer une grande compagnie d'état. Bien entendu, il était payé en sous-main par mes concurrents, notamment Forte Insurance. C'est là que mes ennuis ont commencé.

- Quelle est votre version des faits concernant sa mise en liquidation par le gouvernement cambodgien ?
Je vous avoue que je suis fatigué de répéter comment je me suis fait déposséder, menacer et chasser comme un malpropre du Cambodge. Comment j'ai passé deux jours caché à fuir les tueurs envoyés à mes trousses, passeport confisqué, contraint de me réfugier dans l'ambassade de France.
Même la tournure de votre question, qui demande “ma version des faits”, démontre à quel point le gouvernement cambodgien s'évertue à cacher la vérité... C'est décourageant !
En deux mots donc : la Loi cambodgienne imposait une capitalisation minimale de 7 millions de dollars depuis janvier 2003. Qui la respectait ? Personne !
Forte avait remis au Ministère des Finances le titre de propriété de son siège social, en "garantie", Asia avait payé un premier versement constituant 20% du capital minimum, Caminco n'avait rien libéré du tout, et nous avions libéré 5% augmenté d'un versement de 250 000 US$ de caution (sur 700 000 $ demandé par la Loi).
Pour autant, j'étais actif pour rassembler le capital, et le Ministère des Finances était parfaitement au courant. Lorsque finalement j'ai réussi à signer avec la Macif et  Proparco (filiale bancaire du groupe Agence Française de Développement), le Ministère des Finances n'a rien trouvé d'autre à faire qu'émettre un décret ordonnant la siaisie de tous les comptes bancaires d'Indochine, sa liquidation et nommant même une société américaine, basée à Bangkok, pour opérer la liquidation. J'ai résisté 2 mois, ce qui a rendu fou furieux certaines personnalités du gouvernement, jusqu'à ce qu'on envoie des tueurs à mes trousses. Ma famille et moi avons alors pris la direction de l'Ambassade de France, où je suis resté coincé une semaine.
À cela il faut ajouter que la Caminco ne voulait pas payer un sinistre sur une police qu'elle avait souscrite du temps où Indochine était encore son "agent" : la fameuse usine textile Grandtex. Là encore, la volonté de manipulation du gouvernement est patente, le Ministère des Finances annonçant dans le Cambodia Daily le 18 mai 2006 que les réassureurs avaient payé Grandtex ! C'est faux, les propriétaires de Grantex me l'ont confirmé, il n'ont pas touché 1 $ ! Je l'ai dit au Cambodia Daily, mais ils se sont bien gardés de démentir...
Je me permettrais de préciser qu'il ne s'agit pas de "ma version des faits", mais des "faits", qui sont prouvés, étayés, par des documents publiés sur le site http://www.indochinegate.com.

- Qu'est devenu votre célèbre circuit de karting "Kambol F1" ?
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Vue panoramique du circuit Kambol F1
L'investissement avait été fait au nom d'un de mes employés khmers, Monsieur Pen Serey. Aussitôt que j'ai eu le dos tourné (réfugié en France), ce bon Monsieur Serey a décrété que tout lui appartenait désormais et a signé un accord avec un groupe de Singapouriens pour opérer le circuit. Bien sûr, c'est lui qui encaisse les loyers... Malheureusement, c'est une parfaite illustration de l'esprit de corruption et d'immoralité absolue qui ronge ce pays...


- Autres question sur un de vos investissements au Cambodge, apparement vous vendez un projet de résidence touristique qui rassemble plusieurs "cottages" à Kep (http://www.hedonkep.com/), pouvez vous nous détailler ce projet ?
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Oui, c'était un beau projet mais mon départ précipité du Cambodge ne m'a pas permis de le mener à bien. Les personnes avec qui je m'étais associé discutent avec des repreneurs, aussi ne m'est-il pas permis de m'étendre sur le sujet. Toutes les informations sont sur le site que vous mentionnez.
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- Vous vous désengagez de vos projets au Cambodge ? Ou vous avez toujours un "oeil" à mettre là-bas ?
J'ai vécu 13 ans de ma vie au Cambodge, mes quatres filles sont à moitié cambodgiennes, je parle le cambodgien.
Pour autant, le gouvernement du Cambodge m'a dépossédé de mes biens, et ce faisant il a violé l'Accord de Protection des Investissements qui le lie à la France.
Hun Sen lui même s'est engagé, en septembre 2005 et auprès du Président Chirac, à règler ce problème dans le cadre de l'accord bilatéral.
Comme toujours, ce sont restées des paroles en l'air.
Je n'envisagerai donc un retour au Cambodge que lorsque j'aurai été indemnisé.


- Malgrès tout ces déboires, conseillerez-vous à une personner d'aller investir au Cambodge ?
Franchement, non. En fait, il est probablement possible d'investir au Cambodge dans deux cas de figure :
- soit vous faites un bar et vous vous amusez tant que ça dure,
- soit vous vous appelez Vinci ou Thalès, et les Khmers ne se risqueront pas à vous embêter sérieusement.
Dans tous les autres cas, mieux vaut investir dans un autre pays émergent (ça ne manque pas), car le Cambodge est dirigé par un régime mafieux. Ce n'est pas moi qui l'écrit, c'est dans les rapports de la Banque Mondiale et du FMI.


- Quels sont vos projets en cours (ou futurs) ?
J'ai créé une société de conseil spécialisée dans le domaine des industries financières en pays émergents. Je travaille en ce moment sur une mission en Asie.

- Si vous deviez résumer le Cambodge en un mot, quel serait ce mot ?
Deux mots SVP : "dramatique gâchis".

- Quels endroits conseilleriez-vous lors de nos séjours là-bas ?
Kep, évidemment !


Merci de nous avoir accordé cet interview, on vous souhaite bonne continuation !

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