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Interview de Ilf Eddine BENCHEIKH (Responsable de l’Antenne AUF au Cambodge) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
24-09-2005
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Ilf Eddine BENCHEIKH, Responsable de l’AUF au Cambodge

1-Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Ilf Eddine BENCHEIKH, j’ai 29 ans et suis de nationalité française. Avant d’être le Responsable de l’AUF au Cambodge, j’ai vécu à Paris, Bordeaux, Grenade (ces trois premières villes dans le cadre de mes études, secondaires d’abord, puis de Sciences politiques), Beyrouth et Hanoi (où j’ai travaillé respectivement pour le Centre culturel français et pour le Service de Coopération de l’Ambassade de France).

2-Et à part être Responsable de l’Antenne AUF au Cambodge que faîtes-vous dans la vie ?
J’ai une vie assez « normale ». J’habite avec mon amie pas très loin du Stade Olympique. Nous voyageons beaucoup. Je suis un assez grand lecteur et un amateur de jeux : Echecs (mais je n’ai pas trouvé de partenaires à ce jeu sur Phnom Penh), console, jeux de société… J’essaie de me mettre au Go mais manque un peu de temps en ce moment pour un jeu aussi complexe.

3-Quel est le rôle de l’Agence universitaire Francophone, d’une part dans le monde et d’autre part au Cambodge ?
L’Agence universitaire de la Francophonie a une double nature :
C’est d’abord une association de 535 Universités et instituts de recherche répartis dans l’ensemble du monde francophone. La vie institutionnelle de l’AUF est donc rythmée par les pratiques de la démocratie associative, avec comme point culminant l’Assemblée générale quadriennale qui élit le Président et le Conseil d’Administration. La dernière AG s’est tenue à Phnom Penh en mai 2005 et s’est soldée par un grand succès. C’était le premier événement de cette importance pour la Francophonie universitaire en Asie.
L’AUF est également un opérateur direct de l’Organisation internationale de la Francophonie, qui réunit une cinquantaine d’Etats et de gouvernements francophones. Ces Etats et gouvernements donnent à l’AUF les moyens nécessaires pour remplir son mandat, qui est de favoriser la coopération entre Universités du monde francophone dans une logique de solidarité en direction des établissements des pays dits « du Sud et de l’Est ».
Pour plus d’informations, voir www.auf.org

Au Cambodge, huit établissements sont membres de l’AUF :
-         Académie Royale du Cambodge
-         Ecole Royale d’Administration
-         Institut de Technologie du Cambodge
-         Université Royale d’Agriculture
-         Université Royale des Beaux-Arts
-         Université Royale de Droit et de Sciences Economiques
-         Université Royale de Phnom Penh
-         Université des Sciences de la Santé

Le but de l’AUF est de fournir à ces établissements des appuis susceptibles de renforcer la qualité des enseignements qu’ils prodiguent. La langue française est un vecteur vers cette qualité, elle n’est pas un but en soi.

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Présentation de l'AUF à l'Ecole Royale d'Administration (7 mars 2005)

4-Avez-vous une estimation du nombre de francophones/francophiles au Cambodge ?
On estime généralement à 500 000 le nombre de francophones au Cambodge, dont 100 000 dans le système éducatif. Le Cambodge n’est pas un pays de francophones natifs comme peuvent l’être la Belgique, le Sénégal ou le Maroc, par exemple. C’est néanmoins un pays très lié à la francophonie, ne serait-ce que parce que Son Altesse le Roi-Père Norodom Sihanouk est l’un des pères fondateurs de la Francophonie politique. Et, en Asie du Sud-Est, le Cambodge est clairement le pays où le français occupe la place la plus importante, particulièrement dans l’administration publique et l’enseignement.

5-D’ailleurs quelle est la place de la langue française par rapport à la langue anglaise au Cambodge ?
Il n’y a pas lieu d’opposer les deux langues. L’anglais est bien évidemment une langue importante, comme d’autres. Elle est la langue de l’ASEAN et celle du commerce international, et il est normal que beaucoup de jeunes Cambodgiens souhaitent l’apprendre. Cela ne veut pas dire que le français n’a pas aussi sa place, principalement comme langue d’accès à des savoirs de haut niveau, comme langue qui ouvre toute une partie du monde à celui qui la possède. Connaître le français est un plus manifeste pour un jeune Cambodgien, cela accroît ses chances de réussir ses études et sa vie professionnelle.

Mon sentiment est que le futur du Cambodge est au multilinguisme : khmer, bien sûr, anglais, français, chinois, japonais, etc. Il sera à l’avenir normal de parler 3 ou 4 langues, c’est autant de cordes que l’on aura à son arc.

Le système éducatif actuel fait une place au français, puisque c’est l’une des deux langues proposées aux élèves. Mais il faut choisir l’une ou l’autre, ce qui est regrettable. Il serait à terme souhaitable que deux ou plusieurs langues puissent être apprises en même temps. Cela se heurte à un problème de moyens, mais c’est la direction à prendre. Les autorités éducatives l’ont d’ailleurs compris et font des efforts notables pour y arriver.

6-Les étudiants cambodgiens ont le choix, au niveau des écoles privés (... qui poussent comme des champignons...), pour étudier la langue de Shakespeare, mais en ce qui concerne la langue de Molière, celui-ci ne se résume qu’au Centre Culturel Français ... A-t-on à craindre pour l’avenir de la francophonie au Cambodge ?
Je vais avoir une réponse sur plusieurs niveaux :
Tout d’abord, il n’y a rien à « craindre ». Il faut sortir de cette rhétorique de la peur qui présente la francophonie comme menacée de toutes parts, pareille au village gaulois d’Astérix. Le français est une grande langue, parlée dans de nombreux pays, dont le nombre global de locuteurs augmente. Le français n’est pas en voie d’extinction. Bien sûr, d’autres langues, parmi lesquelles l’anglais, connaissent des progressions plus rapides. Mais il y a de la place pour tout le monde. Nous n’allons pas vers le monolinguisme.
Pour ce qui est du Cambodge, c’est aux Cambodgiens de définir la place qu’ils veulent donner au français dans leur pays. S’il s’avère, ce que je ne crois pas du tout, que le peuple cambodgien fait le choix de se détourner complètement du français, il en sera ainsi. Ce serait à mon sens dommage, mais ce ne serait pas non plus la fin du monde. Il faut dédramatiser ce débat. Je suis persuadé que le français va rester l’une des « deuxièmes langues vivantes » enseignées au Cambodge, il y a beaucoup de raisons pour cela. L’AUF peut et doit y contribuer en défendant le rôle du français comme langue d’accès à l’excellence universitaire, au Cambodge et hors du Cambodge.
Votre mention de l’offre privée de cours de langue me permet de rebondir sur cette idée : le français doit se placer sur le créneau de la qualité. C’est le cas avec l’enseignement remarquable dispensé par le Centre culturel français, c’est le cas avec les nombreux programmes éducatifs soutenus par les coopérations francophones bi et multilatérales. C’est à mon sens plus significatif que la multiplication d’instituts de valeur très inégale. A l’offre de masse doit s’opposer l’offre de qualité.

7-Quels sont les principaux projets au Cambodge de l’AUF (en cours)?
Pour schématiser, disons qu’il y a :
-         Les appuis sur appels d’offres, en premier lieu ce que nous appelons les bourses de mobilité : possibilité pour un étudiant d’aller faire un Master, un Doctorat ou un stage professionnel dans un pays francophone ; possibilité pour un enseignant cambodgien d’aller se perfectionner trois mois dans une Université d’un autre pays ; possibilité pour un établissement cambodgien d’accueillir pendant deux semaines des enseignants venant de l’étranger pour dispenser un enseignement et faire un travail méthodologique.
-         Le soutien direct à des filières universitaires francophones dans deux établissements, l’Institut de Technologie du Cambodge et l’Université Royale d’Agriculture.
-         La mise à la disposition des étudiants de toutes les Universités membres d’un Campus numérique francophone (CNF), hébergé par l’Institut de Technologie du Cambodge. Ce Campus est à la fois un lieu de recherche documentaire et de formation.
-         La création, avec l’Agence intergouvernementale de la Francophonie et la Chambre de Commerce Franco-Cambodgienne, d’un Département de l’Emploi francophone visant à améliorer l’insertion professionnelle des jeunes diplômés francophones.
-         La gestion du projet dit des « Classes bilingues » dans 6 provinces du pays, qui est un projet de coopération entre la France et le Cambodge dont l’AUF est opérateur.

L’ensemble de ces projets a un montant annuel d’environ 1 million de US Dollars.

8-Et des projets à venir ?
Les grands axes devraient rester les mêmes, même si certaines modalités évolueront. J’ai un certain nombre d’idées, mais je préfère ne parler des actions qu’une fois qu’elles sont enclenchées de manière concrète. Reposez-moi la question dans un an !

9-Qu’est ce qui vous a le plus marqué en arrivant au Cambodge ?
La facilité des contacts. Ca fait un peu cliché, mais ça recouvre une réalité profonde. Il y a une chaleur dans l’accueil, une absence d’agressivité, une vraie culture du sourire et de la bonne humeur, c’est très agréable.
Ensuite, je ne suis pas dupe, je sais qu’il faut dépasser cette première apparence pour découvrir l’individu. Comme partout, il y a ici des tristes et des joyeux, des violents et des calmes. Mais disons que les modes de rapport à l’autre empruntent un registre que j’aime bien et qui changent d’autres pays.

10-Et pour finir, quels sont vos endroits préférés du Cambodge ?
Je ne vais pas faire un énième éloge des temples d’Angkor, mais c’est vraiment un site exceptionnel. Seule peut-être Pétra m’avait procuré une émotion comparable, et quelques endroits en Syrie. J’éprouve un immense plaisir à chaque visite. Je n’y vais pas pour accumuler une information que, de toute façon, j’aurais oublié dès la fin de la visite guidée ou dès le guide de voyage refermé. Je préfère m’y promener en rêvassant. C’est un bel endroit de flânerie et de méditation paisible.
Cela dit, je fais attention à ne pas voir du Cambodge que son passé, fût-il glorieux. J’aime découvrir le pays présent, sous toutes ses facettes, même si certaines sont plus dures que d’autres. J’aime bien me promener en moto dans la campagne cambodgienne, j’aime bien les rues de mon quartier à Phnom Penh, j’aime bien les endroits où boire un verre, j’aime bien l’ambiance du Stade Olympique quand il y a un match de foot (même si je préfèrerais que la sélection nationale cambodgienne ait des résultats un peu meilleurs !). Il y a beaucoup d’endroits que j’aime bien dans ce pays.

Merci et bonne continuation !

Pour le contacter :
Ilf Eddine BENCHEIKH
Responsable Cambodge
Agence universitaire de la Francophonie
Rue 63, n°37
BP 2365 Phnom Penh, Royaume du Cambodge
Tél : (855) 23 215 507 / 508
Fax : (855) 23 215 506
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